L8 PONT
né depuis que la couronne de Perse était échue à sa famille , et il obtint, en récompense de sa générosité, le titre de roi de Pont. Il seconda l'expédition de Xerxès en Grèce, et trouva, selon Hérodote, la mort à la journée de Salamine, 480. Bhodobates , Mithridate I^, Ariohar^ zane (1) et Mithridate II, régnèrent depuis cette époque jusqu'à Fan 302 avant Jésus-Christ, un an avant la bataille d'Ipsus, qui décida du partage de l'empire d'Alexandre. Le dernier de ces princes embrassa le parti d'Antigone, qui le fit assassiner, soupçonnant sa fidélité. Miikridate ///agrandit son royaume d'une partie de la Gappadoce et de la Paphla^onie. Mithridate IF monta fort jeune sur le trône. Les Gaiates essayèrent de s'emparer d'une partie de ses étals ; ils renoncèrent à leur entreprise, découragés par les difficultés qu'ils éprouvèrent au siège d'Héraclée. Son successeur, Mithridate F, fit en vain la guerre contre Sinope, qui fut prise par Pharnaee II y et qui devint la capitale du royaume. Pharnaee s'attira, par cette conquête et par une tentative faite sur les États d'Eumène, le ressentiment des Romains; mais il en prévint les effets en respectant le territoire des alliés de la république. Mithridate FI, i57-i23, porta, le premier des rois de Pont, le titre d'ami et d'allié de Rome. Il fournit au sénat des secours dans la troisième guerre Punique, et mérita, par ses services, d'être mis en possession de la grande Phrygie. Mithridate Fil, surnommé Eupator DionysiuSy né l'an 135 avant Jésus-Christ, succéda à son père Mithridate Évergèle , vers l'an 423. Pour se soustraire aux embûches de ses courtisans, il vécut quelque temps dans les forées et se livra aux exercices qui pouvaient le plus fortifier son tempérament. Il acquit ainsi une vigueur extraordinaire. La fermeté de son âme répondait aux forces physiques dont il était doué; mais son ambition insatiable et son caractère jaloux lui firent commettre les plus grands crimes. Sa mère fut sa première victime; dans la suite, il se montra toujours prodigue du sang de sa famille : ses femmes, ses sœurs, ses propres enfants* furent immolés au moindre soupçon. Sa cnjauté se déploya surtout dans les revers. Sa haine contre Rome l'a fait regarder comme un second Annibal,-avec lequel on^peut le comparer pour l'étendue du génie, la fermeté du caractère et la persévérance invincible avec laquelle il s'attacha à l'exécution de ses vastes entreprises. Ses guerres contre les Scythes, le roi du Bosphore Gimmérien, la Paphlagonie et la Gappadoce, et contre plusieurs autres nations voisines, suffiraient pour donner une haute idée
(1) Hérodote, l. VUl. Ge( historien lai donne le nom d'Jrto&oxane.
