CHAPITRE II
Hiâtoire des Égyptiens depuis les temps les plus reculés jusqu'à la conquétt de leur empire par les Perses , sous Cambyse , en 526.
S I. «^ aperçu général «ur Vhiêtoire de l'Egypte.
I. IHeettiiudê dêê premiers siècles de l histoire d' Egypte. — L'histoire d'Egypte jusqu'au régné de Psammltichus (666) contient un certain nombre dé faits sur fesquels on ne peut élever aucun doute raisontiable , parce qu'ils ont peur garante le témoignage unanime des historleni ancîeiis, et dés monumentu ^l^^tietis encore subsistants attjoai'd'hui. Mais s'ils ofllrent une certitude histo^ lique AUffîsftnte, ils préscntcut Jusqu'à présent une incertitude chronologique cc^mpl^. En invoquant les autorités contradictoires entre eUes d'Hérodote, de nedé^e de Sicile > de Manéthon et d'Êrâtosthëties, les sdvants rangent ces faits dans pluneurs ordres entièrement opposés^ et dont résultent d'énormes difPérencel de temps. Prenons pour premier exemple la fondation des grandes pyramides. D'après Hftnéthon (l), elle eut lieu sous les rois de la première et de la quatrième dynastie | selon Hérodote, 6n doit l'attribuer aut princes de la dix* neuvième dynastie. Les contradictions les moins marquées sont celles de sept ou huit cents ans. C'est ce que l'on voit si l'on passe de l'érection des grandes pyramides an tègne d'Osymandias. Diodore de Sicile prétend que ce prince , célèbre pat ses monuments, précéda Mosris de neuf règnes, plu» doute générations. Quelques critiques ont en conséquence placé son règne dans le vingtquatrième siècle avant notre ère. Hérodote ne nomme pas Osymandias j mais il affirme qu'avant ITœrîs aucun prince n'avait élevé de monuments remarquableSi Forts de son témoignage, d'autres critiques rendentOsymandias postérieur à Moeris, et le font vivre dans le seizième siècle. Dans le système que nous adoptons, nous accueillerons tous les documents fournis par les historiens de l'antiquité; mais nous les subordonnerons à l'autorité d'Hérodote.
(I) Manetb. apud Jul. Afric, éd. J. Scaliger, p. 123, 128.
40 PRÉCIS DE L fliSTOIR£ ANCIENNE.
II. Tradition des Égyptiens sur la formation progressive de leur territoire^ — On trouve , au second livre d'Hérodote , le passage suivant : « Les prêtres me » dirent que, du temps de Menés, toute TÊgypte, à Texception du nome Thébaïque, » n'était qu'un marais. Il ne paraissait rien de toutes les terres que Ton voit au- » jourd'hui au-dessous du lac Mœris, quoiqu'il y ait sept Jours de navigation depuis » la mer jusqu'à ce lac, en remontant le fleuve. Ce qu'ils me dirent de ce pays me » parut très-raisonnable. Tout homme judicieux, qui n'en aura pas entendu parler » auparavant, remarquera, en le voyant, que l'Egypte, où les Grecs vont par mer, » est une terre de nouvelle acquisition , et un présent du fleuve : il portera aussi » le même jugement de tout le pays qui s'étend au-dessus de ce lac jusqu'à trois » journées de navigation, quoique les prêtres ne m'aient rien dit de semblable; c'est » un autre présent du fleuve. La nature de l'Egypte est telle, que si vous y allez » par eau, et qu'étant encore à une journée des côtes, vous jetiez la sonde en mer, » vous en tirerez du limon à onze orgyes de profondeur : cela prouve manifeste- » ment que le fleuve a porté la .terre jusqu'à cette distance. La plus grande partie » de l'Egypte, ajoute plus bas l'historien , est une terre acquise par les Égyptiens, » comme me le dirent les prêtres, et c'est le jugement que j'en portai moi-même. » Il me paraissait en effet que toute cette étendue de pays, qu'on voit entre ces » montagnes au-dessus deMemphis, était autrefois un bras de mer, conmie l'avaient » été les environs de-Troie, deTeuthranie, d'Êphèse, et la plaine du Méandre. » Hérodote appuie ensuite la tradition des Égyptiens, et l'opinion à laquelle il s'arrête, par l'examen de la nature du sol de l'Egypte, et par l'accroissement progressif de la crue du Nil (1). Or il résulte de cette tradition :.l^ qu'au temps de Menés le nome Thébaîque (haute Egypte) présentait seul un continent solide et habitable ; 2* qu'une partie de l'Heptanomide et tout le Delta (moyenne et basse Egypte), couverts par la mer, n'étaient qu'un marais, un golfe de dix journées de navigation; â° que ees deux pays ne furent convertis en terres fermes que quand le fond du marais eut été peu à peu exhaussé, soit par le limon que le Nil y charria durant la suite des siècles postérieurs à Menés, soit par les travaux de dessèchement auxquels ce prince et ses successeurs se livrèrent (2), Dans l'antiquité, Aristote et Diodore ont déposé, après Hérodote, de la vérité de tous ces faits (3) ; Polybe l'a confirmée, par analogie, en recueillant des obseiTations semblables sur le Pont-Euxin et les Palus-Méotides (4). Dans les temps modernes , les voyageurs ont vérifié de leurs yeux, établi sur des preuves irrécusables et différentes de celles des anciens, l'exhaussement et l'accroissement progressifs de l'Heptanomide et du Delta, produits par les dépôts du fleuve (6).
