‹ Précis de l'histoire ancienneChapitre 30 sur 103 · GRÈCE; TEMPS HÉROÏQUES · texte numérisé non relu

GRÈCE; TEMPS HÉROÏQUES

rivages de Ja Thessalie , pais de la Thrace , puis de l'Asie Mineure; il ne présente donc rien de bien audacieux, rien qui excède la vraisemblance. Les anciennes traditions attestent que Phryxus , fils du roi de Béotie Athamas ,' avait déjà , dans les temps antérieurs, frayé la route aux Argonautes; que, pour sauver ses jours menacés , il s'était embarqué à Orchomène , et que , traversant la mer Egée et le Pont-Euxin, il s'était réfugié en Colchide (1). Ces mêmes traditions nous parlent des flottes et des courses maritimes de Minos. Pour révoquer en doute l'expédition des Argonautes , il faut nier en même temps les voyages de Phryxus et de Minos. L'expédition des Argonautes ne précéda que d'un demi-siècle la guerre de Troie : or cette dernière, admise comme incontestable, sert puissamment à établir la , vraisemblance et la vérité de la première. Dans un état de civilisation , avec des moyens de navigation à peine égaux à ceux que possédaient les Grecs des temps héroïques , on voit les Normands du dixième siècle parcourir toutes les côtes de l'Europe, fonder des colonies, des villes, des états en Irlande, au nord de l'Ecosse, en Russie, en Islande; découvrir et peupler le Groenland et le Vinland, qu'on croit être l'île de Terre-Nçuve de l'Amérique septentrionale (2). 2" Bérénice, femme de Ptolomée Philadelphe , consacra sa chevelure dans un temple de l'île de Chypre , pour remercier les dieux de la protection qu'ils avaient accordée à son époux pendant l'expédition de Syrie : bientôt l'offrande se perdit. Voilà le fait historique, Conon, astronome d'Alexandrie, pour flatter la vanité royale, prétendit que les cheveux avaient été transportés au ciel , et les montra dans les sept étoiles qui se trouvent à la queue du lion. Les autres astronomes et les poètes adoptèrent et consacrèrent cette supposition : la chevelure de Bérénice fut trans^ formée en constellation, et le nom lui en est resté. Voilà la fiction astronomique. Pareille chose arriva de point en point pour les Argonautes et pour Hercules. 3" Homère , qui n'était séparé des Argonautes que par un espace de quatre siècles, parle dans l'Odyssée (3) de leur expédition comme d'un fait-historique , en rappelant les croyances rehgieuses de l'époque. « Le seul navire Argo , protégé par les » immortels. Jadis franchit sans obstacle cet endroit difiicile , en revenant du pays » où régnait Aétés ; mais s'il effleura légèrement d'aussi terribles rochers , c'est » que Junon lui fit éviter l'écueil, car le pilote Jason était cher à cette déesse. » Dans deux passages circonstanciés, Hérodote traite de même l'expédition des Argonautes de fait historique , et ne laisse pas même entrevoir que de son temps on y rattachât encore aucune idée astrondmique (4).

Explication relative à Hercules. — Nul doute que le soleil n'ait été adoré sous le nom d'Hercules gloire de l'air, ou sous un nom analogue, en Espagne, en Gaule, en Italie , et surtout en Libye, en Egypte, en Phénicie. Cicéron compte six Hercules, Varron en compte jusqu'à quarante-trois: d'où il résulte que dans

(I) Euseb., lib. post,, p. 83, éd. Scalig. — (2) Giraldus Cambrensis, Topogr. Hiberniœ, e. 43. Varsus , c. 24. Forster, p. 72. 75. Torfiei Vtniandia anllqua. L'Orosius du roi Alfred. 1773. Koch., t. i da Tableau des Révolutions d'Europe, p. 85, 91, 92.

