SECONDE PARTIE
Histoire de la Grèce depuis les temps les plus anciens jusqu'aux temps héroïques.
§ L — anciennes populations de la Grèce.
Grdici ou Hellènes, Lélèges et Curetés ^ Pélasges. — Les Athéniens, les Béotiens, les Sicyoniens, les Achéens, les Arcadiens, les plus an-
(1) Larcher, Chron. d'Hérod , t. Vil, p. 358-405, éd. 1802.
(2) Ju!. Afric. in Euseb., Prœp. evang., i. X, c X, p. 487.
(3) Pour ce chapitre, voir les éclaircissements et les citations dans le Précis de l'Histoire ancienne, iroisiéiue édition , de la page U3 A la page ibi.
grège; temps primitifs. 145
ciens habitants de TArgolide, en un mot la plupart des peuples de la Grèce centrale et du Péloponèse prétendaient n'être venus d'aucune contrée étrangère: ils se croyaient et se disaient autochthones, nés du sol ou sur le sol même. Nous pensons, avec plusieurs savants, que la population primitive de la Grèce appartenait à la race Indo-Germanique et qu'elle vint du nord ; mais cette opinion ne repose que sur des inductions tirées du langage et par conséquent sur des probabilités, non sur des témoignages historiques.
Trois peuplades remontent aux premiers âges de la Grèce, et dès ce temps subsistent concurremment, simultanément, dans le pays; ce sont : !• les Graïci ou Hellènes; 2« les Lélèges et Curetés; 5*» les Pélasges. On ne peut nier que les Pélasges n'aient été d'abord plus nom- ' breux, répandus dans un plus grand nombre de pays que les deux autres familles : pendant plusieurs siècles, ils exercèrent un empire étendu, une influence immense dans la Grèce. Mais c'est une erreur d'imaginer qu'ils aient porté dans toutes ses provinces leur nom et leurs lois, qu'ils se soient incorporé tous ses peuples. En çffet, treize ou quatorze générations après Inachus, personnage réel ou mythique, mais indicateur de la plus haute antiquité où l'on remontât en Grèce , on voit les Curetés et les Lélèges, qui pendant tout ce temjîs ont conservé leur nom, chasser les Pélasges de la plus grande partie de la Thessalie, et les Graïci ou Hellènes, qui pareillement ont retenu leur dénomination originaire, commencer à jouer un rôle. Mais de même qu'Homère désigne souvent tous les Grecs par le nom de l'un de leurs peuples, les auteurs de l'antiquité, et Hérodote lui-même, le plus savant de tous, appliquent fréquemment et sans distinction le nom de Pélasges à tous les peuples primitifs de la Grèce. Les Pélasges différaient essentiellement des Hellènes dans le cours des premiers âges. Mais lorsque dans les siècles postérieurs, et à partir de la rentrée des Héraclides, plusieurs peuples, de Pélasges qu'ils étaient originairement, eurent été transformés en Hellènes; lorsque cette révolution, indiquée positivement par Hérodote (1), eut été accomplie, plusieurs historiens désignèrent les Pélasges comme les pères et les auteurs communs de toutes les peuplades grecques, les présentèrent comme la source d'où les Hellènes découlaient eux-mêmes. Ils auraient dû se
(1) Hérod., I. 57: ««Le nom de pldsiours villes pélasgiqaes fut changé... Les AUié- » nicns, Pélasges d'origine , oabliérenl leur langue en devenant Hellènes , et apprirentv M celle de te dernier peuple, »
^46 PRias DE l'histoire ARCisiiins.
borner à signaler les Pélasges comme Tancienne population des deui tiers des provinces de la Grèce; population qui se confondit ai^ecles Hellènes, lorsque ceux-ci eurent assuré leur prépondérance.
On voit, par le témoignage des anciens, qu'avant ce grand changement, les Pélasges dominèrent sur TArgolide, l'Arcadie, l'Attique et la Béotie, une partie de la Thessalie, TÉpire, les îles de Crète, d'imbros, de Lemnos, de Samothrace, les Cyclades, les rives de rHeliespont. Le siège primitif de leur domination et l'époque où ils Tout établie, en telle ou telle contrée de la Grèce, ont donné lieu à de longues discussions. Mais, dans le but que nous nous proposons, il importe peu qu'ils aient habité d'abord l'Épire et une partie de la Thessalie, et que de là ils se soient étendus dans le midi et l'orient de la Grèce; ou que, de TArgolide et de l'Arcadie, leur premier séjour, lisaient dirigé leurs colonies vers le nord et le couchant, comme l'assurait Denys d'Halicamasse, et comme l'ont répété plusieurs critiques modernes. Il nous suffira aussi de savoir que presque tous ces établissements eurent lieu du vingtième au seizième siècle. Il est plus nécessaire de rectifier la fausse idée qu'on s'est formée longtemps des Pélasges : on les a pris pour une race barbare, inquiète, vagabonde., pour une poignée de brigands qui, chassée successivement de tous les lieux où eUe s'était fixée, s'éteignit et ne laissa pas de traces (i). Les Pélasges, au contraire, l'un des peuples les plus nombreux de la Grèce primitive, formèrent Tune des portions les plus considérables, l'un des éléments principaux de la Grèce nouvelle, de la Grèce devenue hellénique : le nom et la forme pélasgiques passèrent, mais la population resta. C'est ainsi que les Gaulois n'ont- pas cessé , sous l'empire des Romains comme sous celui des Francs , d'être dans la Gaule le fond de la population , la partie la plus nombreuse des habitants.
Les Pélasges cédèrent lie commandement et l'influence aux Hellènes, mais leur extinction est une fable. Leur penchant au brigandage et aux courses aventureuses, leur invincible disposition à l'ignorance et à la barbarie, sont également imaginaires. Des faits nombreux et irrécusables prouveront bientôt, au contraire, que de tous les Grecs ils sortirent les premiers de l'état sauvage, et devinrent sinon les auteurs, au moins lés ardents propagateurs de la première civilisation.
(1) Larcher, Cbron. d'Hérod. — Frérel, ÂcadénHe des In^cript.» t. XLYII.
