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CHAPITRE XXXVI

Rapports de la Macédoine et de la Grèce, depuis la mort d'Alexandre jusqu'à la renaissance de la liberté en Grèce, de 32d à 287. - Histoire de la Macédoioeet de la Grèce , depuis la renaissance de la liberté jusqu'à l'intervention continue de la politique romaine dans les affaires de la Grèce, de 287 à 214.

Les vingt-huit États dont se composait le corps hellénique avaient besoin de s'entendre, de prendre des résolutions en commun pour résister aux attaques de l'étranger et garantir leur indépendance. Le manque d'accord avait produit l'as-' servissement momentané à la Perse, Jors du traité d'Antalcidas, et la soumission à la Macédoine quand on regardait encore ce pays comme étranger à la Grèce. Les Spartiates et les Athéniens avalent tenu les Grecs unis et forts au temps de Pausanias , de Cimon et d'Agésilas ; mais ils les avaient privés de toute libellé poU-

(1) Justin , 1. XXYllI, c. 3. Pausanias dit qae les Épirotes attendirent la mort naturel!* de Laodamie pour établir le régime républicain, mais que son régne fut court.

LÀ GRfiCE AYANT LÀ LIGUE ÀCHÉEMNE. 40w

tique et même civile. Pliilippe et Alexandre avaient concilié le respect pour ces deux libertés avec l'union des peuples helléniques, et au lieu de dominer la Grèce avec le secours de la Macédoine, ils avaient fait entrer la Macédoine dans le corps de la Grèce (1). Tel est notre point de départ

§ h-^Jiapportê (2) de la Macédoine et de la Grèce depuU la mort â^ Alexandre juêq}**aux détaetres de Démétrius et à la renaissance de la liberté en Grèce , 323-287.

Entraînés d'un côté par les factieux, d'un autre par les JStoliens et les Athéniens , qui cherchaient dans les troubles l'impunité de deux grandes injustices (3), les Grecs se soulevèrent à la moit d'Alexandre. Ils ruinèrent la fédération précédemment établie , avant de savoir si les successeurs du conquérant respecteraient comme lui la liberté de. la Grèce , en maintenant le commandement de la Macédoine; ou s'ils convertiraient cette suprématie en une souveraineté despotique pareille à celle qu'avaient exercée précédemment Athènes et Sparte. Les Grecs furent vaincus dans la guerre Lamiaque : tous , excepté les iEtoliens' et les Spartiates, tombèrent à la merci des divers successeurs d'Alexandre, qui, tour à tour, s'emparèrent de la Macédoine.

Ces princes exercèrent sur les États helléniques une autorité que nous essayerons de caractériser en l'appelant domination ^ et qui était à peu près également éloignée du commandement généreux de Philippe et d'Alexandre, et de la souveraineté despotique d'Athènes et de Sparte. Us mirent des garnisons dans les villes. Ils changèrent les gouvernements, tantôt substituant à la démocratie l'aristocratie, plus favorable à leurs projets ; tantôt établissant des administrateurs et des gouverneurs (4), ou bien soutenant des tyrans, qui leur abandonnaient sur leurs compatriotes la moitié de l'autorité qu'ils avaîent U5Ui*pée , et qu'ils conservaient avec leur assistance (5). Ils usèrent de l'ascendant qu'ils obtinrent dans les villes par ces divers moyens , pour exiger d'elles des levées d'hommes et des subsides , employés non pas à les défendre, mais à servir des projets ambitieux ou à satisfaire des fantaisies honteuses. Démétrius tira des Athéniens une somme de plus de deux cent cinquante talents (1,375,000 francs) pour la distribuer à des courtisanes : nous l'avons vu frapper les Béotiens de nouvelles contributions, construire cinq cents

(1) Voye» ei- dessus , c. XXXP , p. 356 el suiv.

(2; L'exisleoee de la Grèce, ses inléréU, ses besoinSh^ses passions, pendant soixantetreiieans, depuis la mort d'Alexandre jusqu'à la délivrance de Sicyone par Araïus (323-251 ), sont ou omis ou perdus au milieu de détails étrangers dans les lilsloriens modernes. Nous allons essayer de combler cette lacune, l'une des plus grandes de l'histoire aneienne , par des recherches qui nous sont propres et qui forment le complément de celles que nous avons consignées dans notre Histoire romaine, chap. XII, S 4.

(3) Diodore, I. XVIII. Voyez ci-dessus, p. 37S.

(4) Voyez le ehap. XXXIV, pages 380, 394 et la note.

(5) Poljfbe, 1. II, c. 41 : « Démétrius et Cassandre mirent garnison dans quelques villes » grecques et suscitèrent ou soutinrent des tyrans dans les antres. »

i|66 ritÉOs lyE L'msTOfiifi iincieniie.

galères dans les chanliera âe Chalcis et de -Corintlie, mssenibier en Grèce imé partie des cent dix mille hommes destinéB à dépouiller Séleucus «tlNolémjée, et t lui rendre à lui-même la domination ^de l'Asie Mineure (1).

Quelque arbitraires que fussent les exigences de Démëtrias , de Cassandre , â'Antipater, et les mesures adoptées par eux pour établir leur domination sur les républiques greeques, elles étaient mille fois moins odieuses qne ceTles déployées autrefois par Athènes et par Lacédémone. L'ari^ocratle d'Antipater et de Cassandre, la meilleure et la plus juste qu*on eût encore formée (2), était sansitoute phis tolérable que l'oligarchie de trente tyrans établie par les JLacédémoniens à Athènes. Les gouverneurs Phccion et Démétrius de Phalère étaient moins acerbes que le gouTemèor Lysandre, massacrant parmi les Grecs asiatiques tous ceux <{u'il sdupçonnait de pouvoir gêner la puissance de sa patrie et de contrarier son propre «despotisme (^). I^es contributioas passagères exigées par Démétrius , d'Atbéoes et de Thèbes seulement , étaient moins pesantes que les impôts réguliers levés par Périclès sur tous les États de la Grèce , et dont le produit , dans l'espace de dix jins, s'était élevé à plus de quarante-six millions (4). LUndulgence de Démétrius, restituant à toutes les républiques leurs gouvernements respectifs, pardonnant deux fois aux Athéniens révoltés contre lui, les délivrant du tyran Léocharès, leur rendant les magistrats qui leur plaisaient davantage, valait un peu mieux que la confiscation de leur territoire, le supplice de leurs principaux citoyens, par lesquels la cruauté d'Athènes avait puni, chez les habitants de TEubée, de Samos, de Lesbos, de Mélos, de Scioné, l'impardonnable crime d^avoir voulu conserver ou recouvrer leur indépendance.

Mais si le joug des successeurs d'Alexandre était moins pesant que celui des anciens dominateurs, ce n'en était pas moiçs un joug; les Grecs saisirent la piemière occasion de le briser ^ et cette fois leur entreprise était avouée parla Jostice, la raison et la saine poUtique.

S IL — Les jEtoliens et les Spartiates n^ont jamais cessé d*être libres. Les ThébainSy les Athéniens j les Mégariens , les Phocidieûs, les Achiens^ les Argiens , le redeviennent.

Les Spartiates et les JEtùlwns demeurés smU libres purmi les -Qreûs. '— Après avoir échappé à Tascendant de Philippe et d'Alexandre, les Spartiates, tantôt favorisés par les circonstances, tantôt secondés par leur courage et par celui de leurs femmes, avaient bravé les attaques de Démétrius Poliorcètes et de Pyrrhus (5) et maintenu leur antique indé-

(t) Voyez PluUrc., in Demeir., et le chapitre XXXV ci-dessus, p. 396« (3) Voyez ci-dessus la citation de MoAtesqaieu, p. ^i.

(3) Plutarc, in Lysand.

(4) Thttcyd. Diod. Sic. Plutarc. Isocr.

(5) Voyez ci-dessui , p. ZH , 401 , et Plutarc, ia Demetr. et Pyrrho.

LA GRÈCE AVANT LA LIGIE ACHÉE»]:. 407

peDdaace •: ^ la possédaient Tan 2^7, époque de raffiranchisseaent d'une partie <de la Grèce.