478 PRÉCIS DE L'mSTtnB AHGIENNE.
de sofi génie, quand même tociles ses entrepiiseft n'auraiefit pas éÈb te {»^ltiâe du plan qu-il forma de classer tes Rûoiaiiis âe VAsie, ^^ese i»d)!^itu^ à teor empire. Après aToir yaiocii les gèné^anx qui protêt geaient tes rois alliés de Rome, il ordonna de massacrer tous tes Io« mains qui se trouTaient répandus en Asie. Quatre-TiJ^ milte citoyeQ&(i) périrent ainsi par Tordre du roi de Font; la promptitude avec laquée un ordre aussi baitere iut exécuté prouTe eoioiliien oe peuple était àà^ testé par tes nations soumises à sa proteolion despoti«|iie. MMiridate scmtint ensuite quatre guerres contre Rome, S7«*S5. Sylla, Muréna, Ij^ culhis et Pompée s'illustrèrent par leurs exploits contre ce grand m^ narque. Sylla kii enteva la Grèce, qu'il avait souloTée, et rejeta en Isit te théâtre de la guerre, que Mitbridate avait cbertSiié à porter en Enropi et àtapprocher ainsi de Tltalie. Muréna ne remporta que defùbles succès en Asie, et peut-être seraient-ils entièremeat ignorés oa inaperçus sans les éloges de Gieéron (d). De tous les génétaux ronmns, oe M Luculhis qui fit essuyer les plus grands revers à Mitbridate^ il te ebassa de son royaume, lui prit ses places fortes et ses viites royales^ et le contraignit à se réfugier en Arménie où Tattendaient d'autres infi»* tunes. PcHupéene passa en Asie que pour accabler un enni^Eni pifsqoa abattu, et recueillir ainsi le fruit des travaux pénibles de LueoUns. Mitbridate, chassé de ses États, et sans espoir du o6té de FArméme, snv laquelle il avait déjà attiré les armes des Romains, échappa à ieur poursuite en s'enfonçant dans les contrées inaccessibles du Caucase* U fut trahi par son fils Pharoace, au mooKnt où il; méditait Feotre^ise te plus hardie, et se donna la mort, à Paaticapée, pour ne pas tomber an pouvoir de ses ennemis, après cinquante-sept ans de règne, 65 ans avant Jésus-*Ghrist. Le Pont fut réduit en province romaine. Pbarnace, son fils, fut reconnu par le sénat roi du Bosphore Cimmérien.
§ IV. — Za CamiMdace , 3^4 avant /.-C. — 17. d« l'itre ehriHenn^^
La Cappadoce avait formé un royaume à Tépoque du démembrefflefit du second empire d'Assyrie. Les rois mèdes d'abord et ensuite CfP» s'en emparèrent, et elle fut une satrapie de leur empire. Lorsque Alexandre fit la conquête de l'Asie , la Cappadoce reconnut ses lois. Le prince macédonien, satisfait de la soumission d'Ariarathe II, qui la gouvernait , lui laissa le titre de roi dont il était revêtu. A sa mort,
(1) V]u%arque j Vie de Syfla,
(2) Cicero, Orafi«|»ra UMrend.
LA CAPFADOCE. 479
Arwwraflie, voulant défendre son indépendance, eut à soutenir une guerre contre' Perdkcas; il essuya une défeite sanglante et soufifrit un supplice cruel, ainsi que les principaux officiers de son armée, 52i. La mort de Perdiccas et celle dlumène fevorisèrent Tambîtion d*Ariarathe 111, qui reconquit la Cappadoce avec les troupes d'Ardoatès, roi d'Arménie. Ses desc^idants occupèrent le trône après lui et le conservèrent pendant un siècle sans aucun événement remarquable. Lorsque les Romains, vainqueurs d'Antiocbus le Grand, commencèrent à diriger les affaires de F Asie, ils formèrent des traités d'alliance avec les princes et le peuple de Cappadoce. Sous le règne d'Ariarathe VII, cette contrée fut & la fbis envahie par Nicomède , roi de Bithynîe , et par Mithridate, roi de Pont, qui semblait vouloir la défendre, mais qui fit assassiner Ariarathe par un Cappadoci©» dévoué à ses intérêts. Cependant Laodice, veuve du dernier roi, donna sa main à Nicomède pour procurer un protecteur à son fils, qui monta sur le trône sous le nom d' Ariarathe VIII. Mithridate voulut lui imposer la nécessité de rappeler à la cour Fassassin de son père. Le refus d*Ariarathe fit aussitôt éclater îa guerre. Pendant une action sangtemte dont il redoutait Fissue, Mithridate demanda une entrevue pour terminer la querelle. Ariaratl» eut l'imprudence de Faecepter ; il fut poignardé par Mithridate luimôme en présence des deux armées, iOT. Cet attentat inouï frappa de terreur Farmée de Cappadoce; elle se dispersa aussitôt et le roi de Pont acheva sa conquête sans livrer de nouveaux combats. Les Cappadoeiens brisèrent peu de temps après le joug auquel ils ne s'étaient souïttis que par surprise, et Laodice se rendit à Rome pour (^tenir du sénat la reconnaissance d'un prétendu fils qu'elle voulait opposer à son perfide ennemi. Les sénateurs, ayant découvert les intrigues des deux partfe, déclarèrent les C^ppadociens libres et leur permirent de se gouverner d*après leurs propres lois. Ceux-ei députèrent à Rome pour déclarer qu^ la liberté leur était insupportable (î), et, avec Fautorisation du sénat, îte choisirent pour roi Jriùèarzane, 99. Mithridate suspendit quelque temps Fexécutîon de ses projets ambitieux. Il fit attaquer Ariobarzane par >e roi d'Arménie, lui enleva son trône et le donna à son fils Ariarathe. Ariobarzane, obligé d'aller à Rome pour obt^iir vengean^^e des fréquentes usurpati^Hte dont il ét%it la victime, ne fut définitivement remis en possession de son royaume' que lorsque Pompée eut rejeté Mithridate dans les contrées scythîques du Caucase et du
(I) Géographie de Strabon , I. XII , c. J, S 13.
