‹ Précis de l'histoire ancienneChapitre 53 sur 103 · TROUBLES DE L*IONIE SOCS DARIUS · texte numérisé non relu

TROUBLES DE L*IONIE SOCS DARIUS

il ordonna de saisir les commandants de la flotte des Perses qui, depuis l'expédition deNaxos, s'était retirée dans le port de Myunte; il fit lapider par les habitants de Mytilène Coés, qui persévérait dans la fidélité qu'il avait vouée à Darius; il déposa tous les tyrans des villes, les remplaça par des stratèges, magistrats chéris du peuple, se démit luimême du gouvernement de Milet, et rétabht partout la liberté. Aristagoras, en excitant ce soulèvement général dans l'Ionie, accomplissait les ordres secrets qu'Histiée lui avait fait parvenir de Suse, et que celui-ci brûlait de pouvoir soutenir lui-même de son activité et de son courage ; mais il eut tort de ne pas tenir compte des sages conseils de Thistorien Hécatée qui, n'ayant pu le détourner de la guerre, insista pour que les Grecs se rendissent maîtres de la mer, qu'ils enlevassent du temple des Branchides les immenses richesses que les rois et les peuples y avaient accumulées en l'honneur d'Apollon Didyméen, qu'ils les ravissent à l'avidité des Perses, et qu'ils s'en servissent pour accroître leur marine et leurs moyens de défense contre les forces supérieures du grand roi (1).

Aristagoras, avec les seules ressources que pouvaient lui fournir les Cyclades et les cités maritimes de Flonie, ne se sentait point en état de conjurer l'orage qui allait fondre sur sa patrie. Il tourna ses regards vers la Grèce, la mère commune de tant de cités de l'Asie, et se rendit à Sparte, qui était alors la plus puissante et la plus renommée des villes helléniques. Mais Cléomènes, qui partageait avec Démarate la royauté à Lacédémone, se montra indifférent au danger des Milésiens et repoussa avec indignation les présents et les pompeuses promesses de leur ambassadeur. Aristagoras reçut un accueil plus favorable des Athéniens, qui, ayant à tirer vengeance de la faveur que les Perses accordaient à Hippias , s'engagèrent à fournir vingt galères aux Ioniens et entraînèrent ksÉrétriensdans la mêmealliance. Les Athéniens, réunis aux Ioniens et à ceux d'Érétrie, s'emparèrent de Sardes, qui était sans défense, et la livrèrent aux flammes, 505. Darius, à cette nouvelle, prit son arc , y mit une flèche, et, l'ayant lancée vers le ciel, il s'écria : 0 Jupiter, puissé-je me venger des Athéniens ! Il ordonna à un de ses officiers de lui rappeler chaque jour l'outrage qu'il avait reçu de ce peuple (2). Les Athéniens , qui venaient si imprudemment de s'attirer l'inimitié de Darius , abandonnèrent l'Asie après la prise de Sardes, et ne voulurent plus con*

(1) Hérodote, Hist., liv. V, ebap. 3S-38. ; (2) Ibid., lir. V, cbap. 105.

feu PKÊCIS BI i'iHSTOIRB AKOEKlfS.

fînuer à combattre arec les Ioniens, qui furent obligés de soutenir seuls tous les efforts de la guerre. Ces derniers , redoublant d'activité et de rigueur, s'emparent de Byzance et de toutes les villes de lUellespont, soulèvent la Carie et reçoivent les secours de File de Cypre, révoltée contre Darius. Mais les Phéniciens aident ce prince de leur marine, contribuent à la soumission de Cypre, et poursuivent les Milésiens sur les côtes de Tlonie, 50i. Daurisès et Otanes, gendres de Darius, font rentrer dans le devoir les villes de THellespont , se portent en Carie , livrent bataille aux habitants et leur tuent dix mille hommes sur les bords du Marsyas. Les Milésiens éprouvent, peu de temps après, une déroute plus sanglante encore, et la réparent faiblement en surprenant dans une embuscade les généraux perses qui les ont vaincus. Aristagoras, l'auteur des troubles de l'Ionie, abandonne lâchement la contrée sur laquelle il vient d'attirer tant de désastres, et se transporte en Thrace, où il périt au siège d'une ville qui reçut plus tard le nom d'Amphipolis , 498.

Histiée, libre enfin des entraves que lui a longtemps imposées la faveur de Darius, se reqd en lonie et veut prendre le commandement général des troupe* de la confédération ; mais les Milésiens s'y opposent et repoussent ses prétentions par les awnes. Dans le moment le plus déoisif de la guerre, la discorde divise les Grecs et paralyse leurs forces, tandis que les Perses se fortifient des secours de la Phénicie, de Cypre, de la Cilicie et de l'Egypte. Cependant les Ioniens et leurs alliés, ayant réuni trois cent cinquante-trois galères à trois rangs de rames , prennent la résolution de livrer une grande bataille et attaquent, près de l*tle de Lada, la flotte des Perses, forte de six cents voiles. Abandonnés au tort de la mêlée par les soixante galères desSamiens, ils sont vaincus, dispersés et perdent une grande partie de leur flotte. Les Perses s'emparent ensuite de Mikt, et transportent ses habitants à l'embouchure du Tigre, à Ampé, sur la mer Erythrée. Histiée, qui, pendant le désas^ des Ifelésiens, faisait des cûm^uêtes vers THellespont, est défait à son tour 4 Malèn^, dans VAtarnée, par Harpage, Mt prisonnier et mis à mort par Vçi^re d'Artaphernes. Toutes les îles se soumettent, depuis la Thraee et THellespûnt jusqu'à l'extrémité de la Carfe. Les Phéniciens aipalent leur zèle envers Darhis, ôu leur jalousie cp^le envers les Ioniens, en poptant le fer et la flamme dans un grand nombre de leurs villes, 49ê.