(0 Hérodote, 1. II, c. 4, 10, il, 12, 13, traducUon de Larclier.
(2) Hérodote , 1. II, c. lO et 99.
(3) Arist. Météor., i. I, c. 14. — Diod. SIeul., 1. 111, c. 3.
(4) Polyb., 1.1V, c. 40, 41,42.
(5) Savary, Le». I. Volney, Voyage en Egypte, c. 3, p. 36-42. Il repousse à la note des pages 41 à 42 les objections élevées par Frcrcl contre les assertions d'IIcrodote.
HISTOIRE D£ LÉtiYPTfi. 41
HL A quelle race appartiennent les premiers Égyptiens. — Les Égyptiens prétendaient être nés, avant tous les autres hommes» du limon de TÉgypte échauffé parle soleil , quand la terre avait une force productrice dont elle n'a conservé depuis qu'une faihle partie (1}. Les Éthiopiens» au contraire, regardaient la populatiou 4è rÉgypte comme une colonie de l'Ethiopie; ils alléguaient comme preuve de ce fait : 1<> que la formation tardive du sol de FÉgypte était un produit du limon enlevé de leur pays par le Nil, et qu'au moment où l'Egypte était devenue capable de nourrir des honmies, elle les avait reçus nécessairement d'un pays voisin placé à l'abri des inondations, plus anciennement habitable et habité; 2' que le système politique et religieux de l'Egypte était semblable en tous points à celui de l'Ethiopie (2). Les livres juifs désignent l'Egypte sous le nom de terre de Cham et sous celui de Mizraïm (3). Plutarque, de son côté (4), atteste que TÉgypte s'appelait anciennement Chemia. Diverses villes des anciens Égyptiens rappelaient le nom de Cham, et le nom de leur premier mois (mezari) celui de Mizraïm. Enfin une tradition curieuse des Abyssins subsistante jusqu'à nos jours-(5} poile que leur ville d'Axnm , l'ancienne Axuma , a été fondée par Chus, fils de Cham. On conclut de ces foits que les populations de Cham , de Mizraïm , de Chus , soit que ces noms s'appliquent à des individus, soit qu'ils désignent des tribus personnifiées, partirent de la haute Asie, traversèrent l'Arabie Heureuse, et séjournèrent en Abyssinie ou haute Ethiopie avant d'entrer en Egypte. Mais il serait possible qu'elles eussent traversé l'Ethiopie sans appartenir à la même race que les Éthiopiens. Si la population primitive de l'Egypte fut éthiopienne de race, il faut que d'autres Éthiopiens, colonisés plus tard dans le même pays, aient asservi leurs compatriotes , car l'étabUssement des castes inférieures paraît avoir été le résultat d'une conquête.
§ II. — Histoire de VÉqypte depuis les temps les plus anciens jusqu'à la conquête des Perses (6).
État primitif de V Egypte. — La haute Egypte fut la première habitée, et d'abord la seule habitée. Les débordements du Nil, forçant chaque année les hommes du pays à se sauver sur les montagnes voisines, •arrêtèrent chez eux Tessor de toute civilisation, et en firent des bordes de pasteurs nomades, de pêcheurs et de bateliers, qui se nourrirent d'abord d'herbes et de plantes, ensuite de poissons et de la chair des troupeaux.
