CHAPITRE XL
IN^ pripinpaini état» maritimes de TAeie et de l'Afrique, âepaiê lêof origiM jusqu'à la lotte eatre les Grecs et les Perses.
Cyrus fit tontes ses eonquétes avec des armées de terre. 11 ii*est fait mentioQ , dans aucun historien, ni de ses établissements mariUnies, ni de projets formés par ce prince pour assurer à ses sujets le commerce de TAsie. Il ne chercha i tirer avantage ni du golfe Persique, dont 11 était maître, ni de la vaste, étendue de côtes qu'il possédait sur les trois mers qui environnent l'Asie. Aussi la plupart des iles de la mer Egée et de la Méditerranée échappèrent-elles à sa domination, tandis qu'il renversait de puissants empires et qu'il subjuguait les nations les pus belliqueuses du continent. La Phénicic et Cyprc , que nous avons comprises, d'après le témoignage de Xénophon, au nombre des provinces de son empire, consentirent sans doute à être tributaires de Cyrus , pour ne pas s'exposer au
TTÉ, dARTHÀGB, RHOt)BS. 435
danger de braver sa puissance, mais ne furent pas subjuguées par ses armes. Les Phéniciens, en rendant impossible , par le refus de leurs vaisseaux, l'expédition que Cambyse voulut entreprendre contrôles Carthaginois, prouvent d*abordquMlé étaient restés indépendants des Perses, et en second lieu , que ces derniers n'a-» vaient pas encore créé une marine. Après avoir présenté l'ensemble des conquêtes faites par Cyrus en Asie et en Afrique, nous allons leur opposer les principales cités maritimes qui conservèrent leur indépendance, et répandre ainsi quelque jour sur le commerce et la navigation de la Phénicie, de Carthage et de Rhodes (]).
Phénicie. — « Le peuple phénicien, dit Heeren (2), était une branche de la grande tribu sémitique ou araméenne, qui, à une époque ignorée, avait occupé les vastes plaines qui s'étendent depuis la Méditerranée jusqu'au Tigre, et de la pointe méridionale de l'Arabie jusqu'aux monts Caucase. Cette origine est évidemment constatée par les différents dialectes de la Phénicie, qui se rapportent tous à un même idiome ; et ce qui achève en quelque sorte de le prouvei\ c'est qu'il est bien plus facile d'expliquer l'organisation politique des Phéniciens lorsqu'on ne les considère pas comme un peuple particulier et isolé , mais plutôt comme une réunion de tribus syriennes, établies le long des côtes , et que les auteurs anciens ont souvent confondues sous un nom générique. »
Au temps de sa splendeur et de sa puissance, la Phénicie était un des plus petits pays de l'antiquité ; elle n'avait environ que cinquante lieues du nord au sud, sur huit ou dix de largeur. Elle s'étendait le long de la mer Intérieure, qui la bornait à l'occident; elle était entourée au nord et au nord-est par la Syrie, au sud-est et à l'est par la Palestine. La position géographique de la Phénicie explique l'industrie prodigieuse de ses habitants. Placés dans un pays stérile, il leur fallut trouver, autrement que dans la culture de la terre , les moyens de pourvoir à leur subsistance. Les montagnes, qui les resserraient au nord, au midi et au levant, leur fournissaient des bois pour la construction des vaisseaux; une vaste mer, ouverte devant eux, les appelait aux entreprises commerciales. Us s'y livrèrent avec tant de succès, qu'ils eurent pendant plusieurs siècles le monopole du commerce du monde connu des anciens.
(0 Aux aaleufg, tant anciens que modernes, souvent cités dans ce précis, on peut ajouter ral)bé Mignot (Acndémie des inscriptions et belles-leUre», lornè 34) et. H. de Pastorei Disserta lion sur la lé^is1atlon de$ l^hodieiis), qui ont fourni quelques détails préi-ieus sur ces étals maritimes.
(a) Heeren , De lu poUUqué et du èomméroé det peuplée â* Fàntiqftiié^ t fi, p. t.
