‹ Prʹecis de l'art de la guerreChapitre 15 sur 63 · ARTICLE XLIV · texte numérisé non relu

ARTICLE XLIV

Bu placement des troupes dans la ligne de bataille.

Après avoir défini, à l'article 31, ce que Ton doit entendre par ligne de bataille, il convient de dire de quelle manière elles se forment, et comment les différentes troupes doivent y être réparties.

Avant la Révolution française, toute l'infanterie, formée par régiments et brigades, se trouvait réunie en un seul corps de bataille, subdivisé en première et seconde lignes qui avaient chacune leur aile droite et leur aile gauche. La cavalerie se plaçait ordinairement sur les deux ailes, et l'artillerie, encore très lourde à cette époque, était répartie sur le front de chaque ligne (on traînait du canon de 16, et il n'y avait pas d'artillerie à cheval). Alors l'armée, campant toujours réunie, se mettait en marche par lignes ou par ailes, et comme il y avait deux ailes de cavalerie et deux d'infanterie, si l'on marchait par ailes, on formait ainsi quatre colonnes. Quand on marchait par lignes, ce qui convenait surtout

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dans les marches de flanc, alors on ne formait que deux colonnes, à moins que, par des circonstances locales, la cavalerie ou une partie de rint'anterie eussent campé en troisième ligne, ce qui était rare.

Cette méthode simplifiait la logistique, puisque toute la disposition consistait à dire : « On marj) chera dans telle direction, par lignes ou par n ailes, par la droite ou par la gauche. » On sortait rarement de cette monotone, mais simple formation, et dans Tesprit du système de guerre qu'on suivait, c'était ce qu'il y avait de mieux à faire.

Les Français voulurent essayer à Minden une disposition logistique différente, en formant autant de colonnes que de brigades, et en ouvrant des chemins pour les conduire de front sur une ligne déterminée qu'elles ne purent jamais former (*).

Si le travail de l'état-major était facilité par ce mode de camper et de marcher par lignes, il faut convenir qu'appliqué à une armée de lOO ou 150 mille hommes, ce système produirait de& colonnes sans fin, et qu'on aurait souvent des déroutes comme à Rosbach (*).

Q Chapitre 15 du Traité des grandes opérations, f *) CïiapiLre 4 du Traité des grandes opérations.

Fonnaiicn de la ligne de bataille. 195

La Révolution française amena le système des divisions, qui rompit la trop grande unité de l'ancienne formation, et donna des fractions capables de se mouvoir pour leur propre compte sur toute espèce de terrain, ce qui fut un bien réel, quoique l'on tombât peut-être d'un extrême dans un autre, en revenant presque à l'organisation légionnaire des Romains. Ces divisions, composées ordinairement d'infanterie, d'artillerie et de cavalerie, manœuvraient et combattaient séparément ; soit qu'on les étendît outre mesure pour les faire vivre sans magasins, soit qu'on eût la manie de prolonger sa ligne dans l'espoir de déborder celle de l'ennemi, on vit souvent les sept ou huit divisions dont une armée se composait, marcher de front sur autant de routes à quatre ou cinq lieues l'une de l'autre ; le quartier-général se plaçait au centre, sans autre réserve que cinq ou six minces régiments de cavalerie de 3 à 400 chevaux ; ensorte que si l'ennemi venait à réunir le gros de ses forces sur une de ses divisions et la battre, la ligne se trouvait percée, et le général en chef, n'ayant aucune réserve d'infanterie sous la main^ ne voyait d'autre ressource que de se mettre en retraite pour rallier ses forces morcelées.

Bonaparte, dans sa première guerre d'Italie,

im Chapitre VIL — Art. 44.

remédia à cet inconvénient, tant par la mobilité et la rapidité de ses manœuvres, qu'en réunissant toujours le gros de ses divisions sur le point où le coup décisif devait se porter.

Lorsqu'il se fut placé à la tête de Tétat, et qu'il vit chaque jour agrandir la sphère de ses moyens et celle de ses projets. Napoléon comprit qu'une organisation plus forte était nécessaire ; il prit donc un terme moyen entre l'ancien système et le nouveau, tout en conservant l'avantage de Torganisation divisionnaire. Il forma , dès la campagne de 1800, des corps de deux ou trois divisions, qu'il plaça sous des lieutenants-généraux pour former les ailes, le centre ou la réserve de l'armée (*).

