‹ Précis de l'histoire ancienneChapitre 86 sur 103 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Ht^toixe des successeurs d'Alexandre , depuis la bataille d'Ipsns, jusqu'à la mort de Pyrrhus , 301-273. — Résumé de l'histoire d'Ëpire.

S L — Depuis la bataille d'Ipsus jusqu'à la mort de Séleucus.

Après la bataille d'Ipsus , Démétrius passée» Grèce, — 304. Après la bataille d'Ipsus (5), Démétrius conserve en Asie Tyr, Sidon, Cypre, plusieurs villes maritimes de rflellespont et des pays voisins, il rassemble dix-neuf mille hommes et passe en Grrèce. Les garnisons qu'il

(I) Montesquieu , Esprit des Lois, 1. Il, c. 3 : « Quand Anlipater établU que ceux qui » n'auraient pas deux mille draciiines seraient exclus du droit de suffrage, ii forma la .*> meiileure aristocratie qu'il fût possible, parce que ce cens était si petit qu'ail n'exduaii » que peu de gens, et persaniie qui eût quelque eonsidératioD dans la cité.»

(3) Voyez les chapitres 22. 23, 24, 26, à la fin.

(a) Pour ce paragraphe, Piutarc, in DeiueL et Pyrr. PausaxL, Attic. c. lO» iS, 36. Éliac., C.15. Euseb. Arm., p« 329, 330, 343, 344.

avait mises dans les villes du Pélopouèse et de la Grèce centrale les<Hkt abandonnées ou les tiennent pour ses eaoemis. Athèoes lui feiBieaes portes; il obtient seuknteat qu'elle lui rende ses vaisseaux.

DémétriuB commence à se relever.^- Une mésintdligence favorable à Démétrius éclate entre ses ennemis, Séleucus, Ptolémée, Lysimaque. Séleucus lui demande en mariage sa fille Stratonioe. Démétrius la conduit en Syrie et s'empare de la Cilicie sur le frère de Cassandre. Séleucus presse son beau-père de lui céder la Cilicie, Tyr, Sidon. Démétrius 'refuse^ met de fortes garnisons dans ses possessions d'Asie, et retourne en Grèce avec sa flotte.

Il soumet toute la Grèce ^ excepté VÉpire^ et s'empare de to Mwoédoine, — Il ressaisit dans le Péloponèse quelques villes qui avaient quitté son parti, assiège et prend Atkcnes, âd7; il pardonne aux babitants, les délivre de l'usurpateur Léocbarès, et leur raid les ma* gistrats qui leur sont le plus agréables; mais il met une garnison dans le Musée pour empêcher le peuple de se révolter de nouveau , 296. Il soumet Mégare, passe de nouveau dans le Péloponèse, défait les Spar-* tiates et leur roi Archidamus dans deux combats, l'un près de Mantinée, l'autre sous leurs murs mêmes; de sorte qu'on le regarde comme déjà maître de la ville, qui n'a jamais été prise. Darië le temps où ses affaires sont le mieux disposées dans le Péloponèse, les nouvelles qu'il reçoit de Macédoine l'entraînent vers ce pays, 295.

Âétolutions de Jfacedwne. — Cassandre est mort l'an 298. Son fils aîné, Philippe, a succombé peu de temps après lui. Ses deux autres fils, Antipater et Alexandre , lui ont succédé en 297. Antipater a tué sa mère Thessalonice, et s'est rendu un objet d'horreur pour les Macédoniens. Alexandre a appelé en même temps, contre ce frère parricide, Démétrius et Pyrrhus II, fils du roi d'Épire iEcide. Pyrrhus est entré le premier en Macédoine,, a détaché de ce royaume et joint au sien Nymphéeavec les côtes maritimes de la Nouv«lle-£pire, l'Ambracie, l'Amphiiochie, l'Acarnânie ; il a partagé ensuite le trône mitre les deux frères, et s'est retiré.