Les ^toliens avaient pareiâement retoé dVxitrer dans ia eoaféâétfation formée par Philippe et par Alexandre (1). Ils .avaient contracté d'utiles et honorables alliances avec Polysperchon, Antigone et Pyrrhus. Après aw>ir bravé en deux circonstances toutes les forces de Casstfiâre et de Démétrius Poliorcètes^ ils avaient abandonné leurs villes et leur territoire à ces rois plutôt que de se soumettre , s'étaient retirés dans les retraites inaccessibles de leurs montagnes, et eu avaient bientôt rapporté la liberté, q«u'ils avaient sauvée avec lewrs familles (2).

ConséiiuHondeê jEtolims. -— Leur consititution offrait la fidèle représentation de celle des Acbéens, et avwt été, selon toute apparence, fflnpruntée à ce peuple. Leurs diverses peuplades et villes étaient confédérées et formaient une ligue selDlienne. Les députés des villes s'acsemblaient chaque année à Thermus et y élisaient un Mratégt, ou génfeal ; des magistrat^ nommés apacleti; des éphorts, ou inspecteurs; let un grammateùs, ou secrétaire. La puissance executive et administrative était confiée à ces magistrats (3). Le peuple n'influait directement m sur le choix des chefs de la ligue, ni sur les résolutions importantes et les grands intérêts de l'État, Cette disposition prévenait les dissensions et les révolutions intestiaes au sein de TuEtohe. Aussi la première motion que fassent les historiens de factions parmi les^Etoliens date d'une époque où déjà ils étaient asservis aux Romaias, et où la politique du sénat romain fomentait les troubles , pour tenir l'^tolie fail>te et escUve.

Renaissance de la liberté dans les auires Ékats 4e la Gréoep^— L'an 288, Démétrius PoUorcètes commandait à tous les Grecs, .autres qiie les Spartiates et les Jltoliens. Mais en 287 il fut dépouillé dje la Macédoine par Pyrrhus et Lysimaque, et ses revers devinrent le signal de la renaissance de la liberté dans la Grèce centrale.

£n Béotie et à Athènes, — Contraint de fuir de la Macédoine dans le Péloponèse, il rendit lui-môme leur ancien gouvernement et leurs privilèges aux Béotiens, pour gagner leur affection. En même temps les Athéniens quittèrent son parti, chassèrent la garnison macédouîeijine avec l'aide de Pyrrhus, et rétabUrent leur ancienne constitution en nommant des archontes (4). Ainsi^ dès cette année 287, la domination

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(1) Ju8fhi,l.'XXVllI,(îh.2.

(2) Diodore , i. XIX , c 66 , 68, T4. Platane., In -Demetr. «et Pyrrhe.

(3) Polybe, I. IV, c. 5, 3, 15, 16. Tile Live, I. XXVI, c.24, et LXl, c 25, 27.

(4) Plutarc, in Pyrrho et Demetr* : «Déraétriug rendit aax Thébaim leur aneiengoa-

408 PRÉCIS DE l'histoire AXCïfî>'NP,

macédonienne n'ayant Jamais été établie en Acarnanie et en iËtolie, et se trouvant détruite en Eéotie et en Attique, ne subsista plus, dans la Grèce centrale, qu'en Phocide et en Locride.

En TheMaUe. — V^^ 286, après le passage de Dométrius en Asie- Mineure, elle fut détruite par Pyrrhus dans toute ki Tbcssalie, excepté à Démétriade. Lors de la oiort de Démétrius, en 282 ou 281 , elle n« s'étendait donc plus que sur Démétriade, la Lociidt , la Phocide, Corinthe, l'Acbaïe, quelques autres pays du Péloponèse, et les îles de la mer Egée (1).

En Locride, Phocide^ Mégaride, ^ Dans les années 281 et 280, tandis qu'Antigone disputait la Macédoine à Ptolémée Géraunus, à Antiochus et et aux Gaulois, les villes et les provinces grecques demeurées sous sa dépendance profitèrent de l'occupation que ses armes avaient en Macédoine pour s'affranchir. En 281 , elles firent entre elles un traité d'alliance, formèrent une ligue, et se constituèrent en états libres. Dans cette entreprise elles s'aidèrent des Spartiates, et défièrent le commandement au roi de Lacédémone Aréus (2), L'année suivante, 280, dans la guerre contre Içs Gaulois, les Phocidiens, les Locriens, les Mégariens, sont signalés par Pausanias et par Justin comm6 étant en pleine possession de l'indépendance qu'ils viennent de recouvrer. Antigone n'intervient en aucune manière comme souverain dans leurs délibérations et leurs démarchés ; il se montre seulement leur aliïé contre l'ennemi commun, et en cette qualité il envoie à leur armée le plus faible contingent de tous (3). Il faut donc les joindre aux peuples déjà affranchis précédemment.

Ainsi , l'an 280 , la liberté était déjà rendue à la Thessalie et à TAcarnanie, l'JStolie, la Phocide, laLôcride, laBéotie, l'Attique, laMéga-

n yernement et tous leurs privilèges. En même temps les Athéniens abandonnèrent » son parti... Ils appelèrent Pyrrhus de la Macédoine et ordonnèrent que l'élection des » archontes se ferait selon l'ancien usage. »

(i) C'est Je résultat qu'on obtient en comparant les récits de Polybe et de Justin avec ceux de Plutarque. Pluiarc., in Pyrrho, c. 13, dit que Pyrrhus débaucha la Thessalie à Démétrius pendant que ce prince était passé en Asie. Justin, i. XXIV, c. i, dit, en parlant de cette époque, sans rien préciser : « Les villes grecques étaient sous la domina* » tion d'Antigone. m Polybe, I. Il, c. 4i , nous ^apprend que les villes d'Achaïe restèrent sujettes d'Antigone Jusque vers le temps où Pyrrhus passa en Italie, c'esi-à-dire vers 290 ; et Plutarc, in Demetr., en rappelant Je nom des lies et des villes où Antigone Qt rendre des honneurs funèbres au corps de son père, marcjjue indirectement cellesq'ii lui obéissaient dans ce temps, c'est-A-dtre en 282 ou 281.

(2) Justin,!. XXIV, Cl.

(3) Pausan., Pbocid., c. 20. Justin, 1. XXIV, c. 7, et l.XXV, o. l, 2.

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LA GRfeCE AVANT LA LIGLE ACIIÉEN^E. 409

ride, c'est-à-dire à toute la Grèce centrale. Il reste à voir quels progrès elle avait faits dans le Péloponèse.

En Achaîe, — La suprématie macédonienne périt en môme temps en Achaïe. Les cités achéennes étaient dominées par les garnisons d'Antigone ou par des tyrans qui partageaient l'autorité avec lui. Mais vers le temps où Pyrrhus passa eu Italie, 280, comme le témoigne Polybo (I), Dyme, Patr*, Trittaea, Pharae, puis JEgium, puisBouia etCaeriuium, chassèrent, les unes leurs garnisons macédoniennes, les autres leui-s tyrans, rétablirent leur antique gouvernement fédératif. Elles choisirent d'abord chaque année un secrétaire et deux stratèges; ensuite elles ne créèrent plus qu'un seul stratège , et lui confièrent la souveraine autorité.

A Argos. --- Argos se délivra de la domination macédonienne à la même époque, selon toute apparence, que les premières villes achéennes. Elle traite du nroins avec les Macédoniens sur le pied d'égalité durant l'expédition de Pyrrhus dans le Péloponèse , l'an 272 (2).

En joignant les détails qu'on vient de lire à un passage de Plutarque, on voit que l'an 272 Antigone ne retenait plus dans toute la Gi:èce centrale et le Péloponèse que l'île d'Eubôe, Corinthe et quelques autres • villes du Péloponèse (3).

$ IIL — Hisloire de la Macédoine et de la Grèce (4) , depuis la mort de Pyrrhus jusqyCàla délivrance deSicfonepar Aratus^ 272-251.

Antigone de Goni convoite avec passion , avec fureur, la domination de la Grèce, et n'y tient pas moins qu'à la possession de la Macédoine elle-même : force des armes, ruses, crimes même, il est disposé atout employer pour la recouvrer. Ce n'est pas le commandement de Philippe et d'Alexandre qui peut le satisfaire, il lui faut la domination de Cassandre et de Démétrius.

Les Spartiates, môme au milieu de leurs plus profondes humilia-

(0 Polybc,n, 41-4S.

(2) Plutarc, iff Pyfrho.

