‹ Prʹecis de l'art de la guerreChapitre 38 sur 63 · Chapitre final. Mf · texte numérisé non relu

Chapitre final. Mf

Afin de parer à ces inconvénients^ il serait peutêtre nécessaire d'établir un tracé de chemins de fer secondaires, spécialement stratégiques, combiné avec un système de défense habilement préparé. Sous ce rapport, la Russie peut faire une exception ; car elle trouverait dans la vaste étendue de son territoire et dans son climat les moyens de défense les plus puissants. Si les voies ferrées y sont nécessaires pour établir les communications entre les Provinces et entre celles-ci et les ports de mer, il n'en faudrait pas construire de trop onéreuses au trésor sans compensation,, ou de trop dangereuses en cas de guerre.

Je ne saurais mieux démontrer l'importance des innovations produites par les chemins de fer qu'en citant une anecdote fort intéressante et qui, mieux que tous les raisonnements, peut en faire juger les conséquences :

Au début de la campagne de 1800, un démêlé s était élevé entre Napoléon et le général Moreau, au sujet du plan d'opérations rédigé par le Premier Consul» tendant à réunir vers Schaffhouse l'armée de ré* serve, assemblée à Dijon, avec celle de Suisse sous Lecourbe, et avec celle du Rhin sous Moreau, afin de tourner Tarmée autrichienne par les sources du Danube. Ce dernier général devait prendre le commandement nominal après la jonction, parce que la constitution ne permettait pas au Consul de commander l'armée. Or Moreau se souciait peu de ce rôle secondaire, et trouvait le mouvement qui lui était prescrit trop dangereux ; il refusait de s'y conformer et propo-

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sait d'autres moyens pour arriver au môme but. Mais comme il déclarait ne pas accepter le commandement nominal si le Premier Consul venait en personne à l'armée, il était évident qu'il ne voulait pas encourir la responsabilité d'une défaite, pour laisser à Napoléon toute la gloire du succès. La lutte était épineuse. Moreau envoya à Paris son chef d'état-major et ami, le général Dessoles, pour expliquer les motifs de son refus, et c'était bien l'homme le plus propre à remplir une mission aussi délicate. Sa première audience eut naturellement pour résultat de prouver au Consul que la divergence des moyens d'exécution n'était qu'un prétexte pour dissimuler une question d'amour-propre, et il renvoya Dessoles au lendemain, afin de prendre une décision. Un événement imprévu vint la faciliter. On apprit dans la nuit que Masséna, battu par Mêlas sur l'Apennin, avait été forcé de s'enfermer dans Gènes avec vingt mille hommes ; il s'agissait d'aller le sauver. Lorsque Dessoles arriva le lendemain chez le Consul, celui-ci s'écria : « Ah î vous venez fort à pro- » pos, Moreau sera satisfait ; je n'irai pas sur le Rhin » avec l'armée de réserve, mais en Italie, car il s'agit » de sauver Masséna (dont il expliqua la position). Re- » partez de suite, dites à Moreau qu'il exécute le plan » de réunion avec Lecourbe de la manière qu'il a pro- » posé de le faire. Il doit gagner une bataille dès les » premiers jours de mai entre le Danube et SchafT- » house ; aussitôt après il faut qu'il m'envoie vingt- » cinq mille hommes par le Saint-Gothard à Milan, » car voici (en posant l'index sur la plaine de Tortone)

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