CHAPITRE lY
S L — GQnii4ération$ 9ur les révolutions ds la haute Asie. — flisimf 4es Assyriens dans les premiers temps.
Révolutions de la haute Asie, — Depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'époque de Cyrus , on ne compte pas moins de dix grandes révolutions, à la suite desquelles les Babyloniens, les Assyriens, les Arabes, les Mèdes , les Scythes, les Perses , fondent et détruisent, agrandissent et restreignent leur» em{ttres respectifs dans la liante Asie et dans l'Asie Mineure. Ces réyolutions si fréquentes et si rs^ides s'expliquent : 1"* par l'état physique de la h^ute Km çjt <|€s ^on? voisines , où «ur dix-sept contrées, onze n'oifra^nt que des déserts ou biep des pâturages, et conduisaient Inyincihlement les haJbitants ^ la vie nomade, à ^ privatiops , à ses dures et belliqueuses liahitudes , à la conc^uéjte d/es régions plu# fertiles et enrichies par l'agriculture et le commerce; 2° par la forme du gouver-
(1) Hérodote, n, 129, 173.
' (9) Preuves «t clév«iopperae90 pour eat deai pafagnpIiM , pages #l «I U diia V é^tion du Préeif •
BABYLONB ET NINITB. 59
nemant et par les habitudes que les hordes nomades et leurs princes adoptaient après la conquête. Ils occupaient d'abord les pays le^ plus riches et y levaient des iribute (1). Leur domination établie sur des peuples vaincus se prolongeant , ils passaient insensiblement à des habitations plus fixes, prenaient les mœurs et les habitud|BS des vaincus, se livraient au luxe et à la mollesse. Leurs chefs, ayant à leur service des milliers de bras esclaves , construisaient , comme en Egypte, de prodigieux monuments. Ils bâtissaient des villes dans les lieux où ils avaient fixé leur cour, divisaient leur empire en provinces, établissaient le gouvernement des satrapes, confiaient à ces ofllciers un pouvoir local illimité, pour obtenir de leurs sujets une plus prompte obéissance dans retendue de leurs états immenses. Les satrapes ne tardaient pas à se révolter : de là des guerres civiles et TaffaibUssement des nomades. Leur décadence était encore accélérée par la mollesse et fincapacité des princes. Confinés au fond du sérail , dont ils prenaient les vices, et conservant toutefois une autorité illimitée, comme la chose arrive cUos les gouvern^ents despotiques, il ne fallait plus qu'un choc du dehors pour renverser ou poqr dissoudre de pareils empires. Sur leurs ruines on voyait s'en élever d'autres, destinés à périr par les mêmes causes (2).
Données historiques et chronologiques sur les empires de Babylone-et de JVinive, — Comme tous les anciens empires ; ceux de Babylone ou de Chaldée , de Ninive ou d'Assyrie, sont enveloppés de fables à leur origine. Dans les époques moins reculées, leurs historiens, Bérose et Ctésias; se contredisaient souvent. De plas, les moyens d'examen et de confrontation ont péri en grande partie avec les ouvrages de ces deux auteurs, dont les historiens et les chroncdogistes grecs ne nous ont transnois que des firagments et des copies. U est donc beaucoup de points, beaucoup 4e détails particuliers, sur lesquels il reste et il restera toujours du doute et de l'iDcertitude. Mais les grandes révolutions, les principaux traits du caractère de ces peuples, se dessineirt d'une 'manière assez nette. Quant à leur chronologie, elle n'est certaine ^u'à partir du règne de Nabopolassar et de l'année 627 : jusque-là, les dates ne reposent que sur des données incertaines et contradictoires, et ne doivent être considérées qae comme probables.
(1) On voit quels étaient leurs premiers rapports avec les peuples vaincus par l'ex-" posé qu'Hérodote, I, JD4-106, fait de la conquête et de la domination momentanée des Scythes au temps de Cyaxare : « Les Scythes conservèrent vingt^iuit ans Tempire de » Via», Us rainèrent tout par leur violenee et leur négligeDce- Outre le» iribuu ordi- » Daires, ijs eiigeaieot encore de chaque particttU^r un impôt arbitraire , et indépen- » damment de ces contributions, ils parcouraient tout le pays, pillant et enlevant à » chacun ce qui lui appartenait. »
(2) Moniesquieu , Bsp. des lois , 1. XVII, c. ». 4 ; I. VU, c 7. Heeren , Idées sur la politique et le commerce des peuples de l'antiquité , 1. 1, p. 67 et suiv. de la traduction.
$ IL — HUtoir9 de Babylone et de IVinive , depuis leur origine Jusqju'à
Bélus (1).
Fondation des royaumes de Babylone et de Ninive, — Selon le prêtre ehaldéen Bérose, l'empire de Babylone ou de Chaldée remontait au commencement du monde. Dix rois, dont le premier était Alorus et le dernier Xysuthrus, l'avaient gouverné depuis son origine jusqu'au déluge, pendant une durée de 120 sares ou 432,000 ans.
Les livres des Juifs mettent au néant cette fabuleuse antiquité, et placent à la cinquième génération après le déluge les commencements des royaumes de Babylone et de Ninive. « Aemrod , disent-ils, com- » mença à être puissant sur la terre. Il fut un fort chasseur devant » l'Éternel. Le commencement de son règne fut à Babel, Érec, Accad, » et Calné au pays de Sçinhar. De ce pays-là sortit jéssur ; et il bâtit » Ninive et Rehoboth-Hir, et Calah et Resen, entre Ninive et Calah , qui. » est une grande ville (2). » Ainsi Nemrod, "encore partagé entre les violents exercices de la vie sauvage et les habitudes sédentaires de la vie civilisée, élève Babylone et trois autres villes ou bourgades au sud de la Mésopotamie, sur les bords de l'Euphrate, et devient ainsi le premier fondateur de l'empire ehaldéen. Assur commence celui d'Assyrie, sur les rives du Tigre, par la première fondation de Ninive.
Durant plusieurs siècles les deux royaumes ont une existence séparée.
On trouve dans les listes de Babylone sept rois entre Nemrod et Chinzir. Pendant cette période, la religion primitive des Babyloniens, qui, comme celle de tous les peuples anciens, fut d'abord un déisme pur, s'altère et se change en idolâtrie. Les astres, les éléments, les rois sous qui l'on a tremblé, les hommes ingénieux auxquels on est redevable de quelque découverte utile à la société, sont placés parmi *les dieux nationaux. Nemrod est adoré le premier sous le nom de Bel, Baal, ou Bélus (roi, seigneur), et probablement confondu avec le soleil.
La suite des rois prouve que le gouvernement était tnonarchique. Le peuple babylonien se divise en castes à la manière des Égyptiens et des Indiens: les prêtres, caste privilégiée, sont exempts de tout impôt, de toute charge publique. Les villes se multiplient, la population augmente, la domination de Babylone s'étend à toute la Mésopotamie. La nation ,
(i) Voir les développements , les preuves el les citations, pour ce paragraphe et left trois suivants, dans la 3» édiiion du Précis, de la page 39 à la page 52. (2) Genèse, c. lo, v. 8-iJ, traduct. d'Ofttervald.
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BABYLOKE ET KINIVE. 6l
adonnée à ragricultnre, vit dans l'abondance et dans un état pacifique, qui la livrera facilement à ses ennemis. Après les arts industriels, les sciences prennent leur premier essor. Déjà est élevé le temple de Béliis, tour massive, entourée d'une haute et forte muraille qui garantit à la fois le dieu, les prêtres, et les trésors que la piété y entasse. Ce temple est le point de ralliement, le pèlerinage, la métropole de toutes les peuplades environnantes, et servira de modèle aux temples élevés plus tard à Jérusalem , à Balbek , à Palmyre. De cette tour , haute de 307 pieds, les prêtres chaldéens commencent leurs observations astronomiques, que les uns font remonter à 2,000, et les autres à 5,000 ans avant notre ère.
Conquête du royaume de Bahylone par les Arabes. — Tel était Tétat politique et social des Babyloniens ou Chaldéens, lorsque leur inexpérience dans la guerre les fit passer sous la loi d'un peuple voisin. Il est singulier de retrouver dans l'histoire ancienne, plus de deux mille ans avant notre ère, une conquête assez semblable à celle qui eut lieu sous les successeurs de Mahomet. Nous avons vu au chapitre des Égyptiens, que les pasteurs arabes et phéniciens envahirent la basse et la moyenne Egypte et la tinrent à diverses reprises pendant 5il ans. Tandis qu'un certain nombre de tribus de ce peuple , poussé au brigandage, à la guerre, à la conquête, par la stérilité de son sol, entraient en Egypte, d'autres tribus se précipitaient sur la Babylonie; indépendantes les unes des autres, quoique associées à la manière des Arabes, ayant chacune son chef ou ses chefs. Elles s'emparèrent des états de Chinzir et les démembrèrent. Dans le partage de la conquête, un certain AJardocentès eut pour son lot Babylone : cinq rois de sa nation , dont les noms sont rappelés dans les listes, lui succédèrent. Il parait qu'en entretenant une armée d'Arabes pour se défendre contre l'étranger, ils laissèrent l'ancienne population dans l'état antimilitaire où ils l'avaient trouvée, afin d'obtenir d'elle une plus facile obéissance.
Conquête du royaume de Babylone et destruction de la domination arabe par les Assyriens. — Nous avons vu au commencement de ce chapitre Assur fonder l'empire de Ninive ou d'Assyrie sur les bords du Tigre. Ses successeurs sont demeurés inconnus. La chute du royaume babylonien les avait avertis de se tenir en garde contre les Arabes, et ils avaient réuni des forces imposantes^ L'un d'eux, que l'histoire ne désigne que par son surnom de Bélus, attaqua les Arabes dominateurs de Babylone. « La Babylonie avait alors beaucoup de villes florissantes, » et une population étrangère à l'art et aux dangers de la guerre : le
tô PRÉCIS DI l'HISTOIRB ANOEimC.
» conquérant la sounHt facOement à ses lois, et lui imposa ua tribut » annuel. Quant au roi , il le vainquit, l'emmena captif avec ses enfants » et le tua. » Telle fut la fin de l'empire des Arabes, qui avait succédé à l'empire des Chaldéens (1).
S m. — Eiêtoire du premier empire aayrien^ depuit Bélus Jusqu*â la mort de Sardanapale,
Bélus réunit le royaume de Babylone à celui de Ninive, et prépare ainsi la grandeur du premier empire assyrien.
Ninus et Sémiramis, —Vers 1968, Ninus son fils agrandit Ninive et lui donne son nom. Il impose un tribut à l'Arménie, défait le roi des Mèdes et le met en croix avec ses sept enfants. Ces guerres sont le prélude de plus importantes conquêtes. Dans un espace de dix-sept ans, avec le secours des Arabes, devenus ses alliés, il subjugue l'Egypte, la Cœlésyrie, l'Asie-Mineure et les nations voisines de l'Euxin jusqu'au Tanaïs, la haute Asie jusqu'à la Bactriane et au pays des Saces. Dans une seconde expédition, il soumet la vaillante nation des Bactriens, 6t s'empare de Bactres par les conseils de Sémiramis, qu'il épouse et qui succède à son pouvoir. Dès cette époque, la Bactriane avait beaucoup de grandes villes très-fréquentées et une immense quantité d'or et d'argent. Elle devait ses richesses à son commerce. Située sur les frontières de l'Inde, du Petit-Thibet, de la Bucharie , elle entretenait des relations avec ces riches contrées par les fleuves Icarus et Oxus. En s'emparant de la Bactriane, les princes assyriens s'emparèrent de ce commerce et en retirèrent d'immenses profits.
1916. Sémiramis agrandit l'antique Babylone de telle sorte qu'elle passa pour l'avoir fondée. Elle l'entoura d'un mur d'enceinte et de fortifications, ayant 565 stades de circuit, pour imiter le nombre des jours de l'année, circonstance qui révèle à quel point les connaissances astronomiques étaient arrivées de son temps. Elle construisit ces quais, ce pont, ces châteaux aux deux issues du pont, cette galerie sous le lit del'Euphrate, ce lac pour la décharge du fleuve; ouvrages qui, même dans leur déclin, frappèrent d'étonnement l'armée d'Alexandre parleur grandeur, et dont l'utihté surpassait la magnificence. En effet, les fortifications de Babylone, et la garnison qu'on y plaça, tinrent en respect les Chaldéens nouvellement soumis, et les Arabes alors alliés
(1) Baieb., Chron., 1. 1, «pad Bcali|;., p. t4. — Stneel., Gbronog., p. H D.
BâBTLONB ST IfllOTB. C5
de y empire, mais toujours prêts à attaquer et à piller le pays. Balrflone était élevée sur lés bords de l'Euphrate; et ce fleuve baigne les frontières de la Syrie , a Tune de ses branches en Asie-Mineure , les autres en Arménie, et va se jeter dans le golfe Persique, qui était alors le centre des opérations les plus riches e^les plus actives entre l'Asie occidentale, TÉthiopie et l'intérieur de l'Afrique : Babylone devint l'entrepôt de tout ce commerce (1).
Sémiramis conquit de nouveau l'Arménie, et les travaux qu^elle ordonna près du lac de Van égalent ceux qu'elle avait fait exécuter sur les bords de l'Euphrate. En quelques années s'éleva la ville de Van, ceinte de fortes murailles, décorée de palais, de places publiques, de bains, de canaux qui distribuaient l'eau dans les différents quartiers; entourée de bourgs où l'on planta des arbres fruitiers et des vignes. Au nord de la ville et près des murs , on bâtit une résidence royale , un palais d'été pour Sémiramis. On éleva d'abord une immense esplanade formée avec d'énormes quartiers de roche , polis et unis ensemble par du ciment : on l'environna des plus fortes défenses; on en rendit l'entrée et la sortie d'un difficile accès, en n'y laissant pénétrer qu'à travers des cavernes. Sur l'esplanade, on construisit la demeure royale, composée de temples, d'appartements, de lieux propres à déposer des trésors, d'immenses souterrains : les murs furent couverts d'inscriptions. Telle était la solidité de ces constructions que l'esplanade, les cavernes, plusieurs salles souterraines, et probablement aussi les inscriptions, subsistent encore aujourd'hui, comme le témoignent les géographes et les voyageurs les plus récents : le palais de^Sémiramis s'est transformé en une imprenable citadelle (2).
Cette femme prodigieuse visita la Médie, la Perse, et les diverses provinces dejla haute Asie, dont elle changea la face. Partout où elle
(i) Ctcsias, inIDiod., I. Il, c. 7-12, t. l, p. 120-126. Sémiramis tae fonda pus , comme le dil Ctésias, mais agrandit prodigieusement Babylone : c'est ce qu'on voit par Mégaslènes, in Euseb., Prœp. evang., I. IX, c 4, p. 457 B, qui atteste, avec la Bible, la fondation première de Babylone par Bélus ou Nemrod. Quant à Bérose, Texamen attentif du passmge qui reste de lui n'ôte pas à Sémiramis toute participation dans les ouvrages de Babylone, et contredit beaucoup moins Ctésias qu'on ne pourrait le croire dl'abord. J'admets l'existence de Sémiramis comme personnage historique avec Volney, qui a discuté longuement tout ce qui'concerne cette femme célèbre et les anciens Assyriens, t. 5, p. uo-204, et qu'on n'accusera probablement pas d'une excessive crédulité. * Yoye% encore Montesquieu, Esprit des lois, I. XXI, c. 6, et M. Heeren.
(2) Histoire d'Arménie de Moïse de Khoren, 1. 1, c. 15 , dont le récit est confirmé de point en point par le P. Luc Indjidiian dans la Géographie universelle, Atiey 1. 1, p. 138, 13», Venise, 1806; et par les rapports du voyageur M. Schulz, en 1828. Leurs témoignages sont exposés par M. Saint-Martin, Journal des savants, août 1828 j p.i$3'4$Q, Cf 8t de l'articU de M. Saint-Martin que neus tiron* tous ces détails.
64 ratas bk L'HisToifts ANcmmB.
pénétra, elle fortifia et changea en ville les bourgades, dessécha les marais, conduisit, au moyen d'aqueducs, des eaux dans les lieux qui en manquaient, bienfait inappréciable dans le climat de l'Asie; enfin, elle coupa les montagnes et traça des grandes routes, établissant ainsi des communications, des relations politiques et commerciales, entre les diverses parties de son vaste empire : encore aujourd'hui , pour aller de Bagdad à Ramadan , on suit la route de Sémiramis. Aux conquêtes de Ninus, elle ajouta, si l'on en croit Ctésias^ celle de l'Egypte, d'une partie de l'Ethiopie et de la Libye : elle commença celle de l'Inde , mais fut vaincue sur les bords de l'Indus. De retour dans ses états, elle comprima une première sédition par sa magnanimité; plus tard, elle fut privée de l'autorité , et peut-être de la vie , par son fils Ninyas.
