LIGUE ÀCUÉEKIS'E ET PERSÉE
pœmen et de son digne ami Lycortas déjouèrent ces trames odieuses; mais les Romains assassinèrent Philopœmen par la main des traîtres à gages qu'ils avaient à Messène, pendant que Flamininus traversait la Grèce pour aller demander à Prusias la tête d'Annibal.
Après la mort du grand Philopœmen, dont les talents politiques et guerriers pouvaient seuls donner assez de force à la ligue pour résister aux sourdes attaques de Rome, les Achéens résojurent d'éviter à tout prix une rupture avec la république. Leur réserve se changea en épouvante quand ils entendirent la déclaration de Callicrate, l'un de leurs députés, au sénat assemblé, et la réponse plus infâme, s'il est possible, du sénat. « Pères conscrits, dit Callicrate, l'Achaïe, comme toutes les » républiques de la Grèce, est partagée en deux factions, l'une déy> vouée , l'autre contraire à vos intérêts. Vos partisans sont en horreur. » Mais si voijs voulez vous déclarer ouvertement pour eux, la crainte » d'encourir votre colère contraindra le peuple à les élever aux hon- » neurs ; devenus magistrats, ils livreront à leur tour le peuple à votre m discrétion. » Le sénat dit « qu'il serait à souhaiter que dans chaque » ville les magistrats ressemblassent à Callicrate. » En même temps il écrivit aux ^Etoliens, aux Athéniens, aux Béotiens, aux Épirotes, aux Àcaruaniens , dans des termes propres à armer la Grèce contre la ligue achéenne; éleva Callicrate à la stratégie, et réintégra les bannis de Sparte dans leur patrie. Cette ville, et toutes celles qui, dans leur folie, souhaitaient se séparer de la ligue achéenne, n'att^daient plus qu'un signe de Rome pour se porter à un soulèvement. Attentif jusqu'au bout à ne combattre autant que possible qu'un ennemi à la fois, le sénat remit la perte des Achéens après la ruine de Persée, qu'il méditait alors (1).
S X. — jila suite de la guerre contre Persée^ let Romains anéantissent la puissance de la Macédoine et de VÉpire , qui cessent d'exister en corps de nation. L'asservissement de ces deux pays, après celui de l'JEtolie^ été aux Grecs la moitié de leurs moyens de résistance en cas d*attaque ultérieure de la part de Rome.
Philippe avait jugé avec raison qu'une lutte nouvelle contre Rome était inévitable, puisque la Macédoine n'était pas encore esclave. U
(I) Polybe, Ambassad., 4i, 43, 43, 46, 47, si, 53, S8. Tite-Lire, 1. XXXT, e. IS-S9; 1. XXXVI, C. 31-36 ; 1. XXXVlll, c. 80-35 ; 1. XXXIX, C. 33, 35, 36, 37, 48-51. Plutarque , Ties de Phifopœmen et de FlamiDinui.
114 pb£cis de l htstoihe ancienne.
avait Trtilement employé, dans le silence et le secret,- ses dernières années à repeupler ses états, amerrir vingt mille soldats, faire un amas considérable d'argent et d'armes pour la formation d'une nombreuse armée, se ménager enfin au besoin les services mercenaires de cent mille Thraces et Bastames. Persée lui succéda en 178. Pendant les six premières années de son règne, il travailla, avec beaucoup d'adresse, à préparer le rétablissement des rapports entre la Macédoine et la Grèce , jadis rompus par Flamininus. La majeure partie des Grecs avait ouvert les yeux sur la politique romaine, et était disposée à aider le roi de Macédoine, au moment de sa rupture avec Rome. Elle eut lieu en 17i.Mais, frappé de lâcbes terreurs eu présence du danger, il n'osa achever la victoire commencée aux bords du Penée. Son avarice le priva du secours intéressé des Bastarnes et des Tbraces , et le manque de forces suffisantes lui ravit à son tour quatre fois Toccasion de soulever la Grèce. Il prétendit défendre la Macédoine comme une forteresse, avec ses montagnes et ses fleuves, au lieu delà défendre avec deux cent mille bras; il y réussit trois ans. Mais les défilés de la Macédoine, pour être difiûciles, n'étaient pas impraticables : Marcius, puis Paul Emile au sud, Anicius à Touest, les franchirent enfin. Persée fut Taincu à Pydna; Gentius, son allié, à Scodra. On les détacha des chars des triomphateurs pour les plonger dans les cachots, où ils subirent une mort lente et cruelle (1).
