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CHAPITRE PREMIER

Temps écoulés depuis la création jusqu'à la fonnation des empires, 4963-2868.

S i," Idées préliminaires sur la création du monde.

Avant d'exposer, d'après le récit de Moïse, l'œuvre dej la création du monde, nous croyons utile de résumer en peu de mots les principales opinions de l'antiquité sur ce grand phénomène, qui serait resté un mystère impénétrable pour l'esprit de l'homme, si le secret ne lui en avait été révélé par l'historien de la Genèse. Il ne sera pas sans intérêt de voir que des légendes mythologiques des anciens peuples et des systèmes des philosophes sur cette question, il ressort de nouvelles preuves de l'existence d'un Dieu, créateur et souverain suprême de l'univers. Nous dirons aussi ce que quelques sectes de juifs et les chrétiens des premiers siècles ont généralement pensé de la création. Nous terminerons ces notions préliminaires, en faisant connaître les résultats des recherches auxquelles des savants se sont livrés de nos jours et qui ont répandu une lumière nouvelle sur la fonnation du globe que nous habitons. Les importants travaux d'une science qui avait trop vivement saisi quelques imaginations, et qui n'a fait ses progrès les plus utiles que depuis la fin du

26 PRÉCIS DE l'histoirb ancienne.

dernier siècle, doivent être précieusement recueillis et médités par les esprits pénétrés d'un amour sincère pour la vérité. Hàton&-nous de proclamer, avec de grands génies des temps modernes, que les géologues, en fouillant dans les entrailles de la terre, loin de produire aucun fait qui contredise la merveilleuse exposition de la Genèse , ont confirmé , par leurs découvertes, l'existence de la révolution qui bouleversa le globe à une époque peu éloignée de la création.

La pensée de l'homme devait naturellement s'arrêter sur l'œuvre du Créateur. A la vue de cet immense univers, il devait rechercher quel en était l'auteur, quelle avait été son origine, et pour quelle fin il avait été créé. Aussi voyons-nous les législateurs de l'Orient et les plus grands génies de la Grèce et de l'Italie s'occuper de l'examen de ce problème élevé, antérieur à toutes les questions de métaphysique, et qui se présente nécessairement à l'esprit, lorsqu'on cherche à comprendre l'humanité et la merveilleuse harmonie qui se remarque à tous les degrés de la création.

La plupart des philosophes anciens ont différé d'opinion sur l'origine du monde (1)» Les uns voulaient qu'il fût incréé et incorruptible ; d'autres parlaient de l'être qui eo avait été l'ouvrier et expliquaient même la manière dont il s'y était pris pour le composer ; quelques-uns reconnaissaient un Dieu, auteur de toutes choses; mais ils ne pouvaient dire ni ce qu'il était, ni de quel endroit il était venu, ni quelle partie de l'espace il occupait lorsqu'il travaillait à la formation de tous les êtres ; ils pensaiwit qu'avant la créatton de l'univers, on oe pouvait oonc^toir ni temps ni lieu* D'un côté, on soutenait que l'univers »e devait pa» périr ; ailleurs, on assignait un terme à son ^istenoe* Démocrite pr4r tendait prouver qu'il y avait une infinité de mondée i et condamnait oaux qxki enseignaient qu'il n'y en avait qu'un seul. Empédoele soutenait qua le monde avait été produit par le choo et la oombinaifioa de« éléments (S). Pythagore , Architaa de Tarente et totis les disciples de la philosophie pythagoricienne, s'attachèrent à résoudre le mystère ôe la création ; mais ne pouvant en pénétrer la profondeur, ils établirent en principe que le genre humain avait toujours existé (5). Platon a énoncé des opinions différentes sur la création et sur son auteur. Ses variations prouvent qm

(1) Gensorinus, dé Dié nakUi, eap. IV. ^ Lsctantii ditinarum ImUtutionum lib. Il , eap. 9 et W. — (2) Lucien, iear^Mét^ippe^ o» le Veya^ewr «^i««, dialogue fnire Ménippe et ion am. — Plutarque; l'otr, dans le traité qui lui est attribué par quelques critiques, silr Us Opinioi^ dei fihilast>phe* , les chap. 4 et 5 dû llv. I. — (S) Cèilsort- Wiê.ibid,

