COLONIES GRECQUES EN EUROPE ET EN AFRIQUE. S
la philosophie, la médecine, la jurisprudence, les mathématiques, la physique, Tastronomie, la géographie. Parmi les savants dont Marseille s'honore, on-compte Pythéas, Euthymène, Ératosthènes, dès le temps d'Alexandre le Grand. Dans les siècles suivants, ils trouvèrent des suct cesseurs dignes d'eux, et Marseille devint Tune des écoles les plus célèbres de 1 univers. Le territoire des Marseillais, abondant en vignes et en oliviers, ne produisait pas de blé. Ils tournèrent leur génie du côté de la navigation et du commerce. Leur conmierce se faisait en partie par mer, et en partie par terre dans l'intérieur des Gaules; il était fondé sur l'économie et en rapport avec le gouvernement et les mœurs. Dans la vue de retendre, les Marseillais chargèrent Euthymène de faire des découvertes dans les régions du Sud, et Pythéas de visiter les côtes de l'Océan, depuis les colonnes d'Hercules jusque vers le pôle arctique : il reconnut le premier l'île deThulé, ou la Scandinavie. La nécessité d'établir des comptoirs dans les pays avec lesquels ils entretenaient des relations commerciales, les conduisit encore à établir des colonies, soit dans l'intérieur des Gaules, soit sur les côtes, depuis le Var, en Gaule , jusqu'à l'Èbre, en Espagne. On leur attribue la fondation deNemausus, Avenio, Cabellio (Nîmes, Avignon, Cavaillon) : on ne leur a jamais contesté celle d'Agatha, Olbia, Antipolis, Nicaea, Emporiae (Agde, HyèresouÉoube, Antibes, Nice, Ampurias). Sur la oôtB où ils élevèrent Emportée, les habitants de l'île de Zante avaient antérieurement fondé Sagonte. Les Marseillais propagèrent la religion, la langue, la civilisation grecques partout où ils pénétrèrent, et devinrent les bienfaiteurs des Gaulois avec lesquels leur négoce les mit en rapport: ils leur apprirent à cultiver les terres, à tailler la vigne, à planter les oliviers, à ceindre les villes de murailles, à remplacer l'empire de la violence et des armes par celui des lois.
i/rigwc.-^Les Grecs n'envoyèrent que deux colonies en Afrique, l'une en Egypte, l'autre en Libye. Dans le cours du nv siècle, des aventuriers de Carie et d'Ionie aidèrent Psamraitichus à détruire ses rivaux, et s'établirent alors en Egypte, 656. Leur nombre s'accrut peu à peu, et s'éleva à trente mille sous Amasis, qui leur céda Naucratis.— La colonie de Cyrène, fondée sur le rivage de Libye pendant les temps héroïques, reçut, l'an 631, de nouveaux habitants de la mère patrie. De 631 à 514, elle fut gouvernée par des rois, fonda Barce, résista aux efforts réunis des Libyens et des souverains d'Egypte conjurés contre elle, reconnut un moment, en 520, l'autorité des satrapes de Darius, mais recouvra son indépendance en 5U, et abolit en même temps la
2SI pRtos DB t'in^TontB ÀKconmB.
royauté. A partir de cette époque, elle fut souvent agitée par leâ dissensions citriles. Elle eut des querelles avec Garthage, au sujet des limites respectives des deux États. Après la mort d'Alexandre» elle'fit partie du royaume d*Égypte et passa sous la loi des La^es.