On se refusera difficilement à croire que l'épitaphe suivante n'ait pas été composée par elle-même : il faut avoir fait certaines choses, pour penser et parler de certaine manière. « La nature m'a donné le corps d'une femme ; mes actions m'ont égalée au plus vaillant des hommes. J'ai régi l'empire de Ninus, qui vers l'orient touche au^uve Hinamam (Indus) ; vers le sud , au pays de l'encens et de la myrrhe (l'Arabie) ; vers le nord, aux Saques et aux Sogdiens. Avant moi, aucun Assyrien n'avait vu de mers : j'en ai vu quatre, que personne n'abordait, tant elles étaient éloignées. J'ai contraint les fleuves de couler où je voulais , et je ne l'ai voulu qu'aux lieux où ils devaient être utiles. J'ai fécondé les terres stériles en les arrosant de mes fleuves. J'ai élevé des forteresses inexpugnables. J'ai percé , avec le fer, des routes à travers des rochers impraticables. J'ai ouvert à mes chariots des chemins que les bêtes féroces elles-mêmes n'avaient pas parcourus. Et, au milieu de ces travaux', j'ai trouvé du temps pour mes plaisirs et pour mes amis (1).»
Ninyas et ses successeurs. — 1874. Ninyas, successeur de Sémiramis, commence une longue suite de rois, auxquels les historiens ont prodigué les injures et le mépris. L'un d'eux prétend que ces princes, enfermés dans leur sérail, entre des femmes et des eunuques, apportaient toui* à tour, sur le trône héréditaire, leurs vices et leur impuissance, et mouraient, avant le temps, consumés par les excès et par l'oisiveté. C'est précisément ce que l'on raconte des derniers Mérovingiens, et les successeurs de Ninyas seraient les rois fainéants de l'Assyrie. Il y a, sans doute, quelque chose de vrai dans ces accusa-
(t) Polyen. Siratag., I. VIH, c. 26. U y a dans la traduction de Volney les pliu singaiers contre-sens qu'on a copiés et exagérés après lui, selon la coutume.
bàbylone et NïNITE. 6»
lions, puisqu'ils peMirent l'Ethiopie, FÉgypte, la Libye, la Palestine, la Phénicie, la Syrie, la Lydie; puisque Sésostris subjugua leur empire, et qu'ils laissèrent David et Salomon étendre leur domination jusqu'à l'Euphrate. Mais miMe ans s'écoulent entre Sémiramis et Sardanapale, et une suite de rois, fainéants ne dure pas mille ans : l'histoire prouve que l'ambition ne les laisse pas vieillir sur le trône au delà d'un siècle et demi, et encore, longtemps avant leur chute, reconnaît-on, à des signes certains, que leur puissance est passée en d'autres mains. Au temps de Sardanapale, les rois assyriens conservaient la plénitude de leur autorité, et dominaient encore sur toute la haute Asie jusqu'à laBactriane, et sur toute l'Asie Mineure, à l'exception des côtes occidentales; car les rois lydiens ne commencèrent à s'étendriB qu'après la destruction du premier empire d'Assyrie. Il faut donc qu'à une époque quelconque il y ait eu réfyrme et régénération parmi les successeurs de Sémiramis.
On trouve dans les historiens anciens des détails sur leur gouvernement, qui détruisent l'idée qu'on s'est faite de leur incapacité. Ils nommaient, chez chaque peuple agrégé à l'empire, les chefs des troupes, les administrateurs, les juges, les intendants des terres qu'ils avaient prises pour leurs domaines, séparant avec soin le pouvoir civil du pouvoir militaire. Ils appelaient chaque année à Ninive quatre cent mille soldats tirés des différents pays, commandés par des officiers nationaux, mais soumis aux ordres de généraux choisis par le roi, et d'une fidélité éprouvée : l'année expirée, ils renvoyaient ces soldats dans leurs foyers et les remplaçaient par d'autres. D'une part, ces forces tenaient en respect l'ennemi du dehors, et dans l'obéissance les nations soumises à la domination assyrienne. D'un autre côté, il n'y avait ni chef unique et suprême de la force armée, ni milice privilégiée, ni généraux ayant le temps de gagner les soldats ou de les habituer, par un commandement prolongé , à exécuter aveuglément leurs ordres ; rien en un mot^e ce qui détruisit plus tard tant de dynasties, sous les noms de prétoriens, de milice turque, de janissaires, de préfets du prétoire, de maires du palais, d'émirs al-mourhenins, de grands vizirs. Cet ordre général suppose des combinaisons et de l'habileté. Mais les rois assyriens laissèrent subsister des principes de dissolution dans leur empire. Les peuples qui le composaient furent juxtaposés, mais non pas fondus ensemble. La nation et la famille conquérantes exigèrent d'eux une reconnaissance de suprématie et un tribut, mais leur laissèrent, avec leur religion, leurs lois, leurs coutumes, leurs chefe