A&tes; TSMPâ PAiiimps* 147
§ II.— Zo Grèce dans l'état sauvage. Premier âge delà civilisation grecque^ civilisation pélasgique,
I. État et religion des Grecs primitifs. — Les Grecs primitifs n'a-^ vaient d'abord poui* demeures que les forêts et les antres, et se nourrissaient des aliments les plus grossiers, de feuilles vertes, d'herbes, de racines dont quelques-unes même étaient nuisibles. Toutefois une profonde différence les distinguait des bêtes féroces qui les entouraient. Si ia réflexion et le commerce avec des peuples civilisés ne leur avaient pas encore appris de plus sûrs moyens de pourvoir à leurs besoins et de défendre leur existence , ils avaient sur la nature et les attributs de Dieu des notions pures et sublimes, que Dieu lui-même avait gravées dans leur cœur : leur religion était un véritable déisme, étranger à toutes les superstitions auxquelles ils se livrèrent plus tard, après leur contact et leur mélange avec les Orientaux. « Autrefois, dit Hérodote (1), ils sacri- » fiaient aux dieux toutes choses qu'on peut leur offrir; ils leur adres- » saient des prières, mais ils ne donnaient alors ni nom ni surnom à » aucun d'entre eux ; car ils ne les avaient jamais entendu nommer. lia » les appelaient dieux en général, à cause de l'ordre des différentes » parties qui constituent l'univers, et de la manière dont ils l'ont dis- » tribué. Ils ne parvinrent ensuite à connaître que fort tard les noms » des dieux, lorsqu'on les eut apportés d'Egypte. »
II. Fondation des villes et des états les plus anciens. — Dans le tableau que nous allons présenter de la fondation des anciennes villes et des premiers états de la Grèce , nous nous guiderons : 1* par les traditions des Grecs, telles qu'on les trouve consignées dans les auteurs anciens; 2« par le genre de constructions qu'on remarque dans les débris de ces villes. Nous pensons avec plusieurs savants que la construction pélasgique a précédé l'hellénique. Toute ville dans les tours ou les murailles de laquelle on a observé des restes de construction pélasgique, nous semble donc avoir été fondée, au moins une première fois, à une époque qui précéda celle où les colons égyptiens et hellènes bâtirent à leur tour des villes, ou bien agrandirent les anciennes, et introduisirent en Grèce le genre de construction appelé hellénique.
III. Dans VArgolide, la Corinthie^ la Mégaride y VJchaïe. — Quelques traditions, mais plus modernes, parlaient du règne d'Inachus en Argolide, et lui attribuaient la première fondation d'Argos. Selon les
(t)Hér6d.,U, S3.
*48 PRfiClS Ht L'HlSTOtRE ÀNCnSNNK.
traditions les plus anciennes, les commencements de la ville et du royaume d'Argos ne dataient que de Phoronée , dont on place Texistence vers l'an 1920. Les auteurs qui rapportent ces traditions appellent Phoronée le premier des hommes, et disent de lui : « Il réunit en société » les hommes, qui, auparavant, vivaient épars et habitaient chacun » de leur côté : on nomma ville Phoronique l'endroit où il les ras- » sembla. » La ville prit' plus tard le nom d'Argos : dans ses environs on vit bientôt s'élever Mycènes, Hermione, Tirynthe. Les rois d'Argos, dont on cite les noms depuis Phoronée jusqu'à Danaûs, sont : JpiSyjirguSy Criasus, Phorbas, Triopas, lasus; Crotoptis ^ Sthénélus^ Gélanor.
Dans le cours de cent cinquante années qui commencent au règne de Phoronée, on bâtit Éphyre, plus tard nommée Corinthe, la ville et le royaume de Sicyone, Mégare, Pellène. Le pays où l'on éleva cette dernière ville était alors appelé ^Egialus, et plus tard fut nommé successivement lonie et Achaïe.
IV. Dans VArcadie. — jEzée ou Pkégée , contemporain de Phoronée, régna , dit-on, en Arcadie , et y bâtit Phégie vers 1920. D'autres traditions attribuaient à Pélasgus les premiers essais de la civilisation en Arcadie. <( Pélasgus, disaient-elles, pendant son règne, enseigna aux » hommes, soit l'art de constmire des cabanes pour se mettre à l'abri » du froid, de la pluie et de la chaleur, soit celui de se faire des vêteji ments avec des peaux de sanglier. Les hommes vivaient encore de )» feuilles vertes, d'herbes et de racines, qui n'étaient pas toutes man- » geables, et dont quelques-unes môme étaient mortelles. Pélasgus les » fit renoncer à cette nourritiire, et découvrit que les glands, au moins » ceux du phagus, étaient un aliment (1). » L'espèce de gland dont il est ici question ressemble à la châtaigne , et peut en effet servir de noui^ riture. Lycaon, fils de Pélasgus, bâtit Lycosure sur le mont Lycée. Les fils de Lycaon fondèrent dans les divers cantons de l' Arcadie , qui alors comprenait l'Élide et s'étendait jusqu'à la mer, vingt-sept villes, dont les plus remarquables étaient Orchomène, Palantium, Trapezus, Ménale, Tégée, Mantinée, Lycaee, Héraee.
Parmi les auteurs de l'antiquité, les uns comptaient seulement neuf ou dix générations dans la maison royale d'Arcadie avant la guerre de
(1) Pausan. Arcad. c. i. La coniradiction entre Phégée et Pélasgus, comme fondateurs delacMlisation arcadienne , disparaîtrait si Pélasgus, au lieu d'être un personnage, n'était qu'une épiibéte, et que l'on pût dire (ce qui est probable) le Pélasge Phégée régna en Arcadie et y fonda Phégie.
GRÈCE; TEMPS PRIBUTIFS. U9
Troie; d'autres en comptaient dix-sept. Les critiques modernes, en se partageant entre ces deux sentiments, ont avancé ou reculé de deux et même de trois siècles Fépoque de Lycaon, de ses fils, et par suite de la constructicHi des villes d'Arcadie. Denys d'Halicamasse place ces faits dix-sept. générations avant la guerre de Troie, ce qui produit 1841, 1790, 1710 ans avant Fère vulgaire, selon que Ton compte les générations de trente-trois, de trente ou de vingt-cinq ans, et si Ton fixe la guerre de Troie à Tan 1280. Les critiques opposés à ce système reculent répoque des fils de Lycaon jusqu'à l'an 1527.
Y. Dan$ la Laconie. — Quelques traditions attribuaient la fondation de Sparte à Sparion, frère ou fils de Phoronée, vers 1880. On trouve dans sept villes de la Laconie des restes de constructions pélasgiques, et comme aucun témoignage historique ne place leur fondation à au* cune époque postérieure, on peut croire qu'elle eut lieu entre Sparton et LeUx, qui vécut deux siècles plus tard, et qui fut contemporain du roi d'Argos Triopas. Selon les traditions du pays, ce Lelex était autochthone, indigène : dans ces temps reculés, les habitants s'appelaient Lélèges et Ictéocratéens. Ils conservèrent ce nom jusqu'aux règnes de Idyles et ^'Euroias , successeurs de Lelex, que nous retrouverons dans la période suivante.
VI. DamlaMeisénie. -^ On supposait que l'un des chefs des bourgades de l'Attique antérieurs à Cécrops avait conduit une colonie en Messénie, et bâti Colonides, ville voisine de Ck)rone. Vers l'an 1700, Folyehaon, l'un des fils de Lelex, et Messène, fille de Triopas, formèrent un important établissement en Messénie. «c Ils rassemblèrent des
V troupes à Argos et à Lacédémone, et entrèrent dans le pays auquel
V Messène imposa son nom. Ils y fondèrent plusieurs villes , entre autres » Andanie, où ils établirent le siège de leur royaume. »
VII. Dans VMUque et la Béotie. — Au temps d'Inacbus, les Athéniens n'avaient encore ni villes ni nom : peut-être même la stérile Attique manquait-elle alors d'habitants. La Béotie, plus fertile, en eut dès le principe : on les nommait les Hjsctènes. Vers l'an 1869, et vers la fm du long règne de Phoronée à Argos, Ogygès gouverna la Béotie et envahit l'Attique. De son nom, il appela l'Attique Ogygie et y fonda Eleusis. En Béotie, il jeta les premiers fondements de Thèbes, et construisit une tour qu'on croit avoir duré jusqu'à présent; il bâtit encore Alalcomène , mentionnée par Homère; Aulis, près de la mer ; et sur les bords du Copaïs, les deux bourgades d'Eleusis et d'Athènes. Cette dernière ville fut appelée plus tard Orchomène : son nom primitif d'Athènes
