ARTICLE XLIII
Des reconnaissances et autres moyens de bien connaître les mouvements de l'ennemi.
Un des moyens les plus importants pour bien combiner d'habiles manœuvres de guerre, serait sans contredit de ne jamais les ordonner que sur une connaissance exacte de ce que ferait l'ennemi. En effet, comment savoir ce que l'on doit faire soi-même, si l'on ignore ce que fait l'adversaire. Mais autant cette connaissance serait décisive, autant il est difficile, pour ne pas dire impossible, de l'acquérir ; et c'est précisément là une des causes qui rendent la théorie de la guerre si différente de la pratique.
C'est de là que viennent tous les mécomptes des généraux qui ne sont que des hommes instruits sans avoir le génie naturel de la guerre, ou sans y suppléer par le coup d'œil exercé que peut donner une longue expérience et une grande habitude de diriger des opérations militaires. Il est toujours aisé, en sortant des bancs d'une académie, de faire un projet pour déborder une aile, pour menacer les communications de l'ar-
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niée , lorsqu'on agit pour les deux partis en même temps et qu'on les dispose à son gré, soit sur une carte géographique, soit sur un plan de terrain simulé ; mais quand on a affaire à un adversaire habile, actif, entreprenant, et dont tous les mouvements sont une énigme, alors l'embarras commence, et c'est ici que se montre toute la médiocrité d'un général ordinaire, dénué de toute étude des principes.
J'ai acquis tant de preuves de cette vérité^dans ma longue carrière, que si j'avais à éprouver un général, j'estimerais bien plus celui qui ferait des suppositions justes sur les mouvements de Tennemi que celui qui étalerait des théories si difficiles à bien faire, mais si faciles à apprendre quand on les trouve toutes faites.
Il y a quatre moyens pour parvenir à juger les opérations d'une armée ennemie : le premier est celui d'un espionnage bien organisé et largement payé (*) ; le second est celui des reconnaissances faites par d'habiles officiers et des corps légers ; le troisième consiste dans les renseignements
{*) Recommander l'espionnage paraîtra une œuvre impie aux songes-creux philanthropiques, mais je les prie de ne pas oublier qu'il s'agit d'épier les mouvements d'une armée et non de déla^
LJOI).
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qu'on pourrait obtenir des prisonniers de guerre ; le quatrième est celui d'établir soi-même les hypothèses qui peuvent êtrie les plus vraisemblables d'après deux bases différentes: j'expliquerai cette idée plus bas. Enfin, il est un cinquième moyen, celui des signaux ; quoiqu'il s'applique plutôt ^ indiquer la présence de l'ennemi qu'à juger de ses projets, il peut être rangé dans la catégorie dont nous nous occupons.
Pour tout ce qui se passe dans l'intérieur de l'armée ennemie , l'espionnage semble le plus sûr, car une reconnaissance, quelque bien faite qu'elle soit, ne peut donner aucune idée de ce qui se passe au-delà de l'avant-garde. Cela ne veut pas dire qu'il n'en faille pas faire, car il faut tenter tous les moyens de se bien instruire ; mais cela veut dire qu'il ne faut pas compter sur leur résultat. Il en est de même des rapport^ des prisonniers de guerre ; ils sont souvent utiles et le plus souvent il serait fort dangereux d'y ajouter foi. En tout cas, un état-major habile ne manquera pas de choisir quelques officiers instruits qui, chargés de ce service spécial, sauront diriger leurs questions de manière à démêler parmi les réponses ce qu'il peut être important de savoir.
Les partisans qu'on lance en coureurs au mi-
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lieu des lignes (d'opérations de l'ennemi pourraient sans doute apprendre quelque chose de ses mouvements, mais il est presque impossible de communiquer avec eux et d'en recevoir des avis. L'espionnage, s'il est conçu sur une base bien large, réussira plus généralement : toutefois il est difficile qu'un espion pénètre jusqu'au cabinet du général ennemi et puisse en arracher le secret de ses entreprises ; il se bornera donc le plus souvent à indiquer les mouvements dont il est le témoin, ou ceux qu'il apprendra par des bi'uits publics; et lorsqu'on recevra l'avis de ces mouvements, on ne saura encore rien de ceux qui surviendraient dans l'intervalle, ni du but ultérieur que l'ennemi se propose : on saura bien, par exemple, que tel corps a passé par léna, se dirigeant sur Weimar; tel autre a passé par Géra, se dirigeant vers Naumbourg, mais où iront-ils? que veulent-ils entreprendre? C'est ce qui sera bien difficile à apprendre de l'espion même le plus habile.