Ce système fut définitivement consolidé au camp de Boulogne, où l'on organisa des corps d'armée permanents sous des maréchaux qui commandaient trois divisions d'infanterie, une de cavalerie légère, et 36 à 40 pièces de canon avec des sapeurs. C'étaient autant de petites ar-

(') Ainsi Tarmée du Rhin était composée de Taile droite, sous Lecourbe, trois divisions ; du centre, sous St-Gyr, trois divisions ; et de la gauche, sous St-Suzanne, deux divisions ; le générai en rhel avait en outre trois divisions de réserve sous ses ordres

înunédiats.

Formation de la ligne de bataille. 197

mées, propres à former, au besoin, toute entreprise par elles-mêmes. La grosse cavalerie fut réunie en une grosse réserve, composée de deux divisions de cuirassiers, quatre de dragons et une de cavalerie légère. Les grenadiers réunis et la garde formèrent une belle réserve d'infanterie : plus tard, en 1812, la cavalerie fut aussi organisée en corps de trois divisions, afin de donner plus d'unité aux masses toujours croissantes de cette arme.

Il faut en convenir, cette organisation laissait peu à désirer, et cette grande armée, qui fît effectivement de si grandes choses, fut bientôt le type sur lequel toute l'Europe se modela.

Quelques militaires, rêvant la perfectibilité de l'art, auraient voulu que la division d'infanterie, appelée quelquefois à combattre seule, fût portée de deux brigades à trois, parce que ce nombre trois donne un centre et deux ailes, ce qui est d'un avantage manifeste, puisque sans cela le nombre deux donne pour centre un vide, un intervalle, et que les fractions formant les ailes, privées d'appui central, ne sauraient opérer isolément avec la même sécurité. Outre cela, le nombre trois permet d'engager deux brigades et d'en avoir une en réserve, ce qui augmente évidemment les forces disponibles pour le choc

198 Chapitre VIL — Art. 44.

^Jécisîf. Mais si 30 brigades, formées en 10 divisions de trois brigades, valent mieux que réparties en 15 divisions de deux brigades, il faudrait, pour obtenir cette organisation divisionnaire par excellence, augmenter l'infanterie d'un tiers ou réduire les divisions des corps d'armée à deux au lieu de trois, ce qui serait un mal plus réel, puisque le corps d'armée étant plus souvent appelé à combattre seul qu'une division, c'est surtout à lui que le nombre de trois convient le mieux (*).

Au demeurant, la meilleure organisation à donner à une armée qui entre en campagne sera longtemps encore un problème de logistique à résoudre, à cause de la difficulté qu'on éprouve à la maintenir au milieu des événements de la guerre et des détachements incessants qu'ils nécessitent plus ou moins.

La grande armée de Boulogne que nous ve-

O Trente brigades, formées en quinze divisions de deux brigades chacune, n'engageraient que quinze brigades en première ligne ; tandis que ces trente brigades, formées en dix divisions de trois brigades, donneraient vingt brigades en première ligne, et dix en seconde. Mais alors il faut diminuer le nombre des divisions et n'en avoir que deux par corps d'armée, ce qui serait fâcheuXj puisque les corps d'armée sont plus souvent appelés à mâtioMnTer seuls que les divisions.

Formation de la ligne de bataille, 199

nons de citer, en est la preuve la plus évidente. II semblait que son organisation parfaite dût la mettre à l'abri de toutes les vicissitudes possibles. Le centre sous le maréchal Soult, la droite sous Davoust, la gauche sous Ney, la réserve sous Lannes, présentaient un corps de bataille régulier et formidable de 13 divisions d'infanterie , sans compter celles de la garde et des grenadiers réunis. Outre cela les corps de Bernadotte et Marmont détachés à droite, et celui d'Augereau détaché à gauche, étaient disponibles pour agir sur les flancs. Mais dès le passage du Danube à Donavert, tout fut interverti : Ney, d'abord renforcé jusqu'à 5 divisions, fut réduit à deux ; le corps de bataille fut disloqué, partie à droite, partie à gauche, ensorte que ce bel ordre devint inutile.

