CHAPITRE XL
Des divers royaumes de l'Asie formés du démembrement de l'empire des Séleuddes. — RépuHiqoe de Rhodes.
En retraçant, dans le chapitre précédent, les principaux faits de l'histoire des Séleucides, nous avons indiqué Forigine de quelques états secondaires qui se. sont successivement formés des débris du royaume de Syrie. L'Asie, depuis la mer Egée jusqu'à rindus, fut, pendant un demi-siècle, soumise à la domination deScleucus ïïicator et à celie de son flis Antiochus. Ce vaste royaume était divisé en soixantedouze satrapies. U suffit de jeter les yeux sur la carte de l'Asie et de considérer le génie et le caractère des Séleucides, pour être convaincu que leurs débiles mains ne pouvaient pas contenir tant de gouvernements séparés, et imprimer la- néoes^té de l'obéissance à tant de chefe, placés à des distances considérables du centre de l'empire. Plusieurs gouverneurs, ténu^ns de la faiblesse de leurs maîtres, rom-
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pirent les liens cpii les anissalent anx soaver&ins d'Antioche, et, arrWant à l'indépendance poUtiqae par )a léToIte, lisse firent reconnaître pour rois par les princes dont ils avaient rejeté la soprémaiie. Il est dàgo» de remarque que presque tous les royaumes secondaires de l'Asie survécurent à la ruine de la dynastie dos Séleucides. Les Arméniens et les Parthes surtout, peu de temps après s'être sonstraits à leur tutelle, furent assez puissants pour se défendre avec avantage contre les forces de Rome. Le royaume de Pont, si faible dès sa naissance, s*éleva à un haut degré de puissance sous le règne de Mlthridