‹ Précis de l'histoire ancienneChapitre 28 sur 103 · GRÈCE ; TEMPS PRIMITIFS · texte numérisé non relu

GRÈCE ; TEMPS PRIMITIFS

comme on en peut juger par leur facilité à se môler aux étrangers et à adopter les noms de Phthiotes et d'Achéens qu'avaient portés les Pélasges. Le royaume de DeucaUon paraît avoir été borné entre TAsopus et l'Énipée , et ces limites subsistèrent sous ses deux premiers successeurs*

Pour prendre une idée exacte des faits qui suivent, il est nécessaire d'établir d'une manière précise la descendance de Deucalion. Il laissa une fille nommée Protogénie qui, elle-même, donna naissance à jiëthlius, et deux fils appelés ^mp/iic^yon eXHellen. Les fils d'Hellen furent Dorus, JEolus, Xuihus; les fils de Xuthus furent Achœus et Ion, Le tableau suivant rendra facile cette généalogie :

Deucalion.

Protogéoie. Amphictyon. Hellen.

Aëthlius. Dorus. iEoIus. Xuthus.

Ion. Achœus.

Tous les auteurs de l'antiquité admettent cette généalogie comme vraie. Us croient de plus que les habitants de la Lycorie, les Curetés, les Lélèges et les Grecs de la Phthiotide, prirent le nom général d'Hellènes, et le pays situé entre l'Énipée et l'Asopus celui d'Hellade, lorsque Hellen eut succédé à l'autorité de Deucalion. Ils croient que les Hellènes reçurent des fils d'Hellen les dénominations particulières de Doriens, d'^Eoliens, d'Ioniens, d'Achéens. Si les douze tribus juives reçurent leurs noms des douze fils de Jacob, il ne serait pas étonnant que pareille chose fût arrivée en Grèce pour les tribus des Hellènes. Mais en supposant, avec quelques critiques modernes, que les personnages nommés dans le tableau soient imaginaires, et aient été inventés après coup, du nom même de diverses nations et tribus grecques, la suite de l'hjstoire ne souffrirait nullement de cette création mytholo^i gique des anciens. Il faudrait dire seulement : Le peuple des Hellènes se subdivisait en tribus de Doriens, d'^oliens, d'Ioniens-,- d'A.chéens* Ce peuple et ces tribus formèrent les établissements diont ijipufi all<»iS présenter le tableau. •• i ' ■ m.

yEoh>n5. — En partant de l'Hellade, plusieurs tribus d'JSoUens â'é1a« Mirent dans diverses contrées de l'Hgemonie ( Tfeessajliiei) ^ tantôt chasn sant, tantôt s'incorporant les Pélasg«Bi. et. succédant .touj,o^irs»à.l€|ttr

168 PRÉCIS DE l'H[STOIR£ ANCIENNE.

autorité dans le pays. Trois de ces tribus soumirent la partie orientale delaPhtlîiotide, et s'établirent à lolcos, àOrminium, à Améetdans les environs, près du golfe Pagasétique. Une autre subjugua la contrée située au pied des monts Pélion et Ossa, et lui donna le nom de Magnésie, nom que porta également la ville capitale : ces établissements eurent lieu vers Tan 1400. Dans THeemonie, les JSoliens , et les Doriens dont nous parlerons bientôt, ne laissèrent aux Pélasges que la Pelas* giotide, la Perrhsebie, le pays des Lapithes, la Dryopide et Argos le Pélasgique ou Larisse Crémaste. Les ^Eoliens formèrent dans l'Hsemonie sept principautés ou petits royaumes : au temps de la guerre de Troie, l'un obéissait à Achille ; les autres avaient pour chefs des descendants vrais ou prétendus d'iEolus, nommé par Homère Protésilas, Podarcès, Philoctète, Euripylus, Podalire et Machaon, Prothoùs.

