CHAPITRE XXII
UiBtoire de la Grèce , depuis le commencement de la guerre du Pèloponôse jusqu'à la paix de Nicîas , 431 -421 (l).
Les peuples grecs ont vaincu et humilié la Perse jusqu'au traité de Gimon, parce que ce grand homme est parvenu à comprimer les haines dont ils sont animés les uns contre les antres ; parce que ces haines n*ont amené que des hostilités momentanées et partielles; parce qu'enfin ils ont reconnu d'ahord dans les Lacédémoniens, ensuite dans les Athéniens, des chefs qui ont réuni leurs forces. Us vont se déchirer maintenant par une guerre civile et générale de vingt-sept ans. Pendant cet espace de temps, non-seulement les rois de Perse n'ont plus rien à craindre, mais ils jouent même le rôle de maîtres et de hauts protecteurs à l'égard des Athéniens et des Spartiates , chefs des deux ligues rivales, jusqu'à ce que l'un des deux peuples ait abattu l'autre, et rétabli une suprématie, un centre d'union dans la Grèce.
Les causes éloignées et prochaines de la guerre du Péloponèse peuvent se réduire à quatre principales : l<» Tiniraitié toujours subsistante entre les races dorique et ionique; 2* la jalousie de Sparte ; 3° la tyrannie d'Athènes envers les alliés, et le juste mécontentement de^ ces derniers; 4<> les dangers de Périclès, qui, harcelé par ses ennemis, jette ses compatriotes dans une guerre où ils auront besoin de ses talents. La seule énumération des peuples qui s'assemblèrent à Sparte pour se com- . muniquer leurs griefs, et qui se confédérèrent ensuite contre Athènes, prouve que l'insolence et l'ambition de cette république, exaltées par Périclès, lui avaient enlevé , même avant le commencement des hostilités , l'alliance de plus de la moitié des peuples qui s'étaient soumis à son commandement depuis la trahison de Pausanias.
Dans le cours des dix premières années de la guerre du Péloponèse, on n'a montré jusqu'à présent qu'une suite de ravages, de combats, de sièges, conseillés des deux côtés par une aveugle fureur. On peut y voir autre chose ; on peut y reconnaître des plans suivis, des combinaisons profondes. Les Péloponésiens commencent les
(0 Thucydide, I.I, II, m, IV, V, jusqu'au chap. 20. Diodore de Sicile, lir. XII. Plutarch., in Pericle et in NiciA. On a raeonté vingt fois la guerre du Péloponèse : on ne l'a pas eoQsidérée une seule fois sous ion véritable point de vue. Dans les cliapUres sui- T«ni8 nous avons essayé de jeter quelque lumière sur les faits qui se rattachent à cette période.
hostilités par des dévastations ; Athènes, aidée de sa flotte, les leur rend : la guerre peut continuer de la sorte pendant de longues années sans amener des résultats décisifs. Pour en obtenir, les Péloponésiens équipent une flotte : ils veulent préserver leurs côtes attaquées ; ils veulent frapper au cœur la puissance de la ligne rivale, en s'emparant d*Athènes. Ils échouent dans le dernier projet^ mais ils réussissent dans le premier. Les Athéniens trouvant les côtes du Péloponèse désormais gardées, vont s'établir, à poste fixe, à Pylos et à Cythère, à l'occident et au midi des possessions des Lacédémoniens ; ils s'emparent de leur flotte par adresse; ils appellent la Messénie à la révolte, et se préparent à ramener dans leurs foyers les Messéniens bannis : il n'est pas un seul moment où Sparte n'ait à craindre pour son territoire et pour sa domination dans le Péloponèse. Les Spartiates, de leur côté, prennent Platée pour ne laisser dans la Béotie aucune ville étrangère à leur alliance ; pour presser Athènes et l'Attique entre les armées des Béotiens au nord, et celles des Péloponésiens au sud. De plus, ils essayent d'arracher à Athènes ses principales ressources en lui enlevant les côtes et les îles de l'Asie Mineure et de la Thrace, dont elle tire des vaisseaux, des tributs, des bois de construction , des cordages ; dont elle a fait l'arsenal de sa puissance maritime ; où elle ne trouve plus un seul ennemi depuis la prise de Potidée. En suivant cette idée, les Spartiates poussent Lesbos à la révolte, s'emparent d'Acanthe, de Stagyre, d' Amphipolis , livrent de nombreux combats pour acquérir ou pour conserver ces conquêtes.
451. Alliés et forces des Athéniens et des Spartiates. — La guerre du Péloponèse commence. Les Lacédémoniens ont pour alliés les habitants d'Ambracie, deLeucade, d'Anactorium ; les ^Ëtoliens , les Phocidiens, les Locriens; les Béotiens, excepté ceux de Platée, les Mégariens; tous les peuples du Péloponèse , excepté les Achéens et les Argiens. Dans le principe, ils manquent d'argent, et n'ont de flottes que quarante ga- . lères corinthiennes; mais ils peuvent réunir soixante mille soldats. Du côté des Athéniens se rangent quelques princes de la Thessalie, les Acarnaniens, ceux de Naupacte dans la Locride, ceux de Platée dans la Béotie, Gorcyre, Zacinthe, Céphalénie, lesCyclades, excepté Mélos et Théra, toutes les côtes de l'Asie et de l'Hellespont, toutes les villes de la Thrace, excepté Potidée. Outre ces secours , les Athéniens composent leur armée de terre de seize mille hommes , et leur armée navale de trois cents galères : ils confient la garde de leurs murs et des forteresses de l'Attique à seize mille autres citoyens, trop jeunes ou trop vieux pour être enrôlés. Ils comptent dans leur épargne six mille talents (35 millions).
Depuis le moment où la guerre éclate jusqu*à la fin de Texpédîtion de Sicile, les Spartiates ont des armées de terre plus nombreuses; mais