‹ Prʹecis de l'art de la guerreChapitre 8 sur 63 · Chapitre V. — Art · texte numérisé non relu

Chapitre V. — Art

men, sans aucune ressources en vivres, manquant de cavalerie et de chevaux de trait, pût le faire avec le même ordre et le môme aplomb que l'armée russe, bien pourvue de tout, marchant dans son propre pays et couverte par une immense cavalerie légère.

Il y a cinq manières de combiner une retraite:

La première, c'est de marcher en masse sur une même route;

La seconde, c'est de s'échelonner, sur cette seule route, en deux ou trois corps, marchant à une journée de distance pour éviter la confusion, surtout dans le matériel ;

La troisième consiste à marcher sur un même front, par plusieurs routes parallèles menant au même but ;

La quatrième, c'est de partir de deux points éloignés vers un but excentrique;

La cinquième serait de marcher au contraire par plusieurs routes concentriques.

Je ne parle pas des dispositions particulières à une arrière-garde; il est entendu qu'on doit en former une bonne et la soutenir par une partie des réserves de cavalerie. Ces sortes de dispositions sont communes à toutes les espèces de retraites, et il ne s'agit ici que des points de vue stratégiques.

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Une armée qui se replie intacte, avec Tidée de combattre dès qu'elle aura atteint soit un renfort attendu, soit un point stratégique auquel elle vise, doit suivre le premier système de préférence, car c'est celui qui assure le plus de compacité aux différentes parties de l'armée, et lui permet de soutenir un combat toutes les fois qu'elle le veut; elle n'a pour cela qu'à arrêter ses têtes de colonnes, et à former le reste des troupes sous leur protection à mesure qu'elles arrivent. Il va sans dire néanmoins que l'armée adoptant ce système, ne doit pas marcher en totalité sur la grande route, lorsqu'elle peut trouver des petits chemins latéraux qui rendraient ses mouvements plus prompts et plus sûrs.

Napoléon, en se retirant de Smolensk, adopta le second système par échelons à une marche entière, et fit en cela une faute d'autant plus grave que l'ennemi ne le suivait pas en queue, mais bien dans une direction latérale qui venait tomber presque perpendiculairement au milieu de ses corps isolés. Les trois journées de Krasnoï, si fatales à son armée, en furent le résultat. Ce système échelonné sur une même route, ne pouvant avoir pour but que d'éviter l'encombrement, il suffit que l'intervalle entre l'heure du départ des corps soit assez grand pour que l'ar-

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tillerie puisse filer; au lieu de mettre une marche entière entre eux, il suffira donc de diviser- Parmée en deux masses et une arrière -garde, à une demi-marche Tune de l'autre; ces masses s'ébranla nt successivement, et mettant un intervalle de deux heures entre le départ* de leurs corps d'armée, fileraient sans encombre, du moins dans les contrées ordinaires. Au Saint- Bernard et au Balkan, il faut sans doute d'autres calculs.

J'applique cette idée à une armée de 120 à 150 mille hommes qui aura une arrière-garde de 20 à 25 mille hommes à une demi-marche environ^ et dont le surplus sera divisé en deux masses d'environ 60 mille chacune, également campées en échelon à la distance de trois à quatre lieues. Les deux ou trois corps d'armée dont se composera chacune de ces masses pourront aussi être échelonnés dans la direction de la route, ou bien formés sur deux lignes en travers de la route* Dans l'un et l'autre cas, si un corps de 30 mille hommes se met en marche à 5 heures du matin et Tautre à 7 heures, il n'y aura aucune crainte d'encombrement, à moins d'accident extraordinaire, car la seconde masse, partant aux mômes heures à 4 lieues plus en arrière, n'arrivera que de midi à 2 heures dans les positions quittées depuis bien longtemps par la première.

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Lorsqu'il y a des chemins vicinaux praticables, du moins pour l'infanterie et la cavalerie, cela diminuera d'autant plus les intervalles. Il n'est pas besoin d'ajouter que pour marcher ainsi il laut des vivres, que la marche de la 3« catégorie est en général préférable puisqu'on marche dans l'ordre même de bataille ; enfin que dans les grands jours et dans les pays chauds il faut marcher alternativement de nuit et de bon matin. Au surplus c'est une des branches les plus difficiles de la logistique de bien savoir combiner la mise en marche des troupes ainsi que leurs haltes; dans les retraites surtout c'est un point capital.

