‹ Précis de l'histoire ancienneChapitre 101 sur 103 · CHAPITRE XLII (D · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII (D

Religion , goaremenient , mœurs et coutumes des divers États de la Grèce , depiiift la législation de Lycnrgue à Sparte et la légisiation de Solon à Athènes , josqu'à rétablissement de la domination des Macédoniens.

Nous venons de présenter Thistoire générale de la Grèce depuis les temps les plus reculés jusqu'à la mort d' Alexandre. Les événements si nombreux et si variés dont elle est remplie , dans un espace de près de deux mille ans , ont fait voir tonte Tinfluence qui a été exercée par les Grecs sur une vaste étendue du globe. Des royaumes conquis, d'autres fondés, deux expéditions mémorables entreprises sur trois continents, d'innombrables colonies établies sur des rivages lointains; l'Afrique, l'Asie, l'Espagne, la Gaule, Tltatie, les iles delà Méditerranée, peuplées des mêmes habitants; les bienfaits de la civilisation répandus chez des nations barbares; de faibles cités victorieuses d*un grand empire, se déchirant ensuite par la gufrre civile, jusqu'à ce qu'elles soient asservies par les Macédoniens: tel est le tableau dont se compose Thistoire poHUque de la Grèce , surtout dans les quatre derniers siècles.

Maintenant que la Grèce se survit à elie-méme depuis les victoires de Philippe et d'Alexandre, et qu'elle a perdu , par la décadence de Sparte et la corruption <!' Athènes, un centre commun sans lequel elle ne peut plus défendre son inilêpcndance, nous allons jeter un coup d'œil rapide sur les croyances ^elil5^cust^ *W.

(1) Il semble que ce ebapiire el le suivant devraient élre placés immédialemenl apri>s l'histoire d'Alexandre le Grand. Dans renseignement on peut sans inconvènienL lo» développer aux élèves avant d'exposer l'histoire des successeurs du conquérant ii)ai:w'doDien.

900 PRÉCIS DE l'histoirb anoeiwe.

ses peuples, sur leurs institutions politiques, sur leurs mœurs et leurs usages les plus remarquables. Nous parlerons dans un second chapitre des arts et des sciences ^e les Grecs ont cultivés avec tant de succès , des chers-d'œuvre dans tons les genres qu'ils ont laissés pour modèles aux peuples civilisés des temps anciens et des temps modernes, et nous indiquerons ainsi les sources d'une autre gloire, plus durable , que de grands génies ont assurée à leur patrie.

I. Religion. — Il est incontestable que les premières notions de la Divinité ont pris naissance en Orient, qui a été le berceau de Thomme, et que de là elles se sont répandues dans les autres contrées du globe (1). On trouve Tidée d'un Dieu chez tous les peuples primitifs; elle précède la société ou du moins elle naît avec ^Ue. L'histoire de l'antiquité ne fait pas connaître une seule nation , une seule tribu qui ait existé , sans la crainte d'un être supérieur, créateur et conservateur des choses humaines. Cette croyance, universellement admise, aussi ancienne que le monde, a été en quelque sorte une émanation de la Divinité elle-même qui, en se manifestant à l'homme dès l'origine, a voulu laisser dans son esprit une impression à jamais ineffaçable. Les premiers habitants de la Grèce paraissent avoir connu des dieux : comme tous les peuples sauvages, ils divinisaient les êtres inanimés qui les entouraient, et desquels dépendait leur existence. Après l'arrivée des colonies de l'Orient, la Grèce donna à ses anciens dieux fétiches les noms des dieux étrangers. On continua à diviniser tout ce qui excitait l'admiration, tantôt la vertu, tantôt une puissance secourable, tantôt la bienfaisance des héros et des législateurs. Dans la suite, l'opinion s'étabht que le monde était animé. Suivant ce système, toutes les parties de l'imivers dans lesquelles les Anciens découvraient des principes de vie et d'action formaient autant de dieux différents, subordonnés les uns aux autres, mais tous soumis à l'intelligence universelle. Ils en faisaient des divinités distribuées en différentes classes et attachées, par la nécessité de leur nature, aux diverses parties de l'univers matériel. La distinction de la nature en deux parties, l'une active, l'autre passive, est un des plus anciens dogmes et un des plus répandus. Il se trouve au fond de tous les systèmes religieux de l'antiquité : il faisait partie de la théologie secrète des mystères.