Révolution opérée par les Éthiopiens. — - Les Éthiopiens de Méroë, affranchis de ces entraves, se développèrent en liberté, et parvinrent de bonne heure à un haut degré de culture politique. Ils entrèrent dans
(1) Diod. Sic. I, 10. — (2) Diod. UI, 3. —(3) Lib. Psalra. LXXVII, v. 5t ; CIV, v. 23-27; CV, V. 22. — (4) De Isid. et Osir. — (5) Bruce, Voyag., p. 433.
(6) Pour les développements, preuves et citations de ce eliapilre, voir le Précis d9 l'histoire ancienne, pages 15-24, 3« édition.
4!î PRÉCIS DE L*HISTOIRS ÂNCRNim.
la haute Egypte et en changèrent la face. D'un côté ils tirèrent les ha^ bitants de la barbarie en leur apportant leur gouvernement, leur religion, leurs arts. D'un autre côté, ils les condamnèrent à une étemelle dépendance, en composèrent les castes inférieures, tandis qu'ilâ se constituaient eux-mêmes en castes supérieures de prêtres et de guerriers. Dans chaque province ou nome, le culte devînt le lien commun qui unit les habitants, et le temple, le chef-lieu autour duquel ils bâtirent leurs cabanes.
Gouvernement ihéocratique.— VÈgYV^ alors bornée à la Thébaïde, fut d'abord gouvernée par les dieux du premier, du second et du troisième ordre, c'est-à-dire par les prêtres de ces divinités. La fondation de This (1), de Thèbes, d'Éléphantine, date de l'administration décès grands prêtres: en offet, les premiers rois d'Egypte furent originaires de la ville de This, bâtie avant eux; et la tradition attribuait au dieu Osiris la fondation de Thèbes (2). C'est de la même époque que date l'Introduction chez les Égyptiens de l'agriculture, du Culte et des cérémonies religieuses, de la fixation et du perfectionnement de la langue, de l'écriture, de l'éloquence, de la musique et de l'astronomie (S).
Histoire des seize premières dynasties depuis Menés jusqu'à rinvasiondes Pasteurs, — Au gouvernement théocratique succéda celui des rois. Menés, dit Hérodote, fut le premier homme qui régna en Egypte. Il gouverna le nome Thébaïque, alors le seul pays de l'Egypte qui ne fût pas couvert par les eaux du Nil ou de la mer. Il commença les conquêtes des rois égyptiens sur le fleuve, en détournant son cours, et en convertissant en terre ferme un emplacement où il jeta les premiers fondements de Memphîs. il donna une forme pluiS régulière m culte et aux sacrifices, et introduisit parmi ses sujets, qui déjà n'ètaleût plus une nation nouvelle, le luxe de la table, des lits, de Faméublement (4).
Après Menés, et jusqu*à Mœris (5), Vinrent trois cent trente rois. Ces princes doivent être répartis entre dix-feept dynasties pleines et le côm-
(i) Non loin de This, fut bâtie Ptolémaïs, au temps des Lagides. (3) Hérod., n, 144, 145. Diod., I, 44, 15. Manetbo, éd. Scaliger, p, 133.
(3) La iradition attribuait l'invention de ces arts Sl Osiris, Isis et Uet-més, c'est-à-dirt k leurs prêtres. î)iod. 1, i4, 15, lO.
(4) Hérod., H, 4, 5, 99. Diod. 1. 45. Malgré le témoignage si précis 0'Rérodote, quelques critiques veulent que Menés soit la personnification de la civilisation qui se développe, et non un homme : peu importe au fond des faits. 11 faut que la première fondation de Memphis remonte en effet à l'époque dé Menés, puisque dans les listes de Manéthon (Scalig., p. 123), les rois de la troisième dynastie sont déjà originaires on même habitants de Mempbis.
(5) Mœris, Pan des princes de la dix-huitiérae dynastie.