Bien des généraux négligent de régler le mode et le temps des haltes, ce qui est cause de tous les désordres dans les marches, chaque division ou brigade croyant pouvoir s'arrêter quand ses soldats sont un peu fatigués ou trouvent un bivouac agréable. Plus l'armée est considérable, plus elle marche ensemble, plus il importe de bien régler les départs et les haltes, surtout lorsqu'on se décide à des marches de nuit. Une halte intempestive d'une partie de colonne peut faire autant de mal qu'une déroute.

Si l'arrière-garde est un peu pressée, l'armée doit faire halte pour la relever par un corps frais de la seconde masse qui prendra position à cet

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effet. L'ennemi voyant 80 mille hommes formés, devra songer à s'arrêter pour réunir ses colonnes ; alors la retraite devra recommencer à l'entrée de la nuit pour regagner du terrain.

La troisième méthode de retraite, celle de suivre plusieurs routes parallèles, est très convenable lorsque ces routes sont assez rapprochées Tune de l'autre. Mais si elles sont trop éloignées, chacune des ailes de l'armée, séparée des autres, pourrait être isolément compromise, si l'ennemi, dirigeant ses plus grandes forces sur elle, l'obligeait à recevoir le combat. L'armée prussienne, venant en 1806 de Magdebourg pour gagner rOder, en fournit la preuve.

Le quatrième système, qui consiste à suivre deux routes concentriques, est sans doute le plus convenable lorsque les troupes se trouvent éloignées l'une de l'autre au moment où la retraite est ordonnée ; rien de mieux alors que de rallier ses forces, et la retraite concentrique est le seul moyen d'y réussir.

Le cinquième mode indiqué n'est autre chose que le fameux système des lignes excentriques que j'ai attribué à Bulow, et combattu avec tant de chaleur dans les premières éditions de mes ouvrages, parce que j'ai cru qu'il n'y avait pas moyen de se méprendre ni sur le sens de son

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texte, ni sur le but de son système. J'ai compris par sa définition qu'il recommandait les retraites partant d'un point donné pour se diviser sur plusieurs directions divergentes, autant pour se soustraire plus facilement à la poursuite de l'ennemi que pour l'arrêter en menaçant ses flancs et sa propre ligne d'opérations. J'ai hautement blômé un pareil système, paç, la raison qu'une armée battue est déjà assez faible en elle-même, sans l'aflfaiblir encore par une division absurde de ses forces en présence d'un ennemi victorieux.

Bulow a trouvé des défenseurs qui ont affirmé que j'avais mal saisi le sens de ses paroles, vu que, par retraites excentriques, il n'entendait point les retraites faites sur plusieurs directions divergentes, mais bien des retraites qui, au lieu de se diriger vers le centre de la base d'opérations ou vers le centre du pays, s'en iraient dans une direction excentrique de ce foyer d'opérations, en se prolongeant sur la circonférence des frontières.

Il est possible que je me sois en effet trompé sur son intention ; dans ce cas ma critique tomberait d'elle-même, puisque j'ai fortement appuyé ces sortes de retraites que j'ai, à la vérité, nommé des retraites parallèles. En effet, il me semble qu'une armée, quittant la ligne conver-

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gente qui mène du cercle des frontières au centra de Tétat, pour se porter à droite ou à gauche, marcherait bien dans la direction à peu près pa-^ rallèle avec sa ligne de frontières, ou avec soa front d'opérations et sa base. Dès lors il me sem^ ble aussi plus rationnel de donner le nom de* retraites parallèles à celles qui suivent cette dernière direction, en laissant le nom de retraites^ excentriques pour celles qui partiraient du front stratégique dans des directions divergentes.

Quoiqu'il en soit de cette dispute de mots^ dont Tobscurité du texte de Bulow serait la seule cause, je n'entends blâmer que les retraites divergentes, exécutées sur plusieurs rayons, sous prétexté de couvrir une plus grande étendue de frontières et de menacer l'ennemi sur ses deux flancs.

Avec ces grands mots de flancs, on donne un air d'importance aux systèmes les plus contraires aux principes de l'art. Une armée en retraite est toujours inférieure physiquement et moralement, parce qu'elle ne se retire que par suite de revers ou de son infériorité numérique. Faut-il donc l'affaiblir encore plus en la disséminant ? Je ne combats pas les retraites exécutées sur plusieurscolonnes pour, les rendre plus faciles, lorsque ces colonnes pourront se soutenir; je parle de

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celles qu'on effectuerait sur des lignes d'opérations divergentes. Je suppose une armée de 40 mille hommes en retraite devant une autre de 60 mille. Si la première forme quatre divisions isolées d'environ 10 mille hommes, l'ennemi en manœuvrant avec deux masses de 30 mille hommes chacune, ne pourrait-il pas tourner, envelopper, disperser et ruiner successivement toutes ces divisions? Quels moyens auront-elles d'échapper à leur so^t?^ Celui de se concentrer. Or ce moyen étant opposé à une disposition divergente, ce système de divergence tombe de luimôme.