(1) Nous devons les développements de ce chapitre à l'étude de Pluttrque, de Pansa* nias, et des historiens de la Grèce, au Voyage d'AnacbarsIs, à la Philosophie de l'histoire de Vice, traduite par M. Micbeiet, et surtout aux recherches faites par M.Roile sur le culte de Bacchus . ouvrage couronné par rj^cadémie des Inscriptions el Belles- Lettres. Voyex aussi les chapitres XII, XllI et XIV de ce Précis.

RBLiGlOTf; G0UTER5E1IENT DES GRECS. 501

D'après cette opinion, qui faisait régir Tunivers par Fintelligence, et qui soumettait chaque partie à des divinités particulières et honorées dans un ordre hiérarchique, on conçoit combien les détails et les développements de ce système enfantèrent d'allégories et de quelles fictions le langage figuré de la poésie et les paroles énigmatiques des philosophes durent embarrasser les reUgions. Aussi un auteur ancien ne craint pas d'avancer que ce qu'on dit sur Saturne n'est qu'une allégorie, et qu'on doit penser de même de tout ce qu'on débite sur les dieux (1). Quoi qu'il en soit, nous dirons que les Grecs attribuèrent une essence divine aux éléments, aux différentes sajsonsde l'année; que tous les actes, que tous les âges de la vie furent placés sous la protection de quelque divinité. Les besoins infinis, les passions iimombrablesdes hommes multiplièrent les dieux au point que le savant Varron a recueilli trente mille noms de divinités reconnues par les Grecs. Leurs principaux dieux étaient au nombre de douze: c'étaient Jupiter, Junon, Fesia, Minerve , Cérés^ Diane ^ Fénus , Mars, Mercure, Neptune, Fulcain, Apollon, Jupiter était l'emblème du pouvoir générateur; il était le roi et le père des hommes et des dieux; sa main lançait la foudre. Junon était honorée comme la déesse de la pudeur et du mariage, comme la déesse génératrice des êtres ; Minerve , comme inventrice des arts et des métiers; Cérès, comme la déesse de la terre fertile et de l'agriculture, Diane, qui était la même que la lune, prési3ait aux accouchements; c'était la même divinité que l'Isis des Égyptiens. Les Argiens lui donnaient le nom mystique d'Io. Vénus était née de l'Océan par la combinaison du feu et de l'eau; sous cet emblème, les Grecs représentaient Funion des deux éléments, du feu et de l'eau, qui, selon plusieurs philosophes, a tout produit. Mars était le dieu de la guerre : il était surtout honoré dans la Laconie. Tous les ans, les Spartiates célébraient en son honneur, dans un bois, une fête à laquelle il était défendu aux femmes d'assister. Mercure était le symbole de la raison et de l'intelligence active du monde; il dispensait les richesses et conduisait les âmes des morts aux enfers. Cette mythologie était fondée en Grèce sur les anciens usages observés par les Égyptiens dans les funérailles. Neptune était le souverain du principe humide et générateur. Chez les Grecs, l'élément de l'eau fournit un grand nombre de dieux; ils regardaient l'Océan comme une source de génération pour tous les êtres : ils lui donnaient le titre de père de toutes choses. Vulcain était le dieu du feu;

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(0 Paiisanias , UetcripUon d» la Grèce , Àreadie , c. 7.

302 PRÉCIS i)E l'hISTOIHI ANCtENirP.

son culte était principalement en grande vénération dans Tîle de Lemnos , où Ton célébrait des mystères. On prétendait que les Cabires, fils de Vulcain , avaient introduit les arts dans l'île de Samothrace , et partout celui de travailler les métaux. Apollon, dieu du jour, représentant la force reproductive de la nature, était la même divinité que Bacchus; on ne les distinguait que par les attributs et les caractères diJBFércnts que Ton prêtait à chaque divinité. Bacchus, quoiqu'il n'ait pas été placé au rang des douze grands dieux par les mythologues, avait un culte fort répandu dans la Grèce.