480 PRÉCIS BB L*HISTOIBE ÀNClBimB.
Bosphore Cimmérien, 67. Jrioharxane II lai succéda et régna pendant dix ans. Forcé de prendre un parti dans les guerres civiles qui désolèrent la république romaine, il s'attacha à la fortune de Gésar^ dont il obtint un agrandissement de territoire. Mais, après la mort du dictateur, on le punit de sa fidélité, et Brutus et Gassius ordonnèrent sa mort. On trouve encore les noms û'Ariobarzi^ne III, é'Ariaraihe X et d'jirchélaûs, sous te règne duquel la Gappadoce fut réduite en province romaine. Fan 17 de Tère chrétienne.
S V. — Bacirianê, 25S-141.
La Bactriane était célèbre dans une haute antiquité. Les poètes grecs ont chanté la gloire du dieu Bacchus, vainqueur des Bactriens. On compte leur soumission au nombre des exploits les plus éclatants de Ninus et de Sémiramis. Lorsque le royaume de Lydie eut été anéanti par les armes de Gyrus, ce prince, dédaignant une conquête facile, laissa à son lieutenant Harpagus le soin de subjuguer les Ioniens, et se dirigea vers TOrient pour s'emparer de Babylone et de la Bactriane. Les 'Bactriens défendirent avec courage leur indépendance contre ce conquérant redouté. Une bataille indécise, livrée entre les deux partis, fôt suivie cependant de la soumission volontaire de ce peuple; mais loin de le traiter comme les autres nations tributaires de l'Asie , Cyros lui donna pour roi de l'un ses fils, Tanaoxare, qui ne reccmnaissait pas la supériorité de Gambyse. Les Bactriens, dans la suite, payèrent un tribut aux successeurs de Darius Hystaspes. La conquête de leur contrét coûta des travaux infinis à Alexandre. Nulle part il ne trouya une résis* tance aussi opiniâtre que ceUe de Spitamène, qui commandait leurs invincibles soldats.
Après la mort d'Alexandre , 5^, et le partage des proTinces qui la suivit, la Bactriane fut confiée à Stasanor. On ignore les noms des sa- , trapes qui, depuis cette époque jusqu'à la révolte de Théodote, l'administrèrent pour 1^ Séleucides (1). Théodote fut le prends qui porta le titre de roi de la Bactriane et qui fonda cet ^npire vers l'an 255 avant J.-G. Il eut des guerres & soutenir contre Arsace, qui, dans le même temps, venait de donner naissance au royaume des Parthes. Son fils
(i) Bayer, dam un oarrage iarant el curieux, où il a réuni tou« lea détails que peuvent fournir lea auteurs groea et latins sur le royaume de Baeinane, ae contenie d< nommer Stasanor comme le premier gourerneur de celle eontrée pour les Séleucidei,. et passe ensuite à Théodote. Voy» dans l'auttar, p. I2-S8, Histtia ngni Grmtorum Baeiriani. Pttropeli, ITSS , in-4.
