MÈDBS ET PERSES; SUCCESSEURS DE CYRUS
de soïi frère. Cambyse mourut à Agbatane , ville de Syrie , des suites d'une blessurequ'il s'était feite avefc sonépée, en montant achevai, 522. Il avait régné sept ans et cinq mois.
- 522. SmerdiSf soutenu parles mages et les Mèdes, fut reconnu sans obstacle pour le successeur de Cambyse. Il passait pour le fils de Cyrus, ijue Prexaspe avait fait tomber sous ses coups, mais dont il niait le meurtre, pour ne pas s'attirer la haine des Perses. L'adroit usurpateur, dans l'espoir de gagner leur attachement, les exempta pour trois ans de tout tribut et du service militaire. Mais avec Smerdis s'étaient placés sur le trône la secte des mages et les principaux de la Médie. Leur influence odieuse révolta les Perses, qui , ne pouvant supporter la honte de perdre là suprématie conquise par leur valeur et les armes de Cyrus et d'être assujettis à un Mède et à un mage , conspirèrent contre son autorité (4). La perfidie de Smerdis ayant été découverte par Phédime, fille d'Otanès, et par les aveux de Prexaspe, sept des principaux seigneurs pénétrèrent dans le palais et mirent à mort l'usurpateur et plusieurs des mages qui le soutenaient. L'anniversaire de ce jour, appelé Magophénie, ou massacre des mages, devint une des plus grandes fêtes dèsPeï'ses. Les conjurés, se trouvant maîtres de l'autorité, délibérèrent en commun sur la forme du gouvernement qu'ils devaient adopter, dans l'intérêt de leur patrie. La monarchie^parut offrir à plusieurs d'entre eux des avantages qui n'étaient attachés ni à l'aristocratie , ni à la démocratie. Elle prévalut, et Darius, fils d'Hystaspes, obtint le trône par l'a-. dresse de son écuyer.
522, Darius /«, ayant affermi son autorité naissante par quelques actes de rigueur, partagea ses états en vingt provinces, appelées satrapies, et dans chacune il établit un gouverneur. Il transforma en impôts réguliers les dons volontaires que chaque contrée offrait à Cyrus et à Cambyse , ce qui lui fit donner par ses sujets le surnom de marchand. La Perse seule fut exempte d'impôts. Pour perpétuer le souvenir de la conjuration qui l'avait placé sur le trône, il accorda de gi*ands privilèges à ses complices , et il institua un conseil de sept membres qui jouissaient des prérogatives les plus importantes. La cin-
(1) Hérodote, Histoire, liv. UI, cJiap. 73. On peut Toir dans ce chapitre, et dans plusieurs antres de riiistoire d'Hérodote , que les Perses se regardaient comme humiliés d'avoir pour roi un Méde, ({ui appartenait à la nation vaincue. Les conjurés, qui mettenta mort le mage Smerdis, ne s'associent que des Pertes pour l'exécution de leur complot. L'orgueil national était intéressé au succès d'une entreprise qui doTait reAlre à la Perse la supériorité que lui avaient donnée les armes de Cyrus.
i30 rRÉCIS DE l'hISTOIHB ÀtfCUNNB.