(3) Platarc, in Pyrrbo. Voyex les preuves et les citations à l'appui de cet exposé, pages 44-47 de la seconde partie du Précis de l'histoire ancienne , 2* édition.

(4) Tous les historiens anciens qui avaient présenté le récit circonstancié et suivi des événements arrivés pendant cette période ont péri par Tinjure du temps; mais on trouve des indications partielles assez nombreuses dans Polybe, Pausanias et iusliu. De ee« indications, les. historiens modernes n'ont récueilli que la prise d'Aihénes J'essaye ici de rassembler et de classer !«s docunienis subsisianls, et de combler une lacune d<* vingt et un «os. •

tions, même après les grandes défaites dont Antipater, €tt plus néoeiiiment Démétrius, les ont accablés, n'ont jamais renoncé à cette dowinatlon despotique de la Grèce qu'Épaminondas leur a enlevée.

Les iEtoliens, de leur côté, témoins de TaffaiWissement progressif des Spartiates et des Macédoniens, jugent que la domination de la Grèce est vacante, songent à s'en emparer, et à priver les Grecs de cette indépendance qti'ils ont constamment défendue eux-mêmes avec une si juste opiniâtreté.

Progrès d'Jntigone. — 272. Antigone de Goni. demeuré maître deïïa Macédoine et de la Thessalie par la mort de Pyrrhus, travaille aussitôt à recouvrer la domination de la Grèce. Une partie des cités du Pélopopèse lui est livrée par trahison; d'autres, qui avaient imploré son secours contre Pyrrhus, se donnent à lui (1). Il les ajoute à la ville et au.territoire de Corintbe, qu'il n'a jamais cessé de posséder; resserre son alliance avec les -ffitoliens et les divers tyrans; menace la ligue achéenne renaissante et le reste du Péloponèse. Les Spartiates, qui prétendent à l'empire de la péninsule, unissent leurs efforts à ceux du roi d''Égypte, Ptolémée Philadelpbe, contre Antigone; et, pour l'arracber du Péloponèse, vont, sous la conduite de leur roi Aréus, l'attaquer en Macédoine.

269. A ces deux ennemis se joint une nouvelle armée de Gaulois et d'aventuriei-s grecs. Pressé de tous côtés, Antigone fait face partout. Il attaque d'adord les Gaulois, extermine les uns et chasse les autres. Il marche ensuite contre Aréus et Ptotémée; crajonci ne jugent pas prudent de se mesurer contre ses trqupes victorieuses , et évacuent la Macédoine. Reprenant alors ses projets interrompus contre la Grèce, il court attaquer Athènes. Aréus et Ptolémée le suivent devant cette place : il la prend sous leurs yeux, malgré la résistance des habitants , et met une garnison dans le Musée, 268.

Pendant qu'il s'occupe de ces soins, Alexandre, fils de Pyrrhus, envahit la Macédoine, gagne la phalange , et demeure un instant maître du royaume, 267 ; mais il en est bientôt chassé par Démétrius, fils d' Antigone, et dépouillé même de l'Épire, qu'il recouvre plus tard, avec l'assistance des Acarnaniens (2). Son entreprise contre la Macédoine, demeurée sans résultat, laisse à Antigone la plénitude de ses

(0 Foyez Jastin, 1. XXVI, c. i. Plutarc., in Arato, et Poljtw, 1. II, c. 43, «omparés •! commentés, p. 49, noie i du Préeis, 3» partie, 2* édition. (2) Juilin , 1. XX VI, c. 2, 3. Pausan.,^ttic., c. i, 8, 3i ; Laoon., c. 6.

I LA GRÈCE ATANT LA LIGUB ACRtENNB. Ml

I ressources, et la liberté de poursuivre ses pians de domiBation sorla Grèce centrale et le Péloponèse.

Ce prince, déjà maîli»e d'Athènes et de l'Attique, contraint encore Mégare, la Phocide et la Locride, à reconnaître ses loj^ (4). La moitié ée la Grèce centrale lui obéit alors.

Projets y défaite, affaibHssemmt îAss Lacédémoniem, — L'an 281, les I Spartiates s'étaient faits chefs de la ligue formée contre Antigone. « Mais

>* plusieurs vil)es, dit Justin, refusèrent de se joindre à eux, per- » suadées qu'ils chercliaient à se rendre lés maîtres de la Grèce, et non n à lui faire-recouvrer son indépendance (2). » Au temps qui nous occupe , les mêmes idées les préoccupaient : Ifeur ambition , rivale de celle , d' Antigone, s'opposait à ses progrès dans le Péloponèse. Mais leur roi Aréus est tué dans une bataille livrée près de Corinthe , 266 ; son fils et son successeur Acrotatus est également vaincu et tué , 265, par le tyran, Aristomède, dans un autre combat engagé sous les mursdeMégatopolis (5). Les Lacédémoniens se voient contraints alors de suspendre leurs projets ambitieux et de laisser un libre cours à ceux d'Antigone et des jGtoliens. L'emploi fort extraordinaire qu'ils font dupeu de forces qui leur restent, l'envoi de Xantippe et d'un certain nombi-e •de leurs guerriers au secours de^Carthage contre les Romains, 2S6, favorisent encore les progrès de leurs adversaires. Antigone, pour se concilier l'esprit des Athéniens, leur rend leur gouvernement, mais en maintenant une garnison dans leurs murs, 296. L'an 251 , après avoir fait empoisonner Alexandre, qm tenait la forteresse de Corinthe, il s'empara de cette citadelle, qu'on nommait avec raison l'une des entraves de la Grèce : il la joint à la ville de Corinthe, qu'il possédait déjà (4).

Happorls des Mtoîtens €tvec Antigone , leurs desseins , ieurs progrès, —Les iEtoliens, qui, plus tard, au temps des guerres des Romains, prétendirent à la domination de la Grèce entière , songeaient seulement alors à partager avec les Macédoniens. Ils voulaient se former une prin-

(1) Piatarc, in Arato. Polybe,l.lI, e. iZ, cités et commeotés, p. 50, note 1 da Précis, S* partie, 2« édition, (î) Justin,!. XXIV, Cl.

(3) Plutarc, in Agide.

(4) Polyb., 1. 1, c. 31. Appian. Punie, 6. Plutarc, in Arato. Antigone, Pan 251 , prit la citadelle et non la ville de Corinthe , comme on l'a dit par erreur .- cette ville . comme le témoigne Plutarqae, n'avait pas cessé d'appartenir aux princes macédoniens depuis PhUippe, père d'Alexandre.

412 PRÉCIS DE L*HlSTOiIlE ANCIEimE.

cipauté des provinces de la Grèce orientale, Messénie, Elide, Achaïe, JEtolie, Acarnanie. Antigone entretenait avec eux une alliance depuis Tan 280 (1). En dernier résultat il devait rompre avec eux et les combattre ; car la |Doitié de la Grèce ne pouvait le satisfaire. Mais il était au-dessus de ses forces, d'un côté, de se consolider en Macédoine; d'un autre, de se mesurer à la fois contre les Spartiates, les iEtoliens et le reste des Grecs. Commandé par les circonstances , il souffrait les accroissements des JStoliens à l'occident de la Grèce, pour obtenir qu'ils ne le troublassent pas pendant qu'il s'affermissait à l'orient.

Dès l'année 270, les -^toliens s'étaient immiscés dans Jes affaires du Péloponèse et dans les troubles de l'Élide (2). Vers l'an 265, ils conclurent avec Alexandre d'Épire un traité aux termes duquel ils devaient envahir et partager l' Acarnanie; l'accord reçut son exécution, et ils s'approprièrent la moitié des villes de cette province (3) Plus taitl ils se jetèrent sur la Laconie et emmenèrent en une seule fois cinquante mille esclaves. Enfin ils dressèrent des embûches à Nicodès pour faire passer Sicyone de son joug sous le leur, 251 (4).

L'indépendance hellénique, rétablie depuis 287, tombait pièce à pièce sous les coups d'Antigone et des iËtoliens. Dans la Grèce centrale, les JEtoliens avaient assujetti l' Acarnanie; Antigone, Athènes, Mégare, la Locride, la Phocide : ils n'avaient laissé de libre que laBéotie. Quant au Péloponèse, ils préludaient à sa conquête, les iEtoliens par leurs ravages dans la Laconie, par leurs rapports avec l'Élide, par leurs tentatives contre Sicyone; Antigone, par l'occupation de Corinthe et des places voisines, et par son étroite intelligence avec les tyrans.

