‹ Précis de l'histoire ancienneChapitre 61 sur 103 · LA GRÈCE, APRÈS LA PAIX DE NICUS. S · texte numérisé non relu

LA GRÈCE, APRÈS LA PAIX DE NICUS. S

dans les entreprises d'ambition, dans les expéditions lointaines, qu*il redoutait encore davantage.

I. Intervalle entre la paix de Nicias et Vea^édition de Sicile , 421- 4i5. — Vn an s'est à peine écoulé depuis la conclusion de la trêve entre Sparte et Athènes, et déjà tout se prépare pour une nouvelle rupture. Alcibîade cherche les moyens de s'illustrer, de succéder à la puissance de Périclès, de ruiner le crédit de Nicias. Il espère les trouver dans la guerre, et il veut la rallumer, dussent sa patrie et la Grèce courir la chance d'y périr. D'un autre côté, les Lacédémoniens ont violé diverses clauses du traité. Les Athéniens prétendent tirer vengeance de ces infractions, et se préparent à entrer dans la ligue formée par les Argiens, les Éléens, les Mantinéens, et quelques autres peuples de l'Arcadie, pour enlever à Sparte, épuisée par dix ans de guerre, sa prépondérance dans le Péloponèse.

420-418. Les Spartiates, effrayés, envoyèrent une députation à Athènes pour offrir des satisfactions. Nicias voulait qu'on les acceptât, qu'on évitât une rupture à tout prix. Mais Alcibiade parvint par une ruse à rendre les ambassadeurs suspects, demanda et obtint qu'on les chassât comme des imposteurs, qu'on envoyât un premier, mais faible secours, aux peuples confédérés contre Sparte, pour les aider à réduire Épidaure, Tégée et d'autres villes de l'Argolide et de l'Arcadie, qui tenaient le parti de Sparte. Les Argiens et leurs alliés ne firent aucun progrès en 420. Mais en 419, Alcibiade leur amena un renfort de quinze cents hommes, avec lequel ils s'emparèrent de l'importante ville d'Orchomène, dans l'Arcadie, et vinrent mettre le siège devant Tégée : tout leur promettait des succès ultérieurs , quand ils se virent tout à coup abandonnés par les Éléens. Les Lacédémoniens profitèrent de cette circonstance, et marchèrent en forces contre Mantinée, avec l'intention, ou d'emporter cette ville, ou de forcer les Argiens et leurs alliés à lever le siège de Tégée. Les Argiens en effet volèrent au secours de Mantinée : une bataille générale se livra sous les murs de cette ville, 4i8 : les Argiens vaincus perdirent onze cents hommes. La victoire que les'Spartiates venaient de remporter eut pour effet de rafifermir leur autorité dans le Péloponèse.

417-416. Les Athéniens avaient partagé la défaite des Argiens. La fidélité de leurs alliés était ébranlée dans toute la Grèce. Pour rétablir leur réputation et la terreur de leur nom, ils se livrèrent à diverses entreprises. Leur guerre contre le roi de Macédoine Archélaûs ne produisit

aucun résultat marqué. Mais ils passèrent au fil de Tépée les habitants de Scione, révoltés contre eux, et entreprirent la conquête de Mélos, l'une des Cyclades. Cette île, originairement peuplée par les Lacédémoniens, avait suivi leur parti pendant la guerre du Péloponèse. Les Athéniens investirent la capitale par terre et par mer, avant qu'elle eût reçu aucun secours de Sparte, la prirent après sept mois de résistance, massacrèrent tous les mâles au-dessus de quatorze ans, envoyèrent une colonie dans l'ile pour la repeupler et l'occuper, 416. Tandis que les Athéniens épouvantaient la Grèce par ces barbares exécutions, ils rêvaient la conquête du Péloponèse, de la Grèce entière, de l'Afrique, de l'Italie, de la Sicile. Alcibiade les poussait de toutes ses forces dans ces entreprises extérieures et lointaines, que Périclès leur avait sévèrement interdites. Cédant aux conseils d'Alcibiade, ils prirent la résolution de porter d'abord leurs armes en Sicile.