Dig^zed by VjOOQiC
BÀCTRIÀ^'E; pergàme. 481
Théodote II y 243, s'ei»pressa de conclure un traité d'alliance avec Arsacc. Il fut tué, après vingt-trois ans de règne , par Eutkydème le Magnésien, qui usurpa son trône, 220. Antiocbus le Grand, encouragé par le succès qu'il venait d'obtenir sur les Parthes, attaqua Euthydème et remporta sur lui une victoire sanglante, mais stérile. Effrayé des dangers sans nombre auxquels il serait exposé en continuant les hostilités, il accorda la paix à Euthydème et le reconnut pour roi de la Bactriane. Ce dernier, débarrassé de ce redoutable adversaire, tourna ses armes contre les tribus nomades voisines de ses États, et poussa ses conquêtes jusque dans l'Inde. Cette expédition eut un résultat assex funeste. Son fils Démétrius supporta la peine des revers de son père ; le trône lui fut ravi par Ménandre, un des rois de l'Jnde (1), 196. Le successeur de Ménandre fut Eucratide, dont il est impossible de faire connaître l'origine, 181. On sait qu'il fit la guerre avec succès, qu'il battit Démétrius, fils d'Ëuthydème, qui essaya de reconquérir le trône de son père. Mais lorsqu'il rentrait dans la Bactriane pour jouir du repos et de la gloire de son triomphe, il périt de la main de son fils, qu'il avait associé à la royauté, et qui, fier de ce parricide, foula aux pieds des chevaux le corps ensanglanté de son père et défendit qu'on lui rendît les honneurs funèbres (2). Eucratide II, 146, fut le dernier roi des Bactriens. Allié de Démétrius II dans la guerre contre les Parthes, il fut entraîné dans la ruine de ce prince. La Bactriane fut conquise et réunie à l'empire des Arsacides, 141.
S VI. — Royaume de Pergame^ 283-129.
La ville de Pergame , une des plus considérables de l' Asie-Mineure par le nombre de ses habitants et par la magnificence des ouvrages publics qui la décoraient, fut en partie redevable de sa grandeur à Lysimaque, qui s'en rendit maître après la bataille d'Ipsns. Il en confia le gouvernement à PhUétére, qui, quoique d'une obscure naissance, occupait un rang distingué à la cour. Devenu suspect à Lysimaque, pour avoir déploré la mort d'Agathocles, fils de ce prince, Philétêre se révolta. Il fut aidé par Séleucus, alors ennemi de Lysimaque, et demeura maître de
<0 De Guignes a commis une erreur en disant que Ménandre, quatrième roi delà Bactriane, était fils d'Ëuthydème. (Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, t. XXV.) Bayer nous a semblé prouver que le fils d'Eutliydème, nommé Uéméiriut, n'a jamais régné sur les Bactriens.
(2) Justin , 1. XXI , c. 6.
482 PRÉCIS DE l'histoirb akciennf.
Pergame, des pays environnants et des richesses du roi de Thrace, qui s'élevaient, dit-on, à 90,000 talents. Il s'attira la bienveillance d'Antiocbus Soter en lui envoyant les cendres de son père, se fortifia en même temps de l'alliance des princes voisins, et, à l'aide de ses trésors , il se maintint pendant vingt ans dans la possession de Pergame et de son territoire.
