Chapitre final
1858, et la preuve acquise du parti qu'on en a tiré dans les dernières guerres, nous autorisent aujourd'hui à marcher plus franchement dans la voie de la réduction des forteresses - frontières. Nous opinons donc à présent pour la suppression de toutes les places-frontières ainsi que de toutes les positions fortifiées, même de celles qui sont situées dans l'intérieur du pays, quand elles n'ont pour bût que de servir:
l» De barrière, de chaînes à larges mailles, de mur d'airain, pour contenir les invasions ;
2fi Ou de point d'appui aux armées en campagne comme Metz, Sedan et Besançon ;
3® Ou pour appuyer les armées dans leurs mouvements offensifs au delà des frontières ;
4» Ou pour mettre les armées à l'abri de poursuites vigoureuses ;
5® Ou, enfin, pour leur fournir asile en cas de revers ; — à moins que la position ne soit stratégiquement bien établie et bien approvisionnée, de manière à pouvoir servir de base et de pivot de manœuvres aux armées destinées à opérer dans cette direction.
Une armée qui ne peut plus tenir la campagne doit^ pour se refaire, se retirer sur un point où elle trouvera l'abondance et l'espace pour se mouvoir, c'est-à-dire^ sur sa base d'opération.
Une position, pour servir de base à une armée doit donc être a^sez va^te, se trouver sur un emplacement très salubrey et occuper un point centraly un pivot de mxmœuvre^ de préférence un
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grand centre de population, une cité à grandes ressources, où Varmée aura à sa disposition du numéraire, des hommes, des chevaux et du matériel pour se refaire.
Toute position fortifiée qui ne répond pas à ces conditions, qui ne peut pas remplir k la fois l'office de base fixe, de pivot de manœuvre et de place de refuge, sera plus nuisible qu'utile à la défense générale d'une contrée.
Sous ce rapport, Olmutz offre un exemple frappant. Après Sadowa, l'armée autrichienne, en cherchant un asile dans ce camp retranché, trop en dehors de la direction de la zone d'invasion pour concourir à la défense générale de l'Empire, s'est fourvoyée. On s'en est aperçu mais trop tard et quand le mal était fait. Si, en effet, au lieu de passer d^abord par Olmutz, l'armée s'était retirée directement sur Vienne, sa base naturelle, elle s'y serait trouvée au milieu de ses ressources, elle aurait pu s'y refaire en hommes, en chevaux et en matériel de guerre. En pivotant sur Vienne, elle aurait pu reprendre l'offensive dans les meilleures conditions possibles et avec une supériorité numérique marquée. En se repliant sur Olmutz, elle a laissé à découvert la capitale, objectif décisif de l'ennemi, et s'est trouvée dans l'impossibilité de se réunir pour tenter de nouveau le sort des armes. C'est le camp retranché de la Moravie qui a mené l'Empire à Nicolsbourg.
Il vient de se produire en Allemagne un nouveau système de camps retranchés purement militaires, à
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l'effet de servir de base et de pivot aux armées. Les uns proposent « de les placer dans des contrées complètement stériles, loin de tout centre de population » ; d'autres émettent l'avis « de les établir h portée d'une grande ville »
« On ne peut songer, dit un ingénieur allemand, auteur d'un projet près Mulhouse, à enfermer dans une enceinte fortifiée la ville commerçante et manufacturière de Mulhouse avec ses nombreuses fabriques et ses 50,000 habitants. Il est plus sage de la traiter complètement en ville ouverte et de n'opposer aucun obstacle à l'établissement de nouvelles constructions dans la vallée de TIU. Il y a, à ce sujet, des intérêts politiques, et des intérêts militaires également en jeu »...
L'idée d'établir des camps retranchés en rase campagne, n'ayant pas pour base un grand centre de population, pourrait être utile dans des cas donnés. Par exemple, si Vérone, au lieu d'être une grande ville, n'était qu'une bourgade, le camp élevé sur cet emplacement aurait toujours une haute importance stratégique ; seulement cette bourgade n'offrirait pas à une armée les éléments de défense que pourrait lui garantir un grand centre de population.
Plus une ville est populeuse, industrielle et riche, plus elle offre de ressources pour celui qui la possède. Or, en laissant Mulhouse en dehors du camp, Tassiégeant ne manquera certes pas de s'en emparer et de tirer parti de tous ses moyens. Par conséquent, si Mulhouse, au lieu d'être adjacent au camp, se trouvait
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enclavé dans le camp même, ce serait l'assiégé qui disposerait de ce qu'elle contient, et la ville ne serait pas exposée aux calamités de l'occupation ennemie.
Si le roi Louis-Philippe, au lieu d'élever le camp retranché autour de sa capitale, l'avait établi à Versailles ou à Argenteuil, dans les deux presqu^lles de la Seine, ce camp, privé de la population de Paris et de ses immenses ressources, aurait-il résisté aussi long* temps et aussi énergiquement que celui de la Capitale? Et, en admettant que le siège du camp d'Argenté uil se fût prolongé, Paris étant occupé par l'ennemi, aurait-i] été moins éprouvé qu'il ne Ta été î
Nous ne comprenons pas dans quel but Tauteur propose d'établir son camp adjacent à Mulhouse, au lieu de le placer autour de cette ville.
Quoi qu'il en soit, voici la conclusion de l'auteur; elle donne une idée de l'ensemble du disposilif de défense qu'il propose d'appliquer à la frontière occidentale de l'Allemagne, de Mulhouse à Wesel :
« Pour défendre notre territoire contre la France, nous nous appuierons donc surtout sur les camps retranchés de Metz, Strasbourg et Mulhouse i puis viendront en seconde ligne, soit pour fermer des passages, soit pour servir de postes intermédiaires, Thionville, Hombourg, Phalsbourg, et éventuellement Schelestadt, sans compter les nombreux forts isolés qui seront chargés de défendre les défilés des Vosges »
A rencontre des avantages que Ton attend de ce système, nous ferons observer que, tant que les armées
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allemandes opéreront offensivement, leur front de défense, d'un développement de plus de cent lieues et hérissé d'une dizaine de grands camps retranchés et 4'un nombre considérable de petites places, ne présenterait guère de fort graves inconvénients ; il ne ferait qu'affaiblir leur force armée ; et, si les circonstances «e présentaient différemment, si les Français parvenaient à prendre l'offensive, les Allemands, pour garder toutes leurs forteresses et défendre leur immense front, seraient obligés d'éparpiller leurs forces, et alors leurs armées seraient exposées à éprouver un sort semblable à celui qu'ont subi les armées françaises au milieu de leurs forteresses comprises entre la Moselle €t la Meuse.
Un dispositif de forteresses ne doit pas seulement être utile à la défense, il doit surtout ne pas paralyser l'offensive par sa trop grande extension.
Au système de places-frontières sur deux ou trois lignes, le colonel Vandewelde oppose celui de la défense à polygone concentré et des capitales fortifiées. Après avoir évoqué l'appui des expériences de l'histoire et réfuté quelques passages de livres militaires réputés, il conclut comme suit :
L'analyse que nous venons de faire d'écrits concernant les modifications qu'on propose d'introduire dans la défense des états, laisse la solution de ce grand problème complètement dans le vague : en théorie»