quième année de son règne, la capitale de l'Assyrie se révolta. Les Babyloniens avaient espéré recouvrer leur indépendance, à la faveur des révolutions qui avaient troublé le royaume de Perse. Mais Darius, qui songeait déjà à s*agrandir par des conquêtes, s'empressa de faire rentrer la ville rebelle sous son obéissance. Il l'assiégea cependant en vain pendant dix-buit mois , et ce ne fut que par le dévouement de Zopire, l'un des principaux seigneurs de la cour qu'il parvint à s'en rendre maître. Il punit de mort trois mille Babyloniens qui avaient eu le plus de part à la révolte, et détruisit les fortifications de leur ville. Après la priKse de Babylone, Darius marcha contre les Scythes, pour tirer vengeance de l'invasion qu'ils avaient faite en Médie sous le règne de Cyaxare I«\ Ces peuples habitaient entre l'ister (le Danube) et le Tanaîs. n reçut la soumission des Thraces et vainquit les Gètes, qui se croyaient immortels. Arrivé sur les bords de Tlstar, il y fit jeter un- pont dont il confia la garde aux Ioniens de son armée, franchit le fleuve et s'avança dans la Scythie. Les Scythes, au lieu de combattre en bataille rangée, le fatiguèrent par de longues marches à travers des déserts stériles. Darius , forcé de revenir sur ses pas , ramena en Asie les débris de son armée, et fut redevable de son salut à Hystiée de Milet, qui conserva le pont de l'Ister, malgré l'avis de Miltiade d'Athènes. Darius , pour réparer la honte de cette expédition , fit la conquête de l'Inde, qui forma la vingtième satrapie de son empire. Scylax. de Caryandie, ville de Carie , avait parcouru les contrées que le prince soumit à sa domination , et la mer Erythrée , depuis l'embouchure de l'Indus jusqu'au fond du golfe Arabique. Darius, qui , depuis le commencement de son règnç, méditait la conquête de la Grèce, trouva, dans la révolte de rionie, le prétexte qu'il cherchait pour porter ses armes dans cette contrée, 504.
$ II. — Coutumes , misurs , gouvernement , religion de$ Perfee «« tempe de Cyrtie^ de Cambyse et de Darius (l).
Les Mèdes, pendant longtemps tributaires des Assyriens, ne prirent sur leurs voisins une supéHorité constante qu'au temps où Cyrus les réunit à la monarchie des Perses, dont il est le fondateur. Les Perses
(1) Pour ce chapitre , voytx Xénophon, Cyropédie ; Hérodote , liv. 1, cbap. Ti, t33 et ftuiv.; liv. 11 , cbap. 167 \ liv. ]11, enap. i6. Si, 89; liv. IX, ciiap. «i ; Platoft . ilea Laie, lif . HI ; piodore de Sicile, liv. 1 ; Piularque, Âpophth. Religiom de Vmntiquitiy !• UxM d'après M. Greuzer, t\, Mies d« M. 0aisBiaKt.
GouYERmoninr , RtLtcitoN des PSHSBS, STC. 43i
étaient doue soumis à des lois et à des règlements dont la sagesse assurait la grandeur de la nation.
I. Diêiribution du peuple en diverses cla$$e$, éducation. — Au temps de Cyrus, les Perses se faisaient remarquer par leur courage, leur vigueur^ Jeiu* tempérance et leur sobriété, qui étaient passées en proTerbe dans rorient, leur horreur pour le mensonge et les dettes{l). Leur nation était distribuée en quatre classes. La première était celle des entants : on y demeurait jusqu'à seize ans, et l'on s*y livrait aux divers exercices de la gymnastique et de la guerte. La seconde était celle des ' jeunes gens : ils se perfectionnaient pendant dix années dans les exercices, suivaient le roi à la chasse, gardaient pendant la nuit les postes importants. La troisième, celle des hommes faits, de vingt-six à cinquante ans, fournissait les soldats et les officiers aux armées, les administrateurs à l'état. Dans la quatrième , on choisissait les plus sages et les plus instruits, pour les placer dans le conseil public et dans les tribunaux. Les fils du roi assistaient aux mêmes exercices que les autres jeunes Perses ; ils avaient de plus, auprès de leur personne, quatre hommes vénérables chargés de les instruire dans la science dé la religion et du gouvernement, de les former à la vertu, de développer leurs talents.
