CHAPITRE XLI
Histoire des Juifs , depuis la fiu de la captivité de Babylone jusqu'au règne d*Hérode, 536-40 avant J.-C.
Nous avons raconté ailleurs (2) Thistoire du peuple de Dieu , depuis la création du monde jusqu'à la captivité des Juifs à Bab^^one. Nous allons reprendre ici les faits au point où nous les avons laissés, et les conduire jusqu'au règne d'Hérode. L'histoire de ce prince est intimement liée avec celle d'Auguste et celle des premiers temps du christianisme, qui auront ailleurs les développements nécessaires. Nous ne nous occuperons, dans ce chapitre, que de l'histoire politique du peuple juif pendant une période de cinq siècles.
Les Juifs , constitués en corps de nation par l'édit de Cyrus, restent tributaires des Perses jusqu'à la destruction de leur empire par Alexandre. La construction de leur ville et de leur temple, les progrès de leur prospérité, réveillent autour d'eux d'anciennes rivalités. Le souvenir récent de leur infortune les maintient dans
(1) Tite-Livc, Diodore de Sicile , Plularqiie et Appien sont les prioeipaax aaleors anciens qui nous font connatlre Rhodes dans la période que nous venons de parcou' rir. L'ouvrage de Meursius ( Rhodut , tive de iUiut imulœ atque urbit rébus memoratu dignii. Aiust., 1675, in-4) est mallieureusernent une compilation où l'on désirerait plus d'ordre et de méthode; Ton regrette que l'auteur ait écrit confusément tout ce qu'il « trouvé de détails dans les écrivains de l'antiquité. Promiscué, proui quœque te afférent , enarremui , dit-il , 1. II, c. i.
Ci) Dans le I", le VI* «t le VU* chapitre de cet ouvrage.
LES JUIFS JCSQC'Ar RÈ6KE d'iIÉRODE. 489
Vobéissance jusqu'au règne d*Ochus , sous lequel le mouvement général des peuples de l'Asie les entraine dans la réirolte et les précipite dans de nouTeaux malheurs. Les Ju^fs dmvent nécessairement subir le joug des Hacé^pnj^ns, vainqueurs de l'Asie. Placés entre l'Egypte et la Syrie, ils sont tour à tour sous la domination des Séleucides et des Lagides ; ils suivent toutes les révolutions de ces puissances rivales , et éprouvent des maux infinis , où par les hostilités continuelles auxquelles elles se livrent, ou par les affreuses persécutions que leur fait souffrir le fanatisme sanguinaire du successeur de Séleucus. Sous les Machabées , la Judée répare ses malheurs et recouvre son indépendance. Le génie et le patriotisme de ces grands hommes font des Juifs un peuple nouveau. Mais, à leur mort, ils retombent dans leur antique faiblesse, et l'institution delà royauté ne les sauve pas de l'anarchie. La soumission delà Syrie parles Romains place les Juifs sous leur influence toutepuissante. La volonté du sénat ou des généraux de la république «dispose du tr^ie de Jérusalem. Ils respectent leur religion , mais ils pillent les richesses de leur temple. Hérode, fameux par son génie, ses guerres et sa barbarie, conserve la royauté avec quelque indépendance, et voit se préparer, sans le comprendre, le grand mystère de la régénération du monde par la naissance du Christ , qu'il veut en vain livrer à la mort.
S L - État des Juifs, depuis la fin de la captivité de Babylone jusqu'à la destruction de l'empire des Perses par Alexandre le Grand, 536-330.