295.— Démétrius arrive sur ces entrefaites. Alexandre hii témoigne qu'il n'a plus besoin de son intervention, lui tend des embûches en Macédoine et en Thessalie, et périt assassiné luirmême à Larisse. Démétrius est proclamé roi par les soldats macédoniens. Antipater se sauve en Thrace, auprès de son beau-père Lysimaque. Démétrius reste midtre alors de la Macédoine, de la Thessalie, dé la plus grande partie du Péloponèse /de l'île d'Ëubée, de Mégare et d'Athènes, dansia Grèce

396 PRfifjs T)E l'histoire ancienne.

centrale. Il ajoute la Béotic à ses possessions , après avoir pris deux fois Thèbes, levé des contributions sur le pays, nommé un gouverneur général et mis des garnisons dans les villes , 293-291 . L'année suivante, il envahit T^tolie, et, en 289, Corcyre. Il commande alors à la Grèce entière , excepté à TÉpire, à Sparte et à quelques villes du Péloponèse.

Concurrence de Pyrrhus ; imffrudences de Démélrius: — 289. Pyrrhus, qui nourrit Tespoir de le chasser de la Macédoine, ravage la Thessalie, taille en pièces son armée d'iEtolie, délivre cette contrée, et, par ses brillants exploits, se fait de nombreux partisans parmi les Macédoniens. Démétrius les aigrit, au contraire, par ses hauteurs, son luxe, et ses refus de rendre la justice. Il indispose également les Grecs par ses procédés tyranniques; pendant deux ans, il retient les ambassadeurs athéniens sans leur donner de réponse, quoique, de tous les Grecs, les Athéniens soient ceux qu'il considère davantage.

Démétrius veut reconquérir en Asie les états perdus par son père. — 288. En présence d'un rival redoutable, de sujets mécontents, il forme le projet imprudent de reprendre à Lysimaque, à Séleucus et àPtolémée, les diverses provinces asiatiques qui formaient le royaume d'Antigone avant la bataille d'Ipsus. Il construit cinq cents galères dans les chantiers de Chalcis, de Corinthe, dePella, et rasseirible cent dix mille soldats.

Ligue de Lysimaque^ Séleucus, Ptolémée, Pyrrhus , contre Démétrius : ses pertes, sa captivité, sa moK. — Lysimaque , Séleucus, Ptolémée, Pyrrhus , forment une nouvelle ligue et l'attaquent. Ptolémée débarque en Grèce et la fait révolter contre lui.* Lysimaque pénètre en Macédoine par la Thrace, Pyrrhus par l'Épire. L'armée macédonienne, dès longtemps mécontente, passe sous les drapeaux de Pyrrhus. Pyrrhus et Lysimaque se partagent la Macédoine, 287. Démétrius se sauve d'abord à Gassandrie, ensuite dans la Grèce centrale , où il rend leur liberté aux Thébains , et enfin dans- le Péloponèse , où il se joint à son fils Antigone de Goni. Pyrrhus continue les hostilités contre Démétrius, aide les Athéniens à chasser leur garnison macédonienne et à rétablir leur ancienne constitution en nommant des archontes. A la tête de douze mille hommes , Démétrius passe en Asie et essaye successivement de s'emparer de la Lydie , de la Carie , de la Cilicie : il est défait en Syrie par son gendre Séleucus, enfermé dans les défilés du mont Amanus, contraint de se rendre, 285, et emprisonné dans une maison royale, où il meurt trois ans plus tard (1).

(0 Plutarc., in Demet.,.dit trois ans ; Euseb., p. 344, dit quatre ans plus tard.

ÉPIRE ET MACËDOII<î£ ; PTRRHLS. 59

Provinces demeurées au pouvoir à'Antigone de Goni après les revers de son père. — Dès que Pyrrhus a été infonné des revers, de DéMétrius en Asie , il lui a enlevé la Thessalie. Il reste à son fils Antigone de Goni une flotte et des trésors ; la possession des îles de la mer Egée; celle de Corintlie , de la plupart des villes de T Achale et de quelques autres places dans le Péloponèse ; celle de la Még£^ride, de la Locride , de la Phocide, dans la Grèce centrale ; celle de Démétriade, en Thessalie (1).

