‹ Précis de l'histoire ancienneChapitre 5 sur 103 · A L HISTOIRE DE LA GRÈCE · texte numérisé non relu

A L HISTOIRE DE LA GRÈCE

lâ marine et le commerce ; la différence des vaisseaux au temps de la guerre de Troie et au commencement de la guerre Médique est de 1,104 à 331; et à la dernière époque , tous les navires , si Ton excepte ceux de deux villes, n'excèdent pas en grandeur les plus petits de la flotte envoyée sous les murs de Troie (1). L'agriculture et les arts industriels , chargés àe mépris , sont abandonnés aux esclaves , et on ne leur demande plus que le strict nécessaire. Quant aux beaux-arts, on peut juger de Tétat dans lequel ik tombent sous Tempire d'hommes qui ne savent ni lire, ni écrire, ni compter, et qui se font gloire de leur ignorance. Dans l'espace de six siècles , la Grèce d'Europe ne peut citer que deux hommes dont le talent ait rendu le nom populaire : ce sont Hésiode et Tyrtée. Le premier, fixé en Boétie , mais originaire de l'Asie Mineure , ne peut être réclamé par la Grèce d'Europe. Le second appartient , ainsi que quelques autres moins connus , à des villes peu nombreuses , qui , par des circonstances particulières, avaient échappé à la funeste influence de la conquête.

Passons à l'état des personnes et des terres , au gouvernement, dans la nouvelle organisation sociale et politique établie par les envahisseurs, Dès le principe , ils forcent les anciens habitants à leur céder une partie des terres et à se reconnaître sujets. La ville dans laquelle , ou plutôt aux environs de laquelle ils se fixent, est déclarée seule cité; seuls ils sont citoyens, seuls ils prennent part au gouvernement et à la souveraineté ; ils ôtent aux indigènes toute espèce de droits politiques. Quand ils se sont affermis et accrus , ils n'en restent pas là. Us chassent du pays une notable partie de l'ancienne population , et la contraignent à aller chercher une nouvelle patrie dans l'Asie Mineure ; ils laissent à une autre partie des terres et des droits civils ; ils privent une troisième de ces avantages , et la réduisent à la servitude de la glèbe. Le nom des indigènes demeurés libres et propriétaires en Thessalie n'est pas connu. Us s'appelèrent Paraliens et Monta-gnards dans l'Attique , Campagnards dans l'Argolide, Messéniens dans la Messénie, Laçons et Achéens dans la Laconie. Les serfs de la glèbe, très-différents des esclaves, se nommèrent Pénestesen Thessalie, Hilotes en Laconie, Serfs en Messénie et en Argolide. Il y eut servitude de la glèbe dans toute la Thessalie, dans tout le Péloponèse, excepté dans l'Arcadie et dans l'Achaïe. En Béotie et en Attique , au contraire , on n'en distingue aucune trace. Dans ces deux pays , l'ancienne population se sauva sur les montagnes voisines; : ces montagnards, longtemps tyrannisés par les Pédiens ou habitants de la plaine , hommes de basses terres, ne perdirent cependant jamais leur liberté, au moins en masse; et cette différence dans la condition sociale des anciens habitants de la Thessalie et du Péloponèse d'un côté , de la Grèce centrale de l'autre, en amena plus tard une non moins marquée dans la nature des gouvernements (2).

(1) Voyex le Tableau comparatif de la marlae grecqoe aux deux époques, chap, XIV, S* parti* do Précis dans toutes les éditions depuis la troisième. {t) Voyez chap. XIV, 8« parUe du Précli,

U iNTmoDucnoN

Après avdr dépouillé de l'autorité et chassé du pays les anciens souverains , les rois supérieurs de chacun des groupes de conquérants fixèrent leur résidence dans nneyilledela province; le plus grand nomhredes guerriers s'étaUit autour de cette capitale ; des chefs, ou rots inférieurs , furent envoyés , avec de petits corps de troupes ,, dans les autres villes et districts.