150 PRÉaS BB L^HISTOIRS ANClEKNB.
€^ celui d'Eleusis, pareils à ceux de deux bourgades de TAttique , indiquent les anciens rapports qui existèrent entre les deux pays. La fin du règne d'Ogygès est fameuse dans l'histoire de la Grèce par une perturbation générale dans les planètes et dans les éléments , et par les calamités de tout genre qui en furent la suite. Un notable changement eut lieu dans la couleur, la grosseur et le cours de la planète de Vénus. Deux ans plus tard , 183S, un déluge couvrit et un tremblement de terre agita tout le sol de TAttique et de la Béotie : à ces deux fléaux succédèrent la stérilité et la contagion. Une partie des habitants lut engloutie; les autres se sauvèrent sur les montagnes, mais la plupart succombèrent par la faim et les maladies; toute la nation des Hectènes périt. Tandis que les hommes succombaient, leurs ouvrages subsistaient : les indestructibles constructions des Pélasges bravaient l'inondation ; et la tour d'Ogygès à Thèbes et une partie de la première enceinte d'Orchomène sont encore debout aujourd'hui. Plus tard de nouveaux habitants vinrent repeupler ces contrées désolées. Au temps de Cécrops, on trouve dans l'Attique, alors appelée Acte, les Pélasges Cranaens; au temps de Cadmus, on trouve dans la Béotie les Aones ou Ioniens et les Hyantes ou Lélèges.
VIII. Dans la Phocide, — On attribuait à Élatus, l'un des fils de Lycaon, la fondation d'Élatée, et à une colonie arglenne celle d'Abœ ou Abas. Ces villes paraissent plus anciennes que Daulis, Lilœa, Panopéa, dont la fondation est d'une époque incertaine, antérieure toutefois à la guerre de Troie-, puisque Homère les cite dans son catalogue.
IX. En Thessalie et en Épire, — Dans le principe, les cinq fleUves de )a Thessahe et le lac Bcebéis n'avaient pas d*écouîement , et la Thessalie entièfe n'était qu'un lac. Un tremblement de terre sépara le mont Ossa de l'Olympe , ouvrit un passage aux eaux et découvrit les plaines de la Thessalie. Les Pélasges formèrent un premier établissement dans cette contrée durant le XIX« siècle , et un second plus important vers 1740.
Ils donnèrent au pays le nom général de Pélasgie, qu'il conserva longtemps, et le partagèrent en trois provinces appelées Pélasgiotide, Achaïe, Phthiotide. Ils construisirent plusieurs villes, et entre autres, sur les bords du Pénée et sur ceux du golfe Maliaque , Larisse , Argia ou Argissa, ArgosPelasgieum. Les Hellènes, sous la conduite de Deucalion, enlevèrent la domination et une partie du territoire de la Thessalie aux Pélasges, quelques générations après , vers 1650.
Ainsi que la Thessalie, l'Épirc fat d'abors appelée Pélasgie : une
grecs; TBiffS PRonriFS. iM
province reçut la dénomination particulière de Thésprotie; une autre, celle de Ghaonie. Les auteurs anciens désignent les habitants comme frères des Pélasges de la Thessalie, et établis dans le pays dès les premiers âges de la Grèce. Des Pélasges arcadiens y conduisirent une colonie sous la conduite de quelques-uns des fils de Lycaon. Lorsque Deucalion et les Hellènes se lurent emparés d'une partie de la Thessalie, de nombreuses tribus de Pélasges se réfugièrent en Épire; et si plusieurs passèrent plus tard en Italie, il est probable que d'autre demeurèrent en Épire. Dans aucune autre contrée de la Grèce, autant qu'en Épire, on ne trouve de traces de la domination et de la civilisation des Pélasges, Quarante-cinq villes offrent des restes de construction pélasgique : dans la plupart , cette construction est sans mélange ; dans quelques-unes seulement elle se confond avec la bâtisse hellénique d'une époque postérieure. Parmi ces villes on cite Dodone, Éphyre, Ambracie, Élatée, Pandosia, Bûchette.
JRapporU des Pélasges avec les Orientaux. — Les pasteurs arabes et phéniciens, après s'être emparés de la basse Egypte, s'avancèrent selon toute apparence jusqu'à la Libye. Dans des temps bien postérieurs, les historiens désignèrent indifféremment, et à cause des pays qu'elle occupait, cette race de conquérants sous les noms de Phéniciens, d'Égyptiens, de Libyens. Les Grecs eurent,. dès la plus haute antiquité, des rapports avec plusieurs de leurs peuplades, parties de divers points. Ainsi l'on voit des Phéniciens vendre en Thésprotie une femme égyptienne qui établit en Grèce le plus ancien oracle, à une époque si reculée, que les Pélasges n'avaient encore donné aucun nom à leurs dieux. Les mêmes Phéniciens apportent en Grèce les marchandises de la Phénicie et de l'Assyrie, et enlèvent lo, fille d'Inachus. Cet Liachus, soit qu'on y voie un homme ou une race d'hommes personnifiée, était étranger, était venu par mer en Grèce ; c'est ce qu'on exprimait poétiquement en disant qu'il était fils de l'Océan, Inachus est dérivé d'inak ou énak , énakimy mot emprunté aux langues de Phénicie et du pays de Chanaan, et désignant des hommes redoutables par leur force et leur bravoure. Phoronée {Phara-on), Apis, lo, sont autant de noms égyptiens. On trouve, d'un côté, en Phénicie, deux divinités du nom d'Ogen et d'Onga, et l'épithète d'Ogygiennç donnée à l'Egypte et à la ville phénicienne de Tyr : d'un autre côté, on retrouve en Grèce un Ogygès, et l'Attique appelée Ogygie à une certaine époque. Enfin, les Grecs empruntèrent le culte de Neptune aux Libyens ; et la Béotie eut, comme la Libye , un lac Tritonis.
1^ PRÉCIS DE l'UISTOIRE AKICIENNE.
Changements dans la religion primitive des Grecs. — Les rappoils des Grecs avec la Libye, la basse Egypte, la Phénicie, introduisirent en Grèce des croyances et des pratiques empruntées à ces différents pays, et dont se composa la religion des Pélasges , qui succéda immédiatement au déisme des anciens Grecs. Dans cette nouvelle religion entraient : 1° le culte des astres et des éléments ; ^ celui des divinités que nous allons nommer tout à Fbeure , et dont la plupart n'étaient que les forces et les produits de la nature personnifiés ; 3* celui des héros et bienfaiteurs de Thumanité , dont on fit des demi-dieux. Les dieux qui remontent à' l'époque reculée dont nous nous occupons sont les suivants : le Soleil , la Lune et les autres astres ; le Ciel , la Terre , les Dioscures ou Cabires , Vesta , Thémis , les Grâces , les Néréides , Ogga ou Onga, Saturne, Neptune, Junon, Cérès, Jupiter. Durant cette période, le culte de Saturne fut le plus généralement répandu en Grèce, et donna naissance à la sanglante pratique des sacrifices humains, qui, de générale et d'habituelle qu'elle était chez les Pélasges , devint rare et exceptionnelle chez leurs descendants , mais qui se maintint jusqu'aux guerres de Messénie. Le culte de Jupiter, qui dans la période suivante devint dominant , fut renfermé pendant celle-ci dans quelques coins de l'Épire, et peu1>être de la Thessalie. La dernière remarque, applicable à la religion de l'époque pélasgique , c'est qu'indépendamment du culte de Saturne, la plupart des villes ne souffraient que le culte d'une seule divinité, et non de plusieurs; qu'un dieu n'était pas admis en concurrence avec un autre dieu , mais était exclu par lui , ou le chassait, A Argos, on voit l'exemple d'une lutte sanglante et prolongée entre Neptune et Junon , qui comptaient chacun un certain nombre de partisans et d'adorateurs (1).
