‹ Précis de l'histoire ancienneChapitre 72 sur 103 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Histoire de la Macédoine, depuis Garanus jusqu'à la première attaque de Philippe contre la Grèce. — État de la Thrace et de la Grèce , 796-352.

S I. — Histoire du royaume de Macédoine , depuie Caranu» jusqu'à la mort de Perdiccae , 796-363. — Notions sur la Thraee*

« La Macédoine ( dit Montesquieu, Grandeur des Romains, cbap, 5 ) était presque entourée de montagnes inaccessibles ; les peuples en étaient très-propres à la guen'e, courageux, obéissants, industrieux, infatigables; et il fallait bien qu'ils tinssent ces qualités-là du climat, pui&qu'encore aujourd'hui les hommes de ces contrées sont les meilleurs soldats de l'empire des Turcs. »

Cette contrée était bornée au couchant par riUyrie, au levant par la Thrace; elle avait au nord la Dardanie, et bordait au midi la Thessalie. Ses principaux fleuves étaient l'Axius, l'Haliacmonet le.Strymon. Au nord, le mont Scardus la séparait de la Dardanie ; le mont Rhodope la bornait au nord-est, l'Athos à l'orient; le mont Olympe l'environnait au couchant. Cette démarcation, généralement reçue, présente quelques erreurs plutôt remarquées que corrigées par les géographes modernes. Le cours des fleuves n'est pas déterminé avec une exactitude plus rigoureuse. On sait que l'intérieur de la Macédoine a été toujours à peu près inconnu (1).

La Macédoine, après qu'elle eut été agrandie par les conquêtes des successeurs de Caranus, renfermait plusieurs contrées, dont les principales sont connues sous les dénominations suivantes : la Pœonie ou Pélagonie, le Deuriopus, le Lyncestis^ YÉordée, YÉmathie, qui renfermait les villes d'Édes^e ou d'jEge et de Pella; la PteWe, qui renfermait Pydna, et la Mygdonie, Le royaume de Macédoine dut son origine à une colonie de Pélasges chassés de l'Histiaeotide par les Cadméens,.1392. Ils s'établirent dans le Pinde sous le nom de Macédones,

(i) Voyez Ptolémée, Géographie de la Maeédoime ; d'Anville, Géographie i et M. PouquevMle, Voyage dans la Grèce, La description de la Macédoine manqae dans Strabon.

MACÉDOINE sf THRACX. 544

et s'étendirent successivement jusque dans la contrée appelée Émathie. Les mythologues, et les historiens d'après eux, disent que cette province fut appelée Macédonie, de MacédoUy fils de Jupiter et de Thya. Les tribus diverses qui formèrent plus tard le royaume de Macédoine étaient primitivement au nombre de quinze. On n'a pas la suite des rois qui l'occupèrent depuis son origine jusqu'à Caranus. Un de ces princes, nommé Pe7a^on par Justin, fut père d'Astérapée, qui, dans la guerre de Troie, paraît au rang des plus intrépides défenseurs du royaume de Priam.

799. Caranus (i); prince argien de la famille d'Hercules et onzième descendant de ce héros, ayant abandonné le Péloponèse pour obéir à la volonté d'un oracle, conduit une colonie nombreuse d'Argiens et de Grecs dans l'Illyrie, et passe ensuite au service d'un roi des Émathiens qui était en guerre avec les Orestes. Ce prince, vainqueur de ses ennemis, récompense les services de Caranus en lui donnant la Macédoine, où il établit sa colonie. Caranus substitue le nom d'^Ege à celui à'Édesse,^ que portait la capitale de son petit royaume, à cause d'un troupeau de chèvres («treç) qui l'avaient conduit dans cette ville. Depuis cette époque, l'image d'une chèvre fut toujours représentée sur les enseignes des Macédoniens. Caranus fait avec succès la guerre aux princes voisins, les dépouille de leurs états, les réunit sous sa loi, et forme en corps de nation les peuples divers qui se partageaient la Macédoine. Son règne est de trente ans. Cœnus , son fils, et Trymmas^ son petit-fils, régnent après lui, l'un vingt-huit, l'autre quarante-trois ans, sans événement remarquable.