(3) Hom., Odyssée, l. Xil, v. 70.— (4) Hérodote, l. IV, c. i45. Voyei encore I. VH,-c. i.

quarante -trois endroits des six pays que nous venons de mentionner, Hercules ou le soleil recevait un culte. Mais il n'en a pas moins existé en Grèce un personnage historique , nomme Alcce ou Alcidc , comme son aïeul , lequel s'est fait connaître par des actions purement historiques. Plularque et Hcsychiua (1) nous apprennent que le véritable nom du grand Cyrus était Agradatus , et que quand il devint chef des Perses et qu'il s'illustra par des conquêtes , il reçut le nom de Cyrus (Khor), qui , en langue persane , signifie le soleil. Ce surnom de Cyrus ou Soleil né porte aucune incertitude sur l'existence historique du fondateur de la monarchie persane; pourquoi le surnom d'Hercules ou Soleil en porterait-il sur celle d'Alcide? On le surnomma Hercules ou Soleil , par la raison que presque toutes les maisons royales en Grèce prenaient le soleil pour premier auteur de leur race ; par la raison que les Péruviens donnaient à leurs Incas la qualification de fils du Soleil; par la raison que les tribus de l'Amérique septentrionale appelèrent constamment leurs chefs soleils , tant qu'elles restèrent libres de la domination des Européens (2). Au temps des Ptolémées , les poètes, les astronomes et les mythologues chargèrent THercules héros des douze travaux, ou de la marche apparente de l'Hercules astre et soleil dans les signes du zodiaque, et du culte qu'on lui rendait dans les divers pays du monde où ils le firent voyager : par ce mélange ils en formèrent un personnage hors de toute vérité, comme de toute vraisemblance.

Des preuves nombreuses établissent l'exactitude de cet exposé , montrent que telle a été la marche des faits. Homère , qui a eu incontestablement des données certaines sur la guerre de Troie, en ïi possédé aussi sur Hercules, dont la mort ne précéda que de trente ans la guerre de Troie, dont le fils, Tlépolème, assistait à cette guerre. Or, d'un côté, Homère parle partout d'Hercules comme d'un homme, d'un prince, d'un guerrier, et mentionne ses expéditions en Grèce et en Asie Mineure; d'^un autre côté, il ne rapporte que ces expéditions, et garde un silence absolu sur les douze travaux (3). Des nombreux passages qu'on peut extraire d'Homère, nous ne citerons que le suivant : « Le grand , le fort Tlépolème, reçut » le jour d'Astiochée , unie au grand Hercules : ce héros l'avait enlevée d'Éphyre, » près du fleuve Selléis , où il priva un grand nombre de villes d'une jeunesse » florissante. Tlépolème tua l'oncle maternel de son père , le vieillard Lycimnios. » Aussitôt il construit des navires , rassemble de nombreux guerriers, et s'enfuit » sur les mers pour échapper aux menaces des autres fils et des petit-fils du ma- » gnanime Alcide. » Hérodote garde le même silence sur les douze travaux , et distingue clairement l'Hercules homme , prince , héros , de l'Hercules astre et dieu « Hercules , dit-il , est , à ce que l'on m'a assuré , l'un des douze grands » dieux de l'Egypte. Quant à l'autre Hercules, si connu des Grecs, je n'en ai » rien pu apprendre dans aucun endroit de l'Egypte. Entre autres preuves que je » pourrais apporter que les Égyptiens n'ont point emprunté des Grecs le nom

(1) Plutarc, in Artax., sub Init. Hesych. -- (2) Robertson , Histoire d'Amérique. Charlevoix, Voyages. — (3) Hom., Uiad , I. H, v. 660 et suiv.; I. V, v. 641 ; l. XI, v. 6T0. Odyssée, 1. XXÏ, v. 27, 30,

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» d'Hercules, mais que ce sont les Grecs qui Tont pris des Égyptiens, et princi-

> paiement ceux des Grecs qui ont donné ce nom au fils d'Amphitryon , Je m'ar-

> réterm à celle-ci : le père et la mère de cet Hercules, Amphitryon et Alcmène, • étaient originaires d'Egypte. Les recherches que j'ai faites, ajoute Thistorien , » me prouvent qu'Hercules est un dieu très-ancien chez les Égyptiens. Aussi les

> Giecs , qui ont élevé deux temples à Hercules , me paraissent avoir agi sage- » ment; ils offrent à l'un, qu'ils ont appelé Olympien, des sacrifices comme à » un immortel; ils font à l'autre des offrandes funèbres comme à un héroe (1). » Les poètes qui suivirent immédiatement Hérodote, tels que Sophocle, Euripide, Pindare, ont tous parlé d'Hercule«, et gardent le plus profond silence sur ses dûUM travaux, c'est-à-dire sur la partie astronomique et fabuleuse de son histoire.