On assignait diverses demeures aux dieux : les uns forent placés dans le ciel, d'autres habitaient dans la mer, ceux-ci sous la terre, ceux-là aux enfers, lieux où les méchants étaient condamnés à divers supplices après leur mort. On fit monter certains dieux dans les planètes ; les héros furent attachés aux constellations. Comme le grand nombre des dieux qu'admettait le polythéisme ne représentaient que les divers attributs de la Divinité suprême , ils avaient tous pour symbole le serpent, sous la forme duquel lés peuples anciens paraissent l'avoir adorée. Pour honorer -les dieux, les Grecs instituèrent des sacrifices, des fêtes religieuses, élevèrent des temples qui leur furent consacrés , créèrent des prêtres chargés de les invoquer , de dévoiler leurs volontés, d'expliquer les événements singuliers, les phénomènes de la nature. Dans une haute antiquité, on ne présentait aux dieux que les fruits dô la terre ; il y eut des autels sur lesquels il ne fut jamais permis d'immoler des victimesî mais les sacrifices sanglants s'introduisirent sans doute avec l'habitude que prirent les hommes de se nourrir de la chair des animaux. C'étaient comme des repas que les hommes destinaient aux dieux, et auxquels participaient les assistants et les prêtres. On n'immolait pas indistinctement toute espèce d'animaux aune divinité. On oÊfrait des chevaux au soleil, des cerfs à Diane; des chiens à Hécate. L&super* stition, qui rempMt l'àme de terreur, rendit les hommes cruels et barbares. Les sacrifices humains devinrent fréquents dans les diverses contrées de la Grèce; ils commencèrent en Axcadie, et ils n'y furent abolis que dans le v siècle avant l'ère chrétienne. Au temps de la guerre Médique, on voit encore Thémistocle immoler, avant la bataiUe de Salamine, trois jeunes Perses, faits prisonniers, à Bacchus Omestes (1).

On célébrait dans la Grèce plusieurs fêtes religieuses sur lesquelles les Anciens nous ont transmis des détails précieux. On honorait Jupiter

(0 Plutarque, Vie de Thémûtode , c, il ; Vie de Pétûp^h» ^ is, 2%

religion; gocvebnehent des grecs. 505

$ous une foule de surnoms qui exprimaient les divers attributs de sa puissance. Dans le temple d'Olympie était sa statue, ouvrage admirable de Pbidias. Juaon, protectrice d'Argos, avait dans cette ville un temple, un des plus célèbres de la Grèce; chaque année, les habitants d'Argos se rendaient en grande pompe dans le temple de la déesse , et lui ofihûent des sacrifices qui attiraient un concours considérable de spectateurs. Les Dionusioques, les Apaturies, les Panathénées^ les mystères A^É-lewfis, avaient lieu, à Athènes, en Thonneur de Bacchus, de BAinerve et de Cérès. Outre les fêtes générales, chaque bourg de l'Attique avait ses fêtes particulières. Vénus était la princi^mle divinité des Corinthiens; ils lui consacraient un grand nombre de prêtresses, auxquelles la supersti^ tion attribua Thoûneur d^avoir sauvé les Grecs/lans la guerre médique. Aucun temple dans le paganisme n'a eu plus de célébrité que celui d'Apollon à Delphes. Les nombreuses traditions mythologiques, accréditées sur son origine, prouvent sa haute antiquité. Il y avait une pythie qui rendait des oracles, et que Ton allait consulter de tous les points de la terre; un trésor, formé surtout des riches offrandes des Grecs, et qui tenta souvent l'avarice de divers peuples.

La divination était un des principaux fondements de la religion des Anciens. Les dieux, s'étant trouvés dès l'origine en communication avec les hommes, avaient dû , par certains signes , faire connaître leurs vo-. lontés. Il exista de nombreux interprètes de leurs pensées : ce furent les devins, les sages, les héros, auxquels on donna quelquefois le caractère de la divinité. Les oracles ont été inconnus ou avaient peu de créance dans les temps héroïques. Les inspirations , les songes, les présages, les paroles échappées aux enfants , furent la première divination àccré* ditée par l'ignorance superstitieuse de l'homme. Dans des temps pos* térieurs, il s'en établit une seconde^ qui consistait dans l'interprétation des prodiges, des entrailles des animaux et des augures. L'autorité des devins et des oracles, au temps de Lycurgue et dans les siècles qui suivirent, était tellement respectée, qu'il était impossible de commencer aucune entreprise sans les consulter. On la voit s'affaibhr dans le siècle d'Hérodote. Les philosophes attaquèrent une superstition que l'intérêt des prêtres et des prêtresses et la potitique ambitieuse de quelques hommes voulaient perpétuer dans l'esprit des pépies (1). Épaminondas

(1) Platon fait ainsi parler le devin £uty|»hroii dans le dialogue qui porte son nom : Que ne ni'arrive-t-il pat à moi-même ^ dit Eutyphron à Socrate, lorsque ^ dan* let Msemblées, je parle des choses divines , et que je prédis ce qui doit arriver ; Ut tê moquent tous de moi comme d'un fou , etc.

