GUERRE DU PÉLOPONÈSE
ils manquent habituellement de marine et d'argent, malgré quelques tentatives faites par eux pour s'en procurer. Les Athéniens possèdent ces deux ressources pleines et entières. D'où il résulte que les deux États rivaux et leurs alliés respectifs remportent tour à tour des avantages, essuient des pertes, qui rendent l'issue de la guerre tout à fait incertaine. •
Ravages et cruautés exercés par les deux peuples. Peste à Athènes. —Les Thébains envahissent la ville de Platée et en sont chassés : cet acte d'hostilité est le signal de la guerre. Archidamus, roi de Sparte, ravage FAttique à la tête de soixante mille hommes. Périclès contraint ses compatriotes à demeurer enfermés dans Athènes. Le manque de vivres et d'une paye réglée, la nécessité de retourner aux travaux de la campagne et aux soins domestiques, chassent bientôt Archidamus et ses alliés de l'Attique. Dès qu'ils se sont retirés , Périclès envoie contre les Locriens une escadre qui obtient quelques avantages. Il monte luimôme la grande flotte : après avoir porté la désolation sur les côtes du Péloponèse, il prend à son retour l'île d'Égine. Les Athéniens vont en corps de nation ravager le territoire de Mégare , tandis que les Acarnaniens repoussent la flotte et les attaques de Gorinthe. Dans l'hiver qui suit cette première campagne, Périclès prononce l'éloge funèbre des guerriers morts pour la patrie.
430. Les Lacédémoniens font une seconde invasion dans l'Attique, et Archidamus commence le siège de Platée. Les Lacédémoniens jettent dans des précipices les marchands d'Athènes qui tombent entre leurs mains : les Athéniens mettent à mort les ambassadeurs que les républiques péloponésiennes envoient à Artaxerxès Longue Main pour implorer ses secours. Aux maux' de la guerre se joignent, pour les Athéniens; ceux de la contagion. Dans l'espace de deux ans, malgré les soins généreux d'Hippocrate et de ses disciples, la peste, partie d'Ethiopie, leur enlève cinq mille hommes en état de porter les armes. Conseillés par le désespoir, ils ôtent l'autorité à Périclès et le condamnent à l'amende : bientôt ils le replacent à la tête des afîaires; mais il succombe aux atteintes de la peste , dans les premiers mois de Tannée 429, après avoir exercé trente ans le pouvoir absolu à Athènes.
Succès balancés , 429, 428, 427. — Dans le cours de ces trois années, les succès furent balancés. Les Athéniens, après trois ans de siège, prirent Potidée, en Thrace : les habitants, pressés par la famine, s'étaient nourris de chair humaine avant de se rendre, 429. Lesbos, en 428, abandonna le parti d'Athènes; mais Mitylène, capitale de l'île.
vainement secourue par les Spartiates , tomba au pouvoir de ses anciens maîtres, 427. Les Athéniens la démantelèrent, prirent ses vaisseaux et les villes qu'elle possédait sur la côte d'Asie , mi;"ent à mort mille de ses citoyens, confisquèrent son territoire et se le partagèrent. Ils parvinreul aussi à maintenir dans leur alliance Corcyre, agitée par les plus furieuses dissensions. D'un autre côté, les Lacédémoniens équipèrent une flotte, qu'ils joignirent aux galères corinthiennes, et firent une tentative sur le Pirée, 429. Après deux ans d'un siège dans lequel ils employèrent le bélier et la circonvallation, ils contraignirent les cent cinquante Platéens, défenseurs de leurs murs, à capituler, 427, les égorgèrent de sang-froid et détruisirent Platée.