II. Histoire de la Sicile, depuis le règne de Géîon jusqu'à l'expédition des Athéniens dans cette île, 477-415. — Durant cet espace de soixante-deux ans, le sort des autres villes grecques est lié intimement àceluid'Agrigente, de Gela, et surtout de Syracuse. Ainsi la plupart d'entre elles obéissent à des rois ou tyrans, comme Syracuse elle-même, jusqu'à Fan 466, et elles cessent d'en avoir au moment où cette vilJe se débarrasse des siens. — Les Carthaginois, depuis la défaite qu'ils ont essuyée à Panorme, ou ne conservent plus de possessions en Sicile, ou ne retiennent à l'occident qu'un très-petit nombre de villes : ils ne dirigent aucune attaque contre les Siciliens, ne les tourmentent par aucune tentative de nouvel établissement ou d'agrandissement, n'exercent aucune influence sur leurs destinées. Toute notre attention se portera donc sur Agrigente, sur Gela et sur Syracuse.

jigrigente. — Agrigente obtient en Sicile le premier rang après Syracuse dès le règne de Théron. Ce prince, qui participe à la victoire de Gélon sur les Carthaginois, tient Himère sous sa dépendance. Il continue à régir les Agiigentins jusqu'à sa mort, 472. Son fils Thrasydée lui succède, est vaincu par Hiéron de Syracuse, et détrôné par ses concitoyens, 470. Agrigente s'allie alors pour longtemps avec Syracuse, jouit de la liberté , fait un immense commerce de vins et d'huile avec les Carthaginois, et parvient au plus haut point de prospérité publique. L'an 446, les Agrigentins rompent avec Syracuse, et sont vaincus. Ils ne prennent aucune part à la guerre entre Syracuse et Athènes : leurs annales ne présentent aucun événement remarquable jusqu'à l'an 405, époque où les Carthaginois les attaquent.

ÉTAT DE LA SICILE. EXPÉDITION DES ATHÉNIENS. â8^

Cc7a«*5yracttw. — Hippocrate, tyran de Gela et prédécesseur de Gélon , après avoir remporté plusieurs victoires sur les habitants de Callipoli , de Naxos, de Messine et de Léontiura , avait soumis à sa domination ces diverses cités et une partie des anciens habitants de la Sicile. Gélon succéda à Hippocrate. En abandonnant Gela pour prendre le gouvernement de Syracuse, il transmit à son frère Hiéron le pouvoir qu'il avait antérieurement exercé sur les Géléens et sur les peuples voisins. Par les victoires et les talents administratifs de Gélon, Syracuse acquit une incontestable supériorité sur les autres villes grecques de la Sicile.

A sa mort, arrivée Tan 477, son frère aîné Hiéron lui succéda, et ajouta encore à la puissance de Syracuse, en formant un seul État de cette ville, de Gela et de quatre cités dépendantes de Gela. Le règne d'Hiéron fut de dix ans, 477-467. 11 fit une guerre heureuse à Thrasydée, tyran d'Agiigente, contraignit cette ville, après l'expulsion de Thrasydée, à subir son alliance, et envoya au secours de Cumes une flotte qui vainquit les Étrusques. Grand dans la paix comme dans la guerre, il réprima l'avarice et la violence auxquelles il était enclin ; il appela à sa cour Simonide, Bacchylide, Épicharme, Pindare, qui chanta ses victoires aux jeux Olympiques.

Thrasibule, frère d'Hiéron et de Gélon, n'abusa qu'un an de l'autorité souveraine, 467. Les Syracusains le chassèrent en 466, rétablirent le gouvernement républicain, et lui cherchèrent des appuis contre l'ambition des principaux citoyens, dans rétabUssement du pétalisme, 454. En 466, les Syracusains étaient si puissants, qu'ils détruisirent la tyrannie dans toutes leg villes grecques de la Sicile, en même temps que chez eux. Les troubles dont Syracuse fut agitée, après l'expulsion des rois, donnèrent à penser qu'elle avait perdu tout pouvoir d'influer désormais sur les affaires de l'île. Les anciens habitants, lesSicules, placés au centre delà Sicile, résolurent de relever leur domination et de chasser les Grecs de l'île, 451 . Mais Deucétius, leur chef, fut plusieurs fois vaincu par les Syracusains, et réduit à leur abandonner ses États. Ces succès reculèrent les bornes de la puissance de Syracuse, et lui inspirèrent l'idéede reprendre ses projets de domination sur les cités grecques qui ne lui obéissaient pas encore. Elle soumit Agrigente, 446, et attaqua les Léontins récemment révoltés contre son autorité, 427. Les Léontins implorèrent le secours d'Athènes peu après la mort de Périclès. Les Athéniens saisirent avidement cette occasion de s'immiscer dans les affairesde la Sicile, dont ils méditaient la conquête. Mais ce premier