Il sera toujours fort difficile de donner une organisation tant soit peu stable ; cependant les événements ne sont pas toujours aussi compliqués que ceux de 1805, et la campagne de Moreau en 1800 prouve que l'organisation primitive peut jusqu'à un certain point se maintenir, du moins pour le gros de l'armée. A cet effet, il semble que l'organisation de l'armée en 4 fractions , savoir , deux ailes , un centre et une réserve, est la seule rationnelle ; la composition

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de ces fractions pourra varier selon la force de l'armée ; mais pour pouvoir la maintenir, il sera indispensable d'avoir un certain nombre de divisions hors de ligne, pour fournir les détachements nécessaires. Ces divisions, en attendant qu'elles soient détachées, pourraient renforcer l'une ou l'autre de ces fractions, qui serait la plus exposée à recevoir ou à frapper de grands coups ; ou bien on les emploierait soit sur les flancs du corps de bataille, soit à doubler la réserve. Chacune des quatre grandes fractions du corps de bataille pourra ne former qu'un seul corps de 3 à 4 divisions ou bien se diviser en 2 corps de 2 divisions. Dans ce dernier cas^ on aurait sept corps, en n'en comptant qu'un pour la réserve ; mais il faudrait que le dernier eût toujours trois divisions, afin que le centre et les ailes eussent chacun leur réserve.

En formant ainsi 7 corps, si l'on n'en avait pas toujours quelques-uns hors de ligne pour fournir les détachements, il arriverait souvent que les corps des extrémités se trouveraient détachés, en sorte qu'il ne resterait pour chaque aile que deux divisions, dont il faudrait même parfois détacher encore une brigade pour flanquer la marche de l'armée ; ainsi il n'y resterait plus que 3 brigades, ce qui ne constitue pas un ordre de bataille bien fort.

Formation de la ligne de bataille. 20i

Ces vérités font croire qu'une organisation de la ligne de bataille en 4 corps de 3 divisions d'infanterie et une de cavalerie légère, plus trois ou 4 divisions destinées aux détachements, serait moins sujette à varier qu'une en 7 corps de deux divisions.

Du reste, comme tout dépend, dans ces sortes d'arrangements, de la force de l'armée et des unités qui la composent, autant que de la nature de ses entreprises, il en résulte des variantes multipliées qu'il serait trop long de détailler ici, et je me bornerai à tracer sur la planche cijointe (voir Atlas, planche VI), les principales combinaisons que présenterait une formation, selon que les divisions seraient de 2 ou de 3 brigades, et les corps de 2 ou 3 divisions. On y a tracé la formation pour deux corps d'infanterie sur deux lignes, soit l'un derrière l'autre, soit l'un à côté de l'autre.

Ceci nous amène à examiner s'il peut jamais être convenable de placer ainsi deux corps l'un derrière l'autre, comme Napoléon le fit souvent, notamment à Wagram. Je crois qu'à l'exception des réserves, ce système ne saurait s'appliquer qu'à une position d'attente, et nullement à un ordre de combat ; car il est bien préférable que chaque corps ait en lui-même sa seconde ligne

Î02 Chapitre VIL — Art. 44.

et sa réserve, que d'entasser plusieurs corps sous des chefs dififérents. Quelque bien disposé que soit un général à soutenir un de ses collègues, il lui répugnera toujours de morceler ses forces à cet effet ; et quand, au lieu d'un collègue, il ne verra dans le commandant de la première ligne qu'un rival envié, ainsi que cela n'anive que trop souvent, il est probable qu'il ne lui fournira pas avec empressement le secours dont il pourrait avoir besoin. Outre cela un chef, dont le commandement est réparti sur une longue étendue, est bien moins sûr de ses opérations que s'il n'embrassait que la moitié de ce front, et qu'il trouvât en échange dans plus de profondeur le soutien qui lui serait nécessaire. Enfin, pour compléter cet aperçu, on verra par le tableau ci-après (*) combien cette question de

(') Toute armée a deux ailes, un centre, et une réserve, en tout 4 fractions principales, outre les détachements éventuels. Yotf^i les diverses formations qu'on peut donner à Tinfanterie :

i*» En régiments à 2 bataillons de 800 hommes.