D'accord entre eux pour ravir aux indigènes leurs propriétés, pour s'arroger le monopole du commandement et de la souveraineté, les conquérants se déchir^ent quand il s'agit de partager les dépouilles. Du douzième au neuvième siècle, on ne peut découvrir, en Grèce, un seul gouvernement régulier. Les rois supérieurs, les grands , le peuple se saisirent tour à tour de l'autorité au milieu des guerres civiles, et l'exercèrent tyranniquement. La royauté, vaincue sans retour, après des . alternatives de revers et de succès , durant lesquelles elle parvint un moment à exercer le despotisme, la royauté fut détruite partout et devait l'être; car son existence était inconciliable avec la pauvreté, la petitesse, l'esprit de liberté des sociétés où elle se trouvait établie.

Le peuple et les grands restèrent en présence. Les grands, nommés jusqu'alors les p^ieux ou Aneiens, les Premiers, les Meilleure , avalent acquis une incontestable supériorité sur le peuple, en valeur, en discipline, en expérience des armes , parce qu'ils s'étaient tous engagés dans toutes les guerres , tandis que les hommes du peuple s'étaient soustraits , autant que possible , aux obligations de la milice: de plus, les grands, seuls détenteurs du peu d'argent en circulation, avaient acheté des chevaux , animaux fort rares dans la plupart des pays de la Grèce, et du haut desquels ils épouvantaient la multitude. Us échangèrent alors leurs premiers noms contre celui de Chevalière , et usèrent de leurs avantages pour dépouiller des terres et du pouvoir le peuple conquérant, pour l'assimiler à l'ancienne population. Leur tyrannie aristocratique et oligarchique pesa sur Athènes et sur Thèbes depuis le xn% et sur le reste de la Grèce depuis le ix* jusqu'au VI* siècle (1). Gomme au temps de la conquête, une partie de la population s'exila d'une terre où elle ne trouvait qu'esclavage et misère , et passa dans Fltalie méridionale.

Ces deux émigrations allèrent travailler à un grand développement social en Asie Mineure, sur tous les bords du Pont-Euxin, sur les côtes de l'Italie, de la Gaule, de l'Espagne. Pour ceux qui voient l'humanité, au lieu d'une nation , ce résultat paraîtra une compensation suflBsante aux maux que subit la Grèce durant le moyen âge de six siècles, dans lequel la plonge* l'invasion des barbares.

11 reste à montrer comment elle en sortit , comment la civilisation et la liberté, qui avaient fait cette halte déplorable, reprirent leur marche. L'empire des grands ou chevaliers ayant pris de la consistance, l'anarchie, qui avait désolé jusqu'alors

(1) Voyez les passades d'ArIstote et des antres anciens historiens k l'appni de cet «xposé, pages tfl- SMde la troisième édition , et dons tontes ies éditions, chap. XlV, 3*^ partie.

A l'histoire de la GRÈCE. 15

les états grecs , cessa. liCs législations de Phidon et de Phildaus, deux des plus andennes qa'on connaisse depuis la conquête , furent rédigées. Leurs lois, bien qu'exclusives^ bien que faites tout au profit de Faristocratie, signalent cependant le commencement d'un régime légal, d*un gouyernement régulier. Les guerres que se firent toujours entre eux les petits états grecs devinrent recueil de la puissance des grands. Pour se défendre contre les attaques d'un voisin ambitieux , ils furent contraints d'appeler aux armes le peuple des conquérants et les indigènes. Ceux-ci devinrent insensiblement braves et disciplinés : en ac^érant les qualités guerrières, ils enlevèrent à la cavalerie ou chevalerie son importance exclusive, et se trouvèrent en mesure de l'attaquer.

