PARTAGE DE L EMPIRE MACÉDONIEN
]6ur indépendance, même avant le temps où s*organisera la ligue âcliéenne. Les peuples engloutis et perdus dans la monarchie de Cyras et d*Âlex£UKlre recouvreront leur individualité, leur nationalité. Le système de centralisation sera détruit. Quant aux familles actuellement régnantes, les Séleucides s'affermiront en Syrie, les Lagides en Egypte; mais en Macédoine , la race de Cassandre sera remplacée par celle de Démétrius, etenThrace, celle de Lysimaque par des princes indigènes. Ainsi, le jugement des armes rendu à la bataille dlpsus n'est encore qu'une sentence provisoire.
Marche de la civilisation au milieu de ces nombreuses révolutions» — Au miUeu de tant de révolutions, une seule chose subsiste, un seul des grands projets d'Alexandre se maintient et s*accomplit. La civilisation grecque apportée autrefois dans l'Orient par les colonies aeolienne, ionienne et dorienne, répandue et propagée avec une nouvelle activité dans toute la Haute-Asie par le conquérant , cette civilisation se développe , étend chaque jour ses ramifications.
En Thrace, Lysimaque a fondé Lysimaciiie; Antigone a bâti trois villes de son nom dans la Syrie, la Bithynie et la Troade. Dès que la guerre leur aura laissé quelque loisir, Séleucus en fondera jusqu'à trente-quatre ; Ptolémée et ses successeurs , une quantité presque innombrable.
Par son traité avec Sandrocottus , Séleucus a ouvert par terre, au commerce de la Haute-Asie avec l'Inde, la route qu'Alexandre cherchait à lui frayer, en reconnaissant le cours de l'Indus et en élevant Fatale. Les Lagides, de leur côté , terminent et agrandissent Alexandrie , achèvent le canal de jonction entre la Méditerranée et la mer Rouge, creusent les ports de Bérénice et de Myos-Hormos, d'où parient les vaisseaux pour* suivre la route maritime de l'Inde , et où arrivent conune à leur rendes^vous les produits et les richesses de l'Inde et de l'Arabie Heureuse.
La langue grecque devient vulgaire dans l'Asie Mineure , l'Egypte, la Syrie, et une partie de la Haut&-Asie. Les Ptolémées rassemblent sept cent mille volumes dans leur bibliothèque , que les rois de Pergame se font un point d'honneur d'égaler ; ils ouvrent lé musée aux sciences , à la philosophie , à la littérature des Grecs, qui s'enrichissent et se fécondent des connaissances des Égyptiens. Désormaisiinies , la sagesse grecque et la sagesse égyptienne s'eçibarquent sur les vaisseaux et sous le pavillon du commerce, pour aller interroger la sagesse de l'Inde; les savants d'Alexandrie et les brachmanes échangent ensemble les idées de trente siècles : les civilisations de l'Europe, de l'Afrique, de l'Asie, se rapprochent, se mêlent, se font de mutuels emprunts.
Ainsi s'accomplit l'œuvre projetée et commencée par Alexandre. Développer dans chaque pays tous les éléments de prospérité , toutes les facultés de l'intelligence, devient une obligation imposée par le génie du conquérant à ses successeurs : il semble que ce soit une condition indispensable pour régner dans les lieux où U a dominé lui-même.
594 PRÉOIS DE L*HIST01RE ANCIEUKS.
Nous avons signalé les fureun âe l'ambition exercées sur la famille d'Alexandre ci aor son dëfensear Enmène. Mais on ne pent méconnaître qoo iA goerre perd insensiblemeDl une partie de ses rigueurs, et ]tt conquête les plss emela de ses anciens droits. Protogène laisse ses ateliers ouYerts parmi les aTant-pestes de
Démétrius, « parce qu'il sait que ce prince ne fait pas la guf^rre aux arta. » Les Uhodiens reçoivent en présent de ce même Démétrius les machines qui ont servi à battre leurs murailles. Ptolémée et Démétrius se renvoient mutuellement leurs parents et leurs amis, que des victoires alternatives ont mis en leur pouvoir, Athènes, prise tour à tour par Anlipater, Cassandre, Démétrius, et plusieurs fois révoltée contre chacun d*eux , reçoit de^ garnisons , paye des contributions ; mais les personnes et les hkos sont respectés : les deux premier» lui donnent pour gouvernement la plus sage des aristocraties fi), et ponr gouverneurs, Phoeion et Démétijiis de Phalère ; le dernier lui rend sa démocratie. Les snecesseors d'Alexandre gardent les mêmes ménagements avec toutes les autres cités grecques. Au temps de leur puissance et de leurs conquêtes, les Athénfois avaient taé jos^ qu'au dernier les habitants de Méios et de Scioné, s'étaient partagé le territoire de Mitylène, après avoir livré au bourreau mille de ses habitants. Les Spea-tiatcs , maîtres d'Athènes, lui avaient imposé trente tyrans pour gouverneurs; dans toutes les autres villes, ils avaient massacré ou banni tous les habitants qu'Ua regardaient comme ennemis de l'esclavage et de leur despotisme (2). A. P.