695. Perdiccas /«»• occupe le trône avec éclat pendant quarante-huit ans, l'afFermitpar de nouvelles victoires, et, sur le point de mourir, mai^que à son fils Argée le lieu où doivent être enfermées ses cendres et celles de ses successeurs, pour que la couronne ne sorte pas de la fanaille des Hérachdes. Argée P^, Philippe P^ et OEropas portent successivement le sceptre depuis 647 jusqu'en 556 ans avant Jésus-Chinst. Les Illyriens et les Thraces, toujours en guerre avec les Macédoniens depuis Caranus, envahissent leur territoire pendant la minorité d'CEropas. Ils obtiennent d'abord des succès ; mais les soldats macédoniens, l)rùlant de venger leur défaite, placent dans leurs rangs, pour enflam-

* (i) Eusébe et Le Syncelle nous ont transmis la liste des rots béraclides depuis Caranus jusqu'à Alexandre. Voyez, è. ta lin de ce paragraphe, le tableau dans lequel est indiqué le règne de chaque prince avec sa durée.

3t42 PRÉCIS DE l'histoire ancienne.

mer leur courage, le jeune prince encore au berceau, et se jettent sw îes Ilïyriens, qu'i!s mettent en fuite. Aleétas règne dix-huit ans, et transmet le b-ône à Amyntml^y 538, qui s'illustre par ses vertus.

Sous le règne d'Amyntas l^ (538-496), la Macédoine fut menacée de devenir tributaire des Perses. Elle aurait été entièrement subjuguée par leurs armes sans la révolte de Tlonie et la guerre mémorable qu'elle occasionna contre les peuples de la Grèce. Darius, fils d'Hystaspes, ayant échoué dans son expédition contre les Scythes, médita la conquête des contrées voisines du théâtre de ses revers; il s'empara, par ses lieutenants, d'une partie de la Thrace. Deux Pseoniens qui aspiraient à devenir les tyrans de leur patrie parvinrent à exciter la curiosité de Dariuset attirèrent ses armes sur le Strymon , dans l'espérance de gouverner plus fecilement leur pays quand il aurait été subjugué par les Perses. Mgabyse, heutenant de Darius, pénétra dans laPaeonie, subjugua une partie de cette contrée et en transporta les habitants en Asie. Les Pseoniens du mont Pangée et ceux du lac Prasias résistèrent à tous fes efforts des Perses. Darius, portant alors ses vues sur la Macédoine, chargea Mégabyse de faire demander, en son nom, à Amyntas la terre et Feau. Les envoyés du satrape furent d'abord reçus avec beau^ep de magnificence par Amyntas; mais le fils de ce prince, Alexandre, qui monta après lui sur le trône, indigné qu'ils voulussent déjà traiter les Macédoniens comme des vaincus, les fit massacrer dans un festin avec toute leur suite. Le Perse Bubârèsfut chargé du soin d'informer de ce meurtre ; mais il se laissa gagner par les présents d'Alexandre , épousa sa sœur, et fut assez adroit pour cahner le courroux de Darius et pour ensevelir dans un prgfond silence un attentat qui pouvait mettre en péril l'indépendance de la Macédoine. Alexandre P' (496-452), grâce à I*heureuse médiation de Bubarès, étita lagueiTe avec les Perses; mais îl fat obligé de subir leur alliance, de leur livrer passage sur son royaume et de combattre dans leurs rangs dans la forjpaidable expédition que Xerxès conduisit contre les Grecs. Après que Xerxès, vaincu à Salamiïie , se fut rétiré en Asie , le roi de Macédoine acquit des droits à la reconnaissance des Grecs en leur donnant des avis utiles pendant la guerre. La veille de la bataille de Platée (479), il avertit secrètement Aristide du plan d'attaque de Mardonius, et il contribua ainsi au succès d'une journée qui affranchit à jamais la Grèce du joug des Perses. Ce service important, que le roi de Macédoine avait rendu à la Grèce, ne ftit point oublié. Lorsqu'il se présenta dans la suite pour combattre aux jeux Olympiques, ses concurrents voulurent l'en faire exclure sous le

BUGtAODIE ET TBRibCK. 54;>

prétexte que les Grecs seuls devaient être admis à ces ieux. Les jages qui présidaient à Oîympie décîarèreirt qu'Alexandre élaift Grec comme descendant d'Hercule , et mirent son nom dans Furne arec les noms des autres comluattants. Perdiccas II (-152-429) occupa le trtee après Alexandre. Pendant un règne de vingt-trois ans, il sut maintenir sa puissance au milieu des embarras et des dangers que lui suscitèrent des conspirations intestines, les dispositions hostiles des Odryses et l'ambition me^ naçante des Athéniens, qui cherchaient à s'emparer dés villes maritimes de la Thrace.

