Chapitre final
de la formation et de l'emploi des troupes pour le combat, en quatre articles, un pour chacune des trois armes et un pour leur emploi combiné.
Ce très substantiel Chapitre demanderait de longs développements si Ton voulait y joindre le récit des progrès réalisés dans chacune de ces armes depuis 40 ans et des changements de règlements d'exercices ou de manœuvres qui en sont résultés.
Un tel exposé sortirait, on le comprend, des bornes de ce travail ; il aboutirait, de plus, ù une nomenclature technique déplacée ici, car elle ne ferait que répéter ce que disent tous les manuels d'artillerie, dont les tabelles donnent tous les détails possibles sur les fusils et mousquetons d'infanterie et sur les bouches à feu des divers états de l'Europe, détails qui ont bien leur prix au point de vue comparatif, mais qui sont en dehors de notre cadre normal.
D'ailleurs, il y a lieu de noter qu'aujourd'hui le matériel, gros et petit, l'armement, l'équipement soit des corps de troupes, soit des hommes, sont à peu près identiques dans toutes les armées européennes. Aucune d'elles n'apportera, par ce fait, un facteur inconnu de supériorité sur tes champs de bataille, à moins qu'il ne s'y
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produise quelque engin encore enseveli dans les plus épais mystères.
Les bons principes de la stratégie gardent donc toute leur valeur. Il en est de même de ceux de la tactique, moyennant quelques variantes de distances, d'intervalles, de défilements, d'utilisation plus serrée des couverts, naturels ou artificiels, d'allures plus rapides parfois, d'efforts plus considérables pour profiter des accidents favorables du sol sans se laisser entraver par les obstacles matériels qu'ils peuvent opposer aux mouvements des corps de troupes.
Pour les formations de Vinfanterie, le nécessaire, c'est-â-dire un ordre plus aminci, maniable €t bien approprié aux circonstances du terrain, a déjà été énoncé et reconnu. Nous ne pouvons, par exemple, que nous ranger aux remarques du Spectateur militaire, de Paris, telles que nous les résumons ci-après :
Il y a lieu, dit le Spectateur, de se défier des gens qui ne peuvent pas voir apparaître un nouveau fusil ou un nouveau canon sans s'écrier qu'il faut aussitôt changer la tactique.
La tactique n'est pas aussi instable que cela.
Oui après la guerre de 1870-1871, il a été bien
reconnu qu'en présence du perfectionnement inouï
des armes à feu, il était désormais impossible de procéder, sur le champ de bataille, à des attaques directes à découvert et à rangs serrés.
Le règlement (français) de 1875 a substitué, comme formation habituelle de combat, Tordre dispersé à Tordre serré. Mais il n'a ni inventé Tordre dispersé qui existait depuis longtemps, ni proscrit absolument Tordre serré qui peut encore avoir son efficacité suivant les circonstances. Et qu'aujourd'hui une nouvelle Invention surgisse, donnant aux fusils et aux canons une plus grande portée, en même temps que plus de justesse et de rapidité, on en sera réduit à accroître les intervalles et les distances entre les divers éléments de la formation de combat, mais on ne changera pas, de ce fait, la tactique ; ce ne sera qu'une extension nouvelle donnée à Tordre dispersé. On n'en reviendra certes pas à l'attaque à rangs serrés, sauf dans les cas particulièrement favorables.
En 1800, à Marengo f), au moins dans une partie de la division Ghambahrlac, on fit mettre Tinfanterie sur un rang pour marcher à l'attaque, bien que l'usage fût alors d'attaquer soit en ligne de bataille, soit en colonnes, mais à rangs serrés, ce qui pouvait fort bien s'exécuter sans trop de pertes, les fusils portant alors à peine à deux cents mètres. A-t-on dit, pour cela, que la tactique était changée? Pourtant la modification que des circonstances supérieures sans doute forçaient
(*) Cahiers du capitaÎDC Coignet.
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à apporter, dans cette circonstance, à la tactique habituelle, était plus fondamentale que ne le serait, de nos jours, le principe de l'ordre dispersé étant admis, une extension des distances et des intervalles. Quant aux attaques de flanc, aux combats de nuit, cela ne saurait, en aucun cas, être considéré comme un changement de tactique.
S'il n'y a pas lieu de changer la tactique actuelle, pourquoi changer le règlement? D'autant plus que le règlement du 3 janvier 1889 donne à tous, et avec une grande sagesse, au point de vue du mode d'action à employer, sur le champ de bataille, toutes les latitudes désirables (*).
Ce qui concerne plus spécialement le tir de précision, des nouvelles armes portatives a aussi préoccupé le général Jomini, et ce qu'il en dit dans sa brochure de 1866 ainsi que dans d'autres écrits a sa place naturelle ici.
« Le tir à la cible, dit Fauteur, ofifre des avantages incontestables pour les tirailleurs sous le double rapport physique et moral, car il double leur confiance ; il en est de même pour les détachements chargés de la défense de postes fermés
» Mais la question de la supériorité d'arme-
(') Spectateur militaire^ de Paris, du 1" avril 1893, article de M. L. Brun, intitulé Simplicité et Méthode.