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fltôTOlRE Î>È L*ËGirPtE. 4S
toèncèment d'une dîx-huitième, qui vécurent et régnèrent simultanément (1). Lés Unes continuèrent â gouverner Thèbes et les nomes déjà fondés de This, d'Êléphantine, de Memphis. Les autres dominèrent sur les principautés nouvelles qui s*élevèrent à Héraclée, dans la moyenne Egypte, et à f>anéphysis ou Diospolis, Xoïs, Tanis, dans le Delta. Ces dernières principautés prirent naissance à mesure que le Delta fut enlevé à la mer, exhaussé, converti eu terre ferme par les dépôts du Nil et par les travaux des rois imitateurs de Menés (2).
Après la fondation de ces nomes nouveaux, les faits importants arri* vés entre Menés et l'invasion des Pasteurs sont les suivants :
Le trône, héréditaire dans la première dynastie (3), devint électif après elle ; ondtie choisit plus pour roi le fils du prince régnant, mais celui qui avait rendu le plus de services au pays et fait les découvertes les plus utiles.
tarftii les Successeurs de Menés, on trouve dix-huit rois éthiopiens, riôuvelle preuve des nombreux rapports qui existèrent dans les anciens temps entre TÈthiopie et TÉgypte. L'Egypte cependant rompit ces rapports, et se rendit indépendante. Selon toute apparence, la lutte fut opiniâtre et sanglante. Les habitants de la haute Egypte, tournés exclusivement vers là guerre, acquirent enfin la valeur et Texpérience nécessaires pour combattre les Pasteurs avec succès, tandis que la moyenne et la basse Egypte demeuraient dans un état antimilitaire. Pour se ménager des moyens de résistance, en cas de nouvelle attaque de la part des Éthiopiens, Busirîs agrandit renceinte de Thèbes, Tentoura de fortes murailles, l'embellit d'édifices â la fois utiles et magnifiques, et fit oublier les premiers fondateurs de cette ville (4).
(1) Ëh iniiàni të ^yitèmè da i;h«valièr Marshâti , Je 6\ê c|ai Yëcûretil et administrèrent timnUmnémtiU. Je pense qii'on peut prouver la justesse de ce système par le pa»« sage suivant de lifanétboo, rapporté dans Josépbe: «Leé rois de la Thébaïde, s'étanl » Itgdés a^eà t^X âU mtê àè l'Êpjfpté, entreprirent une guerre longue et difficile » Cdniré têS rois pUièiits. it II f était donc, àii tempi des Pàsttitirs , t»l«i6ieti" royaume^ en Egypte dont les princes régnaient simultanément.
(2) il existe un rapport frappant entre le récit d'Hérodote et les listes de Manéthon . p. i*H''i'2fîi éd. Seàtiger. L«8 rois des deut premiéfès dyrtaâties éont originaires de tbis et de la hante Egypte» d'abord lA seale habitée. Les roli de la troisième et de Ift neaviéme dynastie sont de Memphis et d'Uéracléopolis, dans l'Egypte moyenne, arrachée plus tard aux eaux. Les rois de la quatorzième dynastie sont de Xoïs, dans le Delta, découvert et rendu habitable le dernier.
(8) Dans la liste de \& première dynastie, telle que la rapporte Mahéthon, p. 122, après le nom de chaque roi , on trouve celte énonciation : fils du précédent. La même ifiention n'a plus lieu pour les djfnasties suivantes.
(4) Di6d.^ I^ 4&. Ui savants français ont remarqué jasqtt'A qtiàtré et même éifltf en^ ceintes de Thèbes, d'époqaes et de constructions différentes.
Enfin l'on rapporte à cette période la construction de plusieurs palais à Memphis et celle des premières pyramides, la taille des pierres à angle droit, la peinture, l'invention ou les progrès de l'anatomie et de la médecine, la rédaction écrite de divers ouvrages.