$ IIL --- Divertet papuUaioM éiaàliêê en Sica0é
La Sicile eut pour premiers habitants les Lestrigons et les Cyclopes, qui, en Sicile comme en Grèce, apportèrent la connaissance des arts les plus utiles à la vie, et élevèrent des monuments. Dans ces temps reculés, la Sicile était appelée Trinacrie. Ce nom fut changé en celui de Sicanie et de Sicile par les étrangers qui, au xiv* siècle, vinrent s'établir dans l'île. La tribu ibérienne ou espagnole des Sicaniens y passa la première et l'occupa tout entière ; leur roi Cocalus résidait à Camicus, près de l'endroit où l'on bâtit ensuite Agrigente : il eut des rapports avec Minos II et les Cretois qui se fixèrent à l'endroit appelé Minoa. De l'Italie, les Illy riens Sicules passèrent dans l'île, enlevèrent, après de longues guerres, les terres les plus fertiles aux Sicaniens, et les reléguèrent au sud et à l'occident, depuis le promontoire Pachynum jusqu'à celui de Lilybée. Les Sicules furent dépouillés eux-mêmes et refoulés au centre de la Sicile par les Phéniciens de Tyr, les Troyens, les Grecs et les Carthaginois, qui du xni' au vi» siècle, envahirent les côtes. Au nord-ouest, les Phéniciens fondèrent Motyaet Panorme; les Troyens, Ségeste ou Égeste et Drépane. Les Grecs occupèrent les côtes orientales et méridionales. Les Carthaginois, dès l'an 509, s'emparèrent, au nordouest de Drépane, de Panorme, bâtie originairement par les Phéniciens et par les Troyens ; ils fondèrent eux-mêmes Lilybèe.
S IV. — Émigration des Grecs en Sicile.
Il faut distinguer les colonies des Grecs en colonies d'origine ionienne et colonies d'origine dorienne, parce que les Ioniens inclinaient davantage vers le gouvernement démocratique, et que chez les Doriens l'aristocratie était préférée.
Entre les villes fondées par les Ioniens, on comptait Naxos, 738, qui, à son tour, donna naissance à Léontium ; Catane, Tauroménium, 750, fondées par les habitants de Chalcis en Eubée; Zancle, fondée d^ns les temps les plus anciens par ceux de Cumes* et qui envoya ellemême des colonies à Himéra et à Myles, en 659. Après la seconde guerre de Mea^^énie, des Messéniens envahirent Zancle ot lui donnèrent
COLONIE» «ifiCQcfis im cvxors fiT tn âFAIQUE. fStt
le fiOïâ de ilesssne ,« en sorte que cette vifle, d'ionienne qu'elle était originairement, devint dorienne.
Les villes d'origine dori^ne furent Héraclée-Minoa, fondée par des Cretois; Messane, que nous venons de nommer, etTyndaris, fondées par lesMesséniens; Syracuse, fondée par les Corinthiens Tan 735, et qui bâtit à son tour Acra, 063, Casmène, 648, Camarine, 600; Hybla, Mégare et Tapsus, fondées par les Mégariens en 735, et dont la première fonda Sélinonte en 635; Gela, fondée par les Rhodiens, 690, et qui donna naissance à Agrigente, 582; Lipara, dans la petite île de ce nom, peuplée, en des temps inconnus, par les habitants de Gnide.
Histoire de ces colonies jusqu'au règne de Gélon, — Tout ce que Ton sait de l'histoire des colonies ioniennes de Sicile, c'est qu'elles eurent originairement un gouvernement républicain, remplacé plus tard par l'autorité de tyrans domestiques, puis des tyrans de Syracuse. Parmi les colonies doriennes, on ne possède des. renseignements un peu étendus que sur Syracuse et sur Agrigente. — A Syracuse, le gouvernement e^ d'abord aristocratique : l'autorité réside exclusivement entre les mains des propriétaires, de 735 à 485. Dans cet espace de temps elle fonde les trois colonies rappelées plus haut. En 485, les esclaves et la faction démocratique dépouillent et chassent les propriétaires. Ils sont rétablis par Gélon, roi de Gela, qui s'empare en même temps de Syracuse, 484. Gélon défend l'indépendance de Syracuse contre les Carthaginois, alliés de Xerxès, 480; assure ensuite sa tranquillité, fonde sa grandeur, et reçoit le titre de père de la patrie. --Agrigente, la plus puissante colonie grecque en Sicile après Syracuse,- est d'abord régie comme elle par l'aristocratie, de 582 à 566. Phalaris la tyrannise en'566, et transmet son pouvoir, mais non ses affreux exemples, à Alcmanès, Alcmander et Théron, 534-488. Théron s'unit à Gélon pour vaincre les Carthaginois, 480; l'imite dans sa modération et ses grandes vues.