536. La mort de Cyaxare II (Darius le Mède) laisse Cyrus maître d'un vaste empire, qui s'étend depuis la mer Egée jusqu'à l'Indus. Ce prince, touché de l'état des Juifs, rend, ^Jans la première année de son règne, un édit qui leur permet de retourner à Jérusalem, et qui met fin aux. soixante-dix ans de leur cs^tivité prédits par Jérémie. Daniel, aussi distingué par sa piété que par la sagesse de ses conseils , exerce une salutaire influence sur l'esprit des rois de Perse, et obtient que les débris du peuple de Dieu soient rendus au sol où il avait si longtemps prospéré. Quarante-deux mille trois cent soixante Juifs abandonnent seulement Babylone, et se transportent à Jérusalem, sous la conduite du grand Jésus ou Josué, fils de Josedec, et de Zorobabel, fils de Salathiel. La seconde année de leur retour dans leur patrie, ils jettent les fondements du temple, dont la construction demeure suspendue pendant seize ans, par l'effet de la jalousie et des intrigues des Samaritains. Soutenus par les conseils des prophètes Aggée et Zachari^, ils reprennent leur ouvrage, et Darius, fils d'Hystaspes, les encourage dans leur entreprise^ en cassant l'édit du mage Smerdis qui s'y était opposé.
Cependant les Juifs, séparés par leur religion des autres peuples d« l'empire des Perses, avaient de puissants ennemis à la cour de Darius.
490 PRiCIS DE L*HISTOIRB AIVCISMNE.
Dieu fait servir les charmes d'Esther au salut de son peuple (1). Cette jeune Juive, nièce de Mardochée, devient l'épouse de Darius, et obtient de ce prince le châtiment du perfide Aman, qui avait résolu d'exterminer toute sa nation. Les persécuteurs des Juifs subissent dans tout Tempire les supplices qu'ils leur ont préparés , et Mardochée succède à Aman dans les fonctions de premier ministre. Une fête solennelle consacre à jamais le souvenir de leur triomphe. L'an 516 avant J.-C, la construction du temple est achevée, et les prêtres en célèbrent la dédicace par de grandes réjouissances. Pendant les règnes de Darius et de Xerxès , les Juifs jouissent de la même protection ; ils ne prennent aucune part aux révoltes des peuples tributaires contre les Perses, et échappent à leurs désastres. Soumis à l'autorité d'un gouverneur et à l'influence de leurs grands prêtres, ils réparent leurs pertes, et, à la faveur d'une longue paix, ils recouvrent une partie de leur antiqu» prospérité. En 434, ils reconstruisent les murs de Jérusalem. Néhémie, l'un des officiers d'Artaxerxès Longuemain, dirige cet ouvrage, tandis qu'Esdras remet en ordre les hvres sacrés, règle ce qui regarde l'État et la religion , et oblige les prêtres- et les lévites de se conformer à la loi ancienne, qui leur défend d'épouser des femmes étrangères. Mais la vigilance de Néhémie et d'Esdras est impuissante pour détruire tous les abus. Le peuple est accablé , même sous leur administration , par l'avarice des riches, qui réduisent en esclavage les enfants de ceux dont ils dévoré la fortune par l'usure. Les prophéties de Malachie reproduisent avec vérité le tableau de la misère du peuple et la corruption des grands. La sévérité de Néhémie amène, 437, une scission dans le peuple juif. Manassé, chassé de Jérusalem, se retire à Samarie auprès de Sanan basfat, gouverneur des Guthéens. Ce dernier, ennemi implacable des luils, fait élever à Garizim un temple en tout semblable à celui de Jérusalem, et ouvre un asile à tous les mécontents. L'établissement de ce temple achève de rendre irréconciliables les deux peuples, qui , dès ce moment, oubliant leur origine commune, ne sont occupés que des moyens de s'entre-détruire.
L'an 397, Jonathan et Jésus se disputent la charge de graad prêtre , la première de l'État d^uis l'abolition de la royauté. Jooalàan en reste maître par le meurtre de son frère , dont il souille le teniple* Le gouverneur de Syrie impose à Jonathan et aux Juifs un tribut auquel ils restent condamnés jusqu'à la fin du règne d'Artaxerxès Mnémon- Ochas
(0 Voir le livre d'Ësther, composé par Mardocbêe et pur Eslber elle-
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punit les Juife de s'être rendus complices de la révolte delà Phénicie, en ravageant la Judée, en envoyant une portion des habitants combattre les Égyptiens rebelles, et en transportant une partie de la population dans FHyrcanie, 351.
C'est pendant la grande sacrificature de Jaddus, successeur de Jonathan, qu'Alexandre, maître des côtes maritimes de l'empire des Perses et de la Phénicie, pénètre dans Jérusalem. Josèphe est le seul historien qui raconte le voyage d'Alexandre dans la Judée, et ses entretiens miraculeux avec Jaddus (1). Le conquérant, après avoir parcouru les prophéties qui annoncent ses victoires et la fin de l'empire des Perses, aurait fait des sacrifices au vi?ai Dieu , et accordé aux Juifs l'exemption de tout impôt pendant l'année sabbatique. Les Samaritains, mécontents de ne pas avoir obtenu la même faveur, massacrent, dans son palais , leur gouverneur Andromaque. Alexandre, à son retour d'Egypte, tire une vengeance éclatante du meurtre d'Andromaque , chasse de Samarie . tous les habitants , et les remplace par une colonie de Macédoniens. Sichem , située sur le mont Garizim , reçoit les Samaritains fugitifs , et devient la métropole de leur secte , 532. La Judée partage le sort des provinces du royaume de Perse conquises par Alexandre ; devenue tiibutaire des Macédoniens, elle est administrée par le gouverneur de l'Egypte et de la Phénicie, 330.
S IL — État des Juifs , depuis la destruction de V empire des Perses par Alexandre ^ jusqu'au moment où la Judée recouvre son indépendance sous les Machabées y 330-167.
La Judée, tributaire des Macédoniens, tombe en partage, après la mort d'Alexandre, à Laomédon, un de ses lieutenants. Ce dernier n'en conserve le gouvernement que quelques années. Il est battu par Ptolémée Soter, qui réunit la Judée à l'Egypte, 320. Jérusalem se défend longtemps contre les efforts de Ptolémée , qui en triomphe en ordonnant l'assaut le jour du sabbat, où la religion enchaîne les bras des habitants. D'abord il se montre sévère envers les Juifs, et en emmène plus de cent mille captifs en Egypte ; mais bientôt il les traite avec la même douceur que le reste de ses sujets. Cette générosité tourne à son profit et détermine un grand nombre de Juife à se retirer dans son royaume, lorsque leur pays passe, par la conquête, sous la puissance d'Antigone. Pendant ces révolutions, l'État est administré par le grand prêtre Simon,
(1) Histoire des Juifs , par Josèphe, 1. U, c. 8.
492 PRÉCIS DE l'histoire A>'CI£?(NE.
292-284, qui embellit Jérusalem de monuments admirables, Tentoure de hautes murailles , et insère dans le canon des livres sacrés ceux d'Esdras, de Néhémieet des Chroniques ou Paralipomènes. Depuis la bataille dlpsus, presque tous les États qui avaient appartenu à An^igone restent soumis à Séleucus Nicator. La Judée suit leur destinée; mais, à la mort de ce prince, elle est de nouveau ressaisie par les Lagides, sous la domination desquels elle reste jusqu'au règne d'Antiochus le Grand, 205. Un de ces princes, Ptolémée Philadelphe, jaloux d'acquérir et de répandre la connaissance des livres de Moïse, fait venir en Egypte soixante-douze Juifs, pour les traduire dans la langue grecque. C'est la version des Septante, qui a été déclarée canonique par l'Église. .Malachie, mort vers le miUeu duv« siècle, avait été le dernier prophète. Les Juifs , privés de ces hommes auxquels la sainteté de leur vie et leurs inspirations divines donnaient une grande autorité sur toute la nation, se séparent en différentes sectes, 219. On voit paraître les Pha- 4'Uienf, les Sadducéens, les Esséens ou Eêséniens, qui, s'éloignant de là pureté du dogme, adoptent quelques opinions erronées des philosophes de l'antiquité , et offrent aux justes le môme paradis que Mahomet promit, huit siècles après, à ses fougueux disciples.