Lysimaque vaincu et tue par Séleucus. Séleucus assassiné par Ptolémée ^eraunt*». — Nous avons vu que Lysimaque avait contraint Pyrrhus à partager la Macédoine avec lui. Il dépouilla Pyrrhus, après sept mois de possession , de la partie de la Macédoine qui lui était échue en partage , 287 , et réunit pour cinq ans ce royaume à celui de Thrace et d'Asie-Mineure, qu'il possédait déjà ( royez page- 392 ).

L'an 282, une rupture, amenée par une ancienne haine et par une querelle de famille , éclate entre Lysimaque et Séleucus Nicanor. Lysimaque est vaincu et tué à Cyropédion , en Phtygie , 282. Séleucus se fait proclamer roi de Macédoine, et porte, pendant sept mois, le titre de roi de ce pays et de la Thrace, tandis que son fils Antiochus, auquel il a cédé Stratoniceet la Haute-Asie dès Fan 294, gouverne les peuples situés entre le mont Taurus et Tlndus.

Ptolémée Céraunus assassine Séleucus à Lysimachie, dans la Chersonèse de Thrace, au moment où Séleucus venait de passer en Europe, pour prendre possession de la Thrace et de la Macédoine, 281. Céraunus règne neuf mois dans ces deux pays.

Résultat. Les quatre grands royaumes réduits à trois,-- L'Asie- Mineure est détachée du royaume de Thrace, et obéit désormais aux Séleucides. La Thrace elle-même, envahie , comme nous allons le voir, par les Gaulois, sera arrachée à la Macédoine et à la Grèce, retournera sous la loi de princes indigènes. Ainsi, en dernier résultat, des débris de l'empire d'Alexandre se formèrent trois grands royaumes : 1<» celui de Syrie, soumis aux Séleucides, et actuellement composé de huit provinces de l' Asie-Mineure et de toute la Haute- Asie ; 2» celui d'Egypte, patrimoine des Lagides, formé de l'Egypte proprement dite, de la Cynéraïque, de l'île de Cypre, de la Célésyrie, de la Phénicie et de la

(1) PluUrc-,in Pyrrh.,c. I3,in Démet., c.60,62. Justin, 1. XXIV. Plu (arque, en marquant toutes les villes où Antigone fit décerner les honneurs au corps de son père , indique celles qui lui obéissaient.

398 PRÉCIS DB l'hïstoire ancienne.

Palestine; S* odui de Macédoine, où nous allons voir s'établir la postérité d'Antigone et de Démétrius.

$ IL — Histoire de la Macédoine et de la Grèce ^ defmê la mort de SéUuem jusqu'à celle de Pyrrhus.

Le pénible travail auquel la mort d'Alexandre a soumis la moitié da monde des anciens est fini pour l'Asie et TAÏrique, en ce qui concerne les familles auxquelles ces pays doivent obéir, et les limites que doivent avoir les royaumes de Syrie et d'Egypte :. les révolutions et les démembrements auxquels ils seront désormais exposés tiendront à d'autres causes. Mais les questions préalables de dynasties et de frontières ne sont pas encore décidées pour la Macédoine et pour la Grèce, et elles vont s'agiter au milieu des faits divers qui composent la fin de ce chapitre.