Invasion des Pasteurs qui forment la wu^ dynastie. Us sont citasses par les rois de la xviii®. — L'Egypte comptait déjà plusieurs siècles d'existence politique; elle était encore partagée entre diverses principautés indépendantes les unes des autres, lorsqu'au temps d'un roi TimaoSy les Pasteurs arabes et Phéniciens envahissent la province inférieure et la province supérieure (Egypte basse et moyenne). Ils les soumettent sans combat et avec la plus grande facilité, exercent d'odieuses cruautés sur les chefs comme sur les peuples de ces deux provinces, et se donnent plus tard un roi nommé Salalis. Salatis étabUt sa r&idence à Memphis, qui n'avait été emportée si facilement que parce qu'elle manquait de murailles et de retranchements. Il fortifie Avaris (Péluse), et meurt au bout de dix-neuf ans de règne. Les Arahes sont gouvernés ensuite par cinq autres rois, nommés en général Hycsos. Mais les rois DE LA Thébaïde ET CEUX DU RESTE DE l'Égypte entreprennent une guerre longue et violente contre les Pasteurs, et la continuent jusqu'à ce que Misphragmoutosis les repousse du pays-et les enferme dans Avaris, et que ThoutmosiSy son fils, les réduise à évacuer Avaris, deux cent soixante ans après leur entrée en Egypte. L'expulsion* des Arabes devint l'un des principaux sujets sur lesquels s'exercèrent les artistes égyptiens: elle se trouve représentée sur l'un des grands temples de Thèbes.
L'Egypte sous la xviii* dynastie, — Les cent premières années de cette dix-huitième dynastie égyptienne sont parallèles aux cent dernières des pasteurs : Thoutmosis, qui les chassa, était le septième roi de la dix-huitième dynastie. Ce prince prépara doublement la grandeur de sa nation, en expulsant les étrangers, en réunissant l'Egypte sous une même loi, après avoir détruit les dynasties particulières. Trois faits de la plus haute importance se rattachent à l'époque qui nous occupe. L'élection libre des anciens temps fit place à l'hérédité dans une même famille, et ne s'exerça plus que quand cette famille vint à s'éteindre. Joseph, investi de la confiance et de l'autorité de l'un des princes de cette époque, établit les Hébreux dans le pays de Tanis. Sous son administration, et durant les années de disette, les Égyptiens, pouf obtenir du blé, vendirent leurs terres et leurs personnes, et ne demeurèrent plus sur leurs champs, devenus la propriété du roi, que comme ses esclaves et ses fermiei-s, sous la condition de lui payer la cinquième partie du pro-
ËISTOÎftE D£ l'éGYPT£. 45
duit aùnuel. Les personnes et les terres des citoyens appartenant à la classe sacerdotale demeurèrent seuls libres. Le récit de Moïse nous montre, dans le pays administré par Joseph, un monarque absolu, une cour nombreuse et riche, une agriculture florissante, des établissements multipliés, le développement, les raflinements même de la civilisation. Aussi , parmi les seize princes composant avec Thoutmosis la dix-huitième dynastie, et désignés, comme tous les Pharaons, par divers noms et prénoms, on croit reconnaître les auteurs d'une partie des prodigieuses constructions répandues dans l'Heptanomide et dans la haute Egypte. C'est Myphris ou MœriSy lequel fait creuser le lac et bâtir les pyramides qui portent son nom. C'est Uchorëui ou AchorU, qui ajoute aux travaux nécessaires pour diriger et contenir le cours du Nil; qui agrandit Memphis, l'entoure de murailles et de fossés propres à la défendre contre une invasion pareille à celle des Pasteurs, et mérite, par ses ouvrages, de passer pour le fondateur de cette cité, bâtie originairement à l'époque de Menés. C'est Osymandias , que les historiens anciens célèbrent pour ses victoires sur lesBactriens, pour sa bibliothèque et son tombeau, sur lesquels la critique moderne élève des doutes.