A la suite d'insurrections locales et successives, les grands furent dépouillés momentanément de toute autorité : mais elle ne passa pas de leurs mains dans celles de la multitude ; elle s'arrêta entre celles des chefs que le peuple avait choisis pour le venger. Le règne de la liberté fut ajourné : du milieu du vu* siècle à la fin du vi«, toute la Grèce fut couverte de tyrans^ ou mieux d'usurpateurs , qui s'approprièrent la souveraineté. La protection qu'ils accordèrent au peuple , le soin qu'ils mirent à développer dans leurs villes respectives les germes de la prospérité publique , ne purent protéger une autorité contre laquelle conspirait le vice de l'usurpation , ajouté à toutes les causes qui avaient autrefois perdu la royauté.

A la fin du vi' siècle, ils furent renversés à Athènes et dans quelques autres 'états par le peuple, qui , comme nous l'avons remarqué plus haut, n'ayant pas subi l'esclavage de la glèbe , joignait à la force numérique l'énergie et la passion de l'indépendance. Dans les autres états où la servitude de la glèbe avait été Introduite, où la classe libre du peuple était moins nombreuse, la révolution fut faite par les aristocrates aidés des Lacédémoniens. D'où il résulta qu'à Athènes, dans presque toutes les cités de la Grèce centrale et dans quelques-unes du Péloponèse , on passa sans transition de l'usurpation à la démocratie ; tandis que dans la plupart de celles du Péloponèse et de la Thessalie on en revint à l'aristocratie et à l'oligarchie. Durant les deux siècles suivants, et jusqu'à l'époque de la domination macédonienne , les communautés grecques furent travaillées par un conflit intérieur et perpétuel, que la guerre Médique, que la rivalité d'Athènes, de Sparte, de Thèbes, de la Macédoine, et leur lutte pour le commandement de la Grèce, dérobent à l'attention, en se plaçant sur le premier plan du tableau. Dans les états où la démocratie avait établi son règne, elle fut sans cesse en butte aux attaques toujours malheureuses des principaux citoyens. Dans les républiques aristocratiques , les grands se soutinrent quelque temps. Mais le peuple et les anciennes populations des campagnes voisines , auxquels ils furent obligés de recourir sans cesse pour soutenir la guerre , auxquels ils furent con-* traints de donner place dans les rangs des soldats et des citoyens, gagnèrent peu à peu du terrain. En même temps, la puissance lacédémonienne, le principal appui de l'aristocratie dans toute la Grèce, fléchit sous les coups des

Thébains. Les états aristocratiques inciinèrent alors sensiblement vers la démocratie.

Le grand observateur des gouvernemeats de l'antiquité, Aristote, avait deviné et révélé le secret de ceux de la Grèce : mais on n'a pas su jusqu'ici le lire ou le comprendre. « Après l'-extinction des monarchies , dit-il , la première » république chez les Grecs fut organisée et composée de>s citoyens qui.por- » talent les armes; et d'abord des chevaliers, parce que la force et la supério- » rite des armées consistaient alors en cavalerie ; car les autres troupes ne » servent à rien sans discipline , et il n'y avait ni discipline , ni expérience » dans l'infanterie, en sorte que la seule cavalerie faisait alors toute la force de » l'état. Mais les états s'étant accrus , et ayant acquis de la considération par les ■ autres armes , le gouvernement fut communiqué à un plus grand nombre de » personnes. Dans les anciens temps, les cités étaient petites, et les grands avaient » tout le pouvoir ; mais leur despotisme engagea le peuple à se ressaisir de l'auto- » rite. C'est la seule forme de gouvernement qui ait prévalu depuis que les villes » sont agrandies (1). »