Ptolémée Céraunuê , en concurrence avec divers princes pour le tréne de Macédoine , ^ reste mailre ju$qu*à Vinvasion des Gaulois, 281. — Après la mort de Séleucus, son assassin, Ptolémée Céraunus, gagne ses troupes en leur distribuant de l'argent, et se porte pour son héritier en Thrace et en Macédoine , concurremment avec Antiochus, fils de Séleucus, Pyrrhus, et Antigone de Goni, fils de Démétrius. Céraunus garantit l'abandon de l'Asie Mineure à Aûtiochus , fojrait I35 troupes à Pyrrhus pour son expédition d'Italie , et obtient la renonciation de ces deux princes aux droits qu'ils pouvaient avoir. Antigone de Goni combat Céraunus ; mais il est vaincu dans une bataille navale, et se sauve en Béotie. Céraunus se rend en Macédoine, obtient la main de sa sœur Arsinoé , -veuve de Lysimaque , égorge les deux fils quelle avait eus de ce roi , la force d'aller chercher un asile dans l'île de Samothrace , puis en Egypte , et reste sans compétiteur, maître de la Macédoine (i).

Tandis qu' Antigone de Goni et Ptolémée Céraunus se disputent la Macédoine, d'un côté, Thèbes et Athènes profitent de l'occasion fâYOrahle pour affermir leur liberté ^ qu'elles ont recouvrée pendant les querelles de Pyrrhus et de Démétrius; Mégare, la Phocidc, la Locride, pour la reconquérir. D'un autre côté, les Gaulois se préparent à envahir la Macédoine et la Grèce. Nous n'insisterons pas ici sur les détails relatife . à la renaissance de la liberté en Grèce, lesquels trouveront leur place ',

f (0 Jaslin , 1. XXIV, c. 2, et I. XVH. c. 2, 3 Plularc, i

ÉPIAE ET MACÉDODIX ; PTRRHCS. 399

»ileiir8, et nous iMTéseaterons ceux qui conGemcait rinvasion des GaokMS.

Invaswii de$ fioufoû en Macéèoine et en Grèce. Rapide sucee$si<m de irais princm en Macédoine.^Lcs Gaulois dirig^t contre la Tbrace^ la Macédoine et la Grèce deux expéditions, ayec le projet de déyaster entièrement ces pays» et ensuite de s*y établir. La première, commandée par Cambaules, vers 281 , ne s*avance que jusqu'à la Thrace, et se borne pour ainsi dire à reconnaître ce pays, parce qu'elle ne se troui* pas assez forte. La seconde se partage en trois corps : le premier, sous la conduite deCérétrius, marche contre la Tbrace; le second, commandé par Brennus.et Achicorius, contre la Paeonie; le troisième, sous les ordres de Belgius, contre l'IUyrie et la Macédoine (1).

Ptolémée Céraunus est attaqué, vaincu et tué par Belgius, 280. Dans leur consternation, les Macédoniens prennent tour à tour pour roi Méléagre, frère de Céraunus; puis Antipater, iilsde Cassandre. L'incapacité de ces rois ne leur permet de conserver l'autorité, le premier qus pendant deux mois, le second que pendant quarante-cinq jours.

Sosthènes, l'un des principaux Macédoniens, prend le commandement, bat les Gaulois de Belgiuset les contraint d'évacuer la Macédoine. Belgius est remplacé par Brennus et par Achicorius, dont les guerriers s'élèvent à cent cinquante mille. Les barbares écrasent Sosthènes et son armée, 278, dévastent la Thessalie et arrivent aux Thermopyles.

Là, ils sont repousses avec une perte considérable par l'armée de six peuples de la Grèce centrale, les^Etoliens, lesLocriens, lesPhocidiens, les Béotiens, les Athéniens, les Mégariens, réunis dans une.confédération hbre (2)^ Mais les Gaulois mettent en fuite les Phocidiens sur 1« mont CEta, pénètrent en Phocide par le sentier de Trachis, que Xerxès avait suivi autrefois, et arrivent aux environs de Delphes, dont les richesses les attirent Un tremblement de terre et un ouragan portent te désordre, et la consternation dans leurs rangs : les Grecs profitent de cette circonstance et de la supériorité des armes pour en détruire ung partie; le reste périt dans sa fuite paf le froid et la famine.