Hors de l'Hsemonie, les iEoliens envoyèrent des colonies en Phocide, en Béotie, dans la Gorinthie et l'Argolide, dans Ithaque, Zacinthe, Céphallénie , l'Acarnanie , l'^tolie, l'Élide, la Messénie. Dans la Béotie, ils se mêlèrent, dit-on, aux Amphictyoniens, ou sujets et descendants d'Amphictyon ; dans l'Éhde et l'iEtolie, on prétend qu'ils furent conduits par Aëthlius et sa postérité ; dans les autres contrées on leur donne pour chefs des descendants d'^Eolus. Ces colonies furent établies entre les années 1480 et 1370. Les principales villes que les jEoliens agrandirent ou fondèrent sont Opunte, Hyampolis, Tithorée, Naubole ou Drymaea, Panopée, Crissa, en Phocide et en Locride; Orchomène desMinyens, Thèbes, Haliarte, Goronée, GraïaouTanagre, Orope, Érythres, en Béotie; Calydonet Pleuron, en JEtolie; lesPylos, en Élide et en Messénie; Corinthe enfin, à laquelle Sisyphe donna des accroissements tels qu'il fut réputé pour son fondateur. La tradition de l'antiquité portait que les princes désignés par Homère comme commandant au siège de Troie les soldats de ces divers pays appartenaient aux familles d'^Ëolus, d'Amphictyon et d' Aëthlius.

Ioniens etAchéens. — Les Ioniens occupèrent plusieurs cantons, bâtirent quatre nouvelles bourgades dans l'Attique, vers la fi^ du règne d'ÊTôchthée, et prirent avec le temps un tel empire dans le pays, qu'ils donoè(re(ût)leur nom à tous les habitants : les Ioniens occupèrent de plus Filîgiakis^ jus(^'à la conquête duPéloponèse par les Doriens : ces événements se placent entre les années 1440 et 1430. Les Achéens, sortis eu!'€has8é$..d<fcKHaem0nie, y rentrèrent plus tard, et recouvrèrent tout ou partie de la Phtbiotide. Ils envoyèrent plusieurs colonies dans le Péloponèse^ principalement au tamps de Pélops , vers 1380 ; ils exercèrent

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assez d'ascendant dans la Laconie et TArgolide pour leur imposer leur nom , qu'elles poitaient au temps de la guerre de Troie , comme on le voit par le témoignage d'Homère. Voilà ce qui paraît le plus certain dans les rapports que les Ioniens et les Achéens eurent avec la Grèce : il paraît également incontestable qu'ils appartenaient à la race hellénique. Mais la vérité des traditions relatives à leurs chefs a été souvent contestée par la critique (1).

Doriens. — Voici le témoignage d'Hérodote sur le sort et les émigrations des Doriens, depuis les commencements de ce peuple jusqu'au temps où il conquit le Péloponèse. « Les Doriens habitaient la Phthio- » tide sous le règne de Deucalion, et sous celui de Dorus, filsd'Hel- » len, le pays appelé Histiœotide, au pied des monts Ossa et Olympe. » Chassés de l'Histiœotidl, par les Cadméens, ils allèrent s'établir à » Pindus, et furent appelés Macednes. De là ils passèrent dans la Dryo- » pide, et de la Dryopide dans le Péloponèse, où ils ont été appelés » Doriens (2). »

£tat et coutumes des tribus helléniques, — Dans la suite des siècles, et par l'effet de. circonstances locales , des différences s'introduisirent dans les dialectes et dans les constitutions politiques des diverses tribus de la nation hellénique. Mais, malgré ces variétés, qui n'existaient pas originairement, on aperçoit d'abord que le fond était le même. L'identité des langues ou dialectes des ^Eoliens, des Doriens, des Ioniens', se reconnaît facilement à travers les différences dans les désinences et la composition des mots. Au temps de la conquête du Péloponèse par les Héraclides, nous verrons à nu les principes du gouvernement des Hellènes qui s'établit dans les diverses parties de la Grèce, et chez toutes les tribus de ce peuple nous retrouverons les mêmes éléments ; l'autorité