Il eut pour successeur Eumène /«»•, son neveu, 265. Le roi de Syrie, alarmé des progrès de cette domination naissante, qui menaçait de lui enlever toutes les provinces situées en deçà du mont Taurus , voulut la détruire par la guerre, et s'avança jusqu'à Sardes avec une armée. Eumène triompha de ses efforts, et, par ce succès, il consolida et agrandit la puissance qu'il tenait de Philétôre. A Eumène succéda, 2-i4, son cousin Attale Z*'*, qui , après une grande victoire remportée sur les Galates, prit le premier le titre de roi (4). H fut l'allié des Romains et les aida dans la guerre contre Philippe en combattant avec les Rhodiens. Attale a mérité les éloges des historiens les plus graves de l'antiquité par l'usage noble et généreux qu'il fit de ses richesses, par la dignité de toute sa vie et par l'éclat de ses exploits guerriers. Il mourut, après quarante-trois ans de règne, dans le temps qu'il était tout occupé du projet le plus glorieux, de rendre à la Grèce son ancienne liberté, 198. L'aîné de ses fils, Eumène II, prit à sa mort les rênes du gouvernement: il suivit l'exemple de son père, en restant fidèle à l'alliance des Romains. Il aida Flamininus dans la guerre contre Nabis, rejeta les offres d'Antiochus le Grand ; roi de Syrie, avertit le sénat de ses vues, et contribua au succès de la première expédition que les troupes de la république tentèrent en Asie. Il fit un voyage à Rome, où le sénat lui témoigna sa reconnaissance par l'accueil le plus honorable et par la cession de tous les pays qu'Antiochus avait possédés en deçà du mont Taurus, ainsi que des provinces situées entre le mont Taurua et la Méandre. Son attachement pour les Romains et l'agrandissement de son territoire excitèrent la jalousie de Prusias, roi de Bithynie, auprès duquel s'était réfugié Annibal. Dans le cours de la guerre qui s'éleva entre ces deux princes, l'habileté du général carthaginois fit presqui toujours pencher la victoire en faveur des Bithyniens. Mais les craintes de Rome et la lâcheté de Prusias réduisirent Annibal à terminer sa vit par le poison. Débarrassé de cette guerre, vainqueur de Phamace, roi 4e Pont, Eumène s'allia avec Antiochus Épiphane, qu'il replaça sur k
(1) Poljbe.l XVin,c. 24. Titc Li«e, I. XXXUl.c. 2t,
PERGAMF. ^83
trône de Syrie, et fit un second voyage à Rome pour dévoiler au sénat les intrigues secrètes et les préparatifs de Persée, 172. L'attentat du roi de Macédoine 'contre Eumène détermina les Romains à prendre les armes pour châtier la violence exercée envers Fun de leurs plus fidèles alliés. Avant la fin de cette nouvelle guerre, le roi de Pergame, qui voyait avec inquiétude tomber toutes les puissances qui pouvaient garantir son indépendance, se rapprocha de Persée et devint suspect aux Romains, qui encouragèrent l'ambition de son frère Attale. Eumène fit pour son compte des conquêtes en Galatie et en Bithynie, et mourut après quarante ans de règne , 157. avait fait planter le bois célèbre de Nicephorium, et enrichi Pergame de monuments et de bibliothèques.
Le testament d'Eumène et les vœux du peuple élevèrent ^éitale 11 , son frère, sur le trône de Pergame , 157. Eumène n'avait laissé qu'un Us à peine sorti de l'enfance, incapable de défendre l'État contre les attaques de Démétrius I" et de Prusias. Attale signala le commencement de son règne par la conquête de laCappadoce, dont il dépouilla Oropherne pour la rendre à Ariarathe VIL Ce succès hâta les hostilités de Prusias , qui envahit le territoire de Pei^me , battit et extermina les troupes qui lui furent opposées, et entreprit le siège de Pergame malgré l'intervention des commissaires romains venus pour connaître des différends élevés entre les deux rois. Mais Prusias fut bientôt obhgé de lever le siège et d'accepter une paix onéreuse. Fort de Tappui de Rome, Attale se vengea ne son ennemi, en excitant son fils Nicomède à la révolte et en lui donnant les moyens de s'emparer de la Bithynie. Après la catastropte de Prusias , il repoussa Dîégulis , chef d'un des cantons de la Thrace , et aida le consul Mummius à se rendre maître de Corînthe et à renverser ainsi ce dernier boulevard de la liberté des Grecs, n passa les dernières années de sa vie dans la mollesse et l'oigvetê, et fut empoisonné , à l'âge de quatr^vingt-deux ans, par son neveu Attale III, impatient de "parvenir au trône , 157.