Antiochus le Grand, voulant rendre tout son éclat à la couronne des Séleucides, tenta la conquête de la Palestine, de la Célésyrie et de la Galilée. Mais, ayant été vaincu à Raphia au moment où il portait ses vues sur l'Egypte, il abandonne à Ptolémée Philopator toutes ces contrées. Le vainqueur se rend à Jérusalem, et s'attire les imprécations des habitants et des prêtres en pénétrant dans le sanctuaire, qui n'était ouvert qu'une fois l'année au grand pontife. Philopator, indigné de la résistance religieuse qu'il a soulevée, exhale sa fureur par les plus horribles persécutions contre les Juifs. Il prive ceux qui habitent Alexandrie des privilèges dont ils étaient en jouissance depuis Alexandre, les marque du sceau de la servitude, et fait périr dans d'affreux tourments ceux que leur religion empêche de sacrifier à l'idolâtrie. Les Juifs, après la mort de ce prince, changent de domination, et sont subjugués dans deux campagnes par Antiochus le Grand , 203.
Ce prince, pour s'assurer cette nouvelle conquête, s'applique à faire aimer son administration ; il récompense le zèle des habitants qui l'ont aidé à chasser de la citadelle de Jérusalem Scopas, général de Ptolémée Épiphane; il accorde à tout le peuple la permission de vivre selon ses lois et sa religion , répare les derniers désastres dont il a été victime , et exempte de tout tribut, pendant trois ans, tous ceux qui s'établissent
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à Jérusalem, dépeuplée par la guerre et Tintolérance de Ptolémé© Philopator. L'ambition d'un Juif, nommé Simon, trouble le calme et le bonheur dont jouit la VîUe sainte. Jaloux de l'ascendant qu'avait obtenu le grand prêtre Onias par sa piété et par sa fermeté, il excite l'avarice du roi de Syrie, et lui apprend que le sanctuaire renferme des trésors considérables, inutiles aux Juife eux-mêmes. Séleucus Philopator, 175, channé d'avoir une occasion aussi favorable d'accroître ses richesses, charge son pfemier ministre Héliodi re de ravir le riche dépôt consacré aux veuves et aux orphelins, et au service du temple. Les remontrances du grand prêtre, les pleurs des habitants, ne peuvent arrêter l'avide ministre. Il se précipite dans le temple; lorsqu'il va porter la main sur le trésor sacré, une apparition miraculeuse l'étonné; il tombe, frappé par une main divine, et retourne en Egypte proclamer la puissance du dieu des Juifs. Les intrigues de Simon ne sont pas ralenties par cette protection éclatante que le Seigneur accorde aux vertus et au patriotisme d'Onias; mais elles ne sont plus écoutées par Séleucus, qui envoie le traître en exil (1).
Antiochus Épiphane est le dernier Séleucide qui règne sur la Judée. Sous son empire, la grande sacrificature devient vénale, et les Juifs se corrompent par leur commerce avec les Grecs. Joshua ou Jésus prend le nom de Jason pour plaire aux Grecs, calomnie son frère Onias auprès d' Antiochus, et offre à ce dernier quatre cent quarante talents pour obtenir l'emploi de grand prêtre. Jason , ayant ainsi succédé à son frère en achetant le suffrage du roi de Syrie, introduit les mœurs grecques dans la Judée, et encourage par son exemple la plus criminelle dépravation. Mais bientôt un rival s'élève parmi ses propres ministres. Ménélaûs, envoyé à Antioche pour acquitter le tribut annue auquel la Judée était condamnée , profite de son séjour à la cour pour gagner les bonnes grâces du roi, et il. obtient la grande sacrificature. Jérusalem se partage entre les deux concurrents; après une lutte de peu de durée, Jason fuit chez les Ammonites, et laisse Ménélaûs jouir d'une victoire achetée par le plus lâche des sacrifices. Il ne se maintient qu'en promettant de renoncer à la foi de Moïse, et il fait mettre à mort , par le ministère d'Andronic , le vertueux Onias, qui lui reproche son indigne conduite. Ce dernier crime révolte les Grecs et Antiochus lui-même. Il le fait expier à Andronic, en ordonnant que son supplice ait lieu dans le lieu môme où le grand prêtre a été sacrifié. Quant à
(1) Liv. II des Machabées, c. 3.