Aratus parut dans ces circonstances : par ses travaux, il soutint, il propagea la liberté hellénique. Il manquait des talents, et même du courage nécessaires pour vaincre sur un champ de bataille ; mais , dans les conspirations et les surprises , il déployait une constance et une hardiesse singulières. Ses qualités et ses défauts influèrent puissamment sur les destinées de la Grèce.

(1) Jusiin, XXIV, 1.

(2: lis avaient intercédé pour les Éléens auprès de leur tyran Aristoiime. (Justin,

XXVI, Cl.)

(3) Polybe, I. II, c. 45. Justin, 1. XXVIll, ci.

(4) Plotarc, in Cleom. et Aralo.

LA GBtiCE ATANT Ui LIOUK ACBfiElfME. 413

$ IV. •— Aratu* ranime Vindépendance hellénigue expirant»^ déiruit la domination macédonienne dans tout le Péloponèse et dan$ une partie de la Grèce centrale (1).

jératu» délivre Sicyone. ^ Depuis le temps de Philippe, père d'Alexandre , Sicyone avait des tyrans. L*an 251 , Aratus surprend cette ville avec quelques conjurés, chasse ïe tyran Nicoclès, et rappelle cinq cent quatre-vingts bannis : pour qu'ils ne troublent pas les nouveaux propriétaires dans leur .possession, il leur accorde une indemnité de cent cinquante talents (828,000 fr.), que lui fournit Ptolémée Philadelphe. A peine Sicyone. est ^re, qu*Antigone cherche à s'en emparer. Pour la protéger contre ses atmques, Aratus Tagrége à la ligue achéenne : il ne rétablit pas son ancien gouvernement intérieur, tout dorien , mais il lui donne la démocratie modérée des Achéens.

Il projette d* affranchir le Péloponêse et la Gréée centrale et d'en former %tne grande fédération. — 250. A Tâge de vingt ans, il est élu pour la première fois stratège des Achéens. Il forme dès lors le projet de détruire , dans le Péloponêse et dans la Grèce cenU^le, soit la domination macédonienne, soit les tyrannies particulières; de rétablir partout la liberté et Findépendance, d'unir tous les états helléniques à la ligue achéenne ; d'en former une nouvelle et grande fédération.

Aratus secourt les Béotiens contre les JStoliens. — Seuls de tous les peuples de la Grèce centrale , les Béotiens s'étaient maintenus libres. Les Achéens conclurent un traité avec eux et les engagèrent à attaquer lesJEtoliens, toujours alliés d'Antigone. Aratus conduisit dix mille hommes au secours des Béotiens et ravagea la Locride , sujette des Macédoniens. ^Mais avant son arrivée les Béotiens toent vaincus à Chéronéepar les JEtoliens, abandonnèrent les Achéens pour se joindre à l'état des iEtoliens, refusèrent de prendre désormais aucune part aux affaires générales, et se livrèrent à des excès dégradants. Le résultat de cette bataille fut de ne laisser aucun peuple dans la Grèce centrale qui ne dépendit des ^Etoliens ou d'Antigone (2).

Aratus délivre et unit à la ligue achéenne Corinthe , Mégare , lYézène, Épidaure. — Dsiùs les années suivantes, Aratus répara l'échec que venait d'éprouver la cause pour laquelle il combattait, par d'im-

(1) La période qui s'éicnd de la déliTrance de Sicyone à la guerre de Cléoroéne a été un peu moins mal traitée que les précédentes par les historiens modernes. Cependant nous y insérons douze faits iinporianis, entièrement omis jusqu'ici , et dont résultent des conséquences nouvelles.

(2) PoLybe , 1. II, e. 43 , de Virt. et Vitiii, n. 43 , Plutarc, in Arato.

4ié PIÉCIS DE l'hISXOIRB. AIieiSIQfJB.

portants ayantages obtenus dans le Péloponèse. Élu stratège pour la seconde fois, en 245, U s'introduisit, avec quatre cents hommes, daos la ville et le château de Corinthe, en chassa la garnison macédonienne, mit une garnison d'Achéens dans la citadelle, rendit aux habitants leur liberté et les cleiis de leur ville qu'ils n'avaient pas possédées depuis le temps de Philippe , et les incorpora à la hgue achéenne. Peu après, il accrut encore la républiq^ie des villes de Mégare, de Trézèae, dtpidaure, après les avoir détachées du parti da roi. U. repassa incontinent dans la Grèce cenifale, pilla SaUunine, renvoya sans rançon les prisonniers des Athéniens» et jeta les premières semences de leur révolte contre Antigone. Cherchant contre ce roi fm autre roi pour défenseur de la ligue et de l'indépendance hellénique, il engagea les Achéens à nommer Ptolémée leur généralissime sur terre et sur mer : l'éloignement de Ptolémée rendait sans inconvénients son intervention et ses secours (i).

Diverses tentatives d'Aratus pour délivrer Jrgos,-2J^, Après s'être assuré ce point d'appui, il pom-suit son combat à mort contre la domination macédonienne et les tyrannies particulières. Au milieu des autres cités de l'Argohde, redevenues libres, il s'indigne de voir Argos encore dans les fers. Dans l'espace de quelques mois, il trame une conspiration contre les joure d'Aristomaque I«'. Il essaye trois fois de surprendre son successeur Aristippe et de lui enlever Argos : il lui livre deux batailles, lune près de la rivière de Charès, l'autre sous les murs de Cléooe, dans laquelle périssent et quinze cents satellites du tyran et le tyran lui-même. Ces efforts multipliés échouent ; les Macédoniens fournissent à Aristomaque II les troupes nécessaires pour établir son autorité à Argos^ Là ne se borne pas la défaose d'Antigone. Il complote avec les despotes argiens de faire assassiner Aratus : le trouvant gardé par l'amour de ses concitoyens, il résout de les écraser tous ensemble par l'union des forces macédoniennes et aetoliennes. Il renouvelle son alliance avec les ^toliens, et convient avec eux de ne mettre bas les armes que] quand ils auront détruit la ligue achéenne et partagé ses villes ensemble. Les Achéens sont menacés par deux ennemis, dont un seul suffit pour compromettre leur existence.

Mort d' Antigone de Goni^ règne de Démétrius. Mégalopolis délivrée, les jEtoUens secourus et unis à la ligue achéenne. — Mais Antigone de^Goni meurt en 245. Aratus persuade à Lysiade, tyran deMégalopolis,

(I) Pol^be , 1. n, c. iz. Plutarc, ta Arato. PaïuaniAS, Gorintiu

LI61E ACBÉEIfTlE; ARATUS. 415

de dé¥K)ser latsjUBnie, et d'unir à la ligue acbéenne sa ville» capitale de TArcadie. Si les -fitoliens envahissent le Péloponèse et s'emparent de Pallèney ils se laissent surprendre et chasser avec perte par Aratus, 238 (1). EBÈfin si les dissensions de Sparte et la mort d'Agis privent les Actiéens d'un roi devenu leur utile allié, Fopposition des intérêts, la contrariété des ambitions macédoniennes et setoliemaes changent subitement tous les rapports, arment les ennemis de la ligue les uns contre les autres, et lui offrent des secours inattendus*

Les jËtoliens veulent enlever au jeune roi d'Épire, Pyrrhus, la moitié de TAcamanie, la joindre à celle qu'ils possèdent déjà, et à la Béotie, qu'ils ont contrainte naguère d'entrer dans leur république,. OJympias, mère du jeune Pyrrhus, implore l'assistance de Démétrius^ fils et successeur d'Antigone, et lui offre en mariage safiliaPhtia (2). Démétrius saisit cette occasion de renouer Les relations intimes établies» entre la Macédoine et l'Épire au temps de Philippe, père d'Alexandre, et de dépouiller les iEtoliens, qui lui inspirent des craintes et le gênent. En effet, en envahissant laBéotie, ils ont élevé une barrière incommode entre deux pays de son obédience , l' Attique et la Phocide. Il les attaque „ etjeur enlève la Béotie, qui se livre à lui sans résistance; il. étend alors ses lois du cap Sunium aux Thermopyles, 257. Il menace ensuite les -fitoliens jm^qu'en JEtolîe. Depuis qu'ils sont aux prises avec lui , ils ont cessé d'être redoutables à la ligue achéenne et peuvent lui devenir utiles. Aratus soumet ses justes ressentiments à la politique, conclut avec eux une hgue offensive et défensive, et les défend contre Démétrius : dès lors les anciennes animosités des deux nations se dissipent et font place à l'amitié et à l'alliance. Assuré de ce côté, Aratus se prépare aussitôt à battre de nouveaux coups la puissance macédonienne:. Il dirige une seconde attaque contre Athènes : cette entreprise lui réussit mal : il est vaincu par Bithis, lieutenant du roi ; et pendant le^-este du règne de Démétrius , il ne fait aucun progrès (3) .

