‹ Prʹecis de l'art de la guerreChapitre 20 sur 63 · PAR LE GÉNÉRAL JOMINI · texte numérisé non relu

PAR LE GÉNÉRAL JOMINI

complété et appliqué aux nouvelles découvertes par le colonel Legomte, etc., etc.,

je serais fier d'avoir un aussi bon Continuateur et votre amour-propre ne saurait en souffrir. Si je me trompe, détrompez-moi.

Si vous vouliez faire un nouveau Précis de Vart de la guerre, sous votre nom, vous ne pourriez guère éviter de redire les mêmes choses que moi et de tomber dans un plagiat plus ou moins dissimulé. Tandis que vous posant comme Continuateur et Perfec£io7ineur^ il me semble que l'honneur ne serait pas moins grand.

Adieu, mon cher colonel, je ne vous dis rien de moi : je suis la pente naturelle de mes souffrances et de mes 90 ans.

Malgré la quasi-élégance de mon écriture, je n'ai plus qu'un quart d'oeil^ car le gauche est mort et le droit ne voit qu'avec peine avec une loupe. Je ne puis plus sortir de mon fauteuil de douleurs et ma tête, qui avait tenu bon jusqu'à présent, commence à suivre la décadence du reste. Agréez, ainsi que Madame Lecomte, les vœux sincères que nous ferons toujours

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pour votre prompt rétablissement et la prospérité de toute la famille.

Général Jomini.

Passy, 29 novembre 1868.

Si à cette époque, le général Jomini avait pu manier la pluma et le crayon comme précédemment, cette nouvelle édition d'une œuvre qui lui tenait fort à cœur eût certainement renfermé^ d'instructifs compléments. En eût-il été de même des rectifications et lacunes auxquelles sa lettre susmentionnée faisait allusion ?•.. Je me permets d'en douter. La lacune n'était pas aussi grande qu'il voulait bien le dire, avec trop de modestie. Sa perspicacité n'avait pas été en défaut autant qu'il se le figurait à l'égard des nouvelles inventions. Toutes les applications principales qui en ont été faites au militaire avaient été, implicitement au moins, prévues par lui. Les expériences des dernières grandes guerres n'ont fait que confirmer ses prévisions essentielles, se résumant dans ces deux préceptes :

1° En stratégie rien de changé, si ce n'est une immense augmentation de ressources de tous genres, réseaux ferrés, navigation à vapeur rapide, télégraphes et téléphones électriques, formidables effectifs, puissance merveilleuse des

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feux, etc., formant tout autant d'avantages pour ies généraux et gouvernements habiles, et non moins d'embarras et de causes de ruine pour les incapables ou les médiocres ;

2<* En tactique générale y perfectionnements marquants dans le sens, déjà bien connu, de l'ordre mince, à amincir jusqu'à devenir disperse ; ces perfectionnements en appelleront maints autres de détail pour assurer la direction efficace des corps de troupes sur de grands fronts, en vue d'obtenir à la fois la convergence des feux et le coup décisif d'action, c'est-à-dire l'emploi le plus judicieux possible des lignes ou chaînes et colonnes d'infanterie, combiné avec les feux d'artillerie et les chocs de cavalerie.

A côté de cela, les dernières grandes guerres fourniraient, il est vrai, de nombreux exemples historiques corroborant ceux du Précis; mais, outre que ce n'est pas un livre d'histoire militaire de notre crû que nous entendons produire ici sous le propice couvert de celui du maître, ce recueil d'exemples contemporains mènerait trop loin et sortirait du cadre normal de cette publication. En effet, pour garder à celle-ci son titre et sa valeur de « Précis » elle doit rester autant que possible dans les bornes de l'édition de 1855

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en la complétant surtout de ses propres appendices restitués aux articles auxquels ils se rapportent.

Nous nous bornerons donc, dans ce Chapitre final, à reprendre successivennient ceux des deux Parties du Précis, en y joignant brièvement les observations ou compléments dont ils sont susceptibles et en nous basant sur les vues émises par l'auteur, semées ça et là dans des écrits postérieurs, dont plusieurs inédits ou peu connus. Ainsi cette nouvelle édition restera mieux l'œuvre du général Jomini lui-même, ce qui se justifie d'autant plus que les anciennes éditions sont épuisées.

Le Chapitre I, Le la politique de la guerre demeure et demeurera longtemps dans sa première teneur. La définition qu'il donne des diverses sortes de guerres s'applique à l'histoire ancienne comme à l'histoire moderne et à la future.

Le Chapitre II, Politique militaire ou philosophie de la guerre, pourrait aussi être apprécié d'une manière analogue dans son ensemble. Toutefois l'art. 13, Des institutions militaires, soulève quelques réflexions d'une réelle opportunité. Sur deux points particulièrement recom-

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