Le crinfô ^AitaXt /T/donna lien à une guerre entre les royaumes de Pergame et de Bithynie. Nicomède vouliit venger sur un prince part-icide la mort d'Attale II, qui avait été son bienfaiteur. Le succès ne répondit pas à la justice de sa cause. Batfu dans plusieurs actions par le roi de Pergame, il aurait été dépouillé de ses États sans la médiation toutepuissante des Romains, qui modéra le ressentiment et l'ambition du vainqueur. Attale poursuivit le cours de ses cruautés sur les princes de la famille royale et sur ses amis. Livré à l'étude et à la culture des plantes
484 mtCIS DX- L UISTOIRE am:ie]sne.
vénéneuses (4), il se faisait un jeu cruel d'empoisonner les personnes les plus distinguées de son royaume. Dans les derniers jours de sa Tie , se voyant sans postérité, il déclara, par son testament, le peuple romain héritier de ses richesses et de sa couronne, 432. Mais Aristonie, fils naturel d'Eumène, la réclama , se rendit maître de Pergame par les armes, et attira facilement dans son parti un grand nombre de villes ftccoutumées à obéir à un gouvernement monarchique. D'abord* vainqueur des Romains commandés par le consul Licinius Crassus, il fut complètement défait par Perpenna et Manius Aquilius , fait prisonnier et conduit à Rome, où il fut étranglé après avoir servi d'ornement au char du triomphateur, 429. Aristonic fut le dernier des Attalidesqui occupèrent le trône de Pergame pendant l'espace de cent cinquantequatre ans, de Tan 283 à l'an 429 avant Jésus-Christ*
S \\l, — Royaume deBithynie, 324-79.
Le géographe Strabon, qui nous a fourni la plupart des détails que nous avons présentés sur les rois de Pergame, est moins riche de notions sur ceux de Bithynie (2). Il est impossible de remonter jusqu'à l'origine de cette monarchie. Les auteurs de l'antiquité sont remplis de tant de contradictions , que ce serait s'exposer à commettre des erreurs inévitables, si l'on adoptait quelques-unes des traditions fabuleuses racontées paroles poètes et les mythologues. Le seul fait incontestable, c'est que les Bibryces et les Bithyniens ont occupé la contrée à laquelle ils ont donné successivement leur nom. Quarante- neuf rois ont régné en Bithynie depuis l'origine de ce royaume jusqu'à sa réduction par les Romains. On ne connaît les noms que de quelques-uns de ces princes. Pendant le règne de Prtwta», la Bithynie fut conquise par Crésus, qui la perdit peu de temps après, avec son royaume et sa liberté , par la victoire que Cyrus remporta dans les plaines de Thymbrée. Les successeurs de Cyrus laissèrent leur titre aux rois de Bithynie, tout en leur imposant la même soumission qu'à des esclaves. Cette contrée était gouvernée par Bas lorsque Alexandre passa en Asie pour détruire la monarchie des Perses. Pendant que le conquérant macédonien parcourait l'Asie en triomphateur, son général Calas se faisait battre parle roi de Bithynie,
(1) Justin, I. XXXVI,5 4. Géogr. de Slrabon , 1. XHI, e.i4, S l etsoiT. L'abbé Sérin a écria sur les rois de Pergame trois mémoires, insérés dans le I. XU do TAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres.
(3) Géogr. de Slrabon , I. XII, c. 3, $ 8.
BITHTNIF. 485
qui conserva le trône jusqu'à sa mort, 320. Zipgetès, fils de Bas, s'af-" fermit dans la possession de son royaume à la faveur des guerres des généraux d'Alexandre. 11 entreprit même le siège d'Astacus et de Chalcédoine, qu'il abandonna peu de temps après, dans la crainte qu'Antigone, pour les secourir, ne fît une invasion dans ses propres États. Zipaetès avait aussi un ennemi redoutable dans Lysimaque, qui attaqua la Bithynie par se3 généraux : ils échouèrent dans leur expédition. Cependant les ravages auxquels son royaume fut souvent en proie affaiblirent la puissance de Zipaetès, qui ne fit aucune conquête durable, quoiqu'il ait remporté un grand nombre de victoires. Il eut pour successeur l'aîné de ses fils, Nicomède I^, qui fit massacrer tous ses frères, à l'exception deZibœas, qui, s'étant soustrait à sa fureur, chercha son salut dans la révolte et fut reconnu par une partie de la Bithynie, 280. Les mouvements de Zibœas et les préparatifs d'Antiochus Soter, qui annonçaient des prétentions sur son royaume , décidèrent Nicomède à appeler les Gaulois en Asie. Ils abandonnèrent les contrées de la Thraca où ils étaient établis, 278, et vinrent offrir au roi de Bithynie les secours avec lesquels il déjoua les efforts d'Antiochus. Le vainqueur reconnaissant partagea avec eux les fruits de sa victoire, et leur abandonna la contrée à laquelle ils donnèrent le nom de Galatie. Nicomède mourut vers l'an 250 avant J.-C. Il avait fondé Nicomédie, qui fut la capitale du royaume. La Bithynie fut, après sa mort, en proie à la guerre civile. Deux de ses fils, d'un lit différent, et son frère Zibœas, se disputèrent la couronne. Ziélas, vainqueur de ses rivaux, voulut faire massacrer les chefs des Gaulois qui lui avaient donné la victoire ; mais il fut lui-même victime de sa trahison et périt de la main des Gaulois, instruits de son crime , 237.