156 PRÉCIS DB L HISTOIRE ANCI£NIIR«
Toutes les villes importantes de la Phénicie étaieift bâties sur la côte ou dans les îles voisines de la côte. Aradus, Antaradus, Tripoli, Sidon, Béryte, Sarephta, Botrys, Orthosia, étaient, après Tyr, les cités les plus considérables de la Phénicie. Ces villes, qui existèrent simultanément, ne s'élevèrent que successivement, et furent fondées, comme la plupart des colonies grecques de TAsie Mineure et de la Sicile , ou dans des vues de commerce, ou par des citoyens exilés à la suite de dissensions domestiques. La plus ancienne des villes phéniciennes fut Sidon; elle donna naissance à Tyr, qui Féc^ipsa bientôt en grandeur et en opulence. Tyr, qui portait dans Torigine le nom de Sor, doit être distinguée, selon les temps, en deux villes différentes. La première, Pa/e»tyros, avait été fondée sur le continent. Pendant le long siège que les habitants eurent à soutenir contre Nabuchodonosor II, une partie se réfugia dans une île voisine où s'éleva la nouvelle Tyr qui, en peu de temps, devint plus riche et plus impoi-tante que l'ancienne. La ville était entourée de hautes murailles; elle avait deux ports, l'un au nord et l'autre au sud , destinés à recevoir les vaisseaux qui faisaient principalement le commerce avec Sidon et avec l'Egypte. La fondation d'Alexandrie, qui devint l'entrepôt du commerce de l'Orient, fut plus fatale à Tyr que la longue et vaine résistance qu'elle opposa aux armes du conquérant macédonien.
La religion des Phéniciens était dans l'origine basée sur les principes de la religion judaïque ; mais elle s'altéra par les rapports qu'ils eurent avec les nations idolâtres de l'Afrique et de l'Asie. Au sein de Tyr était le temple célèbre du dieu tutélaire de la ville de Melcarth , qui est devenu pour les Grecs l'Hercule tyrien : son culte se répandit dans toutes les colonies phéniciennes ; Tyr fut à la fois leur métropole, soit pour la religion, soit pour le gouvernement. La caste sacerdotale exerçait une grande influence en Phénicie, et tenait le premier rang après les rois.
La Phénicie ne formait pas un état constitué comme les républiques de la Grèce ou les monarchies de l'Asie. Elle comprenait un certain nombre^de villes qui possédaient chacune leur territoire. Il s'éleva de temps à autre, dans cette contrée, des États puissants, autour desquels se groupèrent plusieurs villes; quelquefois même toutes ces villes s'enchaînèrent par une confédération, dont Sidon et Tyr furent successivement le centre commun. Entourées de voisins redoutables qui portaient envie à leurs richesses,, elles sentirent souvent la nécessité 4'unir leurs forces pour protéger leur indépendance et leur commerce.
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Ce système fédératif fut adopté par toutes les colonies phéniciennes fondées sur les côtes d'Afrique et en Espagne ; les colonies grecques de la Sicile, de la Grande^Grèce et de l'Asie, en firent aussi la principalb . base de leur liberté et de leur puissance. Quoiqu'il ne nous soit parvenu que des documents incomplets sur l'état intérieur des cités phéniciennes, on peut affirmer que ces villes eurent chacune leur constitution particulière, qu'elles furent soumises à des rois héréditaires , et que le pouvoir de ces rois était à la fois limité par la puissance des prêtres, et les privilèges de certains magistrats nommés par le peuple, qui marchaient en quelque sorte les égaux des rois. Les historiens laissent entrevoir quelques traces d'assemblées générales, où les députés des villes délibéraient avec les rois sur les affaires de la confédération (1).
Tyr ne commença à devenir la c^itale de la Phénicie et la ville la plus opulente du monde que lorsque sa population se fut accrue des* habitants de Sidon, qui, fuyant le joug d'un roi d'Ascalon, s'établirent à Tyr, et y apportèrent leur industrie et leur goût pour le commerce maritime. Dès lors Tyr occupa le premier rang parmi les villes de Phénicie, et fut la résidence des rois de cette contrée , constituée en quelque sorte en corps de nation. Le premier de ses rois fut jébibal, contemporain de Saûl, ffiram ou ffirom, son fils et son successeur, qui commença à régner en 1040, fut l'allié de David et de Salomon. Il apprit au premier l'art de la navigation et à se serar des ports du golfe Arabique. Il fournit au second les matériaux pour le temple de Jérusalem, et des ouvriers habiles q^i en dirigèrent et en achevèrent la construction. Hiram consacra des temples magnifiques à Astarté, une des principales divinités des Phéniciens, et joignit à la ville une île voisine par un môle , monument célèbre de sa puissance.
926. Jézabel, fille d'/tAoôo//", cinquième successeur d'Hiram, épousa Achab, roi d'IsraëU où elle apporta le culte des divinités phéniciennes. Sous PygmcUion, Didon, sa sœur, abandonna la Phénicie, et conduisit une colonie en Afrique, vers 860. Élulée, 786, le premier roi de Tyr que Ton connaisse après Pygmalion, fit la guerre aux habitants de Citium en Cypre, qui* s'étaient révoltés, et lei? replaça sous le joug qu'ils avaient tenté de briser. Salmanasar, roi d'Assyrie, secourut les Citiens en faisant une invasion dans la Phénicie, et en mettant le siège devant Tyr, qui résista à ses efforts. ItKobal II, 591, fut le dernier roi
( 1 ) Heereo , De la poHHqv4 §1 du eommeree d4t peupUi de Panliquité, I. II, p. 30. .