J'invoquerai, à l'appui de mon raisonnement, les grandes leçons de l'expérience. Lorsque les premières divisions de l'armée d'Italie furent repoussées par Wurmser, Bonaparte les rassembla toutes à Roverbella, et quoiqu'il n'eût que 40 mille hommes, il en battit 60 mille, parce qu'il n'eut à combattre que des colonnes isolées. S'il avait fait une retraite divergente, que seraient devenues son armée et ses conquêtes? Wurmser, après ce premier échec, fit une retraite excentrique, en dirigeant ses deux ailes vers les extrémités de sa ligne de défense : qu'arriva-t-il? La droite, quoique favorisée par les montagnes du Tyrol, fut battue à Trente ; Bona-

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parte se dirigea ensuite sur les derrières de la gauche, et la détruisit à Bassano et à Mantoue.

Lorsque l'archiduc Charles céda aux premiers efforts de deux armées françaises, en 1796, aurait-il sauvé l'Allemagne par une manœuvre excentrique? N'est-ce pas au contraire à la direction concentrique de sa retraite que l'Allemagne dut son salut? Enfin, Moreau, qui avait marché sur un développement immense par divisions isolées, s'aperçut que ce système inconcevable était bon pour se faire détruire lorsqu'il était question de combattre et surtout de se retirer ; il concentra ses forces disséminées, et tous les efforts de l'ennemi se brisèrent devant une masse qu^il fallait observer sur tous les points d'une ligne de quatre-vingts lieues. Après de tels exemples, on ne saurait, ce me semble, rien répliquer (* ).

Il n'y a guère que deux cas où les retraites divergentes pourraient être admises comme des ressources extrêmes ; le premier, c'est lorsqu'une année aurait éprouvé un grand échec dans son

(•) Dix ans après cette première réfutation de Bulow, la retraîte concentrique de Barclay et de Bagration sauva Tannée russe; bien qu'elle n*empêcha pas d'abord les. succès de Napoléon, elle fut la première cause de sa perte.

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propre pays, et que ses fractions désunies chercheraient un puissant abri sous les places. Le second, c'est dans une guerre nationale, lorsque chaque fragment de l'armée ainsf éparpillée s'en irait servir de noyau au soulèvement d'une province; mais dans une guerre purement militaire, c'est une absurdité.

Il existe une autre combinaison des retraites, qui se rapporte essentiellement à la stratégie; c'est de déterminer le cas où il convient de les faire perpendiculaires, en partant de la frontière vers le centre du pays, ou bien de les diriger parallèlement à la frontière (*). Par exemple le maréchal Soult, abandonnant les Pyrénées en 1814, avait à opter entre une retraite sur Bordeaux, qui l'eût mené au centre de la France, ou une retraite sur Toulouse en longeant la frontière des Pyrénées. De môme Frédéric, en se retirant de Moravie, marcha sur la Bohême au lieu de regagner la Silésie.

Ces retraites parallèles sont souvent préférables en ce qu'elles détournent l'ennemi d'une marche sur la capitale de l'état et sur le centre

(*) Ces retraites parallèles, s'il faut en croire les défenseurs de Bulow, ne seraient autre chose que celles qu'il a, dit-on, recommandées sous le nom d'excentriques.

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de sa puissance : la configuration des frontières, les forteresses qui s'y trouvent, l'espace plus ou moins vaste qu'une armée trouverait pour s'y mouvoir et rétablir ses communications directes avec le centre de l'état, sont autant de considérations qui influent sur l'opportunité de ces opérations.

L'Espagne, entre autres, offre de très grands avantages pour ce système. Si une armée française pénètre par Bayonne, les Espagnols ont le choix de se baser sur Pampelune et Saragosse, ou sur Léon et les Asturies, ce qui mettrait leurs adversaires dans l'impossibilité de se diriger vers Madrid, en laissant son étroite ligne d'opératipns à la merci des Espagnols.

La frontière de l'empire turc sur le Danube offrirait le même avantage pour cette puissance, si elle savait en profiter.