504 prScis DR l'histoirb ancienne.

et Démosthène nous moatrent dans quel discrédit , de leur temps , était tombé Toracle de Delphes (1).

n. Gouvernement y mcBurs et usages de la Grèce, — . Il serait superflu de donner des détails étendus sur le gouvernement des divers états de la Grèce. L'établissement de la démocratie, la législation de Lycurgue et celle de Solon , les changements introduits à Sparte et à Athènes par Famour des richesses et par Tambition de Périclès, ont été suffisamment développés dans les chapitres qui précèdent. La royauté abolie avait été remplacée par une aristocratie partout trop faible. Le principe de la démocratie dominait dans la plupart des cités; ce ne fut que pendant de courts intervalles que le pouvoir fut concentré dans les mains des grands. Ils gouvernèrent presque toujours avec despotisme. Les excès, auxquels ils se laissèrent trop souvent emporter, s'opposaient à ce qu'il s'établît une aristocratie salutaire dans des États si divisés. Le peuple envahit toute l'autorité du gouvernement, et se laissa dominer par ses passions brutales, par la turbulence d'orateurs factieux ou vendus aux étrangers. La Grèce n'avait apprécié qu'au temps de Thémistocle les avantages incalculables qu'elle aurait trouvés dans un système de con-' fédération fortement conçu et observé avec constance; elle périt par sa force même et par la faiblesse de chaque État en particulier, qui, ambitionnant une suprématie chimérique , ^pelait tour à tour les Perses et les Macédoniens dans ses démêlés pour obtenir un triomphe éphémère et funeste.

Deux institutions remarquables subsistèrent après l'abaissement de la Grèce , les jetACC Olympiques et le Conseil amphiclyonique. Les jeux Olympiques avaient été fondés par Hercule Idœen dans une haute antiquité ; ils se célébraient de quatre en quatre ans. Jupiter, Apollon , Mercure et Mars n'avaient pas dédaigné, dans l'opinion des Grecs, l'éclat des triomphes d'Olympie. Dans des temps postérieurs, Clyménus, Pélops, d'autres héros, et enfin Hercule, ûls d'Açiphitryon, firent célébrer les mêmes jeux , interrompus depuis Oxilus jusqu'à Iphitus, contemporain de Lycurgue. Des divisions intestines, une maladie contagieuse, désolaient la Grèce. La.pythie, consultée par Iphitus, déclara que le seul remède à tant de maux était le rétablissement dés jeux Olympiques. On y donnait des prix pour la course , le pentathle , la lutte, le pugilat^ la course des chars, la course à cheval, le pancrace, la course des gens armés. Les enfants eux-mêmes furent admis à prendre part à

(1^ Apophthegmes de Plutarque , Épaminondas. Vie de Bémotihène, c 33. ^

quel<£aes-uns de ces combats, si propres à faire naître l'émulation, à accroître l'adresse et les forces de ceux qui s*y livraient La présidence de ces jeux, qui se célébrèrent tous les quatre ans et qui donnèrent lieu aux Olympiades , appartenait aux Éléens. Le nombre des juges varia depuis deux jusqu'à douze , et fut enfin réduit à dix, à cause des dix tribus dont l'Élide était composée. Les couronnes des vainqueurs n'étaient que des branches d'olivier sauvage; mais leurs noms étaient inscrits sur des registres ; on élevait des statues à ceux qui se faisaient le plus remarquer dans les plaines d'Olympie. Les guerres de la Grèce ét^nt suspendues pendant ces fêtes nationales : ce fut un des plus grands bienfaits que produisit cette institution à la fois religieuse et politique.

Le Conseil amphictyonique, qui se réunissait à Delphes, fut institué par Amphictyon, flis de Deucalion, 1510; c'est de lui que les membres de ce conseil fuïènt appelés amphictyons. Dans l'origine, il n'était formé que des peuples qui habitaient dans le voisinage de Delphes. Les peuples de race hellénique qui furent admis plus tard dans cette assemblée, étaient les Ioniens , les Dolopes , les Thessaliens , les JEnianes , les Magnétesy les Maliens ^ les Phihiotes , les Doriens , les Phocidiens et les Loeriens. Après la guerre sacrée, les Macédoniens prirent les deux voix des Phocidiens et chassèrent du conseil les Lacédémoniens, qui avaient donné des secours à ces sacrilèges. Les amphictyons, qui furent jusqu'au nombre de trente, étaient les juges des différends élevés entre les peuples de la confédération hellénique. Quelquefois ils prévinrent des hostilités; le plus souvent ce ne fut qu'un tribunal impuissant ou tyrannique. C.

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