Ménélaûs, il obtient sa grâce en prodiguant au roi ses trésors. Les habitants de Jérusalem, contre lesquels il prétend exercer de cruelles exactions, repoussent sa tyrannie, et font tomber sôus leurs coups trois mille de ses satellites et Lysimaque , son propre frère.
Mais Jérusalem allait subir des épreuves plus terribles encore. Le bruit de la mort d'Antiochus, 170, occupé d'une expédition contre l'Egypte s'étant répandu, Jason abandonne le pays des Anjmonites, et rentre dans Jérusalem, dont les portes lui sont ouvertes par les nombreux ennemis du roi de Syrie et de Ménélaûs. Antiochus, informé de la joie qu'avait occasionnée la fausse nouvelle de sa mort, marche en furieux sur Jérusalem, en chasse Jason qui termine à Lacédémone une vie remplie de crimes et d'infortunes, égorge quarante mille Juifs, en réduit un pareil nombre en esclavage, profane le sanctuaire, et enlève du temple tous les objets consacrés au culte du Seigneur. Deux ans après, 168, contraint de renoncer à la conquête de l'Egypte par un mot de Popilius Lœnas, ambassadeur de Rome, il se venge de cet affront sur la Judée, dont il semble vouloir consommer la ruine. Son heutenant Apollonius la livre aux plus affreux ravages. Plusieui'S quartiers de la capitale sont la proie des flammes. Cent mille Juifs sont emmenés en captivité. Des ruines de la ville, Apollonius fait construire une citadelle, qui sert à la fois à contenir la nation dans l'esclavage, et à lui Interdire l'entrée du temple. Le culte de l'idolâtrie est en même temps prescrit dans toute la Judée, et les supplices les plus cruels sont réservés aux habitants qui ont le courage d'observer la loi de Moïse. Antiochus se rend lui-même en Judée, afin de consommer 1^ ruine d'un peuple que tant de malheurs ne peuvent mettre à l'abri de nouvelles persécutions. Il ordonne le meurtre du pieux Éléazar, et celui de sept frères et de leur mère, qui bravent sa cruauté plutôt que de se montrer infidèles à leur religion. La tyraimie sanguinaire d'Antiochus allume dans quelques âmes magnanimes et guerrières le désir de la vengeance. Mathatias, prêtre de la famille de Joarib, abandonne Jérusalem, pour n'être pas témoin des scènes horribles auxquelles donnent lieu et la barbarie des Syriens, et l'apostasie d'un grand nombre de Juifs. Il se retire à Modin , où , loin d'obéir aux ordres du lieutenant d'Antiochus, il donne le signal de la guerre. Ses cinq fils, tous animés du même courage, parcourent les montagnes et les déserts, rallient leurs compatriotes fugitifs, et parviennent à composer une petite armée, avec laquelle Mathatias commence à délivrer sa patrie du double despotisme qui l'accable. Les Assidéens, qui forment la secte la plus rigide des Juifs, le
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secondent de leur zèle. Il fait approuver par les prêtres là résolution de combattre le jour du sabbat, et, par cette infraction à la loi de Moïse, commandée par la nécessité de la défense, il trompe la cruauté de ses ennemis, qui, jusqu'ici, ont choisi pour leurs exécutions le jour consacré au repos par la religion. Mathatias, qui a la gloire d'avoir entrepris la délivrance de la Judée, meurt sans avoir le bonheur^de la terminer; il laisse ce soin difficile à ses fils, dignes héritiers de ses vertus et de son patriotisme, 166.
§ m. — Histoire des Juifs , depuis le moment où ils sont affranchis du joug des Syriens par Judas Mackabée, jusqu'au règne d'Hérode , ]6(M0.
