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COLONIES GRECQUES EN ASIE

Codrus, et va , avec une foule d*anciens habitants de l'Attique et des pays voisins, s'établir dans TAsie Mineure, il50. Parmi ces émigrants, les Ioniens sont les plus puissants, et imposent leur nom à la nouvelle colonie. Dans la traversée, ils donnent de nouveaux habitants aux Cyclades, peuplées antérieurement par les Gariens et les Cretois. Ils s'emparent des côtes occidentales de l'Asie Mineure, depuis le fleuve Hermus jusques et y compris remplacement de Milet, empiétant au nord sur le territoire des Jloliens, et leur enlevant les villes de Magnésie et de Smyrne : ils occupent de plus les îles de Chio et de Samos. Ils bâtissent douze villes, Phocée, Érythres, Clazomène, Téos, Lébédos, Colophon, Éphèse, Priène, Myunte, Milet, Samos, Chios.

Colonie Dorienne, 1152. — Quelques Doriens d'Argos, d'Épidaure, de Trézène, et beaucoup d'anciens habitants de ces villes, sous la conduite des descendants de Témène et des anciens rois du pays , émigrent en Asie Mineure, 1132-1068. Les colons doriens occupent les côtes méridionales de la Carie, l'île de Rhodes, l'île de Cos. Ils tiennent trois villes principales dans l'île de Rhodes, lalissos, Camiros, Lindos; une dans l'île de Cos ; Cnide et Halicarnasse en Carie ; ils fondent quelquesunes de ces villes et agrandissent les autres.

Chacune des villes appartenant aux trois colonies dorienne , ionienne, aeclienne, est originairement libre, indépendante, régie par une constitution particulière : plus tard elles sont souvent agitées par des factions , asservies par des tyrans. Les diverses villes appartenant à une même colonie se réunissent dans une fédération: les Ioniens en particulier ont le paniomum. Mais ces associations, quoique modelées sur celle des Achéens, moins imparfaite que celles du reste de la Grèce, n'enchaînent pas les villes par un lien assez étroit, pour que quelques-unes d'entre elles ne séparent pas leur cause de la cause commune, dans certaines circonstances. De plus, les trois colonies ne forment pas une fédération générale qui eût été capable d'assurer à jamais leur indépendance.

Histoire intérieure et extérieure de ces colonies jusqu'à la révolte de VIonie contre Darius. —Du xiv au vi* siècle, ces colonies parvinrent à un haut degré de puissance et de civilisation. Les plus remarquables furent Éphèse et Smyrne, Phocée et Milet. Le commerce des Phocéens s'étendit à l'occident: leurs flottes visitèrent les côtes de l'Italie, de la Corse, de la Gaule, de l'Espagne jusqu'au détroit de Gadès; déposèrent des colonies à Aléria en Corse, àÉlée en Italie, mirent plus d'une fois en fuite les flottes combinées des Carthaginois et des Toscans.

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Milet (1) avait quatre ports; elle équipait habituellement quatre-vii^ à cent vaisseaux de guerre. Elle s'empara du commerce du Nord en se rendant maîtresse de la navigation du Pont-Euxin. Suivant quelques auteurs, elle établit jusqu'à trois cents colonies sur les rivages de cette mer : nous n'indiquerons que les principales. Elle fonda: l^sur la Propontide, Cysique, Périnthe, Chalcédoine, Byzance, entre leii^etle vn« siècle; 2» sur les côtes méridionales du Pont-Euxin, en 632, Sinc^ qui donna naissance elle-même à Cotyora, Cérasus, Amisus; 3° sur les côtes septentrionales, Olbia, Tomes, Niconium, Tyras, en 655; Panticapea, Odessus, Théodosia, Panagorée, en 54S; 4«> sut les côtes orieûtaies, Pliasis et Dioscurias, aune époque incertaite.

Arts industriels. Peinture , sculpture. — Les progrès des Grecs asiatiques dans les arts d'utilité et d'agrément, dans la philosophie, les sciences et les lettres, furent prodigieux. On admira leur industrie dans la teinture des laines, l'exploitation des mines, la fonte des métaux.

Les ordres d'architecture dorique et ionique gardent encore aujourd'hui leur nom.

Dans la peinture, ils fournirent les premiers modèles aux écoles de la Grèce. Bularque de Lydie peignit le premier, à plusieurs couleurs, dans le cours du vm« siècle, un grand tableau représentant un combat des Magnètes; Gandaule l'acheta au poids de l'or.

Le génie et les efiPorts des artistes ioniens et aeoliens renouvellent la sculpture, lui font faire des pas immenses, et l'acheminent vers la perfection qu'elle atteindra au siècle de Péridès. Voici leurs noms et l'indication approximative du temps où ils fleurirent (2). Rhaecus de Samos, 776. Théodore de Samos, inventeur dé l'art de faire dés statues en fer fondu, architecte, orfèvre, graveur en pierres fines : il grava l'émeraude que Polycrate, tyran de Samos, jeta à la mer, 720-691. Glaucus de Chio, ouvrier en fer d'une rare habileté, vers 600. Malas, 630; Micciade, 605; Anthermus, 580; BupalusetAnthermusouAthenis,5S5; tous cinq de Chio, présentent la succession de quatre générations de sculpteurs dans une même famille. Baticlès de Magnésie, 556, fit pour le temple d'Amyclès un trône sur lequel était placée une statue d'Apollon,

(1) La puissance maritime de Milet date de la siiiéme olympiade, selon Eusébe, Ghronic, 1. II, p. 116. La première année de la sixième olympiade est 756.