XBSPS ÀNTÉDaHYlENS. 2t

son génie > qui: a touché, sur tant de questions, aux limites de TintelligêCLce humaiûe, n'avait pu connaître ce que Dieu seul avait révélé, et qu'il n'avait pu embrasser la création ni dans son principe, ni dans ses conséquences (i). Aristote, un des plus grands génies dont s'honore l'humanité, a été moins incertain que le disciple de Socrate* Son esprit étendu, ferme et dogmatique ne pouvait s'accommoder des doutes pei> pétuels qu'avait enfantés l'imagination d^autres philosophes- Dansl'opi- Bion d'Aristote, le monde avait toujours existé ; le genre humain et left êtres divers qu'il remarquait dans la nature, n'avaient pas eu de commencement et ne devaient pas avoir de fin (8)» On voit que la plupart des philosophes de la Grèce , embarrassés dans leurs raisonnements par d'insurmontables difficultés, ne savaient pas r^oaonter jusqu'à l'origine du monde ; ils cherchaient en vain le premier anneau de cette chaîne de générations qui n'avaient pu se créer elles-mêmes : dans leur impuish sance, ils avaient été amenés à conclure que l'existence de l'homme supposait indéfiniment l'existence antérieure d'un être semblable, et qu'il n'y avait eu de commencement ni pour l'espèce humaine, ni pour les objets extérieurs (3). Gicérôn, qui aimait la philosophie et qui la ettitivait surtout dans les loisirs ou les disgrâces que lui imposait tantôt l'ingratitude de ses concitoyens, tantôt le triomphe de ses adversaires, nous à fait connaître les opinions diverses de plusieurs écoles philo-» sophiques de la Grèce. Dans aucun de ses écrits, il ne montre qu'il ait compris la création proprement dite ; nulle part il ne dit qu'il ait existé un être supérieur qui ait eu la puissanice de tirer le monde du néant (4). U se trouva cependant des esprits qui pensèrent que quelques êtres d'une nature surhumaine avaient été créés primitivement par l'intervention divine. Sur ce point, les traditions populaires que la poésie antique a revêtues de ses formes gracieuses, nous sont parvenues riches de faits merveilleuii:, qui sont au fond tout aussi éloignés de la vérité, mais qui ont au moins, sur les systèmes des philosophes, le mérita d'ofîrir une exposition plus simple de la génération du genre humain, et d'avoir ainsi plus d'analogie avec le tableau que l'historien sacré a tracé de la création. l.e mythe de Prométhée, enchaîné sur len,

(I) Platon, Traité (tef Lçtt, liv. VU. — Le Timée, page 3d6 et suiv.. vol. 9 , éditioR de Deux-Ponts. — Lactantii divinarum ïnstituiionum lib. Vil, cap. i. — (2) Censorinus , loco citato. — Lactantius, loco eitato. — (3) Si les oiseaux avaient été créés avant les œufs, ou le» œufs avant les oiseaux. Celte question est agitée par plusieurs écrivains de raniiquité, corarae Macrobe. Plutart|ue, etc. — (4) Voyez sertout dansCieéron son t»ait4 sur la Ifoturê è$ê éiêux , et les n«tek de M. Leelere qui aecompagnent la tradaction de cet ^«vrage.

28 PBÉCIS DE L HISTOIRE ANaENNE.

rochers du Caucase et expiant dans des tourments étemels le crime d'avoir dérobé le feu du ciel pour animer l'argile pétrie de ses mains, celui de Deucalion etdePyrrha, repeuplant la terre désolée avec les pierres qui, lancées derrière eux, subissent une métamorphose soudaine et forment , pour les divers travaux , le corps robuste de Thomme et celui de la femme (1); ces mythes ne sont pas, certes, plus contraires à la raison que le système d'Anaximandre de Milet, qui prétendait que la combinaison de deux éléments, la terre et Feau, parvenues par degrés à une plus grande chaleur, avait produit des poissons ou des animaux sous une forme unique, que les hommes s'étaient développés dans les corps de ces êtres grossiers; qu'ils y étaient restés jusqu'à leur puberté; que, rompant alors leur enveloppe, ils s'étaient élancés sur la terre avec toutes leurs facultés {2). La raison ne repousse-t-elle pas avec le même dédain le système des épicuriens, qui attribuaient la formation de l'univers au concours fortuit des atomes, mis en mouvement dans l'espace?