La France est également très propre à ce genre de guerre, surtout lorsqu'il n'existe pas dans le pays des partis politiques qui peuvent aspirer à la possession de la capitale, et rendre son occupation décisive pour l'ennemi. Si celui-ci pénètre par les Alpes, les Français peuvent agir sur le Rhône et la Saône, en tournant autour de la frontière jusque sur la Moselle d'un côté, ou jusque sur la Provence de l'autre. Si'il pénètre par

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Strasbourg, Mayence ou Valenciennes, il en est <ie même : l'occupation de Paris serait impossible ou du moins très hasardeuse, tant qu'une armée française intacte resterait basée sur sa •ceinture de places fortes. Il en est au reste de même pour toutes les contrées ayant doubles fronts d'opérations (*).

L'Autriche n'aurait peut-être pas les mômes avantages, à cause de la direction des Alpes rhétiques et tyroliennes et du cours du Danube ; à la vérité, Llyod, considérant la Bohême et le Tyrol comme deux bastions dont la ligne de l'Inn forme la redoutable courtine, semble au contraire présenter cette frontière comme la plus avantageuse à défendre par des mouvements latéraux. Cette assertion a reçu, comme nous l'avons dit, de cruels démentis dans les campa- ;gnes de 1800, 1805 et 1809, mais comme la défense latérale n'y a pas été précisément bien tentée, la question est encore susceptible de controverse.

(*) Dans tous ces calculs, je suppose les forces à peu près égales ; si Tarmée envahissante est le double plus forte, alors elle peut suivre avec la moitié de ses troupes, celle qui se retire parallèlement, et porter l'autre moitié sur la capitale; mais à forces égales, cela serait impossible. — C'est précisément le premier •cas qui s'est produit dans la guerre de 1870 par la grande supériorité d'effectifs de l'armée allemande. — F. L.

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Tout dépend, selon moi, des situations respectives et des antécédents ; si une armée française^ venant du Rhin par la Bavière, trouvait des alliés sur le Lech et l'Iser, et qu'elle fût en forces, il serait assez délicat de jeter toute l'armée autrichienne sur rinn pour couvrir les approches de la capitale; alors il y aurait division funeste dans les forces et si l'on se décidait à concentrer Parmée entière dans le Tyrol, en laissant la route de Vienne à découvert, le moyen serait bien dangereux en présence d'un ennemi entreprenant.

En Italie, au-delà du Mincio, la défense latéraie serait difficile du côté du Tyrol, et en Bohême aussi contre un ennemi venant de Saxe^ parce que l'échiquier manquerait d^étendue.

Mais c'est surtout en l'appliquant à la Prusse^ que ce système de retraites parallèles offre toutes les variantes dont il est susceptible, car il serait parfait contre une armée débouchant de la Bohême sur l'Elbe et l'Oder, tandis qu'il serait tout à fait impossible contre une armée française venant du Rhin ou contre une armée russe venant de la Vistule, à moins toutefois que la Prusse ne fût alliée à l'Autriche. La raison de cette différence est dans la configuration géographique du pays, qui permet et qui favorise même les mou-

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vements latéraux dans la direction de sa grande profondeur (de Mémel à Mayence), mais qui les' rendrait désastreux dans la direction du petit espace qu'offre le pays du midi au nord (de Dresde à Stettin).

Lorsqu'une armée se met en retraite, par quelque motif que ce soit, il y a nécessairement aussi une poursuite.

La retraite, même la mieux ordonnée, exécutée avec une armée intacte, donne toujours un avantage à celui qui poursuit ; mais c'est surtout après une défaite et dans les contrées éloignées que la retraite devient toujours l'opération la plus épineuse de la guerre, et ses difficultés s'accroissent proportionnellement à l'habileté que l'ennemi déploiera dans sa poursuite.

L'audace et l'activité de la poursuite seront naturellement influencées par le caractère plus ou moins entreprenant des chefs, mais aussi par l'état physique et moral des deux armées. On peut difficilement donner des règles absolues sur tous les cas qu'une poursuite peut présenter, mais il faut reconnaître :

1® Qu'en thèse générale, il est avantageux de la diriger sur le flanc des colonnes plutôt que

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sur la queue, surtout quand on est dans son propre pays, et que l'on peut sans danger prendre une direction diagonale ou môme perpendiculaire à la ligne d'opérations de l'adversaire. Toutefois il ne faudrait pas se laisser entraîner à des mouvements trop larges, qui feraient perdre la trace de l'ennemi ;

2® Qu'il est aussi généralement convenable de mettre dans la poursuite le plus d'activité et d'audace possible, surtout quand elle est le résultat d'une bataille gagnée, parce que la démoralisation entraîne la perte de l'armée battue ;

3° Qu'il est peu de cas où il soit sage de faire un pont d'or à l'ennemi, quoi qu'en dise l'ancien adage romain ; cela ne peut guère arriver que dans les occasions où une armée inférieure en forces aurait remporté un succès presque inespéré.