Judas, surnommé Machahée, troisième fils de Mathatias, succède à tonte l'autorité de son père, 166. Il forme une petite armée des Juifs qui brûlent de combattre sous ses ordres. Il parcourt la Judée, répare les villes, élève des fortifications, bat successivement, dans une première campagne, Apollonius et Seron, lieutenants d'Antiochus Épiphane, et dissipe les troupes plus considérables commandées par Nicanor et Gorgias. L'année suivante, 165, d'autres succès signalent ses armes ; Timothée et Bacchide sont défaits et perdent vingt mille hommes dans une seule action. Une victoire plus importante, obtenue sur Lysias, rend les Machabées maîtres de la montagne de Sion. Us font une dédicace solennelle du temple, le purifient des souillures de l'idolâtrie et rétal)lissent le cult^du Seigneur. Quelques nations voisines, jalouses de ces succès, massacrent inhumainement les Juifs qui se sont réfugiés sur leurs terres. Pendant que Machabée s'éloigne de la Judée pour tirer vengeance de cette perfidie, ses frères Joseph et Azarias se portent imprudemment contre la place de Jamnia, et perdent deux mille hommes dans une sortie que font les assiégés. Cette perte est compensée par la mort déplorable du cruel persécuteur des Juife, Antiochus Épiphane, et par plusieurs avantages considérables qui sont le fruit du courage infatigable de Judas Machabée, 164.
Le successeur d'Épiphane, Antiochus Eupator, monté fort jeune sur le trône, eât livré, ainsi que son royaume, aux conseils et à l'influence de Lysias. Ce dernier, témoin de tant de victoires remportées par les. Juifs, penchait pour le partHk«<la paix; mais les gouverneurs des provinces continuent la guerre et éprouvent de nouvelles pertes.. Le roi luimême est ainsi entraîné à combattre malgré lui, et entreprend en personne des hostilités qu'il est obligé de suspendre pojir s'opposer aux
4d6 PBÉCIS DE L*H1ST0IRB AKCISNNE.
prétentions d*uia rival de son trône, Démétrius Sotcr, qui le lui ravit avec la vie. Une nouvelle guerre commence, et le défenseur de la Judée triomphe à la fois des embûches du traître Àlcime et des derniers efforts de Nicanor, qu'il défait et qu'il tue à Béthoron, non loin de Samarie, 461. Une alliance conclue avec Rome semble assurer la tranquiUité et l'indépendance des Juifs, quand Démétrius, pour effacer la honte de ses revers, charge Bacchide et Alcime du soin de sa vengeance. Judas, trop confiant danB son courage, marche à leur rencontre avec une poignée ée soldats, et reçoit le coup mortel au milieu de son triomphe.
La mort de ce grand homme porte en tous lieux la douleur et la consternation, et favorise les succès des Syriens. Jonathas , un de ses frères, lui succède. Il éprouve des revers qu'il eût difficilement réparés par son courage et par sa constance, si Démétrius, menacé par Alexandre Bala, ne lui eût accordé la paix et la permission de rentrer dans Jérusalem, dont Alcime s'était rendu maître, 455. Il est recherché par Alexandre Bala, qui le reconnaît comme grand-prêtre et comme généralissime de la Judée. Revêtu de ce double titre, il consohde son autorité à la faveur des troubles de la Syrie, reprend la forteresse d'Acra, construite en 168 par Apollonius; mais il ne sait pas éviter les pièges de Tryphon, gouverneur d'Antioche, et périt, à Ptolémaïs, avec ses enfants et mille hommes de sa suite, 444. Aussitôt un autre frère de Judas Machabée prend en main les rênes de l'État, et, autant par ses alliances que par ses propres forces, il soutient la gloire de sa famille, et est proclamé, 145, par un assentiment unaniige, prince et chef de la nation juive. Simon agrandit et fortifie Joppé sur la mer, et réduit par la famine la garnison syrienne qui était restée maîtresse de la citadelle de Jérusalem. Les Juifs, reconnaissants de tant^de bienfaits, rendent héréditaire dans sa famille la double autorité qu'il exerce. Un décret solennel, déposé dans les archives du temple , consacre le souvenir de cette révolution politique et de la délivrance de la Judée, qui semble définitive, 141 (1).