Les religions des peuples orientaux nous offrent des cosmogonies plus complètes que celles des nations de l'Occident. Dans le sivaïme, les premiers symboles s'accordent à nous révéler le monde créé ou organisé par le concours de deux principes procédant d'un seul, ou s'alliantà un troisième principe, supérieur à eux, préexistant, créateur par excellence, qui paraît pour accomplir son œuvre, et rentre dans le sein du grand tout lorsque son œuvre est consommée. L'action de Siva, qui est le principe de la chaleur et de la lumière, qui tient la place du grand générateur, ou créateur, précède toute autre action; c'est lui qui dépose dans les eaux primitives, représentées par Bhavani, les germes producteurs de toutes choses. De même que Siva occupe ici le premier rang, de même , dans d'autres cosmogonies, Vichnou joue le rôle principal. On voit ce dieu couché sur une feuille de figuier, ou sur le grand serpent, dans l'attitude de la contemplation, nager sur la surface des eaux ou de la mer de lait, sous la figure d'un jeune enfant qui porte son pied vers sa bouche. Pendant qu'il repose sur son élément, enseveli dans ses méditations fécondes, tout à coup sort de son corps une tige de lotus, et Brahmâ se montre, assis sur le calice de cette belle fleur, pour accomplir la création. Ailleurs l'eau nous est présentée comme l'élément primitif et le premier ouvrage de la puissance créa-

(0 Lactantii divinarum ImHtut. lib. II, cap. 2. — Ovide, Métamorphose», liv. I. (2) Censorinos, hc9 eitato, — Plutarque, Opinion des Philosophes , liv. V, cbap. 19< — Le méine, les Symposiaque» , ou les Propos de table , iiv. VIII , question 8.

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Irice. Lorsque toutes choses étaient encore plongées dans les ténèbres, confondues et comme ensevelies dans un sommeil profond , soudain parut celui qui subsiste par lui-môme , Tauteur et le principe de tous les êtres, invisible, incompréhensible. Après avoir dissipé les ténèbres, voulant tirer toutes choses de sa propre substance, il créa d'abord les eaux et y déposa une semence féconde. Cette semence devint un œuf d*or, resplendissant à l'égal du soleil, et Brahmâ, le père des mondes, y prit naissance par sa propre énergie. Ce Dieu étant demeuré une année entière dans Tœuf divin qui flottait sur les eaux, à la fin, par sa seule pensée, il le divisa en deux parties égales : de ces deux moitiés il forma le ciel et la terre, plaçant au milieu l'éther subtil, les huit régions du monde et le réceptacle permanent des eaux (1).

Les récits de la création du monde, dans les croyances religieuses des Hindous, sont extrêmement variés; mais la plupart s'accordent en. un point, c'est que Brahmâ fut l'agent spécialement chargé par l'être éternel de créer et d'organiser ce visible univers. Cet être étemel, Bhagayan, renfermait en lui tous les mondes, toutes les formes et toutes les vies des créatures. Satisfait des hommages de Brahmâ, auquel il avait ouvert le spectacle de son être, il lui donna le pouvoir de produire et de développer le germe de tous les objets qu'il avait contemplés dans Bhagavan.

Moïse, le libérateur des Hébreux, leur chef dans les combats, leur législateur, le confident de la religion du Très-Haut, a raconté dans la Genèse l'histoire de la création du monde (2). Son récit, qui, sous le point de vue historique, porte un caractère irrécusable de vérité, eut pour les Juifs la même autorité que les principaux dogmes qui formaient la base de leur croyance religieuse. Aussi la création a-t-elle été généralement admise par les Hébreux; on regardait comme indignes de vivre, au sein d'Israël, ceux qui osaient élever la matière au même jiiveau que l'Éternel, qui prétendaient que leur existence était iden-

(1) Creuzer. Religions de Vantiquité, considérées principalement dans leurs formes symboliques et mythologiques, irad. de l'allemand par M. Guigniaut. Nous avons emprunté à M. Creuzer et aux notes de M. Guigniaut tout ce que nous disons ici de l'opinion des Orientaux sur la création. Étudier surtout les chapitres 3 et 4 du livre i«r, et les notes sur ces chapitres , qui ne sont pas moins curieuses que le texte.