49.6- Darius, vainqueur des cités rebelles, donne à Mardonius, son gendre , le commandement de forces considérables Q,e teçre et de ©ei; et le soin de le venger de l'insulte d'Athènes et d'Érô\rio, Li^ général peise,

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TROUBLES DE L'iORIE 800S DARIUS. Î65

en traversamt riooûe , déposa paortout les tyrans des villes et établit la dèmocraiite* Albènes et Éréirie ne sont pas le seal objet des préparatife de Darius. La flotte soumert les Thasiens ; mais elle estassaifîie, près du mont Atîïos, par «ne tempête qui coûte aux Perses vingt mille bommes ettrois cents galères. L'année déterre franchit lUellespont, s'étend dans laTliraee déjà conquise, et subjugue une partie de la Macédoine. Une tribu de Tl»aGes, les Bryges, surprend Mardonius dans cette contrée et lui tue beaocoKp de monde sans pouvoir échapper à la servitude ; mais il ne reste aict Perses que de faibles débris avec lesquels ils n'osait plus entreprendre la conquête de la Grèce.

494. Darius, plus irrité que découragé par le revers de Mardonius, eavoie en Grèce des hérauts pour demander la soumission de toutes les ▼illes, Athènes et Sparte, bravant le courroux du grand roi, mettent à mort ses ambasBadeurs, et rendent la guerre inévitable par cette violatic» du droi* des gens. Datis de Médie et Artaphemes succèdent à finexpérience de Mardooius, et conduisent contre les Grecs une armée plus redoutédjle que la première. Ils s'embœ^quent à Samos, dévastent Tlle de Naxos, réduisent ses habitants en esclavage, épargnent Délos, parce qu'elle a vu naître Apollon et Diane, enlèvent comme otages les enfants d'une foule d'îles , et abordcot à Caryste en Eukée. Érétrie, menacée plus que toutes les villes do l'Eubée , est secourue par quatre mille Athéniens établis à Chaîcis. La discorde règne dans ses murs, et Tes Perses ont des partisans dans les citoyens les plus distingués, qui leur livrent la ville. La ruine d'Érétrie et l'esclavage de ses habitants, envoyés en Perse chargés de chaînes, annoncent aux Athéniens quelle réparation demande Darius pour l'iaceâdie de Sardes et le memDre de ses ambassadeurs. Mais Athènes avait accru sa puissance depuis l'expulsion des Pisistratides et te rétablissement de la liberté. Hippias, qui combat dans les rangs des Perses, et qui guide leurs pas dans les plaines de fAttique , ne leur laisse d'^espoir que dans la victoire. Trois grands hommes, Miltiade, Aristide et Théraistocle, relèvent les courages abattus, inspirent aux Athéniens leur enthousiasme pour la gloire et la liberté, et font Daître l'espoir de vaincre, en faisant adopter la résolution de combattre. Chacune des dix tiihus fournit mille soldais. Les Pkitéen& en envoienit un pareil nomJ^e. Sparte, retenue par un usage superstitieiix, arme quelques, jours trop tard ses inviaciMes guerriers, qui n'arrivent sur te champ de bataille que pour être témoins des trophées de leurs rivaux, l'armée des Perses, forte de cent mille hommes d'infanterie et' de dix millej^hommes^de cavalerie,; et cellcTdes Grecs, qui n'en comptait que

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ODze mille, en vieiment aux mains près du bourg de Marathon. Les sages dispositions de Miltiade suppléent au défaut du nombre : les Perses sont mis en déroute» s'embarquent en désordre, font contre Athènes une tentative inutile avec leur flotte» et sont réduits à aller se réfugier en Asie, 490. Miltiade est mis à la tête de la flotte pour poursuivre les ré* sultats de la victoire. Il échoue devant llle de Paros. Ses ennemis l'accusent de trahison ; le peuple trop crédule soupçonne ]*ancien tyran de la Chersonèse de Thrace de vouloir substituer le pouvoir d'un seul au pQuvoir de tous, et condamne le vainqueur de Marathon & mourir dans les fers.

La bataille dé Mîftathon étonna Darius , mais ne pouvait pas le détourner de porter les armes dans la Grèce : il n'avait eu jusqu'alors qu'une injure à venger; il a de plus à réparer sa honte. Il fit pendant trois ans d'immenses préparatifs pour une troisième expédition , qui fut suspendue par une révolte de l'Egypte : ce prince mourut quelque temps après, 485, sans avoir puni les Égyptiens et sans s'être vengé d'Athènes. Il avait régné trente-six ans. G.

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