Lorsque les armées campaient sous la tente, presque entièrement réunies, alors les nouvelles de l'ennemi étaient plus certaines, car on pouvait pousser des partis jusqu'en vue de leur camp, et les espions pouvaient rendre compte de tous les mouvements de ces camps. Mais avec
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l'organisation actuelle en corps d'armée qui cantonnent ou bivouaquent, la chose est devenue plus compliquée, plus embarrassante, et en résultat presque nulle.
L'espionnage peut rendre néanmoins de bons services lorsque l'armée de l'adversaire est conduite par un grand capitaine ou un grand souverain, marchant toujours avec la majeure partie de ses forces et réserves. Tels étaient, par exemple, Tempereur Alexandre et Napoléon : lorsqu'on pouvait savoir où ils avaient passé et quelle direction ils prenaient, on pouvait, sans s'arrêter au détail des autres mouvements, juger à peu près le projet qu'ils avaient en vue.
Un général habile peut suppléer à l'insuffisance de tous ces moyens par des hypothèses tien posées et bien résolues d'avance, et, je puis le dire avec une certaine satisfaction, ce moyen ne m'a presque jamais manqué, et je me suis rarement trompé en y ayant recours. Si la fortune ne m'a janiais mis à la tête d'une armée, j'ai été du moins chef d'état-major de près de cent mille hommes, et appelé bien des fois au conseil des plus grands souverains de nos jours, dans lequel il s'agissait de diriger les masses de toute rEurope armée, et je ne me suis trompé que deux ou trois fois dans les hypothèses que
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je posais, et dans la manière de résoudre le& questions qui en résultaient. Je me suis môme convaincu que toute question bien posée est presque toujours facile à résoudre, quand on a le jugement sain. Or, comme je Tai déjà dit, j'ai constamment reconnu qu'une armée ne pouvant opérer que sur le centre ou sur une des^ extrémités de son front d'opérations, il n'y avait, guère plus de trois à quatre chances possibles à supposer. Dès lors, un esprit bien pénétré de ces vérités et imbu de bons principes de guerre, saura toujours adopter un parti qui pourvoied'avance aux chances les plus probables. Je me* permettrai d'en citer quelques exemples prisdans ma propre expérience.
Lorsqu'en 1806 on était encore indécis en. France sur la guerre de Prusse, je fis un mémoire sur les probabilités de la guerre et les» opérations qui auraient lieu dans ce cas.
J'établis les trois hypothèses suivantes : 1<> Les- Prussiens attendront Napoléon derrière l'Elbe, et feront la guerre défensive jusqu'à l'Oder pour attendre le concours de la Russie et de l'Autriche ; 2® Dans le cas contraire, ils s'avanceront sur la Saale, appuyant leur gauche à la frontière de Bohême et défendant les débouchés des montagnes de Franconie ; 3® Ou bien, attendant les»
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Français par la grande chaussée de Mayence, ils s'avanceront imprudemment jusqu'à Erfurt.
Je ne crois pas qu'il y eût d'autres chances possibles à supposer, à moins qu'on ne crût les Prussiens assez mal avisés pour partager leurs forces, déjà inférieures, sur les deux directions de Wesel et de Mayence ; faute inutile, puisque sur la première de ces routes, il n'avait pas paru un seul soldat français depuis la guerre de Sept ans.
Hé bien ! ces trois hypothèses ainsi posées, si l'on se demandait le parti qu'il convenait le mieux à Napoléon de prendre, n'était-il pas facile de conclure « que le gros de l'armée française » étant déjà rassemblé en Bavière, il fallait le » jeter sur la gauche des Prussiens par Géra et » Hof, car quelque résolution que ceux-ci adop- » tassent, c'était là qu'était le nœud gordien de » toute la campagne. »
S'avançaient-ils sur Erfurt? en tombant sur Géra on les coupait de leur ligne de retraite et on les rejetait sur le Bas-Elbe, à la mer du Nord. S'appuyaient-ils à la Saale? en attaquant leur gauche par Hof et Géra on les accablait partiellement, et on pouvait encore les prévenir par Leipzig à Berlin. S'ils restaient enfin derrière
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FElbc, c'était toujours sur la direction de Géra et de Hof qu'il fallait aller les chercher.