(0 Pausanias, 1. X, c. la et sqq. Diodor. Sicul. reîiq., 1. XXII, no* 3, 4.

(2) Paosanias, Phocide, c. 2o, nous a conservé non-seulement le nom de ces peuplés, mais même le contingent fourni par chacun d'eux contre les Gaulois : Béotiens, dix raille cinq cents; Phocidiens, troi^ mille cinq cents; Locriens, sept cents; Alhéniens^ mille cinq cents et une flotte ; Mégariens, quatre cents; ^loliens, sept mille fantassin > et une cavalerie, qui s'élevait au moins à quatre mille hommes, puisque Pausanias faii observer que leur contingent fut le plus cohsidérat)le de tous , et que celui des Béotiens s'élevait à dix mille cinq cents.

Le troisième corps, commandé par Cérétrius, s'empare de la Thretoe et la détache pour toujours de la Grèce, 278. Parmi les Gaulois de cette division, les uns demeurent en Thcace, les autres passent dans TÂsie Mineure, s'engagent au service du roi de Bithynie, Nicomède, et sont introduits par lui dans la Phrygie. Ils s'emparent d'une partie de cette province, et lui donnent le nom de Galatie ou Gallo-Grèce.

Antigone de Goni rentre en possession de la Macédoine. Guerre contre les Gaulois. — Après la mort de Sosthènes, et une anarchie de près de deux ans, Antigone recouvra le royaume de Macédoine , l'an 276, en vertu d'un traité conclu avec son compétiteur Antiochusl**, Soter, dont il épousa la fille Phila.

Les peuples de la Grèce centrale achevaient alors, comme nous le montrerons bientôt, de secouer la domination d' Antigone. Toutefois l'intérêt de ce prince était, avant tout, de détruire les Gaulois, les ennemis communs, sauf à combattre les Grecs plus tard. Aussi envoya-t-il un renfort de cinq cents Macédoniens, seul détachement dont l'épuisement de la Macédoine lui permît de disposer (i), se joindre aux confédérés dans la Phocide.

Les Gaulois laissés par Brennus à la garde des pays septentrionaux dont il était parti, attaquent la Macédoine pendant que lui-même pénètre en Grèce. Antigone les défait, en sorte que les deux armées barbares sont détruites dans la Macédoine et aux environs de Delphes, 4 peu près en même temps (2). Antigone commençait à peine à se consolider , quand il fut attaqué par Pyrrhus.

Guerre d* Antigone contre Pyrrhus. Expédition de Pyrrhus dans le Péloponèse. Sa mort. — Pyrrhus, après avoir consufpé six années dans diverses guerres en Italie et en Sicile, 280-274, retourne en Épire, passe dans la Macédoine, défait les Gaulois qu'Antigone avait pris à sa solde , lui débauche la phalange , et le chasse entièrement du royaume(5). Les Gaulois, qu'il engage à son tour sous ses drapeaux, pillent la ville

(1) Pat^sanias, Phocide , c. 20. Cet envoi de cinq cents Macédoniens , rappelé par Paifr sanias, prouve incontestablement qu'Anligone dés lors était en Macédoine.

(2) Justin, 1. XXV, e. 1. II dit que les Gaulois qui attaquaient la Macédoine étaient encouragés par rexemple récent de Belgius.Si Brennus avait été détruit, ce revers au* rait plus que compensé le succès de Belgius : Veneouragement dont parle Justin aurait nécessairement fait place au découragement : les deux expéditions eurent donc lieu en même temps.

(3) Plutarc, in Pyrrh. Justin , I. XXV, c. 3. — Pausanias , Altic, c 33, dit qu'Antigone •onserva les villes maritimes : deux témoignages sont opposés au sien.

tPlRE ET MACtoOllHK; PYRRHUS. 401

d'Édesse et violent le tombeau des rois: en laissant ce crime impuni, il se décrie dans Tesprit des Macédoniens.