4 corps à 2 divisions = 8 ) ^^«jjb" 88b-= 72miUeh. plus 3 d" pour détachements )

4 corps à 3 divisions == 12 ^ ,„ «^ .^^ /w? -n u

, ^, ,, ^ l 15 > 30 » 120 * = 96 mille h.

plus 3d" pour détachements )

7 corps d'armée à 2 divisions j 14 . 28 ^l^ , =103 mille h. plu^ un 8* pour détachement ) 2 > 4 > j

Forfnaiim de la ligne de bataille. 203

la meilleure formation est subordonnée à la force de l'armée et combien elle est compliquée. On ne saurait guère se régler aujourd'hui sur les énormes masses mises en action de 1812 à 1815, où nous avons vu une môme armée former jusqu'à 14 corps qui avaient de 2 à 5 divisions. Avec de telles forces, il est incontestable qu'on ne saurait rien imaginer de mieux qu'une organisation par corps d'armée de trois divisions : on destinerait huit de ces corps pour la ligne de bataille et il en resterait six tant pour les détachements que pour renforcer tel point de cette ligne qu'on jugerait convenable. Mais pour appliquer ce système à des armées dans les proportions déjà fort respectables de 150 mille hommes, on pourrait à peine employer des divisions de

2<* En régiments à 3 bataillons, brigades de 6 bataillons,

4 corps à 2 d- outre les détach' 1 1 d- 22 b- 132 b»«= 105 mille h. 4 corps à 3 > outre les détach' 15 > 30 > 180 > = 144 mille h. 8 corps à 2 » 16 » 32 » 192 » =154 mille h.

Si à ces chiffres on ajoute un quart pour la cavalerie, Tartillerie et sapeurs, on peut calculer la force nécessaire pour ces diverses formations.

Il faut seulement observer que les régiments à 2 bataillons de 800 honmies seraient bien faibles au bout de deux ou trois mois de campagne. S'ils n'ont pas 3 bataillons, il faudrait alors au moins que les bataillons eussent mille hommes.

»4 Chapitre VIL — Art. 44.

deux brigades, là où Napoléon et les alliés employaient des corps d'armée entiers.

En effet, si Ton destine 9 divisions pour former le corps de bataille, c'est-à-dire les deux ailes et le centre, et qu'on en destine 6 autres pour la réserve et les détachements éventuels, il faudrait 15 divisions ou 30 brigades, qui compteraient 180 bataillons si les régiments sont de 3 bataillons. Or cela suppose déjà une masse de 145 mille fantassins, et une armée de 200 mille combattants.

Avec des régiments de 2 bataillons, cela n'exigerait, il est vrai, que 120 bataillons ou 96 mille fantassins ; mais si les régiments n'ont que deux bataillons, alors la force de ceux-ci doit être portée à mille hommes, ce qui donnerait toujours 120 mille fantassins, et une armée de 160 mille hommes. Ces calculs seuls prouvent combien le système de formation des fractions inférieures influe sur celui des grandes fractions.

Si une armée ne passe pas 100 mille hommes, la formation en divisions, comme en 1800, vaudrait peut-être mieux que celle par corps.

Après avoir recherché le meilleur mode pour donner une organisation un peu stable au corps de bataille, il ne sera pas hors de propos d'examiner si cette stabilité est désirable, et si l'on

Formation de la ligne de bataille, 205

ne trompe pas mieux Tennemi en changeant fréquemment la composition des corps et leur emplacement.

Je ne nie pas ce dernier avantage, mais il est possible de le concilier avec celui que procure la stabilité approximative dans l'ordre de bataille. Si Ton réunit les divisions destinées aux détachements avec les ailes et le centre, c'est-à-dire si Ton compose ces fractions de 4 divisions au lieu de 3, et si parfois on ajoute une ou deux divisions à celle des ailes qui serait le plus probablement destinée au choc principal, on aura aux ailes des corps qui seront dans le fond de A divisions, mais qui, par les détachements, n'en auront ordinairement que trois, et parfois pourront être réduites à deux, tandis que l'aile opposée renforcée d'une partie de la réserve, jusqu'à la concurrence de cinq divisions, offrirait une différence assez notable pour que l'ennemi ne sût jamais au juste la force réelle des fractions du corps de bataille qu'il aurait devant lui. Il y aurait par ce moyen plus d'unité dans les ordres de mouvements de l'état-major, plus de facilité pour les expéditions journalières, et cependant pas assez de régularité pour que l'ennemi sût toujours précisément à qui il aurait à faire. Mais je m'aperçois du reste que je m'engage trop loin