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de rancienne Tyr, attaquée et détruite par Nalmchodonosopll, après un siège de onze ans, 572 (i). Les habitants se transportèrent dans Fîle .qfl'Hiram avait réunie au continent, et échappèrent ainsi à la ruine dont le vainqueur les avait menacés- La royauté fut détruite en Phénicie après Ithobal, qui périt pendant le siège. On y substitua le pouvoir des sufTôtes, qui eut peu de durée. Les Tyriens rétablirent le pouvoir monarchique en 554, créèrent roi i?a?a^or, et se reconnurent tributaires du roi d*Assyrie, espérant que ce sacrifice serait compensé par les avantages qu'ils trouveraient dans la paix pour leurs entreprises commerciales. Lorsque Cyrus eut substitué la monarchie des Perses à celle des Assyriens, l'es Phéniciens ne balancèrent pas de rendte à ce conquérant les mômes hommages qu'ils avaient rendus aux derniers rois de Babylone.
Ce fut dans une période de cinq cents ans que les Tyriens acquirent •d'immenses richesses par leur commerce, et qu'ils établirent des colo^ nies dans diverses contrées de l'Afrique, de l'Europe et de l'Asie. Dès les temps les plus reculés, ils étaient en possession de la plupart des îles de l'Archipel. Lorsqu'ils en eurent été dépossédés par les Gî^cs , ils se portèrent vers le midi de l'Espagne, où ils fondèrent Tartésus, Gadès, Garteja; sur la côte du nord de l'Afrique, où ils donnèrent naissance à Dtique, à Carthage, à Adrumétum; sur la côte nord-est de la Sicile, où ils fondèrent Panormus et Lilybée. Il est vraisemblable qu'ils eurent aussi des établissements vers l'orient, dans le gofe Persique, dans les îles de Tylos et d'Aradus.
On peut juger de l'étendue du commerce des Phéniciens par leurs colonies. Le nord et Toccident de l'Afrique, au delà des colonnes d'Hercule, l'Espagne, la Bretagne et les îles de Scilley , étaient l'objet de leurs fréquents voyages. Ils partageaient avec les Juifs le commerce des golfes Persique et Arabique, visitaient le ttiidi de l'Arabie, l'Ethiopie, et s'avançaient jusqu'à la presqu'île de l'Inde en deçàdu Gange, et jusqii^à nie Ceylan. Le plus célèbre de leurs voyages est celui qu'ils firent deux fois autour de l'Afrique, par les ordres de Salomon, et de Néohao , roi d'Egypte.
Les Phéniciens faisaient aussi par terre un commerce qui n'était pas
(!1 Philosirate , qui a?ait écrit l'Hisloire des Indes et de la Phénfcic, dît que le siège de Tyr par Nabucho<lonosor dura treize aRs. Y. Ju9èph«*, AnliquUéf judaiqun^ liv. X^ cliap. 1 1. Heeren, dans l'ouvrage que nous avons souvent cite, combat la valeur des téluuigiiages d'après lesquels nous avons dit que Tyr Tut prise etdélruile par Nabucboëonoâor ; il peni* que 1* vilk réftour Yietortetffern^nt à te« «ma».
moins important. Leurs carayaùes se répandaient dans TArabie, la Babylonie, la Perse, pénétraient dans la petite Boukbarie, le petit Thil)et, et peut-^tre jusqu'à la Chine. Ils portaient dans ces différentes contrées les produits variés de leur industrie, dont les principaux consistaient en tissus et en teintures de pourpre, dont ils sont les inventeurs* Us s'imposaient la loi de cacher aux autres peuples les moyens et le succès de leur navigation.
On doit aux Phénioiens les découvertes les plus utiles, l'application 4e l'astronomie à la navigation, l'art de dresser des comptes et de tenir des registres^ et l'invention des poids et des mesures. 11 parait qu'ils étaient fort curieux de conserver les monuments de leur histoire. Les prêtres étaient chargés de consigner dans les registres publics tous les événements qui intéressaient la nation. Leurs principaux historiens furent Sanchoniaton, Mochus, Théodote et Hypsicrate. Il ne reste que les noms des trois derniers; nous avons un fragment célèbre de Sanchoniaton.