Changement de Vétat social des Grecs. — La barbarie profonde dans laquelle les Grecs étaient plongés originairement fit place, durant la période qui nous occupe, à une première civilisation qu'ils durent vraisemblablement, comme leur religion nouvelle, à leurs rapports ayec les Orientaux.
Fondation de villes , enceintes de murailles. — La fondation des villes que nous avons énumérées est déjà la plus forte preuve d'un notable changement dans l'état social des Grecs, puisqu'elle suppose l'usage d'une infinité d'arts industriels, et qu'elle permet à tous les éléments de
(1) Cet article est le résultat de recherches que le défaut d'espace ne nous permet pas d'exposer ici, mais que nous publierons plus lard.
GftËCE; ÏEMPS PRIHITIFS. 153
la civilisation de se développer. Nous exposerons le système auquel ont donné lieu les monuments dits pélasgiques ou cyclopéens, mais en prévenant que la vérité de ce système est attaquée par certains érudits dans son ensemble, par d'autres dans quelques-unes de ses parties. Les Pélasges construisaient leurs villes sur des hauteurs, à peu de distance les unes des autres, et leur donnaient peu d'étendue : il les appelaient du nom général de Larissa , nom que plusieurs d'entre elles, et les citadelles (}e plusieurs autres , retinrent plus tard. Parmi les ruines récemment explorées de» villes de l'ancienne Grèce, on croit distinguer dans près de deux cents d'entre elles les débris de tours et d'enceintes de murailles -bâties par les Pélasges, et mêlées à des ouvrages d'une construction plus récente. Ces débris appartiendraient à la période qui s'étend entre InachusetCadmus, escompteraient maintenant plus de trois mille six cents ans de durée : parleur position sur des lieux élevés et par leur solidité, ils ont échappé à l'action destructrice des déluges partiels, du temps, et des hommes. La construction pélasgique se fait reconnaître à des caractères particuliers; tantôt les blocs sont bruts, tantôt les pierres sont taillées ; mais ni les uns ni les autres ne sont unis par du ciment, et ils présentent partout des polygones irréguliers : elle diffère essentiellement de la construction hellénique, exécutée à la règle droite et par assises. horizontales. On étend la dénomination de monuments cyclopéens à tous les ouvrages où l'on trouve des formes hardies et gigantesques, des matériaux d'une dimension extraordinaire, des blocs qui semblent n'avoir pu être mus et placés que par une force surhumaine, par une mécanique plus puissante que la nôtre. Mais on restreint la dénomination de pélasgiques à ceux de ces monuments où l'on trouve les pierres taillées en polygones irréguliers. On a découvert des constructions pélasgiques dans toutes les contrées du Péloponèse, de la Grèce centrale, delaThessalie, de l'Épire, et l'on en rencontre dans presque toutes les villes dont nous avons mentionné jusqu'à présent la fondation. Nous ne rappellerons ici qu'un petit nombre de ces monuments qui se rattachent aux villes les plus connues de la Grèce , tels que la tour d'Ogygès à Thèbes , une portion des murs des deux Orchomènes de Béotie et d'Arcadie, une portion des murs d'Argos, de Tirynthe, de Mycènes (4).
Tombeaux et temples, — Les Pélasges élevèrent, dès les plus anciens
(I) Telle est l'opinion dejf. Pelitr-Hadel sur les monuments pélasgiques, à l'étude desquels il avait consacré trente ans de sa Yîe.
154 PRÉcn» DB l'histoire ancibnne.
temps, des tombeaux aux personnages dont ils voulaient conserver et consacrer la mémoire. On cite ceux de Phoronée, de sa femme Cerdo et de son petit-fils Argus, à Argos; celui de Car, fils de Phoronée, entre Argos et Mégare. Ces tombeaux, si l'on en juge par celui de Car, n'étaient d'abord que des monceaux de terre; mais dans la suite on les revêtit de pierre et de marbre. On ne cite guère que ces quatre tombeaux pendant la période pélasgique, de quatre siècles environ , dont nous traçons l'histoire. Les temples sont encore moins nombreux ; mais on peut supposer que, durant cette époquB, ils étaient remplacés par les oracles des Pélasges , espèce de tribune grossière où les prêtres recevaient les demandes des citoyens et leur rendaient les réponses du dieu. Le plus ancien temple de la Grèce est sans doute celui mentionné par Hérodote. L'historien rapporte qu'au temps où les dieux des Pélasges n'avaient pas encore de nom, la prêtresse égyptienne vendue par les Phéniciens dans la Thesprotie éleva sousun chêne une chapelle à Jupiter : cet édifice, d'une dimension extrêmement petite, ne se composait sans doute que de branches de feuillages. Après cette chapelle, viennent dans l'orfire des temps les temples de Cérès, dont on attribuait la construction à Car etàClymenus, fils de Phoronée, et àChthonia, leur sœur.
Exploitation des mines, travail des métaux. — Les Teichines, contemporains de Phoronée et d'Apis, comme nous lavons vu, servirent utilement la civilisation. La tradition les présentait comme les inventeurs de plusieurs arts utiles et comme les propagateurs de beaucoup d'autres : elle leur attribuait en particulier d'avoir les premiers mis les métaux en œuvre, d'avoir exécuté les premières images des dieux.
Quand elle leur prêtait le pouvoir de changer la forme des objets, de diriger à leur gré les nuages et les pluies, la grêle et la neige, peut-être faisait-elle allusion à des connaissances en physique, que les mages et les prêtres d'Egypte possédèrent également , mais dont la crédulité grossit et défigura les effets et la puissance.
Agriculture. — D'après plusieurs traditions rapportées par Pausanias, Tagriculture et le culte de Cérès, qui en est le symbole, avaient été portés d' Argos à Mégare et à Hermione par les fils de Phoronée durant lexix« siècle ; et dans le cours du xvni', un Pélasgus, fils de Triopas, avait élevé dans Argos un temple à Gérés Péiasgide. Si ces faits sont vrais, l'agriculture fut connue et pratiquée dans l'Argolide et la Mégaride dès les plus anciens temps. Mais, soit qu'elle n'ait pas pénétré dans les autres provinces du Péloponèse et de la Grèce ; soit plutôt qu'elle ait été détruite , dans la plupart de ces pays, pai* les déluges d'Ogygès et de
«BÈCS; TEMPS PRIMITIFS. 155
Deucalion, et par d'autres circonstances désastreuses inconnues aujourd'hui, il est certain que son grand développement et sa propagation générale n'eurent lieu qu'à l'époque de Cécropset de Triptolème, et c'est pour cette raison sans doute que l'honneur de l'invention fut attribué à, ces deux personnages.