(2) Moïse, dans les cinq livres qu'il a laissés , la Genèse, VBxode, le Lévitique, les mmbres et le Deutéronome , a tracé le tableau de la création , tel qu'il lui avait été révélé par Dieu même, et a fait l'histoire des premiers hommes depuis leur apparition sur le globe terrestre jusqu'au moment où ils vont prendre possession de la terre da Chdnaan , qui avait été promise aux descendants d'Abraham,

^ PRÉCIS BE l'hISTOIR» AKCIENNS.

tique. Cette erreur et toutes celles qui en découlent n'ont pris naissance chez les Juifs qu'après la captivité de Babylone;. et cependant jamais peuple ne s'est montré plus facile à adopter les croyances étrangères, et à se plier même aux superstitions et aux impuretés des nations qui les avait vaincus, et qui les faisaient gémir sous le joug le plus odieui^. Les pères de l'Église ont été en général unanimes sur le récit de Thistorien sacré; tous l'ont admis dans son admirable simplicité. Mais il était inévitable que la curiosité humaine examinât les diverses questions sur lesquelles Moïse garde le silence, et qui, sans toucher à la nature du dogme, peuvent l'éclaircir, l'étendre et le faire entrer plus profondément dans l'esprit de l'homme. On s'est demandé ce qu'il fallait entendre par les six jours qui sont mentionnés dans la Genèse; quelle durée l'on devait donner à chacun de ces jours ; si l'on devait les regarder ou non comme des périodes de temps indéterminées; s'il convenait de penser que la création eût été successive ou instantanée. Cette dernière question, étudiée dans les derniers temps par l'observation des phénomènes de la nature, a été résolue de manière à ne laisser aucun doute dans les esprits même les plus difficiles. Les résultats obtenus par une science qui n'avait pas été soupçonnée des anciens philosophes, prouvent, avec la dernière évidence, que la création a été nécessairement successive , et que les six jours, dont il est question dans la Genèse, sont des espaces de temps indéterminés, dont il est impossible de fixer la durée (1). Pendant l'intervalle écoulé entre la première et la dernière création, le globe a éprouvé plusieurs révolutions physiques, dont les traces ont été reconnues par les naturalistes. Ces révolutions ont été nombreuses. Quelques géologues en comptent onze, d'après l'examen qu'ils ont fait des différentes couches de* terrains

(i}Les atttaques dirigées depais quelques temps, avec tant de violence et d'injusttee, contre les membres de l'Université, qui ont publié des ouvrages d'bisloire ou de philosophie, nous déterminent à placer sous Tautorilé d'un grand nom, justement révéré dans les lettres et dans l'Eglise, l'opinion que nous reproduisons ici sur la durée des six jours de la création. Voici comment s'exprime sur celte question M. Frayssinous, dans la conférence où il considère Moïse comme hittorien des temps primitifs,

M II est visible , dit-on, qu'ici le mol jovr signifie non un jour de vingl-quaire heures, » mais plutôt les six jours mêmes de la création ; ou bien en générai il répond aux mots » temps, époque, ainsi que Duguet a cru devoir l'entendre dans son explication {de » Voutrage des six jours , Paris, 1740). Éloigné de tout esprit de système, je ne me » prononcerai ni pour ni contre cette opinion; si elle n'est pas la plus commune, elle a n toutefois ses partisans; je pourrais citer des théologiens modernes qui i^ont embrasn Bée, ou qui du moins la regardent comme incertaine. Tout ce qu'il importe à savoir, » c'est qu'elle n'est pas condamnée, et qu'on peut la défendre sans blesser en- rien la » doctrine orthodoxe. »

que Ton remarque à des profondeurs diJBTérentes de la terre (1). Us ont observé que les animaux, qui ont laissé leurs antiques dépouilles dans les diverses couches du globe , sont exactement dans le môme ordre que celui du magnijQque tableau de la création présenté par Moïse. Ainsi, les animaux aquatiques se trouvent dans les couches profondes de la terre, tandis que les animaux destinés à habiter la terre sèche, et qui ont été créés les derniers, ont laissé leurs débris dans les couches supérieures du globe. Ces révolutions, si l'on en excepte la dernière, sont antérieures à l'existence de l'homme; elles ont eu lieu avant que la main de Dieu plaçât sur la terre l'homme, qui était destiné à en être le roi suprême, par la supériorité de l'intelligence dont il fut doué par le Créateur. Dans les débris nombreux que l'on découvre sur ce globe, qui a été si souvent bouleversé, on n'a jamais trouvé d'os humains parmi les fossiles : ce qui prouve, aux yeux de savants illustrés par les plus grandes découvertes, que l'existence de l'homme e$t postérieure à toutes les révolutions dont la terre a été le théâtre, avant le cataclysme décrit par Moïse (2).

