Chapitre final
conception de Bonaparte en 1800 eût pu se préparer et s'effectuer plus sûrement encore à l'aide des chemins de fer reliant aujourd'hui un grand nombre de points qui y jouèrent un rôle marquant, tels que Paris, Lyon, Marseille, Nice, Gênes, Dijon, Genève, Lausanne, Villeneuve, Martigny, Brigue, le St-Gothard, Zurich, Schaffhouse, Bâle, Strassbourg, etc., etc.
Qu'un studieux officier d'état- major veuille bien s'adonner au délassement, quelque peu féerique mais fort instructif en tout cas, de refaire aussi exactement que possible cette immortelle campagne, en y introduisant l'élément des réseaux ferrés et télégraphiques fonctionnant maintenant sur ces théâtres de guerre, avec leur emploi conforme aux règlements français susindiqués, il aboutirait certainement à la conclusion que les principales difficultés matérielles prévues par Bonaparte et qu'il ne surmonta qu'au prix de laborieux préliminaires et d'efforts surhumains, lui eussent donné bien moins de soucis, soit d'exécution, soit de dissimulation, et qu'il eût pu indiquer également bien le jour où ses masses se trouveraient réunies en Lombardie sur les revers de l'armée de Mêlas.
Dans ce roman à la Jules Verne de la campagne de 1800 avec les ressources de 1894, il n'y
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aurait rien à changer sans doute aux mesures de la fausse réserve de Dijon, rien non plus à l'acheminement vers la Suisse des quatre divisions formant la vraie réserve, puisqu'on avait le temps de les faire marcher par étapes, bien qu'on eût pu indifféremment former, à côté de la fausse réserve, trois réserves réelles, à Paris, Lyon, Châlons- sur -Marne, qui n'eussent pas révélé grand'chose sur la ligne d'opérations définitive.
Mais les transports, par barques ou par lourds charrois, d'Auxonne et de Genève à Villeneuve et à St-Pierre, qui préoccupèrent si vivement le premier Consul, eussent été avantageusement remplacés par des trains courant de Paris ou de Lyon sur Martigny ; mais le séjour plus ou moins voilé de Bonaparte à Dijon, puis à Lausanne, eût pu être beaucoup mieux masqué que par sa pointe des 9-13 mai sur Genève et par le bruit qu'il fit faire pour y retenir des appartements et locaux de quartier-général. Ce jeu-là, il l'eût joué à Nice sans doute, au plus près de Suchet jusqu'au dernier moment, pour mieux cacher aux Autrichiens de la Ligurie ses réels projets. Peut-être, au besoin, y eût-il laissé « son oison » de Berthier, en diversion d'étatmajor, comme six ans plus tard, avant léna, il
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Texhiba vers Wûrzburg et Kônigshofen, tandis qu'il se dirigeait sur Bamberg, et le 14 ou 15 mai il se fût rabattu en train direct de Nice à Martigny, ce qui ne prenait que 24 heures. Il eût, en route, préparé ses derniers ordres et, à Martigny, trouvé ses sections de sapeurs de chemins de fer prêtes à donner le coup de collier pour passer le col, qui eût été franchi en trois jours, au lieu de six.
L'obstacle du fort de Bard, le moins prévu quoique le plus réel, resterait toujours l'accident principal de l'opération, et si les Français réussirent à en triompher, avec ou sans le secours du Dieu Hasard — titulature du siècle passé moins justifiée que celle La ProvidencCy employée par Jomini à propos de la campagne de 1809 (*) — il faut reconnaître que les chemins de fer n'y eussent pas pesé d'un grand poids.
Le débouché au sud des Alpes des quatre détachements de droite et de gauche : ceux de Thurreau par lé Mont-Cenis sur Suze, de Chabran dans la vallée d'Aoste par le petit Saint-
(*) Voir la Lettre du général Jomini au Directeur du < Spectateur militaire >, du S2 juillet 1856, pages iO et 11, passages reproduits dans le Bésumé de la stratégie, !'• Partie, Chapitre III, Art. 30, page 501.
Bernard, de Béthencourt par le Simplon, de Moncey surtout par le Gothard, se seraient effectués plus aisément encore grâce aux voies ferrées de Grenoble, de Lyon, de Mâcon, de Genève sur Chambéry et le Mont-Cenis ; de Genève ou Culo2 sur Chamounix; de Genève et Lausanne sur Martîgny et Brigue; de Zurich par le Gothard sur Bellinzone, Arona, Sesto-Calende. Seule, la besogne des braves flanqueurs de la division Lecchi, qui assurèrent par les hautes cimes dominant Gressonay le débouché de la colonne Béthencourt par le Simplon, resterait la môme.
Peut-ôtre, à la vérité, les Autrichiens auraientils pu bénéficier aussi de leurs voies ferrées pour renforcer les postes* du général Kaim devant Turin, de Haddick sur la Sesia, de Wukassovich à la garde des débouchés du Gothard et du Simplon ; mais tant que le généralissime Mêlas s'obstinait à faire front sur le Var, en vue d'arriver à Toulon pour rendre cette place aux Anglais, une plus grande rapidité de transports militaires n'eût servi à rien, sinon qu'à l'embourber davantage dans son erreur fondamentale, au lieu de l'en sortir.
Sur le théâtre de guerre de TAUemagne, les réseaux actuels de chemins de fer eussent égale-
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ment facilité les combinaisons de la partie la plus active et la plus habile, c'est-à-dire de Moreau en face de Tarmée hésitante de Kray ; Bonaparte, constamment renseigné télégraphiquement «ur le succès de^'son émule, eût ordonné presque ^ heure fixe le trajet des troupes de Lecourbe par la Suisse et leur arrivée dans le bassin du Pô en jonction des autres détachements et de â'armée de réserve, à moins toutefois — car il faut aussi compter avec les accidents du siècle — »que Moreau et autres généraux impatients ou :ambitieux ne se fussent débarrassés des fils qui ^supprimaient leur part de libre arbitre, comme Je fit, dit-on, le maréchal Pélissier en Crimée.
Nous avons donc la ferme conviction que le général Jomini, s'il pouvait constater l'état de <5hoses de 1894 avec ses facultés d'il y a une trentaine d'années, arriverait à la solution indi- •quée ci-dessus, et qu'il nous pardonnerait de l'avoir opposée à celle de l'anecdote, très caractéristique d'ailleurs, de son appendice de 1866,
Par les mêmes motifs qui nous ont fait admettre, ci-dessus, que la fausse armée de réserve à Dijon eût pu être remplacée ou complétée par