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e$sai n'eut auctyi succès : les Syracusains restèrent maîtres du territoire de Léontium, transportèrent les habitants à Syracuse, et soutinrent Sélinonte contre Égeste, pour les accabler ensuite toutes deux, les Égestins se tournèrent vers les Athéniens, 419, comme les Léontins rayaient fait précédemment. Déjà portés à cette entreprise par leur ambition, les Athéniens furent entraînés par les séductions d'Alcibiade, par les fallacieuses promesses des Égestins, et résolurent la guerre contre Syracuse, malgré la 'résistance deNicias, 416.

III. Eocpédition des Athéniens en Sicile y 415. — Alcibiade, Nicias, Lamachus, partagent le commandement. Ils partent avec une flotte de trois cents voiles, chargée de sept mille hommes d'élite. Alcibiade s'embarque sous le poids d'une accusation de sacrilège. Syracuse ne soupçonne même pas qu'on puisse l'attaquer : Lamachus propose de l'emporter avant qu'elle ait commencé ses préparatifs de défense; cet avis est rejeté. Alcibiade s'empare de Gatane et de Naxos; ses intrigues vont lui livrer Messine- Il prétend accabler ensuite Syracuse avec les forces réunies de la Sicile, quand il est rappelé à Athènes par l'accusation intentée contre lui. Il se réfugie chez les Spartiates, qui, par ses conseils, fortifient Décélie dans l'Attique. En Sicile, toute l'autorité demeure entre les mains de Nicias. Après avoir perdu un temps précieux à Naxos, il met enfin le siège devant Syracuse. Il remplit ses ports des galères athéniennes : du côté de la terre, il l'entoure d'un double mur de circonvallation et de contrevallation , qu'il achève presque entièrement. Syracuse, sur le point d'être privée de toute communication, demande à capituler; quelques jours de vigilance la livreront à Nicias. Mais il laisse le Spartiate Gylippe entrer dans ses ports avec une poignée de Péloponésiens et vingt galères corinthiennes, auxquelles les assiégés joignent bientôt une flotte qu'ils construisent. Gylippe rétabht ainsi par merles communications des Syracusains avec le Péloponèse, qui leur envoie incessamment des renforts. Du côté de la terre , les ouvrages d'opposition de Gylippe empêchent les Athéniens d'achever leur circonvallation: il communique avec les villes siciliennes, et en obtient de nombreux secours, 414. D'assiégeant devenu assiégé, Nicias instruit les Athéniens de sa situation : ils lui envoient Démosthènes ayec une nouvelle flotte. Les deux généraux , après avoir essuyé une défaite près des retranchements, prennent la résolution de lever le siège de Syracuse. Leurs craintes superstitieuses, l'ignorance où ils sont des causes d'une éclipse, les retiennent pendant vingt-sept jours : ils perdent dans l'intervalle deux batailles navales et le pouvoir de se sauver par mer.

Fm M tÀ GUCfifiE SU PÉLOPOKÈSfi. Hf!

Après de nouvelles lenteurs, ils tentent d'opérer leur retraite par terre. Ils soot poursuivis par Tennemi, atteints, Démosthènes dans un défilé, Nicias sur les bords du fleuve Asinarus, réduits à capituler et mis â mort : presque tous leurs soldats périssent dans les travaux des carrières auxquels on les condamne, 415.

Depuis la paix de Nicias jusqu'à sa mort, comme dans les dix premières années de la guerre du Péloponèse, les peuples grecs, en conformité avec leur aflreux droit des gens, violent toutes les lois de rhumanité et de la civilisation. Parmi ces horreurs, le génie conserve ses droits imprescriptibles : les seuls captifs athéniens éçh£^ppés à la mort et à l'esclavage, sont ceux qui peuvent réciter à leurs maîtres les plus beaux passages d'Euripide. A. P.

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