Nous ne saurions rien ajouter d'essentiel à ce qu'on vient de dire des retraites, sous le rapport des grandes combinaisons. Il nous reste à indiquer les mesures de tactique qui peuvent en faciliter l'exécution.

Un des moyens les plus sûrs de bien exécuter une retraite, c'est de familiariser les officiers et les soldats avec l'idée que, de quelque côté que vienne l'ennemi, ils ne courent pas plus de ris-

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que en le combattant en queue qu'en tête ; il faut aussi les persuader que le maintien de l'ordre est le seul moyen de sauver une troupe inquiétée dans une marche rétrograde. C'est surtout dans ces occasions que l'on peut apprécier les avantages d'une forte discipline, qui sera dans tous les temps le meilleur garant du maintien de l'ordre ; mais pour exiger de la discipline, il importe d'assurer les subsistances, afin d'éviter que les troupes se débandent en maraudant.

Il est bon de placer à l'arrière-garde un chef doué d'un grand sang-froid, et des officiers d'étatmajor qui reconnaissent d'avance les points favorables où l'arrière-garde pourrait tenir pour suspendre la marche de l'ennemi, afin d'y placer la réserve de l'arrière-garde avec du canon (*). On aura soin de relever successivement les troupes échelonnées, de manière à ne jamais les laisser serrer de trop près.

La cavalerie pouvant aisément gagner de vitesse pour se rallier au corps de bataille, on com-

(*) Les qualités qui distinguent un bon général d'arrière-garde ne sont pas communes, dans les armées méridionales surtout. Le maréchal Ney était ce que Ton pouvait désirer de plus parfait en ce genre : l'armée russe est favorisée sous ce rapport, car l'esprit général de ses troupes est partagé nécessairement par les chefs.

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prend que de bonnes masses de cette arme facilitent beaucoup une retraite lente et méthodique, et donnent aussi les moyens de bien éclairer et flanquer la route, pour éviter que l'ennemi ne vienne à l'improviste troubler la marche des colonnes et en couper une partie.

Il suffit, en général, que Tarrière-garde tienne Tennemi à une demi-marche du corps de bataille; l'exposer plus loin serait hasardeux et inutile; néanmoins, lorsqu'elle aura des défilés derrière elle, et qu'ils seront bien gardés par les sions, elle pourra prolonger un peu sa sphère d'opérations et rester jusqu'à une marche de l'armée, car les défilés facilitent autant une retraite, quand on en est maître, qu'ils la rendent diffi* ci le lorsque l'ennemi s'en est emparé. Si l'armée est très nombreuse et l'arrière-garde forte à proportion, alors elle peut bien demeurer jusqu'à une marche en arrière : cela dépend de sa force, de la nature du pays et de l'ennemi auquel on a affaire. Si celui-ci devenait trop pressant, il importerait de ne pas se laisser serrer de trop près, surtout si l'armée était encore en assez bon ordre ; il convient, dans ce cas, de s'arrêter de temps à autre, et de tomber à l'improviste sur les avant-gardes ennemies, comme l'archiduc Charles le fit en 1796 à Neresheim, Moreau à Bi-

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berach et Kléber à Ukerath. Une telle manœuvre réussit presque toujours par la surprise que ce retour offensif cause dans une troupe qui ne s'attend qu'à recueillir des trophées faciles.

Les passages de rivières en retraite offrent aussi des combinaisons qui ne sont pas sans intérêt : si c'est une petite rivière avec des ponts permanents, ce n'est qu'un passage de défilé ordinaire ; mais si c'est un fleuve qu'on doive franchir sur des ponts de bateaux, c'est une manœuvre plus délicate. Toutes les précautions que l'on peut prescrire se bornent à faire prendre les devants aux parcs pour ne pas en être encombré; cette mesure indique assez qu'il est convenable que l'armée fasse halte à une demi-marche au moins de la rivière** Dans ce cas, il sera bon aussi que l'arrière-garde se tienne un peu plus loin du corps de bataille que de coutume, en tant que les localités du pays et les forces respectives ne s'y opposeraient point. Par ce moyen l'armée aura le temps de filer sans être serrée de trop près; il faudra seulement combiner la marche de l'arrière-garde de manière à ce qu'elle soit en position en avant des ponts, lorsque les dernières troupes du corps de bataille effectueront leur

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