Avant d'avoir pris le temps de détruire ces impressions et de s*affer mir dans sa conquête de la Macédoine, il court tenter celle du Pélopo ûèse. Déjà appelé par les Athéniens, les Achéens, les Messéniens, il cherche à se faire d'autres partisans en proclamant qu'il vient délivrer les villes dif Péloponèse encore occupées par Antigone. Mais il dément bientôt lui-même ses promesses mensoigères par le siège de Sparte, qui n'a jamais obéi, et par celui d'Argos, qui n'obéit plus aux Macédoniens, 273.

Les Spartiates, secondés par la résolution et les efforts héroïques de leurs femmes, repoussent ses premières attaques. Bientôt secourus par leur roi Aréus, revenu de Crète, et par les troupes d'Antigone, ils le contraignent à lever le siège de leur ville avoc perte, 272. Il s'en éloigne pour attaquer Argos, déchirée par deux factions, dont Tune lui ouvre les portes. Les Spartiates, les Cretois, les troupes d'Antigone, l'ont suivi et le chassent d'Argos : dans le désordre de la retraite, il est tué de la main d'une vieille femme (i).

Immédiatement après le départ de Pyrrhus pour le Péloponèse, Antigone de Goni avait profité de son absence pour reprendre une partie de la Macédoine (2); à la mort de son rival, il recouvra le reste du royaume. Une nouvelle horde de Gaulois, mêlés d'aventuriers grecs, l'attaqua en 269, mais il la tailla en pièces. Deux ans plus tard, 267 , Alexandre, fils de Pyrrhus, gagna l'armée macéionienne et monta un moment sur le trône ; mais il en fut renversé aussi promptement qu'il y était monté par Démétrius, fils d'Antigone (5).

Ces deux invasions ne changèrent donc rien à l'état de la Macédoine et de la Grèce. La mort de Brennus a décidé que la Grèce ne serait pas envahie et occupée à main armé ) pa; les barbares du Nord : la mort de Pyrrhus fixe la couronne de Macédoine sur la tête des princes issus de Démétrius Poliorcètes. Ces deux grands intérêts, qui nous ont occupés dans tout le cours du présent paragraphe, sont terminés : ces deux événements forment une période et en ouvrent une autre, toute remplie des rapports de la Macédoine avec la Grèce.

Avant d'entrer dans les détails relatifs à ce dernier sujet , nous profi-

(1) Plutarc, in Pyrrb. Justin, 1. XXV, c. 4, s. Pausanias , I. HI, c. «, t, 13.

(2) Paasanias, Allie, c. 13.

(3) JuiUn, I.XXVl,e.3.

402 PRÉOS DE L*HISTOmE ANCIENNE.

teitmsda repos qm Ton peut éta]^ir àladéfaiteâeBretinuset à k moit de Pyrrhus, pour présenter le résoBié de Vhistoire d'Épire. Reprenant cette histoire aux temps héroïques, nous la conâairons jiasqti'à la destruction de la royauté en â52, temps ^voisin de celui où; i'É^re^ sans être, iiicorporée à la monarchie macéâonièmie , tomba sous» sa dépendance.

% III. — Résumé de l'histoire d'Épire depuis les temps héroïques ^us^'é V abolition de la royauté, en 232.

I. Suite des rois. — Pyrrhus /•», fils d'Achille, avait envahi l'Épire avec les Myrmidons, et avait fondé le second Tbyaume des Molosses. Ses descendants» ajppeléft Pyrrhidei on MùtidéSi l*ti saecédèrent au nombre de trelEe jusqu'à Aftoiète. On ignore leurs n#ms, si ce n'est eelsi de deux : tout ce qu'on sait de leurs règnes, c'est qu'ils ne comnandâieait qu'aux Midosses el aux Atintanlens. Les autres peuples de TÉpire , tels que ks Thesprotiens^ les Athéspanes , les Orestins, etc., avaient leurs rois parUculiers ou vivaient dans Tindcpendance (1).