66 PRÉCIS Bs l'histoirs akcientos.
indigènes, une individualité nationale, qui entretenait cheg eux l'esppir et les moyena de wcouer le joug assyrien et de reconquérir leur indépendimcei
5arrf0n«|K»l#. —Tel était Tétatide l'empire d'Assyrie, lorsque Tonos-ConcQlero6, nommé par les Grecs Surdanapah, monta sur le trdne. 3élé8is, prêtre chaldéen, grand astrologue, devin renommé, résolut 4b renverser le souverain, d'affranchir sa nation, et de se créer 4 lui-même une principauté indépendante» Il associa h ses projets le Mède Arbacôs, en lui annonçant que le ciel lui destinait l'empire de Sardanapale : tous deux s'apprêtèrent à exécuter les décisions céleste^ en corrompant tefr troupes de Babylone et de Médie dont ils avaient le commandement, et en gagnant plusieurs chefs des autres nations. Plongé dans les plaisirs et dans l'incurie, Sardanapale laissa mûrir ce 4^gereux complot. Mais ce prince, qui par passe-temps avait fondé en un jour les deux villes de Tarse et d'Ancliiale, se réveilla au moment du danger, combattit les rebelles en homme de cœur, et mourut en roi : c'est ce que lès copistes de Justin nous laissent ignorer. A la première nouvelle de la révolte, il rassembla les peuples et les chefs demeurés fidèles, marcha contre Bélésis et Arbacès, et les défît dans trois batailles sanglantes. Déjà, les révoltés songeaient à se dissiper, lorsque Bélésis leur annonça qu'il avait lu dans les astres qu'un grand changement aurait lieu s'ils voulaient tenir cinq jours encore. Dans cet espace de temps, une armée de Bactriens arriva, fut gagnée par Sélésis et Arbacès, et se tourna contre le {oi, qu'elle était appelée à lecourir. Sardanapale, accablé par le nombre, fut vaincu à son tout* et se sauva dans Ninive. Il la défendit deux ans entiers contre toutes les attaques; mais un débordement du Tigre ayant renversé vingt stades de murailles et ouvert passage à l'ennemi, il mit sur un bûcher ses femmes et ses trésors, et se brûla avec eux.
Ainsi finit le premier empire d'Assyrie, dont le nombre des rois et des années a été supputé de différentes manières ^ar les anciens. Ctésiaâ compte 5Û rois et 1500 années depuis Ninus jusqu'à Sarda'^ aapaie.
S lY. — Histoire de Babylone et de JDPinive depuis la mort de Sardanapale jusqu^à la destruction de JYinive*
7K9. Arbacès hérita d'abord de la suprématie des princes assyrienB 8t distribua des satrapies, comme roi des rois. Mais les Mèdes perdis wnt bientôt te domination de l'Asie, et l'on vit s'élever de toutes parts
BÀBTLONB ET NINITE. 67
des souverainetés indépendantes. Des débris du premier empire d'Assyrie se formèrent les royaumes particuliers de Médie, de Babylone, de Ninive. Nous nous occuperons exclusivement ici des deux derniers,
Moytmme de Babylone, — Lorsque les Babyloniens eurent secoué I4 suzeraineté de la Médie, ils se donnèrent des rois particuliers. Il pa-» rait que les prêtres chaldéens parvinrent 4 se saisir de l'autorité souve*. raine. Mais aucun d'eux n'ayant de titres ou de talents suffisants pour s'affermir sur le trône, onze rois se succédèrent dans le court espace 4e quatre-vingts ans. Parmi tous ces rms(l), un seul, Nabonasar, mé<* rite d'être mentionné, à cause de l'ère qui porte son nom et qui commence en 747. Au milieu du conflit des ambitions, Babylone tomba dans une affreuse anarchie, et n'en sortit que pour devenir la proie des Ninivites ou Assyriens, en 680. Elle obéit durant trente-six ans à des gouverneurs ninivites, jusqu'à ce que Nabopolasaar, l'un d'eux, souleva les Babyloniens contre le dernier roi de Ninive, Sarac.
JtoyautQe de Ninive, -^ Après la mort de Sardanapale» Ninive eut sept rois particuliers :