(2) Dans ce chapitre , comme dans les précédents et les suivants , nous citons l'époque où fleurirent les^grands hommes, et non celle de leur naissanoe ou de leur raort<

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pnxiuction d'un siècle antérieur. Ce trône était soutenu par des iigur6S représentant les Saisons et les Grâces, accompagné de différentes statues, et orné de basrreliefs reproduisant Tliistoire des dieux et de^ héros presque entière, depuis les temps les plus reculésjusqu'à la guerre de Troie. Cet étonnant ouvrage était l'une des merveilles de Ymtih quité (1).

Philo$ophie,-^La philosophie grecque fut d'abord toute pratique; elle s'occupait exclusivement de morale et de politique, et travaillait ^ rendre les hommes plus vertueux, plus libres, plus heureux. Ce tut celle des sept sages. Quatre d'entre eux , qui vécurent dans le vr siècle, appartiennent à l'Asie Mineure ; Thaïes de Milet, Pittacus de Mitylène, Bias de Priène en Lydie, Cléobule deLindos, dans l'île de Rhodes. Thaïes rapporta d'Egypte, où il avait voyagé, et ajouta à la philosophie pratique : 1° des idées sur la nature d'un Dieu immatériel et sur la conscience de l'homme ; 2» des systèmes sur la formation et le premier principe du monde matériel ; 3" l'étude des sciences, et des notions da physique, de géométrie, d'astronomie. On lui attribue en géométrie des découvertes ou des connaissances que d'autres donnent à Pythagore : sans atteindre la vérité, il combattit les apparences, en annonçant que le soleil était cent vingt fois plus grand que la lune : le premier des Grecs, il fixa la durée de l'année solaire et prédit les échpses. Matricétas de Méthymne, et Cléostrate de Ténédos, poursuivirent les découvertes astronomiques qu'il avait commencées. Après Thaïes, la philosophie unit constamment les études qui avaient pour but d'expliquer la nature et l'homme, et de régler l'homme; qui embrassaient tout ensemble le monde matériel et le monde intellectuel. Nous avons fixé le nouveau point de départ de la philosophie. Dans les bornes étroites où nous sommes renfermés, nous ne pouvons énumérerles découvertes des successeurs de Thaïes : nous sommes réduits à indiquer leurs noms, et à faire remarquer que ceux-mêmes qui- portèrent leurs talents hors de leur patrie, appartenaient cependant par leur naissance et par leurs études à l'Asie Mineure,, ou aux îles de la mer Egée. Anaximandre et Anaximène de Milet, Pythagore, Arignote et Mélissus de Samos, XénophanedeColophon, Heraclite d'Éphèse, PhérécidedeScyros, QEnipode de Ghio, Parménide d'Élée, qui parurent de 568 à 500 environ, fondèrent, soit en Asie Mineure, soit dans la Grande Grèce, les trois écoles

CO M. Émeric David , Essai sur le dassement chronologiqqe de» seulpteurs grecs. GilNes, Hisl. de la Grèce, t. UI, p. 7.

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connues sous les noms d'Ionienne, de Pythagoricienne et d*Éléatique. Poésie. — La poésie, d'abord exclusivement consacrée aux dieux, avait changé de nature vers le temps de la guerre de Troie , et avait admis dans ses chants, concurremment avec les dieux, l'humanité, mais l'humanité héroïque. De là était née la poésie épique. €e fut d'abord exclusivement dans ce genre, et dans le genre plus ancien des hymnes, que s'exercèrent les poètes de l'Asie Mineure, et ils les portèrent au plus haut degré de perfectionnement dunuit les x.% ix% etvnp siècles. Au viii« siècle, la poésie contmua à célébrer les dieux et les héros dans les hymnes , parce que les dieux ne passent pas ; mais elle abandonna la nature héroïque, qui était loin d'elle, et prit l'humanité telle qu'elle était alors, avec les modifications que lui avait fait subir la civilisation. Ce fut le Grec, toujours passionné pour le grand et le beau, mais transporté sous le climat voluptueux de l'Asie Mineure, jouissant du loisir, nageant dans les richesses que lui livrait le commerce, habitué à tous les raffinements matériels et intellectuels d'une société très-avancée, ce ftit cet homme dont la poésie attaqua les vices et les ridicules , dont tantôt elle reprit et régla les penchants, et tantôt flatta et enflamma les passions. Ainsi, à côté de l'hymne, qui se soutint, naquirent la satire, la poésie gnomique ou sentencieuse, la poésie lyrique, qui se divisa en héroïque d'un côté, erotique et bachique de l'autre.