(1) Plutarc, in Arato. Polybe , I. II, c. 43, 45.

(3) Les Acarnaniens, soumis à l'Épire, ne trouvant pas une défense suffisante dans le^ Épirotes, s'adressèrent aux Romains, pendant gu'Olympias s'adressait à Démétrius. Les Romains ordonnéreni aux iEtotiens de rtspetùtr l'Acarnanie ;^ les JEtolieos méprisèrent le» iii}«neitons de Rome et ravagèrent l'Acarnanie etTËpirè.( Justin » 1. XXVUI,

(3) Polyb., !. Il, c. 44. De Virt. et Viitis, B. 43 ; Platarc.» im A««t©-Jujitin, L XXVIII, e. 1, 2. Pluiarque place trop tard la mort d'Aniigone de Goni après la démi&sion volontaire de Lysiade. Cette démission eut lieu sous le régne de Démétrin» et non pas d'An^ tigone, comme le prouve le pawag^dePoljbe» 1. U, c.44:* Lar«i»de deMégalopolii

4i6 PRÉCIS DE l'histoire ancienne.

Antigone Doson s'affermit en Macédoine et établit fortement la domination macédonienne en Thessalie^ Béotie, Phodde, — Mais la mort de ce prince, 253, devient le signal de la délivrance de TAttique, delà chute de toutes les tyrannies dans le Péloponèse , d*acquisitions de la plus haute importance pour la ligue achéenne. Antigone Doson, déclaré roi pendant la tutelle de son neveu Philippe, eut à combattre les alHés qui s'étaient détachés de la Macédoine ; les Thessaliens, qui affectaient l'indépendance; lesDardaniens, qui se préparaient à ravager le royaume; les Macédoniens eux-mêmes, qui se révoltai^t et reflisaient de reconnaître son autorité. Il réprima les Dardaniens et punit les alliés; tout en maintenant aux Thessaliens leurs lois* intérieures, il ne leur permit plus de rien faire sans les ordres des ofificiers royaux ; il maintint sa suprématie sur la Phocide et la Béotie; il soutint et releva la gloire de la Macédoine ; il ramena enfin les Macédoniens à l'obéissance par le souvenir des services qu'il avait rendus au pays (4).

Pendant ce temps , Aratus unit à la ligue achéenne Athènes et tmttet les villes de VArgolide » de VArcadie , de la Messénie , encore cuservies aux Macédoniens ou à des tyrans. — Ub\s tindis qu'il était retenu par ces soins nombreux , d'un côté, les Athéniens appelèrent Aratus à leur aide, et le Sicyonien contraignit les troupes macédoniennes à évacuer Athènes, Sunium, Salamine. D'un autre côté, les despotes du Péloponèse, privés, par la mort de Démétrius, de leur chef et de leur support, pressés par les menaces et les promesses d' Aratus, déposèrent leur illégale autorité : Aristomaque II à Argos, Xénon à Hermione, Cléonyme à Phlius, entrèrent avec leurs villes dans la ligue achéenne. nie d'Égine, les principales villes de l'Arcadie, après Mégalopolis, telles que Mantinée, Tégée, Orchomène, non-seulement s'unirent d'intérêts avec les Achéens , mais prirent même leurs lois. Enfin les ^toliens, 221, resserrèrent l'alliance qu'ils avaient précédemment contractée avec eux ; soit qu'ils ne portassent pas encore envie à leur fortune, soit que la pudeur leur commandât cette démarche envers un peuple qui les avait secourus si récemment dans leur lutte contre Démétrius (2).

» Vêlait dépouillé de bon gré de la puissance royale, du «MMtnl de Démiiriut^ et était » entré dans le gouvernement des Achéens. » Nous n'ajoutons pas ici un« prétendue expédition de Démétrius dans la Cyrénaïque et la Libye. Cette conquête n'est fondée que sur la confusion du nom de ce prince avec celui de son oncie Démétrius, que Plutarque appelle roi de Cyréne. >

(0 Justin , XXVIII, 3. Polybe , IV, M.

(2) Pol}be, II, 44, 46. Piutar ., in Arato, c. Si-3« , éd. Reiske.

LIGUE àcbéeniib; àràtcs. 417

Étendue de la ligue achéenne. Van 229. — Ainsi, Tan 229, la ligue acbéenne embrassait dans la Grèce centrale T^tolie, l'Attique, Mégare, Salamine; danslePéloponèse, la Corinthie, la Sicyonie, l'Achaïe, TArgolide, la plus grande partie de l'Arcadie. Sparte et la Laconie restaient seules à gagner pour unir tout le Péloponèse dans une grande confédération, car l'Élide était si faible, qu'elle eût été naturellement entraînée par le mouvement général ; et les efforts combinés des Péloponésiens amenaient invinciblement à leur tour la délivrance de la Béotie et de la Locride , leur accession à la ligue.

Constilution des Achéens.—rlA constitution des Achéens était démocratique à l'égard de chacune des villes en particulier, fédérative à regard des villes en général.

Chaque ville acbéenne était régie par la démocratie : tous les habitants, peu nombreux , étaient appelés à décider par leurs suffrages des affaires qui intéressaient spécialement et exclusivement la communauté dont ils étaient membres, à choisir leurs magistrats, à nommer des députés à l'assemblée générale.

Les dix villes achéennes, restant de douze , et subsistant au temps où nous sommes paiTenus, formaient entre elles une ligue. Dès qu'il s'agissait d'actes qui intéressaient le sort de toutes les villes de la ligue, de toute la nation acbéenne, ce n'était plus le peuple de chaque ville qui connaissait et décidait, c'étaient les députés qu'il nommait, réunis en assemblée générale. Les députés comptables de leurs décisions à leurs mandataires, prononçaient sur la paix, la guerre, les alliances; recevaient les ambassadeurs étrangers; faisaient les règlements Réclamés par les circonstances.; nommaient les magistrats suprêmes de la ligue, le stratège, les dix demiourgoi^ le (/ramma tetw ou secrétaire. Les villes achéennes obéissaient toutes indistinctement aux décisions prises par leurs représentants et aux magistrats suprêmes de la ligue, choisis eux-mêmes indistinctement dans toutes les villes de. la confédération.

Aratus, à mesure qu'il délivra une ville de ses tyrans ou de la domination macédonienne, l'agrégea à la ligue acbéenne, lui donna pour gouvernement intérieur la démocratie des Achéens, la fit entrer dans l'union sur le pied d'une parfaite égalité avec les Achéens, lui imposa les mêmes obligations, en même temps qu'il lui communiqua les mêmes droits qu'aux Achéens. Ceux qui après lui dirigèrent les affaires, Philopcemen et Lycortas, se conduisirent par les mêmes principes. D'où il résulta que l'Achaïe jouit du gouvernement fédératif le plus parfait qui ait été étabH chez les Anciens.

418 PRficis M l'histoire ancudinb.

Néeestité de s^unir imposée aux Grecs et aux Macédoniens. — En

présence des Romains, dont les accroissements continuels , et notam* ment la guerre commencée en lUyrie cette année même, 229, menaçaient l'indépendance de la Grèce comme de la Macédoine , il fallait songer autant aux moyens de défense contre l'étranger qu'à une bonne organisation intérieure. Il fallait donc que les nations agrégées à la ligue achéenne n'élevassent aucune prétention sur la Thessalie et TÉpire, et les abandonnassent à la Macédoine, pour é,viter toute discussion, toute guerre avec cette puissance. En prenant les Thermopyles pour barrière , la Grèce se fût séparée en deux systèmes, l'un septentrional et monarchique, comprenant la Macédoine, TÉpire et la Thessalie ; l'autre méridional et fédératif , embrassant la Grèce centrale et le Péloponèse. Entièrement distincts par leurs intérêts, leur gouvernement et leur régime intérieur pendant la paix, ils se seraient réunis durant la guerre contre l'étranger, et eussent été invincibles, même aux Romains (i).