Il Gouvernement et adminiitration. — Le gouvernement était monarchique. Sous Cyrus et sous Cambyse, Tautorité du prince fut absolue ; sous Darius, elle fut tempérée par celle du conseil d'état, composé des principaux seigneurs ; sous les successeurs de Darius, elle fut contre-balancée par la puissance des satrapes, dont les révoltes succédèrent à l'opposition légale que Darius avait trouvée dans le conseil d'état. On tenait des registres publics où l'on inscrivait les décisions et les ordonnances du prince , les privilèges concédés aux peuples , les grâces accordées aux particuliers et les services rendus par eux , les résolutions prises; les règlements établis, les événements des règnes précédents. Ces annales étaient consultées souvent par les ministres et parle prince, auquel un officier rappelait chaque matin qu'il eût à rem ïriir les fonctions pour lesquelles Dieu l'avait placé sur le trône. L'em-
(0 Darius, en barangaani les conjurés au moment -cTeiécuter leur complot. contre Pasurpalion du mage Smerdia , se croit obligé de dissiper leurs scrupules , parce qu'il doit employer an mensonge pour pénétrer dans le palais. «Ceux qui mentent, dit -M, désirent la même chose qae ceux qui disent la vérité. On ment dans l'espoir d'en reti« rer quelque profit : on dit ta vériié dans la voe de quelque avanUge et pour s'atUrt r mit plut fraade^ confiance, i» Hérodote, BUt, Iît. IU. cbap. 73,
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pire fut divisé par Cyrus en cent vingt provinces ou satrapies , et il établit des communications entre elles au moyen des postes. Dans chaque satrapie, les commandants des places, les officiers des troupes, furent originairement indépendants du satrape, ou gouverneur civil. Darius parait avoir commis une grande faute, en réduisant à vingt Te nombre des satrapies, et. en augmentant prodigieusement, par cette mesure, le pouvoir des satrapes ; mais cette faute dépendit plus, selon toute apparence, des circonstances où il se trouva que de sa propre volonté. Suivant Un usage immémorial , le roi était obligé de visiter les diverses provinces. Quand il ne pouvait s'acquitter de ce soin , il le re* mettait à quelques grands, renommés pour leur intégrité et pour leurs lumières. Le roi ou ses délégués portaient leur attention sur la guerre, les finances , le commerce , l'exercice des métiers , et principalement sur l'agriculture. Dans les temps les plus rapprochés de l'origine de la monarchie perse, Gambyse et Xerxès se montrèrent libres du frein salutaire de l'éducation et de la religion, et des tempéraments apportés à leur autorité. Aucune loi , plus puissante que leurs passions, n'astreignait les rois à l'observation de ces règles : aussi 1^ nombre de ceux qui les foulèrent aux pieds surpasse-t-fl le nombre de ceux qui s'y soumirent.
III. Justice. — Les rois rendaient la justice par eux-mêmes dans les affaires les plus graves; les autres étaient décidées par des juges royaux, dont les prévarications, du reste extrêmement rares, étaient punies par les plus cruels supplices. Il n'était permis, ni aux particuliers de faire mourir un esclave, ni au prince de prononcer la peine de naort contre aucun de ses sujets pour une première faute. Dans les jugements auxquels on soumettait les coupables, on admettait, comme compensation de leurs délits, les services rendus par eux à l'état.
IV. Finances. — Les revenus des rois de Perse consistaient dans les tribus payés, soit en argent, soit en nature, par les pays conquis au temps des rois mèdes et de Cyrus. Les trésors du roi étaient déposés dans plusieurs villes; l'or et l'argent enlevés à la circulation étaient gardés en hngots, dont on faisait de la monnaie à mesure que les besoins publics l'exigeaient. Les premiers impôts réguhers furent établis par Darius.
V. Guerre. Les armées des Perses se composaient de quatre corps : rinfanterie pesamment armée, la cavalerie, les soldats armés à la légère, les archers et frondeurs. Dans ces quatre corps, les guerriers les plus braves étaient les immortels, au nombre de dix mille, une autre
GOLVERTŒMENT, RELliîlON DES PERSES, ETC. 153
troupe de quinze mille soldats, les cavaliers enfin , recrutés , en grande partie , parmi les fils des grandes familles. Les armes défensives des Perses consistaient dans des cuirasses, des brassards et des cuissards d*airain, des boucliers; leurs armes défensives étaient le cimeterre, le javelot ou demi-pique , Tare et la flèche. Leur bouclier et leur demipique étaient trop petits et trop faibles, leurs flèches souvent impuissantes. Dès le temps de Darius, troisième successeur de Cyrus, la milice des Perses proprement dite, et à plus forte raison celle des Mèdes et des autres peuples de Tëmpire, avait déjà dégénéré. Ils étaient à la fois inférieui-s aux Grecs par le courage, la discipline, la tactique et les armes.