Admète, 480-429, régnait sur les Molosses quand Xerxès envahit la Grèce : il donna un asile à Thémistocle, banni et persécuté (2). Après Admète, vinrent Tharymbas ou Tarrutas, 429-395; u4lcétas /", 3^-361; MoptMfm €« Arymbas ensemble, puis Arymba» seul, 361-342; Alexandre /•' le Molosse, 3W-33I , Maciêe, .131-312,- Aleétas II, 312*304; Pyrrhus II ^ Moptolèm»^ puis Pyrrhus seul , 295-27 2; AàMsanérs II, 272-242; Ptolémés^ Pyrrhus 11^ Xooitomt», 242-329.

II. Étendue be l'emfire et relations extjérsbujres.— Arymbas II ayant donné sa nièce Olyrapias en mariage à f^hilippe de Macédoine, les .€acides , liés désormais d'intérêt avec les rois de Macédoine et secourus par eux, incorporèrent les Thesprotiens et les Orestins aux Molosses, et formèrent un seul état des diverses provinces de l'Épire. Cette augmentation de puissance leur permit bientôt de faire sentir leur intlnence an dehors. Alexandre le Molosse , appelé par iea Tarentins pWiï les seconrir contre leurs voisins, conçut le projet d« subjuguer lltalic et to«t rOcddent, pendant qu'Alexandre U€raaMl, son neveu, laisait la conquête de i'Orientr H p<Mta deux fois la gnen« «n Italie, vainquit dans plusieurs lencontres les Lucaniens et les Brutiens, délivra les villes grecques, Métapoi^, Thurium» Héraclée, Térine,.Siponte, tombées en leur pouvoir, et conclut un traité d'amitié et d'alliance avec les Romains. Mais l'intrépidité de ses ennemis borna ses succès , et des circonstances malheureuses terminèrent ses vastes projets par une mort prématurée (3).

tandis que les républiques de la Grèce centrale et méridionale, également époi-

(1) Plutarc, in Pyrrh. Jastiir, ï. XVIf , c. 3. Straboti, I. Vïî , p. 322, »«».

(2) Plutarc^ CorDelius , in Tliemist.

(3) Liv , 1. VIII, c. 17, 24. Justin , 1. Xll, •. 2. Paiisan., 1. 1, e. 1 1. Strabon, I. VI.

ËPiRS £T MA.GÉI)OSK£ ; PIRBAUS. 4û3k

séeside giaa^ bommes» de patriotiâme et de fgrces , ôbéisseat aux ordres d'OcIuis» les deux monarchies du Nwd, unissant l'énergie de peuples encore nouveaux aux ressources de la cmlisation y Tengent la Grèce ou soutiennent son bonneor Miec rétranger.

Sous iEacide et AJcôias II» Gassandre pcit prétexte des secours que \e prenûer ayalt £»iirais à Otympkis, pour envahir l'Épire et lui donner un gouverneur macédo«iea;mais Alcétas affranchit ses compatriotes de la domination étrangère (!)•

Quand on considère l'état dan& lequel Pyrrhus II trouva la Macédoine et la Gcèce, l€sqttaUt£& dooA il était doué,, les ressources qu'il sut créer, on demeure ccRvauicu qu'il ne lui manqua qu'une volonté ûxe, de la suite dans sa conduite et ses- pro^ete,, pour demeurer maître de l'Épire, de la Thessalie, de la MacédoÎAe,. pour ajouter à cette domination étendue le commandement de la. Grèce, centrale et du Péloponèse, pour jouer le rôle de Philippe et d'Alexandre ^e Grand. Mais, emporté par son inconstance et sa passion pour les comhats dans des guerres continuelles contre Démétrius, Lysimaq^e, les Romains, les C^thaginojs^Antigonede Goni,^les Spartiates, les Argien8,.il vécut et mourut en aventurier (2).