Ce D'est qu'à l'époque des successeurs d'Alexandre qu'on voit, pour la première fois, la partie mythique confondue avec la partie historique, parce que c'est à ce temps aussi que les astronomes, les poètes, les mythographes , et entre autres Apollodore, écrivain de l'an 115 avant l'ère chrétienne, rattachèrent à la vie du héros Hercules la marche apparente ou les travaux et le culte de l'astre et soleil Hercoles. Dans leurs récits, l'amalgame, l'interpolation, se reconnaissent du premier coup d'oeil : en effet , les douze travaux se suivent , ne se trouvent nullement mêlés aux expéditions dans l'Asie Mineure , le Péloponèse , la Grèce centrale, la Thessalie, qui forment la véritable histoire de l'Hercules honune et iiéros, et qui ne présentent presque aucune circonstance invraisemblable (2).

Quand les historiens venus après Apollodore eurent à parler d'Hercules, ils suivirent l'ordre adopté par ce mythographe, mais avec des restrictions et des avertissements capables de prévenir les erreurs. Ainsi , quoique Diodore de Sicile, Pûstérieur d'un sièele à Apollodore, consigne les traditions des premiers âges, bien plus qu'il ne les discute ; quoiqu'il avertisse à diverses reprises le lecteur de la nature de son travail, cependant, après avoir raconté de suite les faits relatifs aux divers Hercules , et les avoir entassés sur un seul personnage, il a grand soin âe reproduire la distinction établie par Hérodote. 11 parie d'abord de l'Hercules égyptien, qui poussa ses conquêtes jusqu'au détroit de Gadès, ensuite de l'Hercules crétois , qui fut l'un des Dactyles, et il les. distingue de l'Hercules fils ^Alemène; puis 11 ajoute : « La similitude des noms et des exploits a conduit » la postérité à concentrer sur le dernier Hercules lies actions de ses prédécesseurs, > comme s'il n'y en avait jamais eu qu'un seul (3). »

Quatre siècles après Diodore , Macrobe précisait ce que l'on devait penser d'Hercules, de manière à ce qu'il n*y ait rien à ajouter, rien à retrancher à sa définition. « Hercules rt'est pas une divinité différente du soleil : c'est cette pro- » priété de l'astre du jour qui donne à l'espèce humaine un courage qui l'élève à * la ressemblance des Dieux. Et qite Von ne croie pas que le fils dPAlcmène «

(1) Hérod., 1. il, c. 43 et 34. — (2) Apollod.^ Biblioth., 1. U, du chap. 4 au cliap. 8f (3)J)io(Ior.Sic., i,UI, C.73.

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• ni à Tkè^9n Béotie, soit le seul ou le premier qui se soit app^é Mer- » euies. Il fut, au contraire, le dernier qui ait été jugé digne et honore de ce a nom. C'est son invincible courage qui lui niérita d'être Msimili au dieu qui

• préside aux opérations de la force. La divinité d'Hercules est soigneusement 9 honorée près de Tyr. Les Égyptiens lui rendent un culte des plus solennels et » àes plus mystérieux... Le nom même d'Hercules montre clairement qu'il n'est » autre que le soleil, car HpaxXTt<; n'est-il pas formé de iripa< x>^éo; (gloire de » l'air)? Or, qu'est-ce que la gloire de l'air , si ce n'est la lumière du snleil, en !• l'absence de laquelle l'air est couvert de ténèbres profondes. Les cérémonies > sacrées des Égyptiens représentent , dans leurs divers détails, les différentes » puissances du dieu, et prouvent qu'Hetcules est cet Hélios (soleil) qui est en

• tout et circule partout (l). »

En résumé, l'existence des Argonautes » d'Hercules, de Thésée, et une partie de leurs actions, appartiennent, selon nous, à l'histoire.. Dans le reste, il ne faut voir que l'expression d'observations astronomiques et géographiques, ou de croyances mythologiques apportées aux Grecs par leur commerce avec les diverses nations de l'Orient et de l'Occident. La guerre de Thèbes, la guerre des Épigones, la guerre de Troie, l'expulsion et la rentrée des Héraclides, sont tout historiques. Qu'on lise avec attention ces faits dans Homère ou même dans Âpollodore , et l'on verra qqe le poète et le mythograptie , tout en faisant intervenir les dieux dans les événements humains, selon les croyances des Grecs, n'ont prêté aux hommes que des actions d'une entière vraisemblance, si l'on compare les Grées de ce temps avec les peuples placés dans un état social analogue.au leur*

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