Après avoir suivi le cours des révolutions politiques et les progrès de la liberté, qui n'a plus à redouter que ses propres excès, nous allons rechercher ce que devinrent les autres principes de la civilisation , à partir du moment de la conquête , qui les dispersa tous. Ceux des anciens habitants que les envahisseurs forcèrent à émigrer en Asie Mineure emportèrent avec eux la civilisation des temps héroïques , et la développèrent sous l'influence du plus beau ciel dy monde , et par leurs rapports avec les Phrygiens , qui , dès la plus haute antiquité, avaient inventé ou pratiqué la musique, la poésie et tous les arts industriels. Dès la fin du x* siècle, Homère chanta ses poèmes immortels, tandis que les Phocéens et les Milésiens commençaient à couvrir de leurs vaisseaux et de leurs colonies le Pont-Euxin et la Méditerranée , depuis le Bosphore Cimmérien jusqu'au détroit de Gadès (2). Dans le cours des trois siècles suivants , la carrière ouverte par Homère fut parcourue en tous sens par cette foule d'hommes prodigieux dans tous les arts , dans toutes les sciences, que produisit la Grèce asiatique (3). Quelques villes de la Grèce d'Europe, renfermées dans l'étroite lisière de l'Attique, de l'Isthme et de l'Argolide, soumises à des maîtres moins barbares, ou arrachées aux coutumes doriennes par la stérilité de leur sol et le voisinage de la mer, conservèrent un peu de marine et de commerce , entretinrent des relations avec la Grèce asiatique, devinrent le canal par lequel les lumières de ce dernier pays purent passer dans la mère patrie.

(1) Arislol., de Republicâ, I. IV, c. 8,13.

(S) La poblicatian de l'Iliade date de Tan 9M. Dans le même temps, les Viléslens commencent à éqiifper des Aoltes, qui, na siècle et demi pins tard, durant la sixième olympiade, en l'an 786, leur donnent Tempire de la mer ; Mare obtinent Milesii. (Marbres de Paros, ép. XXX. Ensèbe, t'hrcn'c. , K II , p. 116.) .- (S) Voyez le cbap. XVII de (ogies les éditions depuis la troisième.

A l'histoire de la GRÈCE. il

Bien que les législations de Lycurgue , de Phidon et de Philolaûs bornassent à quelques sentiments et à quelques idées le développement moral et intellectuel de rhomme ; bien qu'elles condamnassent Tancienne population , c'est-À-dire la plus grande partie des membres de leurs sociétés politiques , à la dégradation de la sujétion ou même de la servitude de la glèbe , toutefois elles préparaient puissam* ment le retour à un meilleur ordre de choses, en substituant l'empire de la légalité à celui de la violence : la constitution de Lycurgue, en particulier, prévenait les dissensions civiles par une admirable répaitition des pouvoirs entre ceux qu'elle constituait citoyens.

Les usurpateurs servirent la cause de la civilisation , comme le prouve Fadministr^tion des Pisistratides , en cultivant les diverses branches de l'industrie , en augmentant dans fes divers états la somme de ce bien-être matériel, de ce superflu, sans lesquels les grands travaux de l'intelligence sont impossibles.

A l'époque du renversement des usurpateurs, 4ans beaucoup de villes, la masse des habitants entra en pleine possession de la liberté et du pouvoir législatif. Dans les autres cités, ce but fut montré; et, au milieu des elToiis que fit une classe nombreuse pour l'atteindre, elle prit des sentiments, acquit insensiblement des droits, qui devinrent pour elle la cause immédiate d'un notable perfectionnement.

Enfin la guerre Médique devint une^occasion pour plusieurs étals, principalement pour Athènes, de recréer ou d'augmenter prodigieusement leur marine. Elle multiplia les rapports des Grecs avec les colons asiatiques , les Lydiens et les Phrygiens. Elle les frappa de l'une de ces violentes commotions qui éveillent chez un peuple tous les sentiments et tontes les passions , mettent en mouvemeiit dans les âmes ébranlées toutes les facultés à la fois : l'héroïsme et le génie jaillirent à la fois de cette féconde secousse.

Tout fut prêt alors pour les siècles de Thémistocle , de Périclès et d'Alexandre' durant lesquels la nature humaine parvint, dans tous les genres, à son plein développement , au plus haut point de grandeur et de perfection, qu'il lui soit donné d'atteindre.