Les Bithyniens, après la catastrophe de Ziélas, déférèrent la couronne à Prusias, son fils. Il signala le commencement de son règne en dépouillant Zibœas des cantons qui lui étaient échus en partage, et en réunissant ainsi sous ses lois toute la Bithynie. Ce prince eut de sanglants démêlés avec Eumène, roi de Pergame , et il le vainquit , grâce aux stratagèmes d'Annibal, qu'il avait reçu à sa cour; mais il ne put pas profiter de sa victoire, arrêté par la volonté des Romains, dont il ne rougit pas de se déclarer l'esclave. Il vécut jusqu'à un âge très-avancé, et régna près de soixante ans. Nicomède If monta sur le trône, souillé par le meurtre de son père , 148. Attaqué par Mithridale, roi de Pont, il fut redevable de la conservation de*ses États à la protection de Rome. Son fils, Nicomède III, fut tour à tour l'allié et l'ennemi de Mithridate,
qui le chassa de son trône et le condamna pendant quelque temps à une vie privée. Il mourut l'an 75, instituant le peuple romain pour héritier de ses États (1).
$ Vllf. ~ Mépublique de Mhodes, 480-31.
Il parait certain que la royauté fut abolie à Rhodes Tan 480 avant J.-G. : un gouvernement , formé d'éléments de démocratie et d'aristocratie (2), fut substitué à la monarchie. Les richesses des habitants s'étant accrues par le commerce , les Rhodiens mirent un grand soin à contenir les pauvres, soit en les établissant dans les colonies , soit en leur faisant des distributions périodiques de blé. Il y avait même un usage ancien, qui était passé en loi, en vertu duquel les citoyens riches devaient soutenir ceux qui ne l'étaient pas. Les pauvres étaient astreints, moyennant un salaire fixe et assuré, à rendre certains services à l'État, de sorte qu'ils avaient toujours de quoi subsister, et que la cité ne manquait ni de bras pour ses besoins, ni d'ouvriers ni de matelots pour la marine (3). L'entrée de quelques arsenaux, qui étaient la richesse et la force de la ville, était défendue à la multitude sous peine de la vie. A ^odes, tout ce qui concernait la marine, la construction des vaisseaux, était ordonné et administré avec un soin extrême. Aussi les Rhodiens, quoiqu'ils ne possédassent primitivement qu'un territoire peu étendu, accrurent-ils considérablement leur puissance • ils établirent des colonies en Espagne, dans les îles Baléares, dominèrent dans la Carie, balancèrent la puissance des Séleucides, et furent les auxiliaires les plus utiles des Romains dans les guerres qui leur soumirent l'Asie depuis la mer Egée jusqu'à l'Ëuphrate.
La fortune des Rhodiens fut pleine de vicissitudes. Pendant la guerr« du Péloponèse, Rhodes embrassa d'abord le parti d'AtlTènes; après le désastre de Syracuse, elle se déclara pour les Lacédémoniens. Les victoires de l'Athénien Conon la rendirent à l'alUance de sa pairie, 391. Le despotisme d'Athènes, qui avait recouvré une partie de sa puissance, iorça les Rhodians à la révolte, et quatre ans de combats et les talents d'iphicrate et de Timothée ne suffirent pas pour réduire cette cité, dont
(1) Voyez t pour Thistoire des rois deBilbynie, les excellents mémoires deTabbé &Mi», .iiifiérés dans le« UXll, XV et XVI de l'Aeadémie des Iaferipii«ns. et BeUes- Leitres , ei ta compilation de Vullaot , déjà citée.