(1) Voici ces traditions : Xulhus , banni de la Thessalie par sits frères, vint, avec un corps d'Hellènes dans rAtlique, où il bâtit quatre nouvelles bourgades , Marathon » ^noé, Probalintbe, Tricorylhe. Il épousa la fiHe du roi d'Aihénes, Érechthée, et donna naissance à Achœus et à Ion. Ion condaisit une partie des Ioniens dans T^gialus, qui prit son nom : ses descendants y régnèrent après lui et s'établirent à Kpidaure. Ion communiqua également son nom aux Athéniens, et celui de ses lils à leurs quatre tribus, après avoir vaincu pour eux les Thraces d'EumoIpus (Hérodote, l.V,c. 66. Pausan., 1. II, c. 36 ; l.VII^c. 1. Strab., l.VIll,p. sft7).~Avec une armée levée dans l'^gialus et dans i'Attique, Acbœus recouvra une partie de la Phihiolide, qu'il réclamait du chef de son père, et qui s'appela dés lors Achaïe de Phthiolide. Ses fils Ârchandre et Architélès vinrent de Phthiotide à Argos , et épousèrent deux filles de DanaUs. Peu après les Pélopides s'etabiirent dans le Péloponèse, avec l'aide des Achéens Phihiotes. Par suite de l'ascendant que les Achéens prirent alors dans la Péninsule, la Laconie et l'Argolide s'appelèrent Achaïe jusqu'à la rentrée des Héraclides. (Strabon ., I. VllI, p. 587. Pausan., ibid, Apotlodore, h I, c. 7, S 3.) - (3) Hérod., 1. 1, c. S6} 1. YUl, c. 43.

170 pr£cis ds l'histoire aiïcibnne.

étroite et précaire du chef ou roi ; la participation du peuple aux affaires publiques remplacée promptement par la toute-puissance de l'aristocratie; le despotisme du peuple hellène, ou de la nation conquérante, sur les vaincus et l'ancienne population.

Mais ces ressemblances cessent entièrement dans ce qui regarde les mœuré et les coutumes. Exilés dès le temps d'Hellen du centre de la Grèce, confinés dans l'Hlstiœotide, à l'extrémité de la Thessalie, les Doriens demeurèrent dans une profonde barbarie. Les ^Eoliens, les Ioniens, les Achéens,'au contraire, en entrant dans la Béotie, l'Attique et le Péloponèse, trouvèrent des populations qui à la civilisation pélasgique avaient ajouté la civilisation des Égyptiens, des Phéniciens, des Phrygiens, apportée par Cécrops, Danaûs, Cadmus et Pélops. Les trois familles helléniques, par suite de leur contalfct avec des populations qui déjà étaient parvenues à un haut degré de culture politique, contractèrent promptement les habitudes du perfectionnement social, A l'époque de la guerre de Troie, on ne voit pas de différence, sous ce rapport, entre les Béotiens et les Messéniens, qui sont soumis à l'autorité de princes, soit amphictyoniens, soit seoliens, et les Laconiens ou les Argiens, qui reconnaissent pour chefs les Phrygiens Pélopides.

§ IV. — Progrès de la civilisation en Grèce depuis Cécrops jusqu'aux temps héroïques.

Construction hellénique, ouphénieiennt , ou phrygienne. — En même temps que nous avons signalé les révolutions des petits États grecs» l'arrivée et l'établissement des nouvelles colonies, nous avons recueilli avec soin les détails relatifs aux institutions politiques et religieuses et au développement des arts. Il ne reste qu'un petit nombre de renseignements à ajouter pour compléter ce dernier sujet. La construction hellénique, qui est en même temps la construction phénicienne moderne et la construction phrygienne, et qui substitue aux polygones irréguliers les parallélogrammes, les assises horizontales et régulières; cette construction hellénique remplace peu à peu la construction pélasgique dans les monuments publics. On la remarque déjàdans plusieurs édifices de cette période historique qui commence à€écrops et finit aux Argonautes : tels sont le trésor de Minyas, la Cadmée, la nouvelle enceinte de murs de Thèbes, de Mycènes, de Tirynthe, deMydia. Cependant aucune innovation ne détruit tout d'abord les anciens usages , et la bâtisse pélasgique dut se soutenir longtemps encore en concurrence avec l'hellénique.

Tombeaux, temples, — Le nombre des tombeaux augmente durant

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cette période. On cite ceux de Danaûs, de Lyncée, d'Hypemnestre, à Argos; d'Arcas, à Manlinée ; d'Endymion , à Élis; de Lelex, à Mégare ; d'Épopeus, roi de Sicyone, à Corinthe; de Granaûs, d'Érysichthoji et d'Ion , dans l'Attique. Les temples sont ceux qu'élevèrent Érysichthon, fils de Cécrops, à Apollon Délien; Eurotas, contemporain d'Amphictyon, à Onga; Danaûs, à Apollon Lycien et à Minerve.