Durant le premier âge de la poésie grecque en Asie Mineure, Homère deSmyrneoude Ghio fleurit vers 906, et dans V Iliade et Y Odyssée laissa le plus parfait modèle de l'épopée. La plupart des poètes cycliques appartenaient à l'Asie. C'étaient Stasinus de Chypre, etArctinus de Milet, contemporains d'Homère, auteurs de poèmes épiques ou héroïques portant pour titre Cypria et la Ruine de Troie. C'était Leschès deLesbos, qui composa la pch'^c /Wade quelque temps après Homère, et dont on place l'existence, ainsi que celle d'Asius et de Créophyle de Samos, dans le IX® siècle; c'était, auviii% Pisandre de Camire, dans l'ile de Rhodes, qui laissa deux poèmes sur les Travaux d'Hercules et sur les Amours des dieux (1) ; c'étaient, enfin, l'auteur du très-ancien poème des Épigones, qui est peut-être identique avec la Minyade de Prodicus de Phocée ; et l'auteur anonyme d'une Thébaîde que Pausanias préférait à tous les poèmes, ceux d'Homère exceptés. Dans le second âge, Archiloque de Paros, 718, inventa le vers ïambique, la

(OMarb. de Paros, epocb. XXX. Procl., in PhoL, BibK, p. 9Ô2. Clem. Alex., Strom., 1. 1- Paosan., Pboc, c. 3S; Achaic, c. 4i. Gorint., c. 37.

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satyre et le dithyrambe. Arion de Métymne (Lesbos) perfectionna le dithyrambe, composa des hymnes, excella dans les modes de musique connus jusqu'alors, 675. Terpandre d'Antissa (Lesbos) laissa également des hymnes, changea et perfectionna la lyre. Après euxetvei-s 550, Hipponax d'Éphèse s'exerça dans le genre satirique; Ménalippe de Mélos dans le dithyrambique. Alcman de Sardes, 670, Alcée, 609, Sapho, Érinna, 600, tous trois de Lesbos, Anacréon de Téos, 562, excellèrent dans les divers genres lyriques. Callinus d'Éphèse inventa le mode élégiaque dans le vni*ou ievn« siècle, et l'appliqua à des chants guerriers. Mimnerme de Smyme ou de Colophon en 590, et Simonide deCéos (Gyclades), en 530, détournèrent le premier usage qu'on avait fait du mode élégiaque : ils s'en servirent pour exprimer les douleurs, les regrets, la pitié. Ésope de Samos ou de Cotis en Phrygie, 585, reçut l'apologue des Orientaux, et le fit connaître aux Grecs. Dans le même temps, et vers 600, Phocylide de Milet commençait la série des poètes gnomiques ou sentencieux.

Prose, — Les colons grecs de l'Asie Mineure se présentent encore à nous comme les inventeurs de la prose et du genre historique. Hécatée et Gadmus de Milet tentent les premiers essais vers l'an 600. Entre eux et Hérodote, on compte HellanicusdeMitylène, Charon de Lampsaque, Phérécyde de Leros (Sporades), Damaste de Sigée (Troade), Xénomède de Chic, Xanthus de Lydie, Denys de Milet. Ces premiers historiens transcrivirent, sans y rien ajouter et sans y rien retrancher, les documents qu'ils trouvèrent dans les temples, et composèrent des chroniques. Plusieurs d'entre eux décrivirent les contrées, les usages et les lois des nations étrangères à la Grèce, parmi lesquelles ils avaient voyagé : on prétend qu'Hérodote puisa , dans leurs écrits , d'utiles et nombreux renseignements.

Rapports des Grecs asiatiques avec les nations voisines, — Il reste à présenter l'histoire extérieure dé ces colonies jusqu'à la révolte de rionie contre Darius. Les rois de Lydie, à partir du règne de Gygès, s'efforcèrent de soumettre les Grecs de l'Asie Mineure à leur alliance et à un tribut , en leur laissant leurs constitutions intérieures et l'administration de leurs affaires domestiques. Gygès, qui régna de 708 à 670, leur enleva Colophon. Les hostilités continuèrent sous ses successeurs Ardys, Sadyatte, Halyatte, 670-559. Ardys soumit Priène; Halyatte fit douze ans la guerre aux Miléâiens et conquit Smyrne. Enfin Crésus, pendant les douze années de son règne, 559-547 , mit sous sa loi d'abord Éphèse, ensuite toutes les villes grecques. Harpagus, lieutenant de

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Gyrus, les fit passer sous celle des Perses, 542. Avaat la fin de celte gueiTe et la prise de leur ville, les Phocéens, fuyant Tesclavage, abandonnèrent TAsie Mineure, et se réfugièrent eu Corse, 541. De la Corse ils passèrent en Gaule, 55S, et agrandirent MatifUle, déjà fondée par eux, dès Tan 600. Marseille à son tour envoya des cdonies sur divers points, depuis le Var jusqu'à TÈbre, Tous les autres Grecs de llonie, de riËolie et de la Carie, qui n'avaient pas imité le généreux exemple des Phocéens, demeurèrent soumis à Cyrus, à Gambyse et à Daiius, jusqu'à la révolte des Ioniens contre ce dernier prince, en {i04. A. P.

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