ÉTAT GÉNÉRAL DB LA GRÈCE AU YI* SIÈCLE
M^are, et surtout Corinthe. Corinthe, placée entre les deux mers, qu'elle couvrait de ses vaisseaux, était devenue, dès le vi« siècle, l'entrepôt de TAsie et deTEurope, la ville la plus commerçante et la plus riche de la Grèce : elle était pleine de magasins et de manufactures, d'où sortaient des produits recherchés de toutes les nations. A Toccident de la Grèce, elle avait envoyé des colonies à Syracuse et à Corcyre, en 753; à Apollonie, Anactorium, Leucade et Ambracie, sous les règnes de Cypsélus et de Périandre, enti'e 660 et S63. Elle avait cherché dans le même temps à se saisir du commerce de la Thrace en fondant une autre colonie à Potidée.
Les puissances continentales qui tenaient le premier rang après Sparte étaient : !•* dans le Péloponèse, les Argiens; les Arcadiens, surtout ceux de Mantinée et de Tégée, rivaux dignes des Spartiates, si ce n'est par leur puissance, au moins par leur intrépidité, et dont la valeur va s'illustrer par de nouveaux exploits contre les Perses; 2« dans la Grèce du milieu, les Athéniens, aussi redoutables sur terre que sur mer; les Mégariens, les Béotiens, les Phocidiens, les Locriens enfin, qui marcheront en masse contre l'étranger pour défendre le sol de la patrie; 3° dans la Grèce septentrionale, les Thessaliens, dont la cavalerie était la meilleure de toute la Grèce (1).
Guerre sacrée contre les Crisséens. — Les amphictyonies et les jeux olympiques, néméens, isthmiques offraient seuls un appui, quoique faible et insuffisant, à Tordre public en Grèce. C'est ce qui explique la haute importance qu'attachaient à leur établissement et à leur maintien des hommes tels que Lycurgue et Solon ; c*est ce qui explique la guerre d'extermination que Solon dirigea contre un peuple qui mena^ çait de détruire l'amphictyonie de Delphes. Les habitants de Crissa s'étaient approprié une partie des terres consacrées à Apollon, avaient pillé son temple, et, par leurs brigandages, défendaient aux Grecs l'accès de ce temple. Les amphictyons décrétèrent que Crissa serait détruite, et appelèrent à la guerre contre les Crisséens tous les peuples qui envoyaient des députés au conseil. Divers chefs, parmi lesquels on remarque Solon, parurent dans cette guerre sacrée, qui se prolongea pendant dix années, 600-590, et qui se termina par le sac de Crissa et de Cyrrha, et par la consécration faite à Apollon des terres des Cyrrhéens (2) .
(1) Hérodot., ut suprd, et I. VU, c. 173. Thucyd., 1. 1, c. i3, 23. Strab., 1. VUl, p. 370, et L X, p. 452.
(2) PlaUrc, in Solone.— Pausan., liv. X, e. 37.— Marbres de Paros, époch. XXXVI II.
242 FHÉas Bc L^HfSTomB ANanme.
La Gréc0 européenne sort de la barbarie. — Le ▼!• siècle, ânqud nous sommes parvenus, est Tépoque à laquelle la Grèce d'Europe sortit de la barbarie dans laquelle Favait plongée Tinvasion des barbares Tbessaliens, Doriens, Améens. C'est l'époque, par conséquent, de Tune des plus grandes révolutions qui se soient opérées dans Yespni humain. Nous allons rechercher les causes de cette révolution, et donner quelques indications sur Tétat de l'industrie et des arts dans la Grèce européenne au ti« siècle.
Les Grecs passés dans VAsie Mineure conservent la civilisation et V augmentent. Filles grecques d'Europe qui la conservent. — Un nombre considérable d'anciens habitants de rHaeraonie, de la Béotie, du Péloponèse, échappèrent au joug, aux coutumes , à la funeste influence des conquérants tbessaliens, améens et doriens, en passant dans l'Asie Mineure. Ils y portèrent la civilisation des âges héroïques, y joignirent celle de l'Asie, et du xtt* au vi« siècle, portèrent à la perfection les lettres et les arts, en même temps qu'ils donnèrent leur premiw grand développement aux sciences et à la philosophie. {Foyez le chapitré des colonies.)