L'humeur jalouse et ambitieuse des -ZEtoliens ; les forces nouvelles que Sparte acquit tout à coup, et les prétentions de son chef Cléomène au commandement du Péloponèse ; la rivalité qui naquit entre lea Spartiates et les Achéens; et, par-dessus tout, la jalousie d'Aratus, détruisirent les chances de force, d'ordre, de prospérité, de liberté, que l'extension de la hgue achéenne à tous les peuples de la Grèce centrale et du Péloponèse semblait promettre à ces deux pays,

§ V. — Retour sur Vhistoire de Sparte. Règnes â^Agis , de Léonidas . etdeCléomène,2\\'nS.

État de Sparte , Van 244. — Défaits cinq fois depuis Épaminondas par Antipater, Démétrius PoUorcètes et le tyran Aristomède ; assiégés dans Sparte , qu'ils avaient entourée de murailles, par Démétrius et par Pyrrhus, l«s Spartiates étaient réduits à la seule Laconie, dont tes ^toliens avaient emmené en une seule fois trente miUe esclaves.

Cet état d'abaissement provenait de l'effrayante diminution de la population et de l'aflaiblissement des courages : ces deux causes de décadence provenaient à leur tour du complet abandon de la législation de Lycurgue , que les citoyens n'avaient remplacée par aucune autre plus appropriée à leurs mœurs. Depuis que la guerre du Pélopo-

(I) VoyetltB i^reures et les déveldppemenU de ces assenions , pwS<-6l dHPréeis, deuxième partie , deuxième édition.

ffl>ÀRTS; AXaS XT CLtOMÉHX. 419

nèse eut introduit les richesses au sein de Sparte, et que la loi de réphore Épitadès eut permis de disposer, à son gré, de son héritage, une effroyable inégalité régna parmi les citoyens , qui ne trouvaient aucune ressource dans l'industrie et le commerce. « Il ne resta dans la » ville , dit Plutarque , qu'environ sept cents Spartiates , et de ces sept » cents, il y en avait à peine cent qui eussent conservé leur héritage. » Tous les autres étaient une population accablée de pauvreté qui de- » meurait dans la ville sans y jouir du moindre degré d'honneur; sou- » tenant à contre-cœur et mollement les guerres contre les ennemis du » dehors , épiant sans cesse l'occasion de changer la situation présente » des affaires et de sortir d'un état si violent. »

L'affaiblissement progressif de Sparte n'avait éteint ni l'esprit guerrier ni l'esprit dominateur chez les principaux Spartiates. Ainsi Cléomène va secourir les Tarentins dans la Grande-Grèce ; Aréus fait des expéditions dans la Crète , l' JEtolie et la Macédoine ; Xantippe en dirige une autre dans l'Afrique, avec les Laconiens, les étrangers, les esclaves, les mercenaires, que Sparte refuse obstinément d'agréger à ses citoyens, tandis que cette ville est assiégée par les rois de Macédoine et d'Épire. En mêlant quelques restes d'héroïsme antique à une extrême faiblesse, Sparte serait tombée au pouvoir de ses ennemis sans de fortuites et heureuses circonstances (1).

Tentative de réfopne d'Agis. — Agis, monté sur le trône en 244, entreprend, en 239, de réformer Sparte, et de lui rendre son ancienne puissance, en opérant une révc^ution générale dans les propriétés, les mœurs et les coutumes de Sparte; il fait entrer dans ses vues les jeunes Spartiates qui préfèrent la gloire aux voluptés, sa mère, Mandroclidaé, A^ésilas et Lysandre, qui sont bientôt revêtus de la dignité d'éphores. Ses ennemis sont Tauti^Toi, Léonidas, lous les Spartiates détenteurs des richesses et pîurvenusàun âge mûr, enfin les femmes de Sparte. D propose au sénat un décret pc»rtaat : 1* que toutes ks dettes seraient abolies; 2' que toutes les terres du territoire de Lacédémone seraient partagées en dix-neuf mille cinq cents lots , 4ont quinze mille destinés aux Laconiens en état de porter les armes , et quatre mille cinq cents aux SpartiaJies : ks naturels de Sparte toient alors réduits à sept cents; mais dans leur nombre on devait admettre les voisins et les étrangers qui auraient reçu une éducation libérale, et qui joindraient la jeunesse

(1) Plutarc, in Pelop., Alex., Pyrrh., Deniet., Agide. — Justin , l XIV, c. 5 ; I. XXIV, c. 1 : I. XXVni, c. 4. — Diodore de Sicile, XX, 104.

420 PBfiCIS DS L*HISTOIRB AnCIENlIB.

aune heureuse conformation; 3° le décret portait enfin qu'à l'avenir, les Spartiates seraient soumis à un régime uniforme de vie et à la discipline de Lycurgue (4).

Agis gagne pour quelque temps le peuple en mettant en commun ses biens et ceux de sa famille. Il fait déposer les éphores contraires à ses desseins, et son collègue Léonidas, coupable de diverses infractions aux lois nationales. Il commence sa révolution en abolissant les dettes et toutes les obligations, et se dispose à procéder au partage des terres. Mais son oncle Agésilas, qui a favorisé l'abolition des dettes parce qu'il en est chargé , empêche le partage des terres parce qu'il en possède, et exerce, en l'absence d'Agis, une révoltante tyrannie (2). Agis, devenu odieux par les excès d'Agésilas, abandonné du peuple, qui a perdu l'espoir de recouvrer des héritages , fest mis à mort avec toute sa famille par Léonidas et par la faction des riches.

Règne de Léonidas. — Léonidas se constitue seul roi , n'use de sa prérogative que pour augmenter ses richesses et se livrer aux plaisirs : comme la plupart de ses prédécesseurs, il abandonne aux éphores, devenus despotiques, la puissance que lui assigne la constitution. Depuis le retour des Héraclides, les lois naturelles et politiques n'ont pas été si impudemment violées (3).

Projeté de C/^omd«6. — Léonidas laisse, en mourant, le trône à son fils Cléomène, 235. Dans la cour, et sous les yeux de son père, Gléomène a secrètement appris de son épouse et d'un disciple de Zenon à admirer Agis et à régler sa conduite d'après les principes des stoïciens. Parvenu à la royauté dans un âge très-jeune encore , il songe à exécuter les réformes projetées par Agis; mais les usurpations des éphores ne lui laissent aucune autorité, et la disposition générale des esprits est contraire à de nouveaux changements. Dans cette situation, il pense à gagner les soldats, surtout les mercenaires, pour s'appuyer sur la force armée, et il saisit avidement l'occasion que lui fournissent les circonstances pour commencer la guerre (4).

(i) Piutarc, in Agide.

'2) Agis s'éiaii rendu au camp des iebéens pour reprendre Pallène sur les iEtoUens. PI marque, Vie d'Agis.

(3) Piutarc., in Agide.

(4) Piuiarc, in Cleooi.

spartb; agis kt gléomèhv. 421

§ Vî. — Guêtre de Cléomène^ ou rivalité de Sparte et des Aehéen$, La domi» nation macédonienne rétablie dans le Péloponèse et dam la Gréée centrale^

Buplure entre les Àchéens et les Spartiates. — 225. Tous les peuples du Péloponèse avaient accédé à la ligue achéenue, excepté les Spartiates , les Éléens et ceux des Arcadiens qui marchaient sous la bannière (le Sparte (4). Aratùs se flatta de contraindre ces trois nations à y entrer, tandis que Sparte n'avait pour roi qu'un jeune homme, et il attaqua TArcadie Spartiate à la tête de vingt et un mille hommes (2). Mais son manque de talents militaires et de valeur sur le champ de bataille lo trahit dans son projet, et rendit nulle la supériorité des forces. Cléomène, envoyé par leséphores avec cinq mille soldats, le vainquit près du mont Lycée, puis près de Mégalopolis, et enleva aux Achéens quelques villes arcadiennes. Bientôt Aratus vit sa république menacée d'une formidable attaque. L'ambition étouffant dans l'âme des ^toliens la reconnaissance qu'ils devaient aux Achéens, ils complotèrent, pour la seconde fois, avec le roi de Sparte, d'une part, et, de l'autre, avec la roi de Macédoine, Antigone Doson, de détruire la ligue et de partager ses villes (3).