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dans une arène où je ne devrais pas même entrer. C'est aux gouvernements à décider ces questions qui méritent un mûr examen, et doivent faire l'objet d'une instruction pour l'étatmajor , instruction néanmoins qui ne saurait imposer des chaînes absolues au généralissime, lequel doit toujours pouvoir régler la distribution de ses forces selon ses vues particulières et l'étendue des entreprises qu'il formerait.

En définitive, quels que soient la force et le^ nombre des subdivisions ou fractions de l'armée, l'organisation par corps d'armée restera probablement longtemps comme type normal chez toutes les grandes puissances continentales et c'est d'après cette vérité que la ligne de bataille doit être calculée.

Si la répartition des troupes y est différente d'autres fois, la ligne de bataille en elle-même a subi aussi quelques changements qui résultent des réserves et de la cavalerie légère attachée aux différents corps d'infanterie. Jadis elle se composait ordinairement de deux lignes, aujourd'hui elle est composée de deux lignes avec une ou plusieurs réserves. Mais -dans les derniers temps, les masses européennes qui se sont choquées étaient devenues si considérables, que les corps d'armée, formés eux-mêmes sur deux

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lignes, se trouvant souvent placés Tun derrière l'autre, formaient ainsi quatre lignes; et les corps de réserve étant formés aussi de même, il en résultait fréquemment jusqu'à six lignes d'infanterie et plusieurs de cavalerie ; formation bonne peut-être pour une position préparatoire, mais qui est trop profonde pour le combat.

Quoiqu'il en soit, la formation classique, si Ton peut lui donner ce nom, est encore à l'heure qu'il est, pour l'infanterie, celle sur deux lignes : l'étendue plus ou moins rétrécie du champ de bataille, et la force des armées pourront bien motiver quelquefois une formation plus profonde, mais ce sera toujours à titre d'exception ou pour un coup de collier seulement, car l'ordre sur deux lignes outre les réserves, paraissant suffire pour la solidité, et donnant plus de forces combattantes à la fois, semble bien aussi le plus convenable.

Lorsque l'armée possède un corps permanent d'avant-garde, ce corps peut aussi être formé en avant de la ligne de bataille ou retiré en arrière pour augmenter la réserve (*) ; mais comme on

(*) L*avant-garde étant tous les jours exposée en face de l'ennemi et formant même rarrière-garde quand il s'agit de rétrograder, il semble assez juste, au moment de la bataille, de lui

208 Chapitre VIL — Art. 44.

Ta déjà dit ailleurs, cela arrive rarement d'après les formations actuelles et la manière de combiner les marches qu'elles nécessitent ; chaque aile de l'armée a sa propre avant-garde, et celle du corps de bataille se trouve tout naturellement fournie par les troupes du corps d'armée qui marcherait en tète : quand on vient en présence, ces divisions rentrent dans leurs positions de bataille respectives. Souvent même les réserves de cavalerie se trouvent presque en entier à l'avant-garde, ce qui n'empêche pas qu'au moment de livrer bataille, elles ne reprennent aussi le poste qui leur est assigné, soit par la nature du terrain, soit par les vues du général en chef.

D'après ce que nous venons d'exposer, nos lecteurs s'assureront que les errements suivis depuis la renaissance de l'art de la guerre et l'invention de la poudre jusqu'à la Révolution française, ont subi de grands changements par l'organisation actuelle, et que pour bien apprécier les guerres de Louis XIV, de Pierre-le-Grand et de Frédéric II, il faut nécessairement se reporter au système adopté de leur temps.

Toutefois, une partie des anciennes méthodes

donner un poste moins exposé que celui d'être placée en avant de la ligne de bataille.