Alexandre î^ avait fait reconnaître son origine argienne dans l'assemblée la plus solennelle de la Grèce. Archélaûs I«, fils et successeur •de Perdiccas (429t-405), alla plus loin qu'Alexandre, en faisant éclater son amour et son admiration pour les talents qui étaient alors l'cHmement et la gloire de la Grèce. A sa cour se réunirent Zeuxiset Timothée , qui avaient fait une révolution dans la peinture et dans la musique , le poète Agathon et Euripide qui trouva en Macédoine un repos et des honneurs qu'on hii refusait dans sa patrie. Après la mori du grand tragicfue , les Athéniens envoyèrent des ambassadeurs à Archélaûs pour lui redemander ses cendres; mais le prince rejeta leurs prières, conserroe les restes d'Euripide et lui fit élever un tombeau magnifique près de sa capitale. Archélaûs !•*' périt de la main de Cratéras; il eut pour successeur Orestes, quinerégna-que trois ans (40^402).. Archélaûs II, Amyntas II , Pausaniafi, Amyntas III et Argée II n'occupent le trône de Macédoine que pendant quatorze ans (462-388), A cette époque de confusion et de trouble succède le règne d' Amyntas IV (388-570) , qui eut à soutenir des guerres sanglantes contre les Illy riens et les Olynthiens, et à se défendr^contre des conspirations domestiques plus redoutables encore. Sa femme Eurydice conspira contre ses jours, voulant, par un doubkî crime, donner son trône et sa main à l'époux de sa fille Euryone. Amyntas triompha de la haine et de l'ambition de la reine, et mourut tranquillement, après avoir gouverné la Macédoine pendant dixhuit aïK. . - .

370. Cette contrée, depuis la mort d' Amyntas jusqu'au règne de Phi^ lippe, père d'Alexandre, est déchirée par les discordes civiles et en proie aux ravages des Illyriens, des Thraccs et de tous les peuples, voisins qu'enhardit le gouvernement faible et anarchique des Macédoniens. Dès qix'Jlexandre II est monté sur le trône, il achète la paix des Illyriens et leur donne en otage le plus jeune de ses frères, Phihppe. Mais l'ambition criminelle de sa mère ne le laisse pas longtemps jouir d'un repos

zu

pr£cis de l*histoirb ancienne.

qu'il eut bientôt compromis pai* l'imprudence de sa politique. Il perd la vie par la trahison d'Eurydice. Ses deux frères, encore dans la minorité, ne peuvent défendre leur couronne contre Pausanxa» , que soutiennent les Thraces et un coips de mercenaires grecs. Eurydice, privée du fruit de son «nouveau crime, implore la protection d'Iphicrate, qui vient de faire pour Athènes, sa patrie, la conquête d'Amphipolis. Le général athénien ravit à Pausanias le sceptre qu'il a usurpé, le rend aux fils d'Amyntas et les place sous la tutelle de Ploléméey surnommé Aloritanus , leur frère naturel. Les désordres et les crimes qui souillaient la cour de Macédoine encouragent l'ambition de Ptolémée, qui essaye 'd'usurper la couronne. Les Thébains prennent la place des Athéniens et règlent deux fois, par la médiation de Pélopidas, les affaires de cette . contrée. Ferdiccas III obtient le trône auquel l'appelle sa naissance; mais il est défait et tué dans une bataille contre les lUyriens. Sa mort plonge la Macédoine dans une affreuse anarchie, qui ne cesse qu'à l'arrivée de Philippe , que Pélopidas avait emmené en otage à Thèbes, et qui, dans l'espace de quelques années, pacifie la Macédoine, dompte les Thraces et les lUyriens, enchaîne' les Grecs par sa politique et par ses victoires , et prépare l'expédition qui doit entraîner la chute du trône de Cyrus, 569-5G3 (1).

(1) Rois de Macédoine , depuis Garanus jusqu'à Alexandre le Grand.

d'après eusèbe. d'après le syncelle.

Ann.avant J. G.

Garanus règne 30 ans 799

Cœnus 28 — 769

Tyriromas 43 — 741

Perdiccas 1 4S — 698

Argeus 1 38 — 550

Philippus 1 33 — '612

Ajéropas 20 — 579

Alcétas 18 — 559

Ainynias 1 42—541

Alexander 1 44 499

Perdiccas H 23 •— 455

ArclielaQsI 24 — 432

Oresies 3 — 408

A/chelaùs 11 4 . 405

Amyntas II 1 — 40i

Pausanias l 40o

Amyntas 111 6—399

Argeus II 2 — 393

Amyntas IV I8 -^ 391

Ann.avant J.-G.