Ci^RTHAGE. — Eâe fut fondée ou plutôt agrandie par Didon, sœur de Pygmalion, roi de Tyr, vers l'an 860" avant J.-G. Des Phéniciens s'étaient établis en Afrique plusieurs siècles avant le règne de ce prince, 0t avaient fondé Utique, 1520 ans avant J.-C, et Carthage en 1239. Zorm et Carchedon y ajoutèrent quelques accroissements en 1231 ; plus de trois siècles après, Didon l'augmenta d'une nouvelle ville et d'une citadelle nommée Byrsa. La situation de Carthage, choisie par les plus habiles marins de l'antiquité, fut la source de sa puissance et de ses richesses, qui surpassèrent bientôt celle de la métropole. Cette république se livra avec la même ardeur à la guerre et au commerce, qui lui auraient donné l'^npire du moïKle, s'il ne lui avait pas été disputé p$x les Romains.
Didon se donna la mort, pour échapper aux poursuites d'un prince voisin, nommé larbas, jaloux, en obtenant sa main, de régner sur la. colonie de Carthage. Après la mort tragique de cette princesse , on trouve dans l'histoire des Carthaginois une lacune de plus^de trois siècles. Leur gouvernement se constitua pendant cette période. Il offrait un mélange, sagement combiné , de royauté, d'aristocratie et de démocratie, que les philosophes anciens ont admiré, et qui contribua à sa grandeur, en entretenant la concorde dans la cité. Le gouvernement de Carthage était composé de deux suffètes, revêtus d'un pouvoir annuel, d'un sénat formé des principaux de la nation, du peuple, dont les attributions, vraiseoiblablement restreintes dans l'origine, s'étendirent ensuit» à
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toutes les parties du gouvernement. L'institution du tribunal, composé de cent quatre membres, qui punissait les revers des généraux avec la même rigueur que les crimes, est postérieure à cette époque, et doit se placer vers la fin du v* siècle.
La puissance de Garthage prit un essor rapide dans le même temps que l'empire des Perses s'établissait en Asie. Les Carthaginois se rendirent alors maîtres d'un grand nombre de contrées en Afrique. Us subjuguèrent par les armes les naturels du pays , et les continrent sous leur joug , en fondant des colonies sur leur territoire. Les colons se mêlèrent avec les vaincus, les accoutumèrent à cultiver les terres et à s'attaxîher à des demeures fixes. Garthage s'empara de la suprématie sur les colonies phéniciennes dont elle était entourée, et les fit servir à son agrandissement. Par un traité fait avec Gyrène, elle posséda tout le territoire compris entre les Syrtes. En 543 elle battit la flotte des Phocéens, et s'empara de l'Ile de Gorse. Deux ans plus tard, ses années envahirent la Sicile, qui fut presque en entier conquise, sous la conduite de Malée, le premier sufifète connu. On lui imputa ensuite une défaite qu'il avait essuyée en Sardaigne, et on le bannit de sa patrie. Malée, indigné de cette ri^eur injuste, s'attacha l'armée, marcha sur Garthage et s'en rendit maître, 530. Il succomba peu de tempff après, en cherchant à détruire la liberté de ses concitoyens pour les asservir à son despotisme. On verra plus tard la suite de l'histoire de Garthage, les progrès de sa grandeur et ses guerres avec les Romains, qui amenèrent sa décadence et sa ruine.
Rhodes. — Selon les traditions les plus vraisemblables, les Telchines, Phéniciens d'origine, habitèrent les premiers cette île fameuse. Aux Telchines succédèrent les Gnètes ou Ignètes, qui étaient peut-être le même. peuple que le précédent. Gette île reçut la première colonie grecque de Leucippus, qui avait conduit des Pélasges dans l'île de Lesbos. Une autre colonie de Pélasges s'y forma quelque temps après : Phorbas l'y avait conduite, appelé par les habitants pour les délivrer des serpents qui les désolaient. Rhodes, successivement peuplée de tribus diverses, fut une des six villes qui formèrent la confédération dorienne.
Rhodes envoya à son tour, pendant plusieurs siècles, des colonies dans des contrées lointaines. Elle forma un établissement dans lés îles Baléares, après le retour du siège de Troie ; un autre dans l'île de Mélité. Lors de l'établissement des Phocéens à Marseille, les Rhodiens abordèrent sur la côte d'Ibérie et y fondèrent une ville du nom de leur
GRÈCE; TBMro PRIMITIFS. Ui
patrie. Les Rhodiens avaient devancé les Grecs dans la navigation et le commerce. Vers l'an 719, ils avaient une marine puissante, qui les rendait maîtres dès mers voisines. C'est à ce peuple que les Grecs et les Romains ont été redevables des premières lois sur la navigation. Son gouvernement fut d'abord monarchique. Tlépolème, fils d'Hercule, régna à Rhodes, et comt)attit avec les Grecs au siège de Troie. Ses successeurs sont peu connus. La royauté fut abolie à Rhodes en 480. Ce fut surtout à partir de cette époque que le commerce des Rhodiens prit de prodigieux accroissements, et que leur république se plaça au premier rang des colonies maritimes de la Grèce. C.