Sculpture. — - La sculpture fut probablement inconnue aux Pélasges. Il paraît que toutes les statues étaient d'abord en bois, et que les premières vinrent d'Egypte. Celles que dédièrent Cécrops, Érichthoniu&, Érechthée, étaient en bois. Mais le génie dès Grecs perfectionna bientôt, comme tous les autres, cet art. qu'ils avaient reçu des étrangers. Ils passèrent promptement de la sculpture en bois à la sculpture en marbre. Les plus anciennes figures exécutées en marbre étaient celles qu'on voyait au tombeau de Coraebus, élevé dans la place publique de Mégare. Ce Gorsebus était contemporain des rois d'Argos Crotopus et Sthénélus, et le monument doit avoir été élevé vers le temps de Danaûs. L'ouvrage qui vient en ordre de date après celui de Coraebus est une tête de Méduse. « Vers le temple du Céphise ( à Argos ) , vous apercevez la tête de » Méduse; elle est en marbre, et sortie, dit-on, de la" main des Cy- ))clopes. )) CesCyclopes, dont il est ici question, semblent appartenir au même temps que ceux qui élevèrent les murs de Tirynthe et de Mycènes pour Prœtus et pour Persée. Daedale, qui vécut sous le règne d'Egée, roi d'Athènes, fit faire des pas immenses à la sculpture. « Les » statues de ses prédécesseurs avaient les yeux fermés, les pieds joints, » les mains pendantes et collées aux côtés. Daedale, le premier, rendit )>ces statues semblables aux êtres animés, en figurant la vue dans les » yeuXj le mouvement dans les jambes et dans les bras. » Le même Daedale ou ses élèves inventèrent la scie, la roue du potier, le to^, et appliquèrent les premiers les voiles aux vaisseaux. Ce sont ces^iles qui, dans le langage des poètes, sont devenues les ailes de Daedale et de son fils Icare. Plusieurs contemporains de Daedale aidèrent aux progrès de la sculpture : Smilis, d'Égine, qui fit une statue de Junon pour le temple d'Argos; et un habitant de Délos, qui sculpta pour sa patrie une statue d'Apollon : le dieu tenait son arc dans la main droite ; de l'autre, il portait les trois Grâces représentées, la première avec une lyre, la seconde avec des flûtes, la troisième avec un chalumeau qu'elle approchait de sa bouche. (Pausan. Attic, c. 44; Corinth., c. 20. — Diudor. IV, 76, 77.)

Musique , poésie. — Sous le règne de Cadmus, Linus fit entendre aux

Grecs les premiers accords de la njusique. Amphion perfectionna cet art : à côté des fables débitées sur ce personnage , on trouve le témoignage suivant de l'histoire : « Amphion fut célèbre par ses talents » comme musicien. Les Lydiens, à cause de son alliance avec Tantale, » lui avaient appris Tharmonie qui porte leur nom : il ajouta lui-même )) trois cordes aux quatre que la lyre avait auparavant. » Les anciens et les modernes ont prêté à Linus des poésies qu'il n'a jamais composées. Pausanias dit formellement ou qu'il n'avait jamais fait de vers, ou que s'il en avait fait ils n'étaient pas parvenus à la postérité (1). La naissance et les premiers développements de la poésie eurent lieu entre le commencement du règne d'Érechthée et l'expédition des Argonautes , 1480-4330. Un siècle environ s'était écoulé depuis qu'Hyagnis le Phrygien avait consacré les premiers chants aux héros et aux dieux. La Phrygie, qui touchait alors d'un côté à l'Hellespont, d'un autre aux contrées méridionales de l'Asie Mineure, avait communiqué sa civilisation à la Thrace et à la Lycie. Olen, parti de la Lycie, séjourna en Thrace, et s'avança ensuite jusqu'à Delphes. Ce barde et la prophétesse Phémonoé sont désignés par* les historiens comme « les plus anciens » interprètes d'Apollon, comme ceux qui les premiers prononcèrent les » oracles de ce dieu, et chantèrent des vers hexamètres, » entre les années 1480 et 1460,(2). Ils eurent pour successeurs l'ancien Orphée , le premier Musée et Pamphus. L'ancien Orphée chanta l'enlèvement de Proserpine, la recherche qu'en fit Cérès, et les mystères : le premier Musée composa des oracles en vers et des hymnes, dont l'un en l'honneur de Cérès, pubhés par son fils Eurriolpus, à la fin du long règne d'Érechthée, vers 1429. Pamphus est désigné comme ayant fait des vers après Olen, et ayant composé pour les Athéniens les plus anciens hymnes que l'on connût : Pausanias et Philostrate rapportent de lui troiTvers en l'honneur de Neptune et de Jupiter, qui semblent porter le cachet du temps. D'autres vers de ce poète, sur l'amour, étaient chantés par les Lycomèdes dans leurs cérémonies secrètes. Après eux vinrent l'Athénien Lycus, Chrysothémis et Philammon de Delphes, qui remportèrent le prix institué à Delphes pour l'hymne le plus parfait composé en l'honneur d'Apollon , et qui vécurent entre Érechtbée et la première année d'Egée, 1429-1362.