Caranus règne 3o ans 791

Cœnus 28—761

Tyrtmmas . 43 . 733

Perdiccas I. • 48 — 688

Argeus 1 32 — 6«

Philippus I . 37 — 608

AJèropas 23 — 571

AlcéUS.' 28 — 548

Amyntas 1 42 — 520

Alexander I. -- 44 473

Perdiccas 11 33 434

ArcbelaUs 1 14 ai

Oresies 3—397

ArcbelaUs II 4 — 394

Amyntas II 1—390

Pausanias 1—389

Aiiiynlas 111 5—388

Argeus II 2-383

Amyntas IV 12 ^ 38i

HACÉOOINB ET THRACE.

Notions sur la Thrace, — *Le royaume de Thrace est plus ancien que celui de Macédoine; on le trouve formé avant la guerre de Troie. Plutarque nous a transmis le nom du prioce qui régnait sur la Thrace loi^ de l'expédition des Grecs contre la ville de Priam; il se nommait Poltys, Les Troyens et les Grecs lui envoyèrent à la fois des ambassadeurs pour obtenir son alliance. On trouve , dans des temps postérieurs, d'autres rois de cette contrée. Autant qu'on peut le conjecturer d'après les passages isolés des historiens de l'antiquité, la Thrace n'était pas soumise à un gouvernement régulier; elle était partagée entre plusieurs rois. Le pays était sauvage et n'avait quelque fertilité que dans le voi-

b'aprês eusêbe.

Ann.ayantJ.-C.

Alexander H. règne i — 373

Ptolemsas Aloritanus 3 — 372

Perdiccas UI 6 — 369

Phîlippus II 27 — 363

Alexander lU 12 — 336

Durée depuis Caranus jusqu'à Alexandre 475 ans.

d'après le sincelle.

Ann. avant J.-C.

Alexander II. régne i — 369

Plolemsus 3 — 368

Perdiccas III 6 — 365

Philippus II. 23 — 359

Alexander 111 12 — 336

Idem.

A%1 ans.

J)%iprés le tableau que nous'venons de présenter, il se serait écoulé 475 ans , suivant Eusèbe, et 467 ans seulement suivant Le SynceWe, depuis le régne de Caranus jusque la mort d'Alexandre. La difl'érence que présentent les deux chronologisles est peu importante; elle n'est que de huit ans, et on peut même la réduire à cinq ou six en tenant compte de Terreur évidente d'Ëusébe, relavivement au règne de Philippe. Aucun historien n'a dit que le règne de ce prince ait été de 27 ans. Il est plus «rai de dire qu'il né fut que de 24 ou de 23 ans el quelques mois , ce qui retrancherait 3 ans à la durée du royaume de Macédoine , d'après Eusébe : elle serait alors réduite à 472 ans. C'est ce calcul que nous avons adopté pour la chronologie des rois de Macédoine, en Taisant commencer le régne de Caranus en 796 au lieu de 799 avant J.-G. Il est plus difficile de rendre compte des diCTérences qui se trouvent entre la durée du régne de quelques princes 4 d'après les mêmes chronologîstes ; comme il ne nous convient pas de nous appesantir sur ces difficultés de détail , nous nous contenterons d'observer que quelques événeaienis historiques, dont la certitude n'est pas contestée, viennent à l'appui de la chronologie que nous avons présentée. Ainsi l'anarchie de la Macédoine, après la mort d'Amynlas IV, 373. est suivie des expéditions de Pélopidas dans celte contrée , que nous avons dû placer vers 370; l'expédition de Xerxés en Grèce, qui a lieu de 485 à 479, nous fait connaître Alexandre I^s qui régnait alors sur la Macédoine, el dont le régne est placé de 496 à 452 ans avant J.>G' Justin et Hérodote parlent de la tentative faite par Darius pour réduire la Macédoine, après son expédition de Scythie, qui eut lieu immédiatement après la prise de Rabylone en siS. Les deux hislorieni< affirment que cette tentative fut faite dans les dernières annéesd'AmyntasI".0'après la chronologie d'Eusébe quenous avons suivie, Amyntas mcurten 496, el la certitude de sa mort, arrivée à celle époque , se Irouve ainsi confirmée par Justin ei Hérodote. Nous pourrions ajouter d'autres observations sur luette partie critique de Thisioire de 'la Macédoine; mais nous les bornerons là, pour ne pat donner trop d'étendue à ce qui est en quelque sorte hors de l'enseignement élémentaire.