Pour assurer la durée de la gloire et du bonheur dont la plupart des petits états grecs jouissaient individuellement^ pour mettre à jamais leur indépendance à l'abri des attaques de l'étranger, il leur fallait remplacer le rapprochement incomplet, passager, qu'avait produit entre eux l'attaque de Darius et de Xerxès, par une confédération juste et permanente. Ils n'avaient pas besoin d'en aller chercher le modèle chez l'étranger : car quelle grande conception leur a échappé en politique, comme en morale et en littérature ? Ils n'avaient qu'à généraliser, qu'à appliquer à la Grèce entière la ligue achéenne et lycienne. Les Athéniens et les Lacédémoniens se souvenaient trop des services qu'ils avaient rendus dans la guerre Médique, nourrissaient des prétentions trop ambitieuses, pour se résigner à n'être que les membres et non pas les chefs de la confédération hellénique. Toutes les fois qu'ils parvinrent à se saisir du commandement, ils dominèrent et tyrannisèrent ceux qu'ils nommaient encore les alliés par une sanglante dérision. Philippe

18 IHTRODDCncm

et Alexandre, qu'on a Jugés Jusqu'ici plus sur les invectives de Téloquence que sur les témoignages de Thistoire (1), employèrent leur puissance et l'ascendant de la victoire à réaliser l'association demandée par l'intérêt général de la Grèce. Ils laissèrent aux républiques grecques ce que les Athéniens et les Spartiates leur avaient ravi tour à tour, leur gouvernement intérieur, leurs lois, leurs magistrats, leur territoire, leurs ressources pécuniaires, la faculté de régler les contingents de troupes que chacune d'elles devait fournir contre l'ennemi du dehors. Ils ne leur ôtérent que la liberté illimitée d'employer leur force militaire k se déchirer perdes guerres civiles pareilles à la guerre du Péloponèse, à la guerre Corinthienne, à la guerre Thébaine, qui avaient couvert la Grèce de sang et de ruines, et l'avaient asservie k l'étranger : en efTpt, depuis le traité d'Antalcidas, elle était devenue une v^table satrapie persane. Les armes dont les Grecs se frappaient entre euiL, Philippe et Alexandre les tournèrent contre les Perses, qui, depuis cent cinquante ans, n'avaient cessé d'attaquer la Grèce, tantôt avec des millions de soldats, tantôt avec l'or et les intrigues. Le renversement de la monarchie persane affranchit la Grèce d'une dépendance honteuse , et la remplaça même par la domination sur les pays qui avaient en dernier lieu affecté la suzeraineté à son égard ; l'indépendance hellénique fut mise à l'abri du côté de l'Orient. Mais, dans le même temps, s'élevait à l'Occident et crissait chaque jour en puissance cette Rome, qui n'était alors encore qu'à son point de départ pour la domination du monde des Anciens , mais qui n'avait qu'un bras de mer à traverser pour y préluder par la conquête de la Grèce. Au dedans, la seule imperfection du système établi par Philippe et par Alexandre consistait dans le privilège du commandement réservé aux Macédoniens, à l'exclusion des autres membres de la fédération hellénique.

A la mort d'Alexandre , les trois questions d'existence, de dignité et de bonheur pour la Grèce étaient donc les suivantes: I* La Grèce laisserait-elle les Romains s'agrandir à tel point qu'il lui faudrait subir leur loi , quand il leur prendrait fantaisie de la dicter? 2^ La Grèce substituerait-elle à une combinaison dans laquelle le commandement appartenait par privilège à un seul peuple, un véritable système fédératif , dans lequel les magistrats suprêmes de la Grèce seraient indistinctement choisis parmi les députés de tous les petits états grecs , obéissant régulière- Hient aux décisions prises par ces mêmes députés.^ â* Si l'on ne pouvait atteindre ce perfeetionnement, conserverait-on la suprématie macédonienne, renfermée dans des limites qui laissaient aux états leurs libertés et leurs constitutions intérieures, naisinvestie d'une autorité, suffisante pour prévenir les guerres civiles entre lesdifférwts peuples, pour les réunir contre r étranger, et garantir l'indépendanoe nationale ?