La Macédoine et Tlllyrie cessèrent d'exister en corps de nation et furent partagées, la première en quatre, la seconde en trois districts indépendants les uns des autres; défense fut faite, sous peine de mort, aux habitants de chaque district de communiquer avec ceux du district voisin et avec l'étranger. Tous les grands furent exilés en Italie, pour ôter les chefs aux soulèvements nationaux, possibles et à venir.
5 ^I. — Le sénat, après la guerre de Persée, enlève aux républiques grecques^ par les plus odieuses mesures , la disposition de Vautre moitié des forées de la Grèce.
Ces deux royaumes dissous, le sénat épuisa par les plus violentes Tnesures la force des républiques grecques , avant de leur porter le coup
CO Tite-11ve,l.'XXXVI, c. 33 ; I.XXXVUÎ, c. 2, 3 ; 1. XXXIX, c. 23, 24, 25, el les notes des comineiaaieuTs, c. 28-2a, 33, 34^ 47, 48, 53; L. XL,c.â-i6, 2t, %4, S4-S8 ; l. XLl XUT. Pol^Jbe , Âjnbassâd., 40, 42, 44, 46, 4S, 50, 60, 61, 62, 68, 69, 74, 85, 86,87. Fragm. da» Vailois, Exemples de Vertus et de Vices. Plutarque , Vie^e PjiilI Emile, florus, l.ii. Velleius Paterc, 1. 1, c lo.
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LIGUF ACBÊBNliX ET PSRSÉB. 448
morteL Dans TËpire, il UétruisU en un seul jour soixante-dix villes, ot rédiHSèt 'Ceot cinquante mille hommes en esclavage^ il ruina également de fond en comble plusieurs cités de la ThessaJie. Il permit et favorisa l'assassinat du sénat aetolien. Il arracha à leur patrie, à leurs familles , à leurs biens, les principaux citoyens de TiEtolie, de TAcamanie, de la Béotie, de TAchaïe enfin, au nombre de mille; il les envoya subir en Italie un jugement : Taccusation portait qu'ils avaient été, soit ouvertement, soit dans le cœur, partisans de Persée. Jusqu'alors les premières charges des diverses républiques avaient été remplies tantôt par ses partisans, tantôt par des patriotes. Après la défaite de Persée, ses agents restèrent seuls maîtres de toute l'administration, soumirent leurs pays respectifs aux mesures propres à établir dans le présent l'obéissance passive aux ordres de Rome, et à préparer dans l'avenir la réduction de la Grèce en province romaine. Le sénat avait remplacé les ruses et les perfidies de Ja pohtique par la brutalité du despotisme ; toutefois on aperçoit le reste d'une vieille habitude de dissimulation dans le sénatusconsulte qui déclarait libres la Macédoine et l'IUyrie, à moins qu'on ne veuille voir dans cet acte une sanglante ironie.