546 PRÉCIS ]>E l'histoire ANaENNR.

sinage de la mer. H était habité par des tribus adonnées au brigandage. Les Macédoniens et les Thraces ont été constamment en guerre pour la possession des contrées qui touchaient à leure limites respectives. Les Athéniens, les Lacédémoniens, les Perses et Philippe ont fait successivement des conquêtes importantes dans la Thrace; mais cette contrée n'a jamais été subjuguée en entier; et, jusqu'au règne de Claude, elle est restée indépendante de toute domination étrangère. EUe s'étendait depuis la Macédoine, le long de la mer Egée et de la Propontide, jusqu'au Pont-Euxin. Le mont Haemus la séparait, au nord, de la Mœsie; le mont Rhodope l'enveloppait vers le couchant.

S n. —m$ioire de la Macédoine et de la Grèce ^ depuis ravénement de Philippe Il au trône jusqu'au moment où il essaye de se rendre moiCre à» passage des Thermopyles^ 360>3â2.

L Premiers succès de Piiilippe; ses conquêtes en Thrace , en /Hyn«; ses rapports avec les Athéniens et les Olynthiens , 360-3S6. — En 360, le royaume de Macédoine était dans la situation la plus déplorable. Les ûls d'Amyntas IV avaient péri ou par le fer des conspirateurs ou par celui des ennemis extérieurs. Quatre mille Macédoniens avaient été taillés en pièces par les Illyriens ; le reste de l'armée était tellement abattu par cette ^défaite, qu'il n'était plus possible ide continuer la guerre. Les Pseoniens, devenus insolents par le désastre des Macédoniens, ravageaient leur territoire , et les Illyriens faisaient de nouveaux préparatifs pour consommer leur ruine'. La guerre civile aggravait les malheurs de la guerre étrangère. Pausanias, prince de la famille royale, aspirait au trône et. était soutenu par les Thraces. Argée, qui l'avait occupé après la mort d'Amyntas, le réclamait les armes à la main, et avait mis dans ses intérêts les Athéniens, qui lui fournissaient une flotte et trois mille hommes de tx*oupes. Un prince âgé de vingt-trois ans, captif dans une ville de la Grèce, ose affronter tant de périls; mais ce prince est Philippe , formé par les leçons et les exemples d'Épaminondas, le plus grand homme de la Grèce.

360. A la nouveDe de la mort de Perdiccas, Philippe II, qui était en otage à Thèbes, trompe la surveillance de ses gai^diens, abandonne secrètement la ville et se rend en Macédoine. Chargé d'abord de h tutelle d'Amyntas, son neveu, il travaille à défendre le trône, qui lui est bientôt déféré. Il lève des troupes qu'il assujettit à une discipUne sévère, forme la phalange et institue le corps des compagnoîtSy qui a donné tant de grands capitaines à la Macédoine. Il enlève aux Athé-

MâCÉDOmS ET GKÈCE; PHILIPPE u. 547

niais la viDe d'ArophipoIis en la déclarant libre, désarme les Pseoniwis, en gagnant leurs chefs par des présents, et. éloigne de la Macédoine Pausanias, en s'attachant de la même manière le roi des Thraces, qui était son appui. Argée, avec les soldats d'Athènes, se. présente devant Ege et veut se faire reconnaître roi par les habitants. Phihppe repousse les efforts de son rival , le met en fuite et obtient pour lui l'alliance des Athéniens, en renonçant à tous ses droits sur Amphipolis. Il profite de la mort d'Agis, roi des Paeoniens, pour envahir leur territoire et les rendre tributaires de la Macédoine. U porte ensuite la guerre en lUyrie, tue le roi Bardylis, qui régnait depuis soixante ans avec gloire, fait rentrer sous son obéissance toutes les villes que ce prince avait conquises sur les Macédoniens, et étend son royaume jusqu'au lac Lichnyiis.