§ V. -- Émigration dans VlUdie méridionale^
Les principales colonies grecques de l'Italie étaient situées sur la côte sud-est de l'Italie, qui s'étend depuis la Meesapie jusqu'au détroit de Messine : cependant quelques autres, et même les plus anciennes, furent établies sur la côte sud-ouest, depuis le détroit de Mossine jusqu'à la Campanie. Nous diviserons ces colonies, d'après les peuples auxquels elles durent leur fondation, en colonies d'origine ionienne et seolienne, colonies d'origine dorienne, colonies d'origine achéenne.
356 PRÉCIS DE l'HISTOOLE ANCnSNICS.
Colonies d*origine ionienne et iEOLiENNE.— Cumen d'Italie fut fondée dans le pays des Opiques (Gampanie), à deux reprises différentes, yers les années 1130 et 1105, par des Ghalcidiens de TEubée et des Cuméens de TÉolide, qui probablement lui donnèrent leur nom. Dans les trois siècles suivants, mais à une époque incertaine, Cumes d'Italie donna naissance elle-même à Naples. Locres Épizéphyrienne dut ses accroissements progressifs à diverses tribus grecques, mais reçut, après la guerre de Troie, et vers l'année 730, deux colonies principales de Locriens. Elle reconnaissait Ajax ou son fds pour son premier auteur.
Colonies d*origin£ dorienne. — Les Partbéniens de Lacédémone, sous la conduite de Phalantus , fondèrent ou plutôt agrandirent Tarenie en 707. Tarente à son tour envoya des colonies à Héraclée et à Brindes. Rhégium fut fondée en 668, après la seconde guerre de Messénie, par des Messéniens doriens et des Eubéens.
Colonies d'origine àchéenne. — Les Achéens fondèrent Sybaris en 720, et Crotone en 710. Ces villes devinrent assez puissantes pour envoyer elles-mêmes des colonies à Lm(^, Mélaponte^ Possidonie (1). Cinquante-six ans après la destruction de Sybaris, en 446, et non loin de l'emplacement de cette ville célèbre, fut fondée Thurii , qui lui succéda, mais qui n'eut jamais sa puissance.
Histoire de ces colonies jusqu'aux règnes des deux Denis. — A partir de l'an 660, ces colonies parvinrent à un degré de force et de splendeur qui leur permit d'effacer non-seulement la mère patrie, mais aussi les colonies de l'Asie Mineure, alors bien plus florissantes, et qui leur valut des contemporains le nom de Grande Grèce. Les principes de cette grandeur furent : i^ la parfaite intelligence qui régna d'abord entre elles, bien qu'elles fussent d'origines différentes; 2° la sagesse de leur gouvernement, qui leur permit à la fois d'échapper aux troubles intérieurs, et par cette réunion même de résister aux Italiens de la Lucanie, de la Daunie et de l'Étrurie, qui conjuraient leur perte. Dans les cités d'origine dorienne, le gouvernement était aux mains d'une aristocratie modérée ; dans celles qui avaient reçu le gouvernement avec les colonies des Achéens, le gouvernement participait à la fois de la démocratie restreinte dans de sages Mmites, et de la représentation. Les dernières causes de la prospérité des cités de la Grande Grèce furent ,
(i) C'est Topinion généralement adoptée pour Possidonie : cependant M. R. Rochelle appuie sur de fortes raisons l'opinion que Possidonie doit son origine à des Doriens de Trézéne. ( Hist. des Col. grecq., t. Ill , p- 345.)