JRéforme de Cléomène, — Désormais libre et tranquille du côté des Achéens, Cléomène laissa les troupes lacédémoniennes campées en Arcadie , et, à la tête des soldats étrangers, marcha sur Sparte. Il tua quatre éphores, et bannit le cinquième avec quatre-vingts de leurs partisans. Il mit tous les biens en commun, en commençant par les siens. Il partagea tout le pays à quatre mille hommes Spartiates ou étrangers, nombre auquel il porta les nouveaux citoyens , réservant des portions même pour les bannis , qu'il promit de rappeler aussitôt que les circonstances le permettraient. Il remit en vigueur, d'après les lois de Lycurgue, la discipline, l'éducation, les repas publics, les exercices et les autres usages, s'astreignant le premier aux austères pratiques qu'il imposait aux autres. Il rendit aux rois l'autorité que leur assignait la constitution primitive : i)Our rassurer les partisans de la liberté, il donna un second roi à Sparte; seulement il choisit son frère, à défaut du fils d'Agis, nommé Archidamus, qu'on avait assassiné peu auparavant, au moment même où il se disposait à lui rendre

(1) Voyez ci-dessus, p. 4tl-4i2.

(2) Plutarc. in Cleom.

(3) Pluiarc, in Cleonu; Polybe, 1. II, e. 4$, 46.

40 PMPS 9S L'HiBTOIlB AHCHRIIC.

le trône; Sparte eut alors pour la première fois deux rois de la même maison (1).

Effets de la réforme de Cléomène dang le Péloponèse et à Sparte. —

La révolution opérée par Cléomène produisit deux effets principaux : l'* le peuple, non-seulement des villes soumises aux Achéens, mais même de TAchale, se flatta de Tespérance de voir bientôt les dettes abolies et les terres partagées, comme à Lacédémone , et il inclina partout vers Cléomène (2): 2® la révolution augmenta le nombre des citoyens et des guerriers de Sparte, retrempa leur courage, les mit en état de réparer les défaites qu'ils avaient longtemps éprouvé^ par de nombreux et brillants succès. «Dès que les Spartiates, dit Plutarque, v eurent repris les anciens usages de leur patrie, ils la remirent en pos- » session du commandement de la Grèce et recouvrèrent le Pélopoy> nèse (3). » Mais cette force était relative et non absolue : elle suffisait contre les Acbéens; elle ne suffisait pas contre un grand état, comme le prouve le désastre de Sellasie. Cette défaite rappelle Tindispensable nécessité où étaient les Grecs de s'unir ensemble, s'ils voulaient devenir invulnérables aux coups de l'étranger, et placer leur indépendance à l'abri de ses atteintes.

Cléomène réduit les achéens avLX dernières extrémités» Aratus appelle Antigone Doson et les Macédoniens dans le Péloponèse. — 224. La révolution faite, le pouvoir des éphores détruit, Cléomène demeure maître absolu dans Sparte, et reprend aussitôt les armes contre les Acbéens. Il leur arrache Mantinée, Tégée, Orcbomène dansl'Arcadie, Losion dans l'Élide; il chasse les garnisons achéennes de ces villes et leur rend leur ancien gouvernement. Il va chercher ensuite les ennemis à Dymé, près d'Hécatombaeon, et les défait en bataille rangée. Dès qu'ils implorent la paix, il leur rend leurs prisonniers sans rançon, et offre de restituer toutes les places qu'il leur a prises, à condition qu'ils le nommeront généralissime de la ligue et céderont le commandement du Péloponèse aux Spartiates. «En échange de cet honneur et d'un si » glorieux titre, il offre de plus de faire de grands biens aux villes.» Les Achéens, considérant l'importance de ses succès, les dangers attachés pour eux et pour la Grèce entière à la continuation des hostilités,

(t) ?iiuiarc., in Cleom.

(7) iMvitarc., in Cieom. : « Aristote n'avait pas en beaucoup ûe peine à détacher let jàrgifcns de Cléomène : le peuple était déjà irrité de ce qne ce prince n'avait pat *^^ cuti l'aholilion des dettes, qu*il leur avait fait espérer. »

(3) Plutarc., in Geom.

exé-

sparts; A<H8 et (XtOUfeNB. 4S

trouY^t ses demandes modérées et arantageuses, et se disposent à y souscrire (1).

La basse jîQousie d'Aratus pai'vient à rompre les propositions d'accommodement. Après avoir exercé le commandement pendant trentetrois années, il ne peut souffrir Tidée de le TOir passer entre les mains d'un jeune homme. Pour échs^pper à cette nécessité, il fait une action qui , comme parle Plutarque, n'eût été honnête pour aucun , et qui était três-infàme pour lui. Au secours de la ligue et contre Cléomène, il appelle Antigone Doson et les Macédoniens, au risque de les rétablir seigneurs et maîtres dans ce Péloppnèse dont il avait employé sa vie entière à les chasser (2).

Cléomène, indigné, déclare de nouveau la guerre aux Achéens, leur enlève Pellène, Phénée, Pentelée, Argos, Phlius, Cléone, Épidaure, Trézène, Hermione, Corinthe, et pratique des intelligences jusque dans Sicyone. Les iËtoliens, demeurés ses aUiés, et devenus les ennemis d'Antigone depuis que le roi de Macédoine s'est rapproché des Achéens, se prononcent ouvertement contre la ligue, et dénoncent à Antigone, en Thessalie, qu'ils prendront les armes contre lui dès qu'il marchera vers le Péloponèse. Athènes sépare sa cause de celle des'Achéens et leur refuse des secours.

Pressé ou abandonné de toutes parts, Aratus fait passer un décret aux termes duquel les Achéens déclarent Antigone généralissime sur terre et sur mer, et s'engagent à lui livrer Corinthe avec la citadelle (S)»

Jntigone défait Oléaméne à Sellasie. Mort de Cléomène. -^Aniigom se présente avec vingt-deux mille soldats à l'isthme de Corinthe. Cléomène lui dispute d'abord le passage; mais bientôt, craignant pour Sparte , il est contraint.de se replier avec son armée sui' la Laconie. Antigone s'empare de Corinthe, où il met une garnison, puis d' Argos : il attire à lui presque tous les alliés de Cléomène, et lui enlève suceessi-

(I) PluUrc, in Cleom. et Arato. Polybe, 1. II, c 46-51. — Polybe, en sa qualité d*Acliéen, est moins impartial que Plutarque dans rexposé de ces faits.

(a) Plutarc, in Cieom. et Arato .- «S'il désespérait des forces et des affaires de» » Achéens, il devait plutôt céder à Cléomène que de rendre une seconde fois tout le » Péloponèse barbare , par tant de garnisons de Macédoniens ; que d« remplir leehàlean » de Corinthe d'armes gauloises et illyriennes ; que de se joindre à des gens qu'il avait » si souvent battus dans les combats, dont il avait plusieurs fois surpris la pouiiq » dans ses traités, et qu'il accablait d'injures dans ses mémoires ; et que de les établir «dans toutes les villes en les appelant alliés, pour cacher par ce beau nom la honte » d'une action si lâche. »

(3) Plutarc, in Gleom. et Arato. Polybe, 1. II, c. 47-53.

424 PRÉCIS DB l'hISTOIRS AITCIKIIRE.

vementTégéc, Orchomène, Mantinée. Pendant l'hiver, Cléomène livre sa famille en otage à PtQlémée, pour en obtenir des renforts qu'il ne reçoit pas : il affiunchit les hilotes, se saisit de Mégalopoiis qu'il ruioe^ et brave ses ennemis jusque dans Argos.

