Chapitre 7. — Art
passage. Ce moment décisif paraîtra sans doute convenable pour relever Tarrière-garde par un coi'ps frais, qu'on disposerait à l'avance sur un terrain bien reconnu. Alors l'arrière-garde traversera les intervalles de ce corps pour passer la rivière avant lui, et l'ennemi, étonné de trouver des troupes fraîches et disposées à le bien accueillir, ne tentera pas de les pousser : on gagnera ainsi la nuit sans échec, et la nouvelle arrière-garde pourra à son tour passer et rompre les ponts.
Il est entendu que les troupes, à mesure de leur passage, doivent se former à l'issue des ponts, et placer leurs batteries de manière à protéger les corps restés pour tenir tôte à l'ennemi.
Les dangers d'un tel passage en retraite, et la nature des précautions qui peuvent le faciliter,, indiquent assez que le meilleur moyen de le favoriser serait de prendre d'avance ses mesures pour construire une tête de pont retranchée sur le point où l'on aurait jeté les ponts. Dans le cas où le temps ne permettrait pas d'en élever une régulière, on pourra du moins y suppléer par quelques redoutes bien armées, qui seront d'une grande utilité pour protéger la retraite des dernières troupes.
Si un passage de grande rivière oflfre tant de
Des retraites et poursuites. 127
chances délicates lorsqu'on est suivi en queue par l'ennemi, c'est une affaire bien plus scabreuse encore quand l'armée se trouve assaillie à la fois en tète et en queue, et que la rivière à franchir est gardée par un corps imposant.
Le passage doublement célèbre de la Bérézina par les Français, est un des exemples les plus remarquables d'une pareille opération : jamais armée ne se trouva dans une situation plus désespérée et ne s'en tira plus glorieusement et plus habilement. Pressée par la famine, abîmée par le froid, éloignée de 500 lieues de sa base, assaillie en tète et en queue sur les bords d'une rivière marécageuse et au milieu de vastes forêts, comment espérer qu'elle pût en échapper ? Sans doute elle paya cher cet honneur ; sans doute la faute de l'amiral Tschitchagoflf contribua puissamment à la tirer d'embarras ; mais l'armée n'en lit pas moins des efforts héroïques auxquels on doit rendre hommage. On ne sait ce qu'il faut admirer le plus, du plan d'opérations qui amena les armées russes du fond de la Moldavie, de Moscou et de Polotsk, sur la Bérézina, comme à un rendez-vous de paix, plan qui faillit amener la capture de leur redoutable adversaire, ou de la constance admirable du lion ainsi poursuivi, et qui parvint à s'ouvrir un passage.