Qu'importait dès lors de savoir le détail de leurs mouvements, puisque l'intérêt était toujours le même? Aussi, bien convaincu de ces vérités, n'hésitai-je pas à annoncer, un mois avant la guerre, que ce serait là ce que Napoléon entreprendrait, et que si les Prussiens passaient la Sa a le, ce serait à léna et à Naumbourg qu'on se battrait ! !
Quelles suppositions faisaient le duc de Brunswick et ses conseillers, au môme instant où je voyais si juste? Pour y croire, il faut les lire dans les ouvrages de MM. G. de W. et Ruhle de Liliensteni (Opéra tionsplan... et Bericht eines Augenzeugeo).
Si je rappelle cette circonstance , déjà plus d'une fois citée, ce n'est point un sentiment de vanité qui m'y porte, car j'aurais d'autres citations de cette nature à faire ; mais j'ai seulement voulu démontrer qu'on peut souvent agir à la guerre d'après des problèmes bien posés, sans trop s'arrêter aux détails des mouvements de son adversaire. Si M. le général de Clausewitz avait été aussi souvent que moi dans le cas de poser ces problèmes et de les voir résoudre, il n'eût pas tant douté de l'efficacité des théories
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de guerre fondées sur les principes, car ce sont des théories qui seules pourront servir de guide pour de pareilles solutions. Ses trois volumes sur la guerre prouvent évidemment que dans une situation pareille à celle où se trouvait le duc de Brunswick en 1806, il eût été tout aussi embarrassé que lui sur le parti qu'il fallait prendre. L'irrésolution doit être l'apanage des esprits qui doutent de tout.
Revenant à notre sujet, je dois avouer que Tespionnoge a été singulièrement négligé dans bien des armées modernes, et en 1813 entre autres, Tétat-major du prince de Schwartzenberg n'ayant pas un sou à sa disposition pour ce service, Tempe œur Alexandre dut fournir des fonds de sa cassette pour donner, à cet état-major, le moyen d'envoyer des agents en Lusace apprendre où se trouvait Napoléon. Le général Mack à Ulm et le duc de Brunswick en 1806 n'étaient pas mieux instruits ; et les généraux français payèrent souvent cher, en Espagne, l'impossibilité d'avoir des espions et des renseignements sur ce qui se passait autour d'eux.
Pour les renseignements qu'on peut obtenir des corps volants, l'armée russe est mieux partagée que toute autre, grâce à ses cosaques et à
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rintelligence de ses partisans : l'histoire en fournit assez de preuves.
L'expédition du prince Houdacheff, envoyé après la bataille de Dresde au prince de Suède, et qui, après avoir traversé TElbe à la nage, marcha au milieu des colonnes françaises jusque vers Wifctemberg, est un monument historique de ces sortes de courses. Les renseignements fournis par les partisans des généraux Czernitcheff, Benkendorf, Davidoff et Seslawin, ont rendu d'éminents services de la môme nature. On se rappelle que ce fut une dépêche de Napoléon à rimpératrice Marie -Louise, interceptée près de Châlons par les cosaques, qui apprit aux alliés le projet formé par l'empereur des Français pour se jeter sur leurs communications avec toutes ses forces réunies, en se basant sur la ceinture des places fortes de la Lorraine et de TAlsace. Ce précieux renseignement décida la réunion des armées de Blûcher et de Schwartzenberg, que toutes les belles remontrances stratégiques n'étaient jamais parvenues à faire agir de concert, si ce n'est à Leipzig et à Brienne.
On sait aussi que ce fut un avis donné par Seslawin au général Doctoroflf, qui empêcha celui-ci d'être écrasé à Borow^sk par Napoléon qui venait de partir de Moscou avec toute son
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armée pour commencer sa retraite. On n'y voulait d'abord pas croire, et il fallut que Seslawin, piqué, allât enlever un officier et quelques soldats de la garde, au milieu des bivouacs français, pour confirmer son rapport- Cet avis, qui décida la marche de Koutousoflf sur Malo-Jarosiawetz, empêcha Napoléon de prendre la route de Kalouga, où il eût trouvé plus de ressources, où il eût évité les désastres de Krasnoï et de la Bérézina, ce qui, du reste, eût diminué la catastrophe sans l'empêcher entièrement.