Alexandre n'avait pas conquis impunément la moitié de l'Asie et une portion de l'Afrique, et sa mort soulevait une foule d'autres problèmes qui oonecmaient les Asiatiques et les Africains.

(i)f9y«;« letoHêmitttM prMi»tMji«i da ohap. Xxxn daut tonitt \m éditl«M à partir te It

troisième.

À l'histoire ht LA GEÊCE. 19

J*ai renfermé Thistoire. proprement dite de Verapire d'Alexandre et l'histoire de la Grèce dans quatre chapitres. Ces quatre chapitres sont le résultat d'un long travail fait sur les auteurs originaux, principalement surPolybe. Par la forme, ils sont appropriés à l'enseignement historique dans les collèges royaux ; par le fond , ils sont destinés à rétablir, à recréer presque entièrement deux périodes historiques.

La première de ces deux périodes comprend l'histoire générale des successeurs d'Alexandre pendant quarante-deux ans, 323-281, depuis la mort du conquérant jusqu'à la mort de Séleucus Nicator. La seconde embrasse l'histoire de la Grèce durant cent soixante-dix-sept ans, 323-146, depuis la mort d'Alexandre jusqu'à la réduction de la Grèce en province romaine.

A la première lecture des historiens anciens , on s'aperçoit que les annalistes modernes ont cousu l'Un à l'autre quelques détails, quelques anecdotes, dépendant de ces deux périodes, pour être à même de dire qu'ils ne les ont pas entièrement passées sous silence. Mais on voit en même temps qu'ils ont omis la moitié des faits importants et tous les résultats, parce' qu'on ne peut obtenir ces résultats que de l'ensemble des faits.

Plutarque a subordonné les peuples et les grands événements à quelques hommes, et Plutarque a eu raison , car il composait une biographie. Mais en traçant l'histoire des temps qui suivirent la mort d'Alexandre , il fallait placer les grands évépements , les peuples avec leurs intérêts et leurs passions , sur. le premier plan , les hoounes marquants sur le second, et montrer seulement comment ces hommes avaient influé sur les événements et sur le sort des peuples. C'est ce qu'on n'a jamais fait jusqu'à présent, parce qu'on a copié servilement Plutarque, et Plutarque tout seul.

S'il était nécessaire de voir le sujet dans son ensemble et sous son véritable jour, il n'était pas moins important de le voir et de le montrer d'une manière claire ; les deux périodes dont il s'agit se trouvant singulièrement chargées d'incidents et d'acteurs , et le spectateur éprouvant à chaque instant le besoin qu'on mette de l'ordre dans cette scène mouvante.

J'ai essayé de rétablir la vérité historique pleine et entière, de recevoir moimême et de transmettre de^ impressions nettes. Je vais donner une idjée générale d9 la manière dont j'ai envisagé mon sujet, d'abord dans l'histoire des successeurs d'Alexandre jusqu'à la mort de Séleucus, ensuite dans l'histoire de la Grèce.

A la mort d'Alexandre , sa famille est appelée à hériter de son empire en Macédoine et en Asie , et du commandement qu'il a exercé dans la Grèce. Tous ses généraux veulent dépouiller sa famille. Parmi eux , les uns , ce sont les tuteurs successifs , puis Antigone , songent à se iftiisir de tout l'empire ; d'autres , au nombre de cinq , projettent de créer des royaumes j d'autres enfin , moins ambitieux encore-, et au nombre de vingt-neuf, prétendent seulement se rendre indépendants dans leurs satrapies ou gouvernements.