Mais inutilement ils se fussent trouvés en état de servir de précepteurs à la Grèce d'Europe et de l'arracher à la barbarie , si tous les peuples de ce continent eussent, comme les Spartiates, protégé leur ignorance d'un rempart impénétrable , et, en s'interdisant tout rapport , tout contact avec les étrangers , eussent refusé de visiter les Grecs asiatiques et de les recevoir chez eux. Une voie de communication était nécessaire pour conduire de la Grèce asiatique dans la Grèce européenne les lumières qui devaient , au vi« siècle, dissiper les ténèbres profondes où la dernière était plongée. Athènes, MSgare, Corinthe, Cléone, Trezène , Argos, servirent d'intermédiaire , parce que du xn« au rv siècle, durant le moyen âge de la Grèce européenne, elles avaient conservé des débris de l'ancienne civilisation , et surtout un peu de navigation et de commerce (1). L'espace étroit du littoral entre le golfe d'Eleusis et le golfe d' Argos où elles étaient réunies et groupées , devint la porte par laquelle la civilisation rentra dans l'Hellade et se répandit de proche en proche.
Voici la liste des hommes de quelque distinction dans les divers genres qui , au VI* siècle et au moment du réveil de la Grèce, apparaissent sur les points déjà
(0 Voir ci-dessus page 2i i .
£TàT eÉNÉRAL DB hk (»IÈCE AU YI« SIÈCLE.
nombreux, mais tous maritimes , où la culture intellectuelle a déjà pénétré, et qui annoncent le siècle de Thémistocle et de Périclès (1)«
Béotib ,
Attique ,
EdbAe.
Égire.
Mégarb.
StCTONC.
Naupagté.
CORIfITHS.
Argos.
Messénie.
De ville»
incoonoes.
Chertias, Pythodore^ Onomaeritef Sutarwnf Dolon , Thespis, Phrynicut , Chafrile^ Mnésiphile , Pisistrate ,
I Hippodiquôj i EmUui.
\ Cation, I TheogniSf I Dœdale^ S Menœchme, ) Soldat, I Spinthar0, [ ileuttlotif, f Sacadot,
iPolixèlôy Damopnon, Lapkaéiy Aniiitate, Callesckrot, Antimachide, Porinusy Metnnon, Bégétiatf Têet<Btu, Angelion,
poëte.
statuaire.
poëte liymnographe. I préludent à la comédie.
I préludent à la tragédie.
orateur.
éditeur des œuvres d'Homère , rassemble la première bibliothèque, poëte et musicien.
I statuaires.
poëte gnomologique.
statuaire.
I statuaires.
architecte, historien.
poëte élégiaque et musicien, historien.
I statuaires.
architectes.
statuaires.
L'État de Sparte produit à cette époque deux des sept sages , Chiîoit et Myson ; deux poètes, Clytagoras et Dyonisodote , auteurs de chansons populaires et de pœans , qui étaient des hymnes en Thonneur des dieux ou des chants guerriers; «âfln quatre statuaires» Théodès, Dootas , Doryclidas , Médon. Mais les sages , excepté Thaïes, étaient alors non des philosophes et des savants, mais des hommes habiles dans la morale et le gouyernement (2). Les nations les moins civilisées ont toutes la poésie des chansons et des chants guerriers. Le moyen âge de TËurope prouve que des essais informes de sculpture sont très^conciliables avec la barbarie. D'ailleurs, conune on le sait pour Myson, plusieurs des hommes que nous venons de nommer appartenaient à l'ancienne population laconienne , et non à Sparte même. Ainsi l'existence de ces hommes dans l'État de Sparte ne contredit en rien ce que nous avons dit sur cette république •• elle resta tout à fait étrangère au mouvement intellectuel qui se répandait alors dans la Grèce. A. P.
(1) Sainte-Groix , table II. — Érneric David , Essai sur le class. chrol. des sculpteurs grecs. — Schœll, Hist. de la Litt. grecque , 1. 1 , lî.— (2) Plutarch. in Solone.
244 PRÉCIS DU l'HISTOIU ANCIBKNB.