‹ Précis de l'histoire ancienneChapitre 57 sur 103 · ÉTAT DE LA ^BÈCE APRÈS LA GUERRE MÉDIQUE · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA ^BÈCE APRÈS LA GUERRE MÉDIQUE

était çlét^iiite; l'Aréopage était avili, la justice était livrée aux derniers citoyens, et les délibérations publiques à la multitude toujours aveugle et passionnée. Ce changement était l'ouvrage de Périclès : jaloux de jouer le premier rôle dans sa patrie , il avait recherché la faveur du parti populaire pour combattre Gimon, chef de l'aristocratie; pour gagner la faveur du peuple, il lui avait prodigué les fêtes et les spectacles, et avait employé à ses plaisirs les contributions que les alliés payaient pour l'entretien de la marine. Le peuple, séduit par ses largesses, entraîné par son éloquence, plein d'admiration pour son désintéressement et son courage, obéit à toutes les impulsions qu'il en reçoit, lui sacrifie Cimon , puis Thucydide, qui cherche à remplacer ce dernier, et le rend maître presque absolu de la république. Périclès essaye en vain de faire reconnaître, par les alliés, la suprématie d'Athènes sur Lacédémone ; pour se venger de leur refus, il affermit la domination des Athéniens dans la Ghersonèse de Thrace, ravage les villes maritimes du Péloponèse, débarque ses troupes sur plusieurs points, défait près de Némée les Sicyoniens, désole l'Acarnanie, et rentre à Athènes chargé de gloire et de butin. Il promène ensuite sa flotte sur toutes les mers voisines , pénètre jusqu'au royaume de Pont, et fait respecter la puissance d'Athènes dans ces contrées éloignées.

J^es Athéniens, enorgueillis de t^nt de succès, méditent la conquête de Garthage, de l'Egypte et de la Sicile; mais Périclès modère leur ambition, xetient leurs forces dans la Grèce, et ne s'occupe qu'à contenir et abaisser Lacédémone, et qu'à réprimer la révolte des villes tributaires. Il rétabUt les Phocidieas dans l'intendance du temple de Delphes, dont ils venaient d'être dépouillés par Lacédémone, désarme les Mégariens, chasse le roi Plistonax de l'Attique, fait une invasion dans l'île d'Eubée, soumet toutes les villes, et remplace par des colons athéniens les plus riches habitants de Ghalcis et d'Histi'ée. La paix est ensuite conclue pour trente ans entre Sparte et Athènes, 4t46. Périclès la met à profit, en faisant déclarer par le peuple laguerreà Samos, qui repousse la tyrannie et les exactions des Athéniens. Les Samiens se défendent avec une marine redoutable; ils livrent deux batailles navales, dans Tune desquelles ils remportent la victoire; mais, repoussés par des forces supéxieures que commande Périclès, ils se renferment dans leur ville ,

liqae du gouvernement, et avait fait rendre un décret par lequel les fonctions les plus élevées, les places mômes d'archontes, étaient accessibles aux dernières classes du peuple- Plut., fie d*Ari$tidey chap. 37.

276 PRÉCIS DE l'bistoirb ancienne.

soutiennent pendant neuf mois un siège opiniâtre, et ne cèdent cpi'à l'usage, alors nouveau, des machines de guerre, UO. Le vainqueur fait raser leurs murailles, détruit leur marine, les condamne à des tributs onéreux, et emmène les principaux citoyens comme otages à Athènes. Cette victoire importante et le traitement que subissent les vaincus augmentent les craintes et la jalousie de Sparte, et auraient troublé l'harmonie qui existait entre les deu3^ républiques, quand même la guerre de Corcyre, qui éclata peu de temps après, n'aurait pas rendu leur rupture inévitable.

432. Périclès, dans la prévoyance de cette rupture, détermine les Athéniens à prendre parti .pour Corcyre contre Corinthe, malgré le droit public de la Grèce, qui défendait à une cité étrangère de se mêler des contestations survenues entre une métropole et ses colonies. Corcyre possédait une marine puissante; mais, trop feible pour résister aux forces de Corinthe, elle implora le secours des Athéniens. Deux fois les Corinthiens et les Corcyréens en viennent aux mains avec un succès égal. Les Corinthiens, non contents de soulever contre Athènes toutes les cités du Péloponèse, font révolter Potidée, et chassent de cette ville les magistrats athéniens qui la gouvernaient. Les deux républiques se livrent, sous les murs de Potidée, un combat sanglant dans lequel les Corinthiens sont mis en fuite. Cependant Potidée ferme se^ portes aux vainqueurs, qui sont obligés d'en former le siège, et qui ne s'en rendent maîtres que dans la troisième année de la guerre de Péloponèse.

Les députés de la Grèce s'assemblent à Sparte. Les Corinthiens, irrités de leur dernier revers, accusent avec violence l'ambition d'Athènes. Les Lacédémoniens, au mépris des sages avis d'Archidamus, leur roi , obtiennent qu'il sera demandé aux Athéniens réparation de leurs infractions aux traités, et du despotisme qu'ils exercent dan& la Grèce. Ils exigent que les Athéniens chassent de leur ville les descendants de Cylon, dont Périclès fait partie; qu'ils lèvent le siège de Potidée; qu'ils rendent la liberté aux Éginètes, et qu'ils révoquent un décret qui excluait les Mégariens des marchés d'Athènes. Périclès, qui est l'objet indirect des attaques des Lacédémoniens, se sert de l'ascendant qu'il exerce sur le peuple pour le déterminer à opposer un refus inflexible à leurs prétentions. Les deux partis se préparent alors à la guerre dans laquelle les précipite une ambition également injuste et aveugle do part et d'autre. C.

GtER&E DU P£L01>0NÈSE. 277

Page 1