Même après l'expulsion des Hycsos, la basse Egypte resta partagée, à ce qu'il semble, entre des peuplades d'origine diverse, dont quelquesunes avaient formé de petits états; les autres, tribus pastorales comme les Hfibreux, y nourrissaient de nombreux troupeaux. Les rois de Thèbes, instruits par une expérience récente, ne pouvaient voir sans inquiétude de pareils voisins. Ils essayèrent de tourner les Pasteurs vers la vie agricole, en les forçant à bâtir des villes. L'un d'eux, RamsèSj fit construire aux Hébreux les villes de Ramsès et de Pithom. Leurs efforts échouèrent, et ils résolurent alors d'envelopper dans une vaste proscription, sous les noms d'impurs, les lépreux et les prêtres schismatiques de la haute et de la moyenne Egypte, avec les populations de la basse Egypte qui refusaient de se soumettre à leurs lois et au nouvel ordre qu'ils prétendaient introduite. Aménophis, père de Sésostris, prince sans courage, et livré à une méprisable superstition , eut à combattre la résistance de ces impurs, unis aux descendants des anciens Pasteurs, qu'ils avaient appelés en Egypte. Le Pharaon abandonna à ses ennemis Memphis, Thèbes, la moyenne et la haute Egypte, qu'il pouvait défendre, et se retira avec son fils et une partie de la population, chez les Éthiopiens de Méroë. Pendant treize ans, l'Egypte souffrit les maux d'une nouvelle invasion, bien plus cruelle que celle des Hycsos, et qui porta le double caractère d'une invasion étrangère et
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d'une guerre de religion. Après ces treize années, terme fixé par up oracle, auquel le superstitieux Aménophis avait sacrifié l'Egypte, il rentça dans ses états avec des forces considérables. Il défit les descendants des anciens Pasteurs, les impurs, et en massacra une partie, et chassa les autres vers le désert voisin de l'isthme de Suez. L'espace écoulé entre la première invasion des Pasteurs et l'expulsion de leurs descendants fut de cinq cent onze ans. La proscription , dirigée contre les impurs ou dissidents, s'étendit aux Hébreux, qui sortirent alors d'Egypte. Elle atteignit aussi plusieurs peuplades de la basse Egypte , étrangères à la race Israélite, et envoya, selon toute apparçnce, à la Grèce la colonie de Gécrops, vers 1643. Pour ne pas revenir sur ce sujet, nous indiquerons sur-le-champ ici l'autre émigration d'Egypte en Grèce, qui eut lieu sous la conduite de Danaûs, et qui se rapporte à l'un des règnes suivants.
L Egypte, souê la xix" dynastie et les suivantes , jusqu'à Ic^ xxvi«, depuis Sésostris jusqu'à Psammilichus. -^ SésosiriSy encore a,ppelé Sethos et Ramsés le Grand, fils d'Aménophis, ouvre la dix-neuvième dynastie, 1643? Il divise d'abord l'Egypte en trente-six nomes ou provinces, équipe le premier une flotte, et subjugue les Arabes placés sur les rives du golfe Arabique, les Éthiopiens, les Libyens. Il porte ensuit^ ses armes dans l'Asie du miUeu jusqu'au Gange, dans la Scythie, I51 Thrace, l'Asie Mineure, la Golchide où il laisse une colouie, l'Arménie, la Syrie. De retour dans ses états, jl fait creuser, par ses captifs, de nombreux canaux, élève les villes sur des monticules faits de main d'homme, assigne à chaque Égyptien une égale portion de tçrrç, sous la charge d'une redevance annuelle. Des monuments, encore subsistants au temps de l'empereur Tibère, attestaient les exploits de Sésostrjs. Quelques auteurs anciens restreignant son règne à trente-trois années, d'autres l'étendant à cinquante-neuf,, il est tout à fait impossible d'en préciser la durée, etd'assigner une date certaine aux faits qui le^uivent, jusqu'au temps de Psammitichus. •
Phéron, fils de Sésostris, règne après lui. APhéron succèdent, njais avec des intervalles entre eux, Protée, conte^ipprain de la guerre dç Troie; Rhampsinit, Chéopset Chéphrem. Ces deux princes fernjeftt les temples, à la monarchie font succéder le despotisniue, et construiseïii deux pyramides. Mycerinus élè^e une troisiènje pyrajnidç; m^ il rouvre les teinples et tirç ses sujets de l'état déplorable 4aas lequel ^ avaient gémi naguère. Le complément du règne de ces cinq princes ^ trouve da-ns les fables absurdes qu'Hérodote raçpDte saos y cjw«.
HISTOIRB DB L*É6TPTB, 47
Séionehii, qn'on croit être le Sé$ac de l'Écriture sainte, se rendit redoutehle à ses voisins. Asychis ou Bocchoris est célè5Ï)re par la sagesse de sa loi sur les emprunts. Leurs règnes terminent la première période de puissance des rois égyptiens. Phéron et ses successeurs , jusques et y compris Bocchoris, appartiennent aux dynasties 19«, 20% 21*, 22*, 25* et24«derÉgypte, mais y sont désignés par des noms différents, à l'exception du dernier. Il importe de rema^uer, pour les relations extérieures, que Salomon épousa la fille d'un Pharaon anonyme de ces dynasties, et que sous Roboam, fils de Salomon, le Pharaon Sésonchis ou Sésac, suivi d'une armée d'Égyptiens, de Libyens, de Troglodytes, d'Éthiopiens, prit Jérusalem et subjugua momentanément le royaume ' de Juda.