VL Religion. — Les Perses adorèrent d*abord les éléments, tels que Feau, le feu, la terre, Fair et les vents ; ils adorèrent aussi les astres , surtout les deux plus apparents, le soleil et la lune. Celte religion était toute pastorale. Vers Tan 589, un nouveau système religieux fut apporté de la Médie par le second Zoroastre, qui le communiqua aux castes supérieures, et en forma ce que Ton nomma la religion médopersique ou le magisme. Voici quels étaient les dogmes de cette religion. L'Éternel et TExcellent (Zervane) a donné naissance au bon, à la lumière céleste et immatérielle (Ormuzd), et à l'Amour, au grand médiateur (Mithras); iî a engendré aussi le Méchant (Ahriman), devenu tel par sa faute. Le monde et tous les êtres ont été créés implicitement par Zervane et par Mithras; mais ils Font été plus particulièrement et plus immédiatement par le bon esprit, Ormuzd, et par le mauvais, Ahriman. De ces principes découlé la lutte perpétuelle, pendant douze mille ans et jusqu'à la fin du monde, d'Ormuzd aidé de Mithras contre Ahriman, du bien contre le mal, de la lumière contre les ténèbres; le jugement des hommes après leur mort par Ormuzd ; le séjour temporaire des bons dans un lieu de délices, et des méchants dans un enfer ; la résurrection des corps à la fin du monde ; la destruction de l'empire d'Ahriman ; la dernière expiation des méchants; la réunion générale de tous les êtres à l'Éternel. Les Perses ne croyaient pas, comme les Grecs, que les dieux eussent des formes humaines; ils ne leur élevaient ni temples, ni statues, ni autels; ils réprouvaient le culte des idoles; mais ils avaient des symboles. Ils faisaient des sacrifices à leurs dieux sur le sommet des plus hautes montagnes (4). Ils adoraient le feu comme symbole et représentation d'Ormuzd ; le soleil comme l'image de Mithrate. Telle était,
<i) Hérodote, Ijb. I,cap. isi.
134 fEÉCIS BB l'hiSTOOUI ANCUSmil,
chez les Pei'ses, la religion pour les bautes classes, pour les classes les plus éclairées; mais le peuple avait transformé les symboles en dieux, fst leur rendait un culte réellement idolàtrique. Les prêtre^ ou mages étaient les savants, les devins, les prophètes de la nation : renfermés dans une seule tribu, qui s'était exclusivement réservé le sacerdoce, ils exerçaient la plus puissante influence sur les relations privées des ^jets, comme sur les affaires générales et sur le gouvernement. Ils tentèrent de placer et de maintenir Tun d'eux , l'imposteur Smerdis, sur le trône de Cambyse; mais cette ambitieuse entreprise, terminée par l'assassinat de Smerdis et par l'extermination de plusieurs milliers de mages, leur porta un coup dont ils ne se relevèrent jamais entièrement. On en ti'ouve la preuve dans la fête annuelle du Afaj«crcr« d«i mages, qu'ils n'eurent pas le crédit de faire abolir, et que les rois destinèrent à rappeler éternellement le souvenir de leur désastre dans cette révolution, tout ensemble religieuse et politique.
ia religion de Zoroastre, ou des castes supérieures de la Perse, offre avec la religion des Juifs et avec le chiistianisme des points de ressem'* blance bien plus nombreux, bien plus frappants encore que la religioo des castes supérieures de l'Egypte. N'en doit^on pas conclure que leâ diverses religions des païens découlèrent de la religion générale, pn« mitivement révélée par. Dieu à tous les hommes, et altérée ensuite diversement par les païens dans la suite des siècles ? C.