La république romaine se montre favorable à l'élévation de Simon; le roi de Syrie, Antiochus Sidétès, recherche son amitié. Cependant de grandes infortunes lui sont réservées, ainsi qu'au peuple qui Jui doit sa
(à) Voyez, pour l'histoire des Machabées, outre les livres de rAncien Testament qui portenl leur nom, Vilisloîrc des Juifs ^ piir Prideaui ( XII' liv/, ouvrage plein dé recherches, d'aprt^s lequel les auteurs de l'An de vcrilier les dates onl composé rarliclo des Juifs, depuis la décad<iuce des ro>auroes de Juda et d'Israël jusqu'à la naissance iu Christ. •
LES JUIFS JliSQU'AU BÈGNE D*RÉ&ODE. 497
prospérité et une partie de sa gloire. Trompé par les perfides protestations de Ptolémée, son gendre et gouverneur de Jéricho, il est égorgé , dans un festin, avec deux de ses fils, Mathatias et Judas; Jean Hyrcan n'écliaK)e à ce piège affreux que pour*voir périr aussi misérablement sa mère et deux autres de ses frères. Jérusalem est bientôt après assiégée, et les habitants redeviennent tributaires des Syriens. Mais, après la mort d'Antiochus Sidétès, 130, ils i^ouvrent leur indépendance et subjuguent les Samaritains et les Iduméens. Les guerres intestines de TÉgypte et de la Syrie laissent respirer Jean Hyrcan, qui, pendant un règne de vingt-neuf ans, accroît considérablement ses richesses et sa puissance. Tout réussit au dehors à ce prince, et, au dedans, son autorité n*est ti'oublée que par la préférence qu'il accorde aux Sadducéens sur les Pharisiens. Le peuple partage le ressentiment de cette dernière secte, et , cette inimitié devient dans la suite la cause de troubles funestes. Il meurt -l'an 107 avant J.-C.
ArUiohv^ I^, rainé de ses fils, lui succède dans la grande sacriflcature et dans le gouvernement de l'État. Dès qu'il voit son pouvoir bien affermi, il prend le diadème et le titre de roi, que n'avait osé porter aucun de ceux qui avaient gouverné la Judée depuis la captivité de Babylone. Il fait mourir dans une dure captivité sa mère, pour avoir réclamé l'administration suprême, en vertu du testament de Jean Hyrcan. Il charge de fers trois de ses frères, partage l'autorité avec le quatrième , Antigone, qui périt victime de la jalousie de la reine Salomé. Arlstobule meurt de désespoir en apprenant Terreur funeste qui lui a fait ordonner le meurtre d'un frère chéri , 106.
Alexandre Jannée, 106-79. — Ce prince est à peine- monté sur le trône, qu'il fait périr un de ses frères, qu'il regarde comme un rival dangereux. Il attaque ensuite Ptolémaïs, qui a secoué le joug des Syriens. Ptolémée Lathyre, roi de Chypre, marche au secours de cette place; Alexandre, pour contre-balancer ses forces, s'allie avec la reine d'Egypte, Cléopâtre. Il se donne entre les deux rois une bataille sanglante sur le Jourdain : le roi des Juife y perd trente mille hommes; Lathyre souille cette victoire par une cruauté horrible dont l'histoire offre peu d'exemples. La Judée aurait été conquise sans les secours que Cléopâtre fournit à Alexandre, dans la vue d'empêcher le vainqueur de se rendre redoutable même à l'Egypte. Alexandre, enhardi par la retraite de Lathyre, reprend l'offensive et se rend maître de Gadara, d'Amathus, de Raphia, d'Anthedon et de Gaza, qu'il réduit en cendres, 97, après le siège le plus opiniâtre. De retour à Jérusalem, les Pharisiens, au heu
498 rii£cis DK l'histoire akcienub.