357. Philippe, vainqueur de ces nations voisines, médite la conquête d'Amphipolis-, située sur le Strymon, pour unir la Macédoine à la mer. Les Olynthiens, qui avaient intérêt au maintien de son indépendance , fournissent eux-mêmes des troupes à Philippe, et Athènes, occupée de la guerre Sociale, laisse ce prince emporter d'assaut une place qui doit le rendre maître des mines du mont Pangée et des bois de la Thrace. Il s'empare ensuite de Pydna dans la Piérie, et s'engage, pour obtenir l'alliance des Olynthiens, à conquérir et à leur abandonner Potidée. Il chasse de cette ville la garnison athénienne, qu'il renvoie saine et sauve dans la Grèce, et abandonne aux Olynthiens Pydna et son territoire , ainsi qu'Anthémonte, ville de Macédoine. Il se dédommage de ces sacrifices par des conquêtes dans la Thrace, qui était alors sous la domination du roi Cotys. Il prend Crénides, colonie" de Thasiens; il y étaWit une colonie de Macédoniens qui donnent à la ville le nom-d(' PhiHppes, et fait exploiter ses mines, qui lui rappoi-tent par an 1,000 talents ou 6,000,000 de francs.

La tranquillité rétablie dans la Macédoine, et tant de succès obtenus dans l'espace de quelques années, pouvaient inspirer quelques alannes aux Athéniens, dont il redoutait la puissance. Pour les dissiper, le prince ne pousse pas plus loin ses succès dans la Thrace. H accorde sa protection aux Thessaliens qui l'implorent contre la tyrannie des meurtriers et des successeurs d'Alexandre de Phère. Il détruit leur pouvoir despotique : la reconnaissance des Thessaliens augmente ses richesses; ils lui abandonnent des revenus considérables, et lui ouvrent leurs ports sur le golfe Thermaïque. Philippe suspend ses projets politiques pour célébrer son mariage avec Olympias, fille de Néoptolème, roi

d'Épire. Le repos, auquel il se condamne, encourage ses ennemis, et tous les peuples qu'il a vaincus prennent à la fois les armes pour Taccabler. Un de ses généraux, Parménion , va combattre et triomphe en lUyrie. La Paeonie et la Thrace sont en même temps réprimées par Philippe, et la naissance d'Alexandre vient mettre le comble à la prospérité de ce prince, 336. Mais son ambition n'est pas encore satisfaite : il veut asservir Olynthe et dominer dans la Grèce. Cet agrandissement, jusqu'alors au-dessus des forces des rois de Macédoine, exige de lui la politique la plus habile. Incapable de commettre une faute, quoiqu'il soit souillé de vices, il profite de toutes les circonstances favorables; il intervient dans les querelles des peuples auxquels il vend chèrement ses services , sait employer à propos l'activité ou l'inaction , et achète , avec les produits des mines de la Thrace, les orateurs les plus accrédités des villes de la Grèce. Leur influence empêche qu'il ne se forme entre elles ime ligue générale pour renverser ses projets ambitieux.

PhiUppe, avec son génie, pouvait sans doute affermir son trône contre les prétentions rivales et étendre sa domination sur les contrées voisines; mais il fut en outre merveilleusement secondé par deux guerres , qui occupèrent pendant treize ans les forces des Athéniens et des principaux états de la Grèce.

II. GuBrre Sociale, 358-356. —-Chio, Gos, Rhodes et Byzance, soutenues par Épaminondas, s'étaient affranchies en 368 du joug d'Athènes. Après la mort de ce grand homme, aucun Thébain ne s'était montré digne de suivre l'exécution des projets qu'il avait formés pour donner à Thèbes l'empire de la mer. Les Athéniens, qui n'avaient agi qu'en qualité d'auxiliaires dans la guerre entre Thèbes et Lacédémone, se trouvèrent en état d'aspirer à la suprématie qu'ilsavaient perdue. Dans l'espace de quelques années, ils la rétablirent dans un grand nombre d'îles de la mer Egée , sur les côtes de la Thrace et de l'Asie ; maLs Charès, orateur passionné, citoyen turbulent, et général plus audacieux qu'habile, conseilla aux Athéniens d'abuser de la victoire. 11 commit les exactions les plus tyranniques, repoussa la plainte par de nouvelles violences , et força les- états tributaires à avoir recours à la .guerre, pour se soustraire au despotisme qui les accablait. Chio, Gos, Rhodes et Byzance se soulèvent et forment une hgue contre laquelle les Athéniens envoient Charès et Chabrias avec des troupes de teiTe et de mer. Les deux généraux commençât la guerre par le siège de Chio. Chabrias, avec une partie de la flotte qu'il commande, force l'enti^ée du port et aime mieux succomber avec gloire que de proclamer.

Page 1