Navigation , colonies. — Les Pélasges connurent les principes de la navigation et du oomi^erce pendaiit cette période. En effet, les Phéniciens venaient coinmercer avec les habita^nts de l'Argolide , quand ils enlevèrent lo. Les colonies conduites en Italie par CEnotrus, 1837, et. par Nanas, 1736 ; dans l'île de Lesbos , par Macar et par Xanthus, 1826, 1734 ; dans l'île de Crête, par les Pélasges de l'Arcadie et de la Thessalie aux xnif et xvi* siècles; les vaisseaux dont se servirent les émigrants, et que mentionnent les auteurs anciens, ne laissent aucun doute sur l'existence d'une première marine, d'une première navigation chez les Pélasges. Mais cette marine ne se composait probablement que de barques, le premier bâtiment d'une dimension un peu grande paraissant n'avoir été construit qu'au temps des Argonautes.
Langue , écriture. — Les Pélasges eurent une langue qui différait de l'idiome ultérieurement en usage chez les Grecs. Jusqu'où allaient ces différenaes? étaient-elles radicales ou partielles? Le pélasgique futr-11 à l'hellénique ce que la langue romane est à la langue française, ou ce que le basque et le bas-breton sont à cette même langue ? C'est ce qu'il est impossible de décider aujourd'hui. Les Pélasges eurent une écriture longtemps avant celle apportée par Cadmus, mais leur alphabet était restreint à seize lettres. Au temps du déluge d'Ogygès , seuls de tous les Grecs, ils conservèrent les caractères de l'écriture, et pour cette raison fureqt nommés divins, comme les premières lettres furent appelées pé-
Législation. — De tous les faâts qui font remonter la civilisation aux origines mêmes de la Grèce, aucun ne fut plus propre à la développer et n'accuse plus formellement son existence que le suivant. Si l'on en croit plusieurs auteurs anciens, Phoronée donna aux Ai^ens des lois qui changèrent leurs mœurs féroces et qui paraissent s'être conservées longtemps parmi eux (1).
§ IIL— Second âge de la civilisation grecque.
Les colonies successives d'Égyptiens, de Phéniciens, de Phrygiens,
— ' II. ■ . ' I ■ Il I ■ ■ I ■ , I ■ ^
(1) Eas«b. Gbr. K I, post p. 05. «Pboroneas primoB leges judieiaqae constitait. »
de Cretois et de Tliraces, conduites en Grèce durant la période que nous allons examiner, communiquèrent aux Grecs la religion, les arts, les établissements politiques des divers pays auxquels appartenaient ces colonies, et développèrent la civilisation de la Grèce, mais en modifiant ses coutumes primitives.
I. Colonie , religion , cimlisaiion des Égyptiens à Athènes, — Parmi plusieurs preuves, incontestables selon nous, de rétablissement et de Tinfluence d'une colonie égyptienne à Athènes, nous ne citerons que les deux faits suivants : 1^ la division des citoyens en trois castes de prêtres ou nobles, de guerriers, d'artisans, fut importée d'Egypte à Athènes, fut maintenue par la constitution de Thésée, et subsista jusqu'à la réforme de Solon ; 2* le mariage du frère avec la sœur était permis dans • les deux pays ; seulement à Athènes on apporta quelques restrictions à cette coutume quand on voulut empêcher la concentration des fortunes dans un petit nombre de familles. L'établissement d'une colonie d'Égyptiens à Athènes une fois prouvé, il importe peu de savoir si elle fut conduite par Cécrops ou par Érechthée, et si Cécrops était un Égyptien ou un indigène, question sur laquelle les anciens eux-mêmes n'étaient pas d'accord.
Jtègne de Cécrops, — Les eaux dont l'Attique avait été couverte au temps d'Ogygès s'étaient retirées, et une nouvelle population avait couvert TAttique lorsque Cécrops fut appelé à la gouverner vers l'an 1643 (i). Les heureuses innovations dont il fut l'auteur changèrent la face du pays. Il construisit une partie des douze bourgades, dont Athènes devint plus tard la capitale. Il transporta dans l'Attique le plant de l'olivier, dont il montra à extraire l'huile; divers grains, qu'il enseigna à cultiver et à reproduire; des troupeaux de bœufs, qu'il apprit à nourrir : l'agriculture de l'Attique fut perfectionnée plus tard par Triptolème, auquel on dut en particulier le blé (2). Cécrops institsa encore les mariages , les sépultures , le tribunal de l'Aréopage , remplaçant
(1) Les marbres de Paros, epocb. 1, indiquent Tan 158I pour le coramencemftn régne de Cécrops. ï\ faut ajouter à celle date, et à toutes celles indiquées parles ma bres, soixante-deux ans, parce que les marbres indiquent l'an 12I7 pour le <'^'"'° cernent de. la guerre de Troie, tandis que la date réelle de cet événement est » comme l'a prouvé Larcher, lequel s'éloigne trés-peu des calculs de Fréret. ^°P'. j^ de ces deux savants a fixé la nôtre, au milieu des incertitudes de toute cbron ancienne. ^
(2) Peut-être Cécrops n'apporta-t-il pas du tout le blé en Attique ; P®"*''^!'^*^ gulporia>t-il que Tépeautre , espèce de blé petit et rougeâtre , tandis que Tr»P*®'®'° tiva le premier le froment.
GRÈCX; TEMPS PRIMITIFS. 157
les habitudes de la vie sauvage et le droit du plus fort par Tordre et la justice. Enfin il établit dans TAttique le culte des nouvelles divinités,^ Minerve (Athena) et Zeous ou Zeus (Jupiter). Le culte du dieu égyptien Jupiter avait été apporté dès les temps les plus anciens à Dodone, mais était resté concentré dans cette localité. A partir du règne de Cécrops, il se répandit de proche en proche chez les divers peuples de la Grèce, s'associa à celui du dieu libyen Neptune, mais exclut peu à peu celui du dieu phénicien Saturne. Cependant la pratique sanglante de répandre le sang humain sur les autels se maintint longtemps encore en Grèce, comme le prouvent les sacrifices d'Érechthée, d'Agamemnon, de Ménélasen Egypte, et d'Aristodème. Cécrops bâtit une citadelle pour défendre les Athéniens, et les institutions qu'il venait de leur donner, contre l'attaque de leurs voisins encore , barbares.
Progrès de la civilisation sous les successeurs de Cécrops, — La civilisation fait de rapides progrès en Attique sous les successeurs de Cécrops, dont les deux premiers sont Cranaus et Jmphictyon. Du temps deCranaûs, une inondation, connue sous le nom de Délire de Deucalion, engloutit une partie de la population de la Grèce, et contraint le reste à se sauver vers les sonmiités des montagnes, ou à se retirer sur des esquifs vers Deucalion, roi de la Thessalie. Deucalion, comme le témoignent les marbres de Paros, se rend à Athènes, et y offre des sacrifices à Jupiter, pour le remercier de l'avoir sauvé des eaux, preuve certaine que l'Attique fut préservée du fléau. Rentrés en Thessalie, sous la conduite de Deucalion, les fugitifs repeuplent cette contrée. Mais bientôt ils se voient menacés par l'invasion des Thraces , sous le règne d'Amphictyon , fils de Deucalion, vers l'an 1580. Amphictyon rassemble les peuples voisins de Thermopyles, les engage à prendre des résolutions et des mesures en commun, pour la défense du pays et de la religion, et donne naissance au conseil amphictyonique. Ce prince règne à la fois sur les peuples voisins des Thermopyles et sur les
Athéniens.