FoTTiiation de la ligne de bataille, 209

peut encore être employée, et si, par exemple, le placement de la cavalerie sur les ailes n'est plus une règle fondamentale, il peut être bon pour des armées de 50 à 60 mille hommes, surtout quand le centre se trouve sur un terrain moins propre à cette arme que Tune ou l'autre des extrémités. Il est généralement d'usage d'attacher une ou deux brigades de cavalerie légère à chaque corps d'infanterie, ceux du centre la placeront préférablement derrière la ligne : ceux des ailes peuvent la placer sur leurs flancs. Quant aux réserves de cette arme, si elle est assez nombreuse pour organiser trois corps, afin que le centre et chacune des ailes ait sa réserve, ce serait un ordre aussi parfait qu'on puisse le désirer. A défaut de cela, on pourrait disposer cette réserve en deux colonnes, l'une au point où le centre se lie à la droite, l'autre entre le centre et la gauche : ces colonnes pourraient ainsi arriver avec la même facilité sur tous les points de la ligne qui seraient menacés (*).

L'artillerie, aujourd'hui plus mobile, est bien comme autrefois répartie sur tout le front, puis-

(*) U est bien entendu que ce placement suppose un terrain propice à cette arme, première condition de tout ordre de bataille bien combiné,

ÎIO Chapitre VIL — Art. 44.

que chaque division a la sienne. Cependant il est bon d'observer que, son organisation s'étant perfectionnée, on peut mieux la répartir selon les besoins, et c'est toujours un grand tort que de la trop éparpiller. Il existe au reste peu de règles positives sur cette répartition de l'artillerie ; car, qui oserait conseiller, par exemple^ de boucher une trouée dans une ligne de bataille, en plaçant 100 pièces en une seule batterie, fort loin de toute la ligne, comme Napoléon le fit avec tant de succès à Wagram ? Ne pouvant entrer ici dans tous les détails de cette arme, nous nous bornerons à dire :

1** Que l'artillerie à cheval doit être placée sur un terrain où elle puisse se mouvoir en tout sens ;

2^ Que l'artillerie à pied, surtout celle de position, serait mieux placée, au contraire, sur un point où elle se trouverait couverte de fossés ou de il aies qui la missent à l'abri d'une charge subite de cavalerie. Je ne dirai pas que, pour lui conserver son plus grand effet, il faut se garder de la hisser sur des éminences trop plongeantes, mais qu'il faut, au contraire, la placer sur des terrains plats ou des talus en glacis ; c'est ce que chaque sous-lieutenant doit nécessairement savoir ;

Formation de la ligne de bataille. iii

3*» Si Tartillerie à cheval est principalement affectée à la cavalerie, il est bon toutefois que chaque corps d'armée ait la sienne, pour gagner rapidement un point essentiel à occuper. Outre cela, il est convenable qu'il y en ait au^si à la réserve d'artillerie, afin de pouvoir la porter avec plus de promptitude au secours d'un point menacé. Le général Benningsen eut lieu de s'applaudir, à Eylau, d'avoir réuni 50 pièces légères en réserve, car elles contribuèrent puissamment à rétablir ses affaires entre le centre et la gauche où sa ligne venait d'être enfoncée ;

A^ Si l'on est sur la défensive, il convient de placer une partie des batteries de gros calibre sur le front, au lieu de les tenir en réserve, puisqu'il s'agit de battre l'ennemi du plus loin possible, pour arrêter l'impulsion de son attaque et semer le trouble dans ses colonnes ;

5® Dans le même cas de défensive, il semblerait convenable, qu'à part la réserve, l'artillerie fût également distribuée sur toute la ligne, puisqu'on a un égal intérêt à repousser l'ennemi sur tous les points : cela n'est cependant pas rigoureusement vrai, car la nature du terrain et les projets évidents de l'ennemi pourraient nécessiter de porter le gros de l'artillerie sur une aile ou sur le centre.

îiî Chapitre VIL — Art. 44.

6** Dans l'offensive , il peut être également avantageux de concentrer une très forte masse d" artillerie sur un point où Ton voudrait porter un effort décisif, afin d'y faire, dans la ligne ennemie, une brèche qui faciliterait la grande attaque d'où dépendrait le succès de la bataille. ' N^ayant d'ailleurs à traiter ici que de la répartition de l'artillerie, nous parlerons plus tard de son emploi dans les combats.

Formation et emploi de V infanterie, 213

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