De tels exemples, quelque rares qu'ils soient, suffisent pour donner une idée de ce qu'on peut attendre de bons partisans conduits par des officiers capables.
Pour arriver à une conclusion, je résumerai •cet article aux vérités suivantes :
i^ C'est qu'un général ne doit rien négliger pour être instruit des mouvements de l'ennemi et employer à cet effet des reconnaissances, des espions, des corps-légers conduits par des officiers capables, des signaux, enfin des officiers instruits chargés de diriger aux avant-gardes les interrogatoires des prisonniers;
2^ Qu'en multipliant des renseignements, quelque imparfaits et contradictoires qu'ils soient, on parvient souvent à démêler la vérité du sein même de leurs contradictions ;
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S*^ Qu'il faut néanmoins se défier de ces moyens et ne pas trop y compter pour la combinaison de ses opérations ;
4" Qu'à défaut de renseignements sûrs et exacts, un général capable ne doit jamais se mettre en marche sans avoir deux ou trois parlïs-pris sur les hypothèses vraisemblables qu'offrirait la situation respective des armées, et que ces partis-pris soient fondés sur les principes.
Je pourrais garantir que dans ce cas, rien de bien imprévu ne pourra venir le surprendre et lui faire perdre la tête comme cela arrive si souvent ; car à moins d'être tout à fait incapable de commander une armée, on doit être en état de faire les suppositions les plus probables sur ce que l'ennemi entreprendra, et adopter d'avance un parti sur l'une ou l'autre de ces suppositions qui viendrait à se réaliser (*). Je ne pourrais trop le répéter, c'est dans de pareilles suppositions,.
(') On ne m'accusera pas, je pense, de vouloir qu'il n'arrive jamais d'événement à la guerre qui sorte de toutes les prévision» possibles; il suffirait des surprises de Crémone, de Berg-op-zoom, de Hochkirch, pour prouver le contraire. Je crois seulement que ces événements se rapprocheront toujours plus ou moins de Tune des hypothèses adoptées ou prévues, en sorte qu'on pour« rail y remédier par les mêmes moyens.
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bien posées et bien résolues, qu'est le véritable cachet du génie militaire ; et, quoique le nombre en soit toujours fort restreint, il est inconcevable à quel point ce puissant moyen est négligé.
Pour compléter cet article, il nous reste à dire aussi ce que Ton peut obtenir à Tayie des signaux.
Il y en a de plusieurs sortes, et à la tête de toutes on doit naturellement placer les télégraphes. Ce fut à ridée qu'il eut d'établir une ligne télégraphique entre son quartier-général et la France, que Napoléon fut redevable de ses étonnants succès de Ratisbonne en 1809. Il se trouvait encore à Paris quand l'armée autrichienne franchit l'Inn vers Braunau, pour envahir la Bavière et percer ses cantonnements. Instruit en 24 heures de ce qui se passait à 250 lieues de lui, il se jette aussitôt en voiture et huit jours après il était vainqueur dans deux batailles sous les murs de Ratisbonne : sans le télégraphe, la campagne était perdue; ce trait suffit pour en apprécier l'importance (*).
(*) Le télégraphe électrique et le téléphone de nos jours rentrent donc, arec plus de perfection, dans les moyens de guerre déjà pratiqués par Napoléon. — F. L.
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On a imaginé aussi de se servir de télégraphes portatifs, et, à ma connaissance, la première idée en appartient à un marchand russe qui l'avait apportée de la Chine. Ces télégraphes, manœuvres par des hommes à cheval postés sur des hauteurs, semblaient pouvoir porter en quelques minutes les ordres du centre aux extrémités d'une ligne de bataille, ainsi que les rapports des ailes au quartier-général. Des essais répétés eurent lieu, mais le projet fut abandonné sans que j'aie pu en savoir les raisons. Ces communications ne pouvaient être à la vérité que fort brèves, et les temps nébuleux pouvaient les rendre quelquefois incertaines ; cependant comme le vocabulaire de pareils rapports pourrait se réduire à une vingtaine de phrases, pour lesquelles il serait facile d'avoir des signes de convention, je crois que le moyen ne serait pas à dédaigner, lors même qu'on devrait envoyer le duplicata des transmissions par des officiers capables de bien rendre des ordres verbaux. On y gagnerait toujours la rapidité.