Les traces de ces révolutions apparaissent dans toutes les parties du monde; tous les hémisphères, tous les continents, toutes les îles présentent le même phénomène. On ne peut mettre en doute non-seulement que la mer a envahi toutes nos plaines, mais qu'elle y a séjourné longtemps et paisiblement pour y former des dépôts étendus, s<^ides, et contenant des dépouilles parfaitement conservées. On trouve d'innombrables produits de la mer sur des hauteurs supérieures à toutes les mers, et où nulle mer ne pourrait être portée aujourd'hui par des lois existantes (3). Il paraît constant que ces grandes catastrophes ont été pour la plupart subites, et cela est surtout facile à prouver pour la dernière de toutes, celle dont les traces sont le plus à découvert : elle a laissé dans les pays du nord des cadavres de grands quadrupèdes que la

(1) Encyelopédie moderne, ou Dictionnaire abrégé de» tciencety det lettre* et de» ê/rk, par M. Courtin. Voir l'article Terre de M. Meyranx.

(2) B/teherekt» «w les osêemenls foêtiles deê^ quadrupède» , par M. le baron Cuvier, tUième édition. Le discours préliminaire de ce grand ouvrage nous a fourni la plupart des faits curieux que nous avons cités sur la formation du globe, et les preuves qui établissent la vérité du récU de Moïse sur le déluge.

(3) Nous devons faire observer que les recherches curieuses de M. Éiie de Beaumont sur la géologie tendent à prouver que les montagnes formées dans le sein de la mer ont été soulevées par une puissance volcanique dont l'action s'est fait sentir à des époques différentes. Dans ce système ingénieux, la mer n'aurait pas été portée au niveau des ehnes let ptos élevées du globe, pui«q¥ie les couches qui eomposent cet mêmes montagnes auraient été formées avec leur soulèvement.

3â FRÉaS DE l'histoire AIVCIEKXE.

glace a saisis et qui se sont conservés jusqu'à nos jours avec leur peau , leur poil et leur chair. La vie a été souvent troublée sur cette terre par des événements terribles, calamités qui, à l'origine du monde, ont remué, dans une grande épaisseur, l'enveloppe entière de la planète, mais qui depuis sont toujours devenues moins violentes et moins générales. Des êtres vivants sans nombre ont été les victimes de ces catastrophes : les uns ont été détruits par des déluges, les autres ont été mis à sec avec le fond des mers subitement relevées; leurs races mêmes ont fmi pour jamais et ne laissent dans le monde que quelques débris à peine reconnaissables pour le naturaliste (1).

Pendant longtemps on n'admit que deux événements, que deux époques de mutations sur le globe, la création et le déluge; et tous les efforts des géologues tendirent à expliquer l'état actuel , en imaginant un certain état primitif, modifié ensuite par le déluge, dont chacun imaginait aussi, à sa manière, les causes, l'action et les effets. Mais, lorsque Jes philosophes eurent franchi les limites fixées par la Genèse, quand ils eurent réussi à faire envisager les six joure de la création comme autant de périodes indéfinies, les siècles ne leur coûtant plus rien, leurs systèmes prirent un essor proportionné aux espaces dont ils purent disposer. Selon Leibnitz, la terre avait été un soleil éteint, un bloc vitrifié; Demaillet couvrit le globe entier d'eau pendant des milliers d'années; les eaux se seraient retirées graduellement; tous les animaux terrestres auraient été d'abord marins; l'homme lui-même aurait commencé par être poisson. Le même auteur assure qu'il n'est pas rare de rencontrer dans l'Océan des poissons qui ne sont encore devenus hommes qu'à moitié, mais dont la race s'élèvera, par une perfection successive, jusqu'à l'organisation de l'espèce humaine. BufTon ajoute au système de Leibnitz une comète qui a fait sortir du soleil, par un choc violent, la masse liquéfiée de la terre en môme temps que celle de toutes les planètes. Quelques auteurs ont reproduit et prodigieusement étendu les idées de Demaillet; ils disent que tout fut ' liquide dans l'origine, que le fluide engendra des animaux très-simples, tels que les monades, ensuite des races animales plus compliquées; que tous ces animaux ont converti par degrés l'eau de la mer en terre cal-

(1) Ces résultats, et la forme même sous laquelle ils sont résumés, appartienneni en grande partie à Touvrage, déjà cité, de M. le baron Cuvier. Ce qui suit est tiré de la même source : il et^l été difficile de s'y méprendre. En le répétant, nous proclamons en même temps notre admiration pour des découvertes aussi importances et aussi éloqueminent exposée».

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