d*ai^lattdir, insultent à ses tnomphes. Le prince irrité fait mettre'à mort par ses troupes six mille de ses sujets, et compose sa garde de soldats mercenaires, levés en Pisidie et en Gilicie. 11 attaque ensuite sans succès Obodas, roi des Araires, et est obligé de renoncer à cette gu^nre pour tourner ses forces contre ses sujets révoltés. U les soumet après plusieurs victoires sanglantes, quoiqu'ils soient soutenus par Démétrios, roi de Syrie. Huit cents d'entre eux sont mis en croix à Jérusalem, et leurs femmes et leurs enfants sont égorgés sous les yeux d'Alexandre, qui, dans le même moment, célèbre sa victoire par un festin somptueux. Ce {ffince cruel meurt, quelques années après, des suites de sçn inlem*pérance et de sa débauche, 79. Alexandra, sa veuve, demeure maîtresse du gouvernement. Sa main trop faible laisse reprendre la supériorité aux Pharisiens. Ils exercent de terriWes représailles sur les Sadducéens, leurs ennemis; Jérusal^n est inondée de sang; Alexandra n'oppose à ces calamités qu'une volonté impuissante , et laisse en mourant la couronne à son fils aîné, Hyrcan, 70.
Hyrcan II, 70; Arùtohule II, roi trou mois eprèê. — Hyrcan, l'aîné des fils d'Alexandre Jannée, est reconnu roi pojr les Pharisiens. Ayant été battu à Jéricho par Arislobule, il lui cède le trôoe et le sacerdoce après un règne de trois moâs; mais les partisans du prince fugitif se préparent à lui rendre les droits qu'il a si lâchement abandonnés. Antipater se met à leur tête, et force Hyrcan à reprendre les armes. Aristobule, vaincu à son tour, fuit de Jérusalem et demande des secours à Pompée, qui est dévenu l'arbitre de l'Asie depuis la défaite de Mithri* date, 65. Le général romain se décide pour le .parti d'HyrcMi, jette Aristobule dans les fers, se rend maître de Jérusalem et as^^e les ennemis dans le temple^ où ils se défiende&t pendaint plusieurs nftois «rec (^iniâtreté. Hyrcan triomphe ainsi par le secours de Rome; cepenâaBt une partie de la Judée lui est enlevée, et il ne gouverne le rei^ ^'avec le titre de grand-prêtre. Aristobule et sa femiUe sont envoyés captifs à Rome. Un de ses enfants, Alexandre, échappé à l'esclavage, revendique les droits de son père après le départ de Pompée. Gabinius combat et triomphe pour Hyrcan, auquel il rend la couronne. Le gouvernement de la Judée éprouve d'importantes mpdifications et devient monarchique, avec quelques formes de l'aristocratie, 57. D'iKrtres efforts , tentés par Alexandre et par Aristobule lui-même, ne sont pas plus heuheureux et ne font qu'affermir dans son autorité Hyrcan, qui prend le titre d'ethnorque^ 55. L'avarice de Gabinius et celle de Crassus, qui .a a eorr battre ks Parthes> dépoiôllest le temple de ses ridiesses. La Judée
religion; GOtVERNKMENT DES GREil^?. 499
est agitée par la guerre civile de César et de Pompée; Hyrcan, malgré la protection dont il avait été Tobjet de la part de Pompée, obtient la bienveillance de César, qui accorde aux Juife tous leurs privilèges et la permission de reconstruire les murs de Jérusalem. De nouveaux troubles éclatent en Judée par Tambition d'Antigone, qui ravit le trône àHyrcan, et qui en est lui-môme dépouillé par Hérode. Quoique étranger par sa naissance à la nation des Juifs, ce dernier est proclamé leur roi par la protection d'Antoine et d'Octave, et parla volonté du sénat, 40. Depuiô Tavénement à! Hérode, Thistoire politique des Juifs se confond avec celle de Rome. C.