Un essai d'une autre nature fut tenté en 1794, à la bataille de Fleurus, où le général Jourdan se servit d'un aérostat pour reconnaître et signaler les mouvements des Autrichiens. Je ne sais s*il eut lieu de s'applaudir de cet essai, qui ne
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fut plus renouvelé, bien qu'on ait prétendu dans le temps qu'il avait concouru à la victoire, ce dont je doute fort. Il est probable que la difficulté d'avoir un aérostat tout prêt à faire son ascen* sion au moment où cela serait opportun, celle de bien observer ce qui se passe ici-bas quand on est ainsi aventuré dans les airs, et l'instabilité des vents, ont pu faire renoncer à ce moyen. En maintenant le ballon à une élévation peu considérable, en y plaçant un officier capable de bien juger les mouvements de l'ennemi, el en perfectionnant le petit nombre de signaux qu'il faudrait en attendre, il est des circonstances où l'on en tirerait peut-être quelque fruit. Toutefois, la fumée du canon, la difficulté de distinguer k quel parti appartiennent les colonnes qu'on voit se mouvoir comme des troupes de Liliputiens, rendront toujours ces rapports fort incertains : un aéronaute eût été, par exemple, assez embarrassé de décider, à la bataille de Waterloo, si c'était Grouchy ou Blûcher qui arrivait par Saint* Lambert ; mais dans les cas où les armées sont moins mêlées et plus distinctes, il semble que l'on pourrait utiliser quelquefois ce moyen. Ce qu'il y a de sûr, c'est que je me suis convaincu, sur le clocher de Gautsch, à la bataille de Leipzig, du fruit que l'on peut tirer d'une pareille
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observation ; et l'aide -de -camp du prince de Schwartzenberg que j'y conduisis ne saurait nier que ce furent bien mes sollicitations qui décidèrent le prince à sortir du gouffre entre la Pleisse et PElster. Sans doute, on est plus à son aise sur un clocher que dans une frêle nacelle aérienne, mais on ne trouve pas partout des clochers situés de manière à pouvoir planer sur tout le champ de bataille, et on ne les transporte pas à volonté. Ce serait du reste à MM. Green ou Garnerin à nous dire comment on voit les objets à 5 ou 600 pieds d'élévation perpendiculaire.
Il est une espèce de signaux plus solides, ce sont ceux qu'on donne par de grands feux allumés sur les points élevés d'une contrée ; avant rinvention du télégraphe, ils avaient le mérite de pouvoir porter rapidement la nouvelle d'une invasion, d'un bout du pays à l'autre. Les Suisses s'en servaient pour appeler les milices aux armes. On en fait aussi quelquefois usage pour donner l'alarme aux cantonnements d'hiver, afin de les rassembler plus promptement : ils peuvent d'autant mieux servir à cet effet, qu'il suffît de deux ou trois variantes dans le signal pour indiquer aux corps d'armée de quel côté l'ennemi menace les quartiers plus sérieusement.
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et sur quel point ils doivent effectuer leur ras- 3emblement. Par la môme raison, ces signaux peuvent convenir sur les côtes, contre les descentes.
Enfin, il est une dernière espèce de signaux, ceux que l'on donne aux troupes pendant l'action à Taide des instruments militaires ; comme ils ne louchent pas directement au sujet que nous traitons^ je me bornerai à observer qu'on les a perfectionnés dans l'armée russe plus que partout ailleurs. Mais, tout en reconnaissant de quelle importance il serait de trouver un moyen sûr d^imprimer un mouvement spontané et simultané à une masse de troupes d'après la volonté subite de son chef, il faut avouer que ce sera encore longtemps un problème difficile à résoudre ; et à part le cas d'un hourra général, imprimé à toute une ligne par le pas de charge répété de proche en proche, il sera toujours difficile d'appliquer les signaux par instruments, à d'autre usage qu'aux tirailleurs ; même ces hourras généraux et spontanés sont-ils plutôt l'effet d'un élan des troupes que le résultat d'un ordre, je n'en ai vu que deux exemples dans treize campagnes.