Le peuple et l'armée en Macédoine, l'armée macédonienne en Asie, domfîn^s f« des idéeti de légitifmilé, et par leur profonde admiration pour Alexandre, ea-

20 IMTRÔÛl OtIO.N

tendent que les généraux respectent les droits de sa famille, et lui garantissent h couronne. Les peuples thraces , asiatiques , égyptiens , ne peuvent avoir la même afTection pour le sang d'Alexandre , leur conquérant généreux , mais non leur prince légitime : s'il ne leur est pas donné de recouvrer leur indépendance, peu leur importe d'être les sujets de Lysimaque, de Séleucus, de Ptolémée, ou du fils et du frère d'Alexandre. Enfin les peuples grecs veulent secouer la domination macédonienne, reconquérir leur liberté, et, s'ils échouent dans leur tentative, conset'ver au moins leurs gouvernements particuliers , respectés par Philippe et par Alexandre , après la destruction de Thèbes comme après Chéronée.

Or, ces passions dominent et gouvernent les événements. Malgré les ambitions furieuses dont. elle est entourée, la famille d'Alexandre, tant qu'elle se respecte elle-même, forte de l'amour des soldats, dispose encore, après six ans, du fond de la Macédoine, des troupes et des trésors d'Alexandre, qui se trouvent à quatre cents lieues de là, dans la Haute -Asie. Mais les peuples thraces, égyptiens et asiatiques, qui ne demandent qu'à être régis avec douceur et modération, fournissent à Lysimaque, à Ptolémée et à Séleucus, les forces nécessaires pour combattre les héritiers légitimes. D'un autre côté, Olympias, ayant donné le sanglant exemple d'assassiner deux des membres de la famille royale, met aux mains de Cassahdre et de Polysperchon le fer avec lequel ils en exterminent les restes. Toutefois, couverts qu'ils sont du sang d'Alexandre, ils ne peuvent, d'après les dispositions des Macédoniens, acquérir ou conseiTcr le trône : Polysperclion meurt dans l'opprobre et dans l'obscurité ; les fils de Cassandre portent la peine du crime de leur père; les Macédoniens approuvent la mort de l'un et l'exil de l'autre (1).

Après treize ans d'incertitude, la mort du dernier rejeton mâle d.' Alexandre ouvre, d'une manière définitive, sa succession à ses capitt^nes. L'oligarchie militaire de trente gouverneurs subsistera-t-elle? Sera-t-elle remplacée par la formation d'un certain nombre de royaumes? ou bien un seul des généraux héritera-t-il de tout l'empire, après la ruine de ses rivaux? L'inégalité des partages dans la première distribution des gouvernements , l'inégalité des talents et de la réputation, détruisent l'oligarchie militaire et y substituent cinq royaumes. Là les hommes et les circonstances semblent décider seuls. Mais les peuples interviennent dans la question du maintien de l'unité ou du partage de l'empire en royaumes. Les Grecs soutiennent Antigone et son fils Démétrius, qui prétendent engloutir l'emptre entier, parce qu'ils leur ont rendu leurs gouvernements que Cassandre leur a arrachés. Les Thraces , les Asiatiques , les Égyptiens , an contraire , redoutant le despotisme et les exactions d* Antigone, charmés de la modération de Lysimaque de Séleucus et de Ptolémée, jaloux d'ailleurs de se reconstituer en corps de na- Uon, déploient dans la lutte contre Antigone une constance, une opiniâtreté qui

(t) Foyez dans la MCODd« édition do Précis, V partie, paf. 1-14, 104, 105,— Dans les antres éditions k chap. XXXlV et les notes à la suite du chap. XXXVII. Après treize ans, le dernier rejeton mâle d'Alexandre ayant été toé , Il fat décidé que sa postérité ne régnerait pas ; mais aeice ans après sa mort, ralliance arec ses s«nrs donnait eneore beaucoup d'autorité à ceux qui se Tétaient ménasée.

Page 1