A Amphictyon succèdent -fi'ncMAonttt*, Pandion I^ et Érechthée. On croit le premier parti de l'Asie Mineure, et le dernier de l'Egypte. Sous leur administration , la civilisation s'enrichit de nouvelles découvertes. Le plant de la vigne croit naturellement en Grèce , mais sauvage : les Athéniens s'instruisent à la tailler, à la rendre fertile, à en tirer le vin. Triptolème reçoit de la nouvelle colonie égyptienne, amenée par Érechthée, des moyens plus sûrs et plus ingénieux de semer et de ré-
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colterle blé. Le champ de Rharia, près d'Eleusis, est défriché, et peu après s'établissent les mystères d'Eleusis, la doctrine sacrée et le culte régulier de Cérès, la môme que l'Isisdes Égyptiens, selon le témoignage d'Hérodote. Ils apprennent à profiter du travail des abeilles, et à perpétuer leur race sur le mont Hy mette; ils attellent aux chariots les chevaux déjà rendus dociles au frein. Ils commencent à tisser là laine et à en former des habits ; ils travaillent d'abord le cuivre, qui, de tous les métaux, demande le moins de préparation; ils découvrent le fer, qui favorise les progrès de tous les arts industriels; enfin, ils exploitent les mines d'argent du Laurium, et frappent leur première monnaie. Une statue en bois de Minerve, dédiée, dans l'Acropole, par Érichthonius, présente le plus ancien monument connu de la sculpture en Grèce. Une statue consacrée par Érechthée dans le bourg de Rhamnonte, et représentant Némésis vengeresse du crime, prévient les attentats par la crainte de la vengeance céleste, ou les punit, par les remords, quand ils échappent à la justice. Cette industrie et ces croyances ne restetit pas dans les bornes de l'Attique ; elles vont faire de paisibles conquêtes chez les voisins des Athéniens.
Au règne d'Érechthée se rapportent deux événements importants. Les Thraces, ayant franchi lesThermopyles, pénètrent en Attique, et s'emparent d'Eleusis. Pour obtenir la victoire, Érechthée, conformément aux ordres de l'oracle de Delphes, sacrifie sa fille, et périt lui-môme dans le combat : les Athéniens vainqueurs accordent la paix, à condition que les Éleusiniens reconnaîtrçnt la souveraineté d'Athènes; et qu'ils auront la hberté de célébrer chez eux les înystères. Les Athéniens reçoivent une colonie d'Hellènes Ioniens, en augmentent leur population, substituent le nom d'Ioniens à celui de Pélasges qu'ils avaient porté jusqu'alors; fondent quatre nouvelles bourgades, parmi lesquelles celles d'CEnoë et de Marathon; se partagent en quatre trii3US, les Géléontes, les Argades, les -^gicores, les Hoplètes.
Après Érechthée, Athènes est gouvernée par Cécrops II, sous lequel on envoie une colonie dans l'île d'Eubée; par Pandion 11^ et ^ar Egée,, père de Thésée, dont le règne forme le lien entre les temps de première civilisation et les temps héroïques. Le tribut auquel les Athéniens sont assujettis sous Egée par le roi de Crète, Minos, en expiation de leurs pirateries, prouve l'usage et l'abus qu'ils faisaient de la navigation.
IL Colonie égyptienne à Mégare, — Douze générations aprèô Car, fils de Phoronée, Lelex, dont la tradition indiquait l'origine étrangère en le nommant fils de Neptune et de Libye, conduisit
dans la Mégaride une colonie d'Égyptiens, et devint roi du pays.
m. Colonie, religion, cimlisaiion de$ Phéniciens compagnons de Cadmus dans la Béotie. — CdÂmm , parti de la basse Egypte ou de la Phénicie, passe de là à Rhodes, où il bâtit à Neptune et à Minerve un temple desservi constamment, dans la suite, par les descendants des prêtres phéniciens. De Rhodes, Cadmus et sa colonie vont aborder en Béotie vers l'an 1580, Ils apportent en Grèce des notions plus étendues de commerce, et un alphabet plus nombreux, plus commode pour les opérations de l'arithmétique, que celui en usage jusqu'alors chez les Pélasges et à Athènes. Cadmus bâtit la Gadmée, qui servit depuis de citadelle à la ville de Thèbes. Trois de ses descendants, Penthée , Polydore, Labdacus , régnent après lui sur une partie des Béotiens, construisent Thèbes, et l'ajoutent à la Cadmée; mais ils ne peuvent empêcher une colonie de Thraces de s'étabUr dans plusieurs cantons de la Béotie. Au temps de Penthée, la culture de la vigne et les fêtes de Bacchus s'introduisent dans la Béotie, d'où elles passent dans les îles de la mer Egée. Après Labdacus, on compte Lycus, Amphion, Laïus, OEdipe. Amphion entoura Thèbes de murailles. Selon les anciennes traditions desOrecs, CEdipe, meurtrier de son père, époux de sa mère, privé par ses mains de la lumière du jour en expiation de ses crimes involontaires, chassé par des fils impies, accueilli par la générosité de Thésée, secouru par la piété de sa fille Antigone, termine à Colonne sa fatale existence. Ses fils, Étéocle etPolynice, se disputent la couronne, et donnent lieu à la guerre de Thèbes, l'un des principaux événements de l'époque suivante.
Orchomène, dont la première fondation remonte à Ogygès, rivahsa d'importance avec Thèbes, et profita même de ses dissensions intestines pour lui donner des lois, et pour la contraindre à lui payer tribut, durant le cours des siècles héroïques, comme nous le verrons bientôt. Homère compare les richesses de cette ville à celles de la fameuse Thèbes d'Egypte. On trouve encore aujourd'hui des vestiges de son ancienne puissance dans le trésor de Minyas, trisaïeul de Jason, et dans les canaux du mont Ptoos. « Les Grecs, dit Pausanias, sont forts » pour admirer beaucoup plus ce qui est dans les autres pays que dans » le leur. Des auteurs célèbres se sont attachés à décrire, avec la plus » grande exactitude, les pyramides de Memphis, et ils n'ont pas daigné TU faire la moindre mention du tombeau de Minyas-, qui n'est pas moins » digne d'admiration. C'est un édifice de forme circulaire, en marbre, V et dont le fs^te se termine en une pointe qui n'est pas très*aiguê : U
160 piiÉ<ns BB l'histoire ÀKCnmNB.
» pierre qui termine ce sommet est, à ce qu'on assure, la clef de tout » rédilice. » Des canaux servant à la décharge du lac Copaïs, et destinés à prévenir ses inondations en le faisant communiquer avec la mer, avaient été creusés à travers le mont Ptoos dans la largeur de plus d'une lieue. Pour creuser et pour nettoyer ces canaux, on avait ouvert, de distance en distance sur la montagne, des puits d'une immense profondeur.