Imtitutions politiques, dmphictyonies, — La nécessité où se trou-

(i)Pausan. Bœoiic, c. 29)5. — Euseb.Cbron. lib.poât.p.8i,éd.Scalig. —(2) Paqsan. Phoc. c. 5. — Euseb. p. 83.-

GBÈCE; TEMPS PRÏHITIFS4 i75

valent plusieurs peuplades de se défendre contre les attaques d'un voisin barbare et puissant; le besoin généralement senti d'ôter aux hostilités une partie de leurs désastreuses conséquences et d'établir un droit des gens, donnèrent naissance aux ligues nommées amphictyonies. Cette salutaire institution remonte à Amphictyon, troisième roi d'Athènes, et fut d'abord particulière aux Hellènes, qui lui durent une grande partie de leurs accroissements, de leur prospérité, et de l'importance qu'ils ne tardèrent pas à acquérir. Mais bientôt elle se répandit dans toute la Grèce, et y favorisa prodigieusement les développements de la civilisation.

La nation hellénique, faible dans ses commencements, voyait son agriculture, sa civilisation , et jusqu'à son existence, menacées par les barbares qui l'environnaient. Amphictyon, fils de Deucalion, engagea les diverses tribus helléniques à se réunir dans une assemblée ou conseil, près du bourg d'Anthela, à prendre des résolutions en commun, à se soumettre à des lois générales, nommées amphictyoniques, différentes de celles qui régissaient en particulier chaque tribu.. Le lien qui les tint unies fut la religion et des sacrifices communs offerts à Cérès, protectrice de l'agriculture et de la société. L'accord qui régnait entre elles les rendit en peu de temps redoutables aux barbares.

On peut fixer à douze le nombre des peuplades comprises dans le conseil amphictyonique établi par Amphictyon lui-même, ou entrées dans la ligue peu après son règne. A la fin des siècles héroïques, les attributions du conseil se bornèrent à protéger le culte d'Apollon et le droit des gens ; à ôter aux guerres entre les Hellènes une partie de leurs fureurs, mais non pas à les prévenir et à les empêcher. Dans le principe, au contraire, et durant l'intervalle de quatre siècles écoulés entre sa création et là rentrée des Héraclides, il arrêta toute hostilité entre les Hellènes. C'est ce qui résulte, soit du témoignage des auteurs anciens, soit des faits historiques eux-mêmes : en effet, pendant toute la période que nous venons d'indiquer, on voit les Hellènes lutter contre les colons asiatiques établis dans la Grèce centrale et dans le Péloponèse, contre les barbares qui leur disputent la Thessalie; mais on ne découvre pas les traces d'une seule guerre entre les diverses familles de leur nation. C'est le principe de la grandeur des Hellènes.

Sur le modèle du conseil amphictyonique des Thermopyles, s'en formèrent bientôt cinq autres, à la fin des temps de première civilisation. Ces conseils particuliers étaient placés à Delphes, à Onchesteen Béotie, dans l'île d'Eubée, à l'isthme de Corinthe, à Calaurie.

174 PRÉCIS DB l'histoire ANClSimË.

Les idées amphictyoniques donnèrent évidemment naissance auï ligues ou confédérations des Ioniens dans l'JEgialus et des Doriens dans la Dryopide, que ces deux peuples transportèrent avec eux dans F Asie Mineure, quand ils y passèrent plus tard (1). A. P.

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