Revers multipliés et détresse des Spartiates ^ de 426 à 424. — Démosthènes, général Athénien, tente vainement de soumettre r^Etolie, l'Ambracie, la Leucadie. Il transporte le théâtre de la guçrre dans le Péloponèse, en s'emparant, dans la Messénie, de Pylos, qu'il fortifie. Les Lacédémoniens attaquent aussitôt la place par mer et par terre : mais vaincus dans un combat, malgré la valeur et les exploits de Brasidas, ils laissent dans l'île de Sphactérie quatre cent-vingt Spartiates, dont plusieurs appartiennent aux premières familles de leur république. Pour les délivrer, Sparte conclut une trêve, et livre toutes ses galères. A l'expiration de la trêve, Athènes refuse de les lui rendre, et envoie Cléon porter des secours à Démosthènes. Les deux généraux, aidés par lesMesséniensdeNaupacte, contraignent les Spartiates enfermés dans Sphactérie à se rendre prisonniers, 426, et conduisent dans Pylos les Messéniens réfugiés à Naupacte. L'année suivante, 425, les Athéniens, sous la conduite de Nicias, s'emparent de l'île de Gythère, d'où ils infestent la Laconie. Dans les premiers mois de l'année 424, leurs gé-, néraux, Démosthènes et Hippocrate, enlèvent encore aux Mégariens Nisée, principal port de ce peuple, et défont les Corinthiens sur leui* propre territoire. Les soldats de leur flotte se saisissent de Thyrée, ville où Sparte a donné un refuge aux Éginètes, et passent au fil de l'épée tous les nouveaux habitants. Les Lacédémoniens sont sans cesse touimentés par les incursions des- Messéniens; tenus en alarmes par les insurrections des Hilotes; réduits à abandonner leurs campagnes voisines de la mer aux dévastations des escadres athéniennes, parce que leui's garnisons ne sont jamais assez fortes pour défendre les terres qu'elles sont chargées de protéger. Ils reçoivent enfin avec effroi la nouvelle de la victoire complète remportée par leurs rivaux sur les Béotiens, à Tanagre, et celle d'une vastf conspiration tramée en Béotie pour livrer
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aux Athéniens Thèbes, Chéronée, Orchomène, Sipha. Ils implorent la paix, et c'est uniquement pour éprouver l'humiliation d'un refus.
Les SpartiaUê reprennent l'avantage , de la fin de 424 à 421. — La fortune s'est constamment prononcée contre les Lacédémoniens depuis 426, c'est-à-dire depuis deux ans. Mais, par un retour subit, elle les favorise sur tous les points, à partir des derniers mois de cette année 424. Les Athéniens échouent dans leur projet de se saisir des cités béotiennes, et sont vaincus à Délium, dans un combat où Socrate sauve les jours du jeune Xénophon. Dès longtemps le roi de Macédoine Perdiccas est l'ennemi des Athénieiîs : il unit ses forces à celles de Brasidas, et prépare aux Spartiates d'éclatants succès sur les côtes de Thrace. Brasidas enlève aux Athéniens Acanthe, Stagyre, Aëta, Sythonie, Scione, Amphipolis: les Athéniens ne conservent plusqu'Éion, sauvéii par l'activité de l'historien Thucydide. Leur^ revers les rendent injustes envers ce général, qu'ils condamnent à l'exil; mais plus traitables à l'égard des Lacédémoniens, ils consentent à une trêve, et rendent les prisonniers de Sphactérie, 423. L'entreprise blâmable de Brasidas contre Menda, après la conclusion de la trêve, la facilité avec laquelle les Athéniens se hvrent aux perfides conseils de Cléon, amènent une nouvelle rupture entre les deux républiques, 422. Les troupes athéniennes sont vaincues sous les murs d'Amphipolis , dans une action où périssent Cléon et Brasidas.
Paix de Nicias, 421. — Ces deux chefs étaient les plus opposés à la paix. Après leur mort, Athènes et Sparte, également affaiblies, également lasses d'hostilités ruineuses et indécises, continuées pendant dix ans, concluent, sous la médiation de Plistonax et de Nicias, une trêve de cinquante ans : cette trêve fut convertie peu après en une ligue offensive et défensive entre les deux répubhques. Un des articles du traUé prescrivait aux rivaux des restitutions mutuelles, et les remettait au même point où ils étaient au commencement de la guerre. Sparte, nous allons le voir, se refusa aux restitutions ordonnées, en sorte que la trêve, observée en apparence pendant six ans et dix mois, au lieu de cinquante ans, fut réellement rompue par des hostiUtés indirectes un an après la conclusion du traité. A. P.
PKËCIS DE l'histoire ANUEUIM.