IV. Colonie^ religion, civilisation des Égyptiens compagnons de Danaus, — Danaûs, originaire de Ghemmis et chassé de la basse Egypte, s'établit dans TArgolide vers 1572 : il s'empara du trône de Gélanor, descendant d'Inachus, et onzième roi d'Argos. Danaûs et ses compagnons opérèrent dans TArgolide d'abord, et de proche en proche dans plusieurs pays de la Péninsule ( Péloponèse ) , la même révolution que Cécrops et sa colonie avaient produite dans l'Attique. Leur religion et leur civilisation, tout égyptiennes, remplacèrent peu à peu la religion et la civilisation des Pélasges. Les filles de Danaûs, peu après leur arrivée, instituèrent les Thesmopbories, fêtes célébrées par les Égyptiens en l'honneur d'Isis, dont le culte devait singulièrement favoriser les progrès de l'agriculture dans l'Argolide et dans le reste du Pélopo- • nèse. L'un des vaisseaux avec lesquels la colonie de Danaûs avait abordé en Grèce, conduit par cinquante rameurs, et le plus grand qu'eussent encore amené les étrangers, servit de modèle aux ouvriers grecs, et avança l'art de la navigation.
Danaûs eut pour successeur, Lyncée^mn gendre, époux d'Hypermnestre, et venu comme lui d'Egypte. Après Lyncée on compte Abas^ FrœiuseiAcrisiuSjPersée, petitrfils d'Acrisius.Prœtus fixa sa résidence à Tirynthe, et Persée transféra le siège de sa domination d'Argos à Mycènes. Ces deux princes confièrent aux Gyclopes le soin d'entourer de murs, ou plutôt d'une nouvelle enceinte de murailles, Tirynthe et Mycènes. Voici ce que dit Pausanias de ces grands ouvrages : « On voit » encore quelques vestiges des murs de Mycènes, et une porte sur la-* » quelle sont des lions. Tout est, dit-on, l'ouvrage des Gyclopes, qui » bâtirent pour. Prœtus les murs de Tirynthe. Ces murs sont construits » de pierres brutes d'une telle dimension, que deux mulets attelés » n'ébranleraient même pas la plus petite. Les interstices sont remplis » de petites pierres qui servent de liaison aux grosses. » Les ruines encore subsistantes des murs de Tirynthe et de Mycènes ont été dessinées récemment. Au premier rang des monuments qui donnent une idée de la force et de la puissance de l'homme, il faut placer ce qu'on
grège; temps primitifs.
nomme les galeries (ieTii7iithe, éclairées par d'immenses ouverluros en ofivé. La porte aux Lions de Mycènes fournil d'utiles renseignements à la fois sur Farchitecture et les religions de Tantiquité.
Nous venons de parler des Cyclopes ; il est nécessaire de donner sur eux quelques éclaircissements fournis par un auteur ancien. Les Cyclopes étaient une caste de mineurs : ils existaient en Egypte, et sans doute aussi en Phénicie, à une époque très-ancienne, puisqu'ils tiraient des blocs de marbre avec le secours d'instruments en cuivre, l'usage du fer n'étant pas encore connu : pour pénétrer dans les entrailles de la terre , ils portaient une lampe attachée au front; et telle est l'origine des fables sur l'œil unique des Cyclopes. Les Dactyles Idreens découvrirent et erapjoyèrent les premiers le fer, soit dans l'île de Chypre, soit dans l'Ile de Crète, vers la fin du xyi« siècle, temps où nous sommes parvenus.
Un premier partage du ix)yaume d'Argos eut lieu sous Prœtus et Acrisius; un second, sous Anaxagoras. L'État fut alors divisé en quatre principautés, dont deux appartinrent à la famille de Danaûs, et deux autres aux Hellènes Mélampus et Bias. L'afTaiblissement né de ces déchirements, accru par plusieurs guerres civiles, et en dernier lieu par celle entre lesHéraclideset Eurystée, prépara l'usurpation ultérieure des Pélopides (1).
V. Développement de la nouvelle civilisation en Jrcadie. — Les progrès de la nouvelle civilisation apportée par Cécrops ou Érechthée , par Cadmus et Danaûs, pénètrent peu à peu dans les diverses provinces de la Grèce. En Arcadie, Arcas introduit l'art de cultiver le blé et de faire du pain, qu'il a appris de Triptolème, et enseigne à ses sujets celui de filer et de tisser les étoffes que lui a transmis Aristée. Sous son règne , le pays prend le nom d' Arcadie , et les habitants celui d'Arcadiens, à la place des noms de Pélasgie et de Pélasges qu'ils portaient précédemment.
VI. En Laconie. — *Les faits dont se compose l'histoire de Lacédé-
(0 Familles régnantes dans le royaume de Mycénesîel d'Argos, depuis Prœtus jusqu'à la guerre de Troie.
Acrisius.
Persée.
Éieclryon, Sihénélus, Alcée.
Ëurysiée, Amphitryon.
Hercules.
Héraclides.
Pélopides. jjtJ^ISemnon.
Prœtos.
Mégapenthés.
Anaxagoras.
Atector.
Iphis.
Ëiéoclus.
Sihénélus.
Cyltabarus.
Mélampus.
Antiphatés.
Oïciée.
AinphiaraQs.
Alcmœon Ampbilocue.
Glytius.
Bias.
TalaUs.
Adraste.
^gial^us.
Cyanippus.
Dioméae.
Md PRÉCIS DE l'histoire ANCIENNE.
mone au commencement de cette période indiquent la transition de la civilisation pélasgique à une civilisation plus développée. Myhs , successeur de Lelex, inventa la meule à moudre le grain. Eurota$ fit creuser un canal pour conduire à la mer les eaux des marais qui couvraient le pays et le rendaient en partie inhabitable : une partie de cette eau s'écoula, le reste forma un fleuve qu'on jQomma Eurotas. Dans les édifices d'Eurotas, on retrouve le caractère des plus anciennes constructions; le quai du fleuve, dont il reste des débris, est en pélasgique. Eurotas consacra un temple à la vieille divinité Onga : cinq pierres brutes , de couleur noire, formaient les quatre murs et la couvertui'ede ce temple ; sur la porte on lisait en caractères très-anciens : « Eurotas, » roi des Ictéocratéens, à Onga. » Lacédémon agrandit Sparte fondée depuis longtemps, et bâtit probablement une autre ville qu'il appela de son nom ; car Homère distingue les deux villes de Sparte et de Lacédémone. Il commença à exercer le pouvoir en 1577 : ce fut donc sous son règne que Danaûs vint à Argos. Les successeurs de Lacédémon s'unirent par des mariages aux familles de Danaûs et de Pélops, et les institutions égyptiennes et phrygiennes remplacèrent les coutumes pélasgiques, et hâtèrent en Laconieles progrès de la civihsation. Au temps de la guerre de Troie, laLaconie était appelée Hécatompolis à cause de ses cent villes ou bourgades, dont Homère nomme les dix principales, Lacédémone, Phare, Sparte, Messa, Brusie, Augée, Amycles, Hélos, Laa,OEtile.