(2) Géogr. de Strabon , 1. XIV, c. 3, ^ et suiv.
(3) Platarqne, Vie de Déméirius , $ t2.
RÉPLBUQLK DE IlHODES. 487
la résistance fut rendue plus opiniâtre par les secours de Chio, de Cos et de Byzance, 355 (l).Les villes alliées recouvrèrent leur indépendance. Mais, peu de temps après, Rhodes fut asservie par Mausole, roi de Carie, qui détruisit les principes du gouvernement populaire pour établir une oligarchie. Le peuple, tyrannisé parles grands, se. révolta, chassa les garnisons de Mausole, et prit les armes contre Artémise, sa veuve, pour défendre sa liberté menacée; mais les ruses de cette princesse firent tomber entre ses mains la capitale et les principaux habitants , qu'elle fit égorger. Les Rhodiens, gémissant sous le joug d* Artémise, eurent im défenseur éloquent dans Démosthène, et furent rendus à la liberté par les armes des Athéniens. Philippe trouva souvent les Rhodiens op- , posés à ses entreprises contre Byzance et les villes de la Chersonèse de Thrace; mais ils se placèrent volontairement sous la domination d'A« lexandre, quoique son plus redoutable ennemi, Memnon , eût vu le jour dans leurs murs. A la mort du héros macédonien, ils massacrèrent la garnison qu'ils avaient reçue dans leur viUe, espérant de se maintenir libres au milieu des guerres sanglantes par lesquelles les généraux d'Alexandre épuisaient leurs forces pour satisfaire une insatiable ambition. Mais il leur fut impossible de conserver la neutralité. Sur leur refus de fournir des secours à Antigone contre l'île de Chypre, Démétrius, son fils, entreprit le siège de leur capitale, et ce siège mémorable lui valut le titre de Poliorcète. Les Rhodiens résistèrent pendant un an aux efforts de leur redoutable ennemi : quinze cents machines dressées sur leurs remparts en défendaient l'approche et lançaient la mort dans les rangs macédoniens. Les rois et les peuples intercédèrent en faveur dd Rhodes, que son ennemi déclara invincible, et à laquelle il accorda un« paix honorable, 304.
Les Rhodiens, livrés ensuite au commerce, réparèrent rapidement les pertes essuyées dans la guerre. En 224 , un tremblement de terre, qui renversa un grand nombre de villes, abattit lé fameux tolosse qu'ils avaient consacré au soleil. Les dons des peuples, sollicités par des ambassades pour remédier à ce désastre, enrichissent les Rhodiens, qui invoquent l'autorité des oracles pour ne pas relever le colosse. Ils embrassent successivement la cause de Rome contre Philippe et Antiochus, et en obtiennent la Carie et la Lycie, qu'ils font gémir sous un joug de fer. Leur conduite incertaine dans la guerre de Persée les rend suspects à Rome , où ils sont vainementdéfendus par le censeur Gaton. Ils perdent
(1) Diodore de Sicile, 1. XVI, c. lO.
488 PRfiCIS DE l'histoire AKCIENIfE.
les provinces qui leur ont été données par le sénat. Quelque temps après, ils les recouvrent en partie, ainsi que les bonnes grâces du peuple , en forçant les Cauniehs à abandonner le siège de Calynde, ville de Carie. Pendant la guerre de Mithridate, Rhodes signale sa fidélité pour Rome en donnant asile à tous les citoyens qui fuyaient la baine implacable du roi de Pont; elle se défend avec succès contre ses armes, 88. Dans la guerre des pirates, ses flottes ont une grande part aux victoires de Pompée. Cassius la punit cruellement d'avoir suivi le parti de César, et lui impose un tribut de cinq cents talents. Depuis cette époque , les Rhodiens ne jouissent que d'une faible liberté sous la domination de Rome. Leur ville fut regardée comme la capitale de la province des iles sous les empereurs (i). C. *