Après Bocchoris, les annales égyptiennes présentent deux lacunes dont la première est figurée par l'aveugle -^nym, et dont on ne peut fixer au juste la durée. Pendant ce temps, les princes et la nation dégénérés sont deux fois assujettis par des rois éthiopiens, dont l'un est appelé Sabacon, Débarrassée de ces étrangers, TÉgyple est régie , vers Tan 715, par le prêtre de Vulcain Séthos, qui défait Sanacherib, et dont la mort ouvre le cours à tous les désordres. Après une anarchie de deux ans, douze seigneurs ^ partagent le pouvoir, 671; régnent ensemble pendant quinze ans, 671-656; construisent le labyrinthe, chassent d'abord Psammitichus, l'un d'eux, et sont ensuite dépouillés par ce prince. Psammitichus emprunte aux Grecs Cariens les moyens de satisfaire sa vengeance et son ambition, 656.
L'Egypte sous les princes de la xxvi* dynastie , depuis Psammitichus jusqu'à Psamménit. — L'Egypte se relève sous Psammitichus et ses successeurs, qui fixent la couronne dans leur famille. Psammitichus exerce seul l'autorité souveraine pendant trente-neuf ans, 650-61 7, Il construit ou agrandit Sais, et aupaente les monuments deMemphis. Il place trois armées en garniçon, à Éléphantine, pour défendre le pays contre les Éthiopiens; à Péluse, pour arrêter les incursions des Arabes et des Syriens; à Maréa, pour tenir la Libye en respect. L'armée campée à Éléphantine, mécontente de son gouvernement et de la confiance qu'il accordait aux étrangers, se donne au roi d*Éthiopie , en reçoit pour étabUssemeat le pays de quelques Éthiopiens qui étaient ses ennemis, et va porter la civihsation égyptienne aux extrémités de l'Ethiopie, à quarante journées de chemin de Méroë, comme les Éthiopiens avaient autrefois policé les premiers Égyptiens. Aj^ un siège continué pendant vingt^neuf ans, au rapport d'Héro-
4d PRÉCIS DB l'histoire ANCIETCNI!.
dote, il prend Azot, ville considérable de Syrie. Il forme des projets de conquêtes en Asie et en Afrique, dont son fils, son petitrfils et son arrière-petit-fils poursuivent le cours , avec Taide des Grecs mercenaires. Le règne de Néchao ou Nécos comprend seize ans, 617-^1. Il crée en Egypte une grande puissance maritime , commence le canal de communication entre \e Nil et la mer Rouge, ordonne à des navigateurs phéniciens d'exécuter le périple ou voyage autour d'une partie de l'Afrique (1).*I1 gagne en 609 la bataille de Mageddo sur Josias, roi de Juda, entre dans l'Assyrie, s'empare de Carchemis et d'autres places appartenant à Nabopolassar. Vaincu près de Circésium , en 605, par Nabucbodonosor, il rentre dans ses états, emmenant captif le nouveau roi de Juda, Joachas. Psammis, son fils, 601-593, dirige une expédition contre l'Ethiopie, Jpriès, à son tour, 595-570, fait la guerre aux Tyriens, gagne sur eux une bataille navale, et leur enlève Sidon. Il attaque ensuite les Cyrénéens, mais il est vaincu. Ce revers amène le soulèvement des Égyptiens. Ils se déclarent hautement contre les guerres entreprises au dehors, prennent pour chef Amasis, mettent en fuite les Gariens et les Ioniens soudoyés par Apriès, et le détrônent, tandis que Nabuchodonosor envahit l'Egypte. Amasis, en 570-526, surmonte les mépris qu'inspire sa basse naissance, par sa. popularité , la sagesse de ses lois et de son administration. Il se réconcilie avec les Cyrénéens et entretient des relations actives avec les Grecs , auxquels il cède Naucratis, et ouvre un libre accès dans ses états et même auprès de sa personne, s'il est vrai que Pythagore fit un voyage k sa' cour. En mourant, 526, il laisse la couronne à son fils Psamménit; mais ce prince ne la porte que six mois, 525 : Cambyse la lui arrache et subjugue TÉgypte. A. P.