Mais au printemps de l'année suivante, 225, Antigone réunit jusqu'à trente mille hommes. Cléomène ne peut lui en opposer que vingt mille: il est défait, près de Sellasie, dans une bataille décisive. Parmi ceux qui ont reçu nouvellement le titre de citoyens de Sparte ou qui habitent la Laconie, six mille périssent; les mercenaires sont exterminés ou se dispersent. Cléomène se sauve à Sparte, et de là en Egypte auprès de Ptolémée Évergètequi avait été son allié, 223. Philopator succède bientôt à Évergète son père. Cléomène sollicite vainement des secours du nouveau roi, se voit privé de sa liberté par la jalousie ombrageuse de l'Égyptien, et périt en cherchant à la recouvrer, 221 (i).

Revenons au Péloponèse et à la Grèce, dont ces événements changeront entièrement le sort.

§ VII. — Suites de la bataille de Sellasie. La domiwxtion macédonienne rétablie dans la plus grande partie de la Grèce (2}.

Sparte prise et soumise à Vinfluence macédonienne, — Après la fuite àe Cléomène, Antigone, le premier des rois ou chefs étrangers, entra vainqueur dans Sparte. Il s'abstint de la détruire et d'y placer une garnison; mais, «après avoir chassé le tyran et aboli ses lois, il rétablit » les Spartiates dans la forme de gouvernement qu'ils avaient reçue de » leurs pères : » ce qui veut dire qu'il abolit toutes les réformes, détruisit tout le nouveau système politique de Cléomène, et ôta aux habitants les principes de leur énergie et de leur force nouvelles. Il suspendit la royauté et confia l'autorité à quelques éphores ses partisans. Enfm il donna à la ville un gouverneur béotien nommé Brachîles (5).

Aratus avait abandonné Corinthe à Antigone pour obtenir son appui. Ce prince s'appropria encore Orchomène d'Arcadie. Corinthe ouvrait l'entrée du Péloponèse: Orchomène, placée au centre, permettait de survoilier les démarches de tous les peuples qui l'habitaient. Antigone

(1) Plutarc, in Cleom. et Knio. Polybe, 1. II, c. 53-70, et 1. V,c. 36-3d.

(2) De tous Ie« faits conlenas dans ce paragraphe et le suivant, les historiens modernes ne font connaître que la prise de Sparte, le testament el la mortd'Aniigone; encore ne font -ils pas connaître dans quel état ce prince laissa Sparte.

(3) Polybe, 1. II, c. 70; I. IV, c. 22, 23; I. VU, c. 9; Discours de Lyciscas; Ex«mpl.de Vertus et de Vices, n. 43. Plutârque, Vie de Gléoméae.

GITERRB DES PEtX LIGUES. 4t5

mit des garnisons dans ces villes, et peut-être dans d'autres encore (i). Les Achéens « le nommèrent leur généralissime sur terre et sur mer, » passèrent un décret pour n'ouvrir de correspondance , n'envoyer » d'ambassadeur à aucune puissance, sans l'expresse permission de ce » prince : entraînés par l'exemple d'Aratus, ils lui offrirent des sacri- » fices comme à un dieu : s'affranchissant de toute discipline pour se » jeter dans la mollesse, abandonnant leurs armes pour se tapir sous «celles des Macédoniens, ils se mirent entièrement à leur discré- » tion (2). »

11 résulte de ces détails que Sparte et la Laconie , l'Achaïe et les provinces dépendantes de la ligue achéenne, c'est-à-dire l'Argolide etl'Arcadie, tombèrent alors de nouveau dans la dépendance des Macédoniens. En dernier lieu, les iEtoliens avaient conduit des vaisseaux, débarqué des troupes sur les côtes occidentales du Péloponèse : ils s'étaient emparés de Pbigalée, vers les confins de la Messénie, et avaient contraint, par la crainte de continuels ravages, les Messéniens et l'Élide à subir leur alliance ; ils avaient joint ces deux pays à une portion de l'Acarnanie, qu'ils avaient conquise précédemment (3). Rappelé en Macédoine, trois jours après la prise de Sparte, par une invasion des lUyriens, Antigone n'eut pas le temps d'arracher l'Élide et la Messénie à la suprématie des iEtoliens, et de les soumettre à la sienne : ce furent les seules provinces qui n'y furent pas soumises dans tout le Péloponèse. £n s'éloignant de la péninsule, Antigone marcha contre les lUyriens, les vainquit, rendit à la Macédoine l'intégrité et la sûreté de ses frontières. Avant de mourir, 221, il désigna pour son successeur le fils de Démétrius, Philippe III, alors âgé de seize ans, lui donnant Apellas pour tuteur, et pour ministres Léontius, Mégaléas, Alexandre Taurion.

Si l'on veut joindre les progr^ faits successivement en Grèce par Antigone de Goni et Antigone Doson, on trouvera que ce dernier, à la fin de son règne, commandait : !• dans la Grèce septentrionale, à la Macédoine, àlaThessalie, àl'Épire; ^ dans la Grèce centrale, à la

(1) Polybe, 1.1V, c. 6. Pluiarque, Vie d'Aratus, c. 5i, et précédemment :« Aratas » devait plutôt céder à Cléoméne que de rendre une seconde fois tout le Péloponèse » banbare par tant de garnisons de Macédoniens.... que de les établir dans UmUi le» » Tiiles. »

(3) Pluiarque, Vie d'Aratus.

(3) Polybe, I. lî,e; 45 : «Les JEtoliens avaient partagé les villes d'Acarnanie «Tec » Alexandre, lils de P]rirrbu8. » Voye% I. IV, c. 3, pour Pbigalée et la Uessénie.

496 PRÉCIS BK l'HBTOIUS AUCIIlfllE.

Phocide, à la Locride, à la Béotie, à TEubée; 5^ daiB le Péloponèse, à laCorinthie, àlaSicyonie, àrAchaîe, àFArgalida, àrArcadie, àla Laconie. LaMessénie, TÉlide, TAttique, T^talie, rAcarnanie, avaieih seules échappé à la domination d'Antigone. Ce^ suiH'ématie eiobrassait Yingt-trois des vingWliuit états helléniques , ou, en d'autres ternes, les cinq sixièmes de la Grèce (1).

% YIU. — ' Ambition des JStoliens. Guerre des deux ligues. AccroissemerU de la puissance macédonienne (2).

La mort d*Antigone remit en question ce que ses succès avai«it décidé. Il devint incertain si la suprématie macédonienne, rétablie parce prince sur toute la Grèce centrale et le Péloponèse, à l'exception de cinq pays, subsisterait ou serait anéantie ; si le commandement passerait à un autre peuple ; si la ligue achéenne reprendrait l'ascendant et rétendue qu'elle possédait avant les victoires de Cléomène.

Projets d'agrandissement des italiens dans le Péloponèse, 22i.— Les iEtoliens voyant Antigone mort , Philippe à peine sorti de Tenfence, les Achéens plongés dans l'inaction, projettent de s'unir aux Lacédémoniens, de détruire la ligue achéenne , et d'ajouter une partie des provinces dont elle se compose aux provinces d'Élide et de Messénie, où ils dominent déjà. Cette idée ambitieuse est contrariée par la démarche des Messéniens : ceux-ci , irrités des rapines et du despotisme des iBtoliens , renoncent à leur alliance et demandent à entrer dans la grande confédération formée par Doson. Les Achéens Benvoient les Messéniens à Philippe. Les Macédoniens et les Épirotes sont dès lors intimement unis d'intérêt et ne forment plus, en quelque sorte, qu'un seul peuple : ils admettent la Messénie dans l'alliance (5). Les JStoliens, de leur côté , détachent Lacédémone de l'union, l'entraînent dans leur parti et coçcluent avec elle un traité ; mais ce pacte demeure secret pendant plus d'un an.

Bataille de Caphyes. — L«s JStoliens, commsmdés par.Scopas,se jettent sur le Péloponèse, pillent le territoire de Patrse et de Dyme, et exercent d'horribles ravages dans la Messénie, satisfaisant à la fois leur

(1) Voyei U preuve de cela dans Polybe, I. IV, c. 9, i5, i6, 22, 23 ; 1. IX, c. 7. Disc de LjrciSGus; et p. 71 du Précif , deuxième partie, deuxième édition.

(2) Pour ce paragraphe, Polybe, 1. IV, c 3-3S, 57-87 ; I. V, c. i-3i, 93-107. Pluiare.,in Arato.

(3) Polybe , 1. IV, c. 16 : « Les Épirotes et Philippe ayant entendu les députés des Hei- » séniens , les admettent dans ralliance. »

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