VIL Colonie^ religion^ civilisation des Phrygiens dans le Péloponése. — A la suite d'une guerre élevée entre Ilus, roi de Phrygie, et Tantale, prince de Sipyle, ville située sur les confins de la Lydie et de la Phrygie, Pélops , fils de Tantale, est contraint de s'expatrier, et passe avec une partie de ses sujets asiatiques dans la Thessalie, vers 1380. Il joint à ses troupes des Achéens Phthiotes , . et envahit la partie occidentale de la Péninsule ( plus tard Péloponèse ). Ses forces et ses trésors lui foui'nissent également les moyens d'asservir des hommes pauvres et sans industrie. L'alliance qu'il contracte augmente sa puissance. U épouse la fille d'^nomaûs , roi de Pise en Élide, et s'empare du royaume de son beau-père. De plus, sur les confins de la Messénie et de laLaconie, il fonde les trois villes de Leuctres, Charadra et Talami. Après la mort de Pélops, sesUls étendent rapidement leur domination sur divers points de la Péninsule. Alrée et Thyeste , les plus connus d'entre eux , donnent naissance à un nouvel état dans la Tjipbylie. Piithée et trœzen gouvernent la Traezénie , et Pitthée bâtit Traezène.
GRÈCE; TEMPS PRIMITIFS. ICo
D'autres, enfin, fondent ou agrandissent Épidaure, Cléonne, Letrine, -
Mégare. Les successeurs de Danaûs sont enveloppés, pressés de tous côtés par les Pélopides, qui, à la première occasion favorable , doivent i
les dépouiller de leurs possessions. I
Nous exposerons dans les chapitres suivants les circonstances et les 1
conséquences de l'usurpation des Pélopides sur les descendants de '
Danaûs. Recherchons actuellement Tinfluence que leur établissement ',
dans la Péninsule (Péloponèse) eut sur la culture politique de la Grèce. • i
Les Phrygiens et les Lydiens apportèrent dans la Péninsule quelques nouvelles croyances, quelques nouvelles divinités, et ajoutèrent aux connaissances morales et industrielles répandues par les Égyptiens, compagnons de Danaûs. En effet, les marbres de Paros nous apprennent que pendant le règne d'Érichthonius à Athènes, c'est-à-dire un siècle et demi environ avant l'arrivée des Pélopides, « Hyagnisle Phry- » gien avait inventé la flûte à Galènes , ville de Phrygie , fait entendre » le premier l'harmonie phrygienne et les autres accords consacrés à la » mère des dieux, à Bacchus, à Pan, aux dieux de la patrie, ainsi qu'aux » héros. )) Hérodote ; de son côté , nous dit, 1. 1 , c. 94 : « Les lois des » Lydiens ressemblent beaucoup à celles des Grecs. De tous les peuples » que nous connaissons, ce sont les premiers qui aient frappé pour » leur usage des monnaies d'or et d'agent, et les premiers qui aient » fait le métier de revendeurs. A les entendre , ils sont les inventeurs » des différents jeux en usage tant chez eux que chez les Grecs. » Or Pélops et sa colonie propagèrent nécessairement dans le Péloponèse les arts, déjà devenus communs en Phrygie et en Lydie cent cinquante ans avant qu'ils passassent en Grèce. La mythologie avait embelli de ses fictions les traditions relatives à l'industrie figurée par Vulcain , et aux richesses que Pélops avait apportées en Grèce, comme on le voit par les traditions que rapporte Pausanias au sujet du sceptre d'or de Pélops et d'Atrée. ce Ce que les Ghéronéens, dit Pausanias, honorent le plus , )) c'est un sceptre. Suivant Homère, Vulcain l'avait ftibriqué pour y> Jupiter, qui le donna à Mercure. Pélops le reçut de ce dieu, et le laissa » à Atrée, qui le transmit à Thyeste, de qui le tenait Agamemnon. Ils » rendent donc un culte à ce sceptre, qu'ils nomment Dory ; et ce qui » prouve surtout qu'il a quelque chose de divin, c'est l'illustration » qu'il a répandue sur ceux qui l'ont porté. Les Ghéronéens disent » que ce sceptre fut trouvé sur les limites de leur territoire et de celui » des Phocéens; que les Phocéens le trouvèrent avec de l'or; que » pour eux ils consentirent volontiers à leur laisser l'or et à prendre
iU PBÉCIS DE l'histoire ANCÎIENNE.
y> lo sceptre. Je crois qu'il a 6tc apporté en Phocide par Electre, fille » d'Agamemnon. » (Pausanias, Bœotica, c. 41.)
VIII. Beligion , arts , cmlisation des Cretois répandus en Grèce. — Nous venons de voir les Égyptiens, les Phéniciens du temps de Cadmus, les Phrygiens, apporter sur le sol grec quelque produit de leurs pays respectifs, et contribuer, chacun pour leur part, à la culture politique de la Grèce, durant le second âge de la civilisation. Trois éléments, qui entrèrent dans sa composition définitive, manquent encore : ce sont ceux que fournirent les Cretois, lesThraces et les Hellènes.
L'île de Crète fut peuplée successivement d'indigènes nommés Étéocrctes, puis de divei^ses tribus grecques appartenant aux Pélasges, aux Achéens et aux Doriens : le chef de ces derniers était Tectamus. Placée sur le chemin de toutes les colonies qui de la Libye , de la basse Egypte et de la Phénicie se rendaient en Grèce, la Crète reçut de bonne heure des semences de civilisation et les divere cultes de ces différents pays : aussi les Grecs plaçaient-ils dans cette île la naissance de la plupart des dieux, et de Jupiter en particulier. Vers l'an 1500, tandis que Pandion régnait à Athènes , Minos I"- et les Dactyles Idéens passèrent de l'Asie dans l'île de Crète. Minos réunit tous les peuples sous ses lois , et bâtit plusieurs villes, entre autres Gnosse, Phaestus et Cydonie. Il donna à ses sujets des lois qu'il supposa a^ir reçues de Jupiter. Dans le système de gouvernement qu'il établit, on trouvait des sociétés d'hommes libres, tous réunis sous un même gouvernement, tous .égaux entre eux, et tous servis par des esclaves ; aucune propriété particulière de territoire; les hommes mangeant à des tables publiques, et leui*s familles subsistant des provisions communes; la jeunesse formée régulièrement aux exercices de la gymnastique , de la navigation , de la guerre ; des mœurs sévères maintenues par des lois rigoureuses; les honneur accordés comme une récompense à l'âge et au mérite seulement; la communauté entière reconnaissant la prérogative d'un roi héréditaire, qui tenait son autorité de Jupiter, mais qui n'était regardé comn;^ protégé des dieux qu'autant qu'il continuait d'observer la justice et de maintenir les privilèges inaliénables de ses sujets. Tandis que Minos donnait aux Cretois cette forme de gouvernement, Rhadamanthe, son frère, s'établissait dans les îles de la mer Egée, Chio, Lemnos, les Cyclades, les délivrait des brigandages des pirates, et leur donnait des lois si équitables, que plusieurs autres venaient se ranger d'elles-mêmes sous sa domination , ainsi que les côtes de l'Asie Mineure.
Des siècles devaient s'écouler avant que Thésée et Lycurgue fissent