S Xn. — Le sénat profite ûe Vusurpation à'Andriscus et de Ja guerre qu*entr-eprennent les Ackéens désespérés y pour réduire la Macédoine et la Grèce «n provinces romaines*
S'il prit un masque, il se lassa bientôt de le porter : l'imposteur Andriscus s'étant fait proclamer roi de Macédoine, il envoya le préteur Métellus le vaincre à Pydna, et réduire la Macédoine en province romaine, 148. Il fit repasser en Grèce le petit nombre des bannis qui avaient survécu à dix-sept ans d*exil , de misère et de chagrin : c'étaient des messagers chargés d'annoncer par leur présence les mesures dont il allait Irapper le pays. Ses commissaires détachèrent de la ligue achéenne Sparte, Corinthe, Argos, Orchomône d'Arcadie, Héraclée de Thessalie : c'était préluder à la destruction totale de la ligue. Les bannis Damocritus, Diaeus, Critolaûs, élevés successivement à la stratégie, égarés par le désespoir et le patriotisme, mirent les armes aux mains des Achéens, et se firent vaincre à Scarphée en Locride par Métellus, et à Leucopetra près de Corinthe par Mummius. Mummius détruisit Corinthe de fond en comble, et sur ses débris fumants annonça à la Grèce qu'elle était réduite en province romaine, 146 (1),
(0 TiUs- Live , ). XLV, c. 26-45 ,* Epilome des lir. 49, 50, 52. Pol y be. Ambassades, lOfS,
$ XIII. — Retour sur Vhistoire det colonies grecques dans l'Italie centrale et méridionale^ la Sicile y la Gaule, V Afrique, Elles tombent toutes sueeessivement dans la dépendance de Rome.
Pour compléter l'histoire de la Grèce, il reste à examiner quel fut le sort de ses colonies dans la Grande-Grèce, Ja Sicile, les Gaules, l'Espagne , TAfrique.
Nous reprendrons l'histoire des colonies au point où nous Tavons laissée dans les chap. XVII, XVIIU XIX.
Histoire des villes grecques de V Italie centrale et méridionale ^ depuis la fin du règne de Denys V Ancien. — Les deux villes grecques principales de l'Italie centrale étaient Cumes et Naples. Cumes, tombée au pouvoir des Campaniens, passa avec eux sous la loi des Romains l'an 545 , deux ans avant la guerre du Samnium ; Naples, la dix-septième année de cette guerre, 526. La décadence des villes de la Grande-Grèce ou de l'Italie méridionale avait eu pour premier principe l'abus de leurs richesses , la corruption de leurs mœurs , les vices de leur gouvernement. Les deux Denys avaient à la fois hâté cette décadence par leurs armes et par leurs funestes exemples. Ils dominèrent quelque temps dans Locres, Hipponium, Caulonia, Crotone et Rhégium, Ces villes, rendues à la liberté depuis les troubles de Syracuse et l'expulsion de Denys le Jeune , furent attaquées tour à tour par les tyrans de Syracuse , Héraclide, Sosistrate et Agathocles. Agathocles'prit deux fois Crotone: il égorgea les habitants , et pilla leurs biens en 299 ; en 295 , il se saisit d'Hipponium. Les Grecs, affaiblis par ces attaques, subirent successivement l'alliance de Rome : 1° Thurium , quatre ans avant la guerre contre Pyrrhus, 286 ; 2° les autres villes de la Messapie , de la Lucanie, du Brutium , à la fin de cette même guerre ; Crotone , en 277 ; Lo«&res , en 275 ; Tarente , en 275 ; Rhégium , en 271 , après avoir été délivrée de la garnison romaine, qui dix ans auparavant avait massacré sa population. L'alliance de Rome laissa aux cités grecques leurs lois, leurs magistrats, leurreligion, leurs coutumes; mais elle lesprivade leur puissance mihtaire, et les astreignit à n'avoir d'autres amis et d'autres ennemis que ceux; des Romains. Thurium seule devint colonie romaine, l'anlQO.
Histoire de la Sicile , depuis Vusurpalion d' Agathocles jusqu'à la réduction de Vile en province romaine, 517-211. — Agathocles, fils
in, 126, 137, 143, 144. Eiemples de Vertus et de Vices, n. 85, 86. Pausan., Achaïc Florus, 1. 11, c. 14, 16. Velleius, 1. 1, c. 14. Orose, I. iV, c. 22; 1. V, c. 3. Justin , I. XXXIX, e. 1,2.