Alexandre , son Ûls , perdit un moment l'Bpiie, après avoir gagné la Macéiloine^ recouvra ensuite ses états hérèditaires, et s'unit aux iEtoIiens pour partager l'Acarnanie. Après lui , le trône fut occupé par des enfants et par une femme , puis renversé. L'Épire , érigée en république , fut tour à tour ravagée par les iEtoliena et les Macédoniens , jusqu'à ce que ces derniers y prissent un ascendant marqué. La' communauté d'intérêts avec la Macédoine, à laquelle on voit les Épirotes astreints dès le commencement du règne de Philippe 111, n'était certainement pas l'effet de leur volonté , et accuse hautement leur dépendance (3).

m. Gouvernement. — Nous avons établi précédeoiment (4) que dès les temps les plus anciens le gouvernement établi chez les Épirotes était une monarchie tempérée qui laissait aux sujets la liberté civile et leurs privilèges nationanix. Tarrutas, conduit chez Fes Athéniens dès 8on «nfance-, an temps de la gnorve du Péloponèse, étudia le gouvernement, k législalirai^ tes arts, les sciences de ce peuple célèbre , les rapporta avec lui en Épire , et civiMsa ses sujets : il promulgua un code de lois civiles pleines de justice et d'humanité, établit un sénat, rendit les magistrats annuels, donna à l'État une forme républicaine, tout en y maintenant la royauté (5). Arymhas gouverna avec prudence, éqifité, modéi-ation , et mérita que Xénocrate, philosophe de Chalcédoine, lui dédiât quatre livres qu'il - composa sur Part de régner : la flatterie elle-même n'ose offrir un semblable présent à un mauvais prince.

(1) DlodOTe,l.XVin,XlX.

(2} Plotepc., in Pyprha. Justin, UXVtl, XVIM., XXlll, XXV.

(3) Polyb,, I. II, c 4-,, el Mb. IV, c. !6« Justin , I. XXVI et XXVII. •

(4) Voir ci-dessus, cliap. XIV, à la fin, pages 22'», 226,

(&) Pluiacc, in Pyrriw), «Uribue ces chan^cîoenis à Tarrulas. Ju«ii«, l. XVI^ c. ?,, Us * donne à ArymUa^.

Les restrictions apportées dès Torigine à la puissance royale, et accrues encore par la constitution de Tarrutas ; les continuelles usurpations des princes de lafamille royale les uns sur les autres, nées de Tabsence d'une loi qui réglât et fliât la succession au trône; les dépositions d'Alcétas P' et d'iflaeîde, le supplice d'Âl« cétas II, chassés ou mis à mort pour leur incapacité et leurs cruautés ; enfin, la fatigue et le mécontentement dans lesquelles expéditions d'Alexandre le Molosse, de Pyrrhus et d'Alexandre 11 avaient jeté l'Épire, toutes ces causes réunies avaient dès longtemps préparé la destruction de la royauté. Après la mort de Pyrrhus lll, dernier rejeton iflâle des itîacides, le sceptre étant tombé entre les mains de sa sœur Laodomie, la multitude se disposa à le lui arracher, et se révolta: un vil assassin la poursuivit et la tua au pied des autels où elle s'était réfugiée. Ce meurtre se rapporte à l'an 232 , époque où mourut le roi de Macédoine Démctrius (1).

Les Épirotes remplacèrent les rois par dés magistrats qu'ils choisirent annuellement dans rassemblée générale de la nation réunie à Passaro. Leurs Icris, pciitêtre fort sages dans ce qui concerne l'administration intérieure, réglaient d'une manière vicieuse et insufiisante l'emploi des forces publiques. En effet, maigre le nombre de ses soixante-dix villes, malgré l'abondance de sa population, TÉpirc résista toujours mal aux attaques des lUyriens et des Macédoniens, et tomba, comme nous l'avons remarqué, dans l'entière dépendance des derniers. A. P.

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