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3» la fertilité de leur sol; 4*» Tactivité de leur commerce avec les Italiens^ les Grecs, les Carthaginois. Les résultats de cette sage organisation intérieure et de cette industrie furent prodigieux. Il fut un temps (600-^0) où le territoire de Sybaris comprenait quatre districts; où elle commandait à trente-cinq villes subordonnées, et pouvait lever cent mille hommes; où Crotone, sa rivale, pouvait lui opposer des forces ^ales.
Mais, dans les diverses colonies de la Grande-Grèce, tout changea lorsque le commerce eut rendu le peuple riche, et que la richesse eut amené Tinsolence, qui ne souffre plus le frein d'aucune loi , d'aucun magistrat. Le gouvernement dégénéra en une démocratie effrénée, et les mœurs furent atteintes d'une corruption profonde, vainement combattue par les pythagoriciens, par Zaleucus, par Gharondas, et parles Achéens de la Grèce, qui intervinrent dans les affaires de leurs colonies. En dépit de leurs efforts, la révolution fut consommée. L'abus de la liberté conduisit, comme de coutume, au despotisme. Chaque cité eut son tyran : Sybaris, dans un certain Telys; Cumes, dans Aristodème ; Rhegium, dans Anaxilaûs et ses fils; Crotone, dans Clinias. La guerre arma les cités de la grande Grèce les unes contre les autres. Crotone détruisit Sybaris, en 509, à la suite d'un combat dans lequel les Crotoniates furent vainqueurs sous la conduite de l'athlète Milon, disciple de Pythagore. Les Crotoniates furent écrasés à leur tour, en 494, près de Sagra, par les Locriens et lesRhégiens (1). La mollesse de Sybaris et de Tarente, qui était passée en proverbe, gagna successivement les autres villes de la Grande-Grèce. Incapables de défendre elles-mêmes leur indépendance, elles confièrent le soin de combattre pour elles à desétrangers qui les asservirent,^ jusqu'à ce qu'elles subissent momentanément la domination des deux Denys et d'Agathocle, et à tout jamais le joug des Romains.
Ainsi périrent les cités de la Grande-Grèce. Mais s'il ne resta rien de leur puissance, de leur indépendance, de leur liberté, biens qu'il faut savoir défendre autant par la modération que par la valeur, il resta do magnifiques produits de leurs efforts intellectuels. La philosophie et les sciences exactes profitèrent des croyances, des principes de la morale , des découvertes de la secte pythagoricienne et du mathématicien Aristée de Crotone; la politique , des dispositions législatives d'Androdamasde
(0 Diod. Sic, 1. m, e. 10. — Strtb«, I. vi, p«s«s.
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<^m PRÉCIS DB L'KSTOnS JL^aSBOfE.
Rhégium, 'qui régla Y état des CbaleidieDS de Tbrace; et des combinaisons de ZaleuGUS» dont Platon préférait la conslitation à celles de toutes les républiques (1). -— Dn a* au v siècle, les colonies de la Grande- Gefèce, de laSkile, de la Crète, de VAiriqae, produisireat des hommes non moins r^BSu^quable» dans la littérature et éaas ks arts. Dans les ans, Dipœnus et ScsMm de €iète, qui c^stinHèretit Técoie é^ scdptan fondée par le second Daedale ; Aristoclès de Cydonie ( Crète ) , qui"«ïé«ita un groupe représentant Hercules aux prises a^ec une Amazone ; Périle d'Agrigente, qui fit faire des progrès à l'art de ht fonte. Et dans la littérature, Thalétasd'Élyrum; en Crète, le plus anctien des poètes lyriques, que Lycurgue appela à Sparte pour calmer les fureurs des citoyens et les préparer à recevoir ses lois; Hybrias, également de Crète, auteur de scolies; Stéskbore d'Himera en Sicile, auquel la poésiie et la musique sontégalement redevables; Eugamon de Cyrène en Afrique, qui, dans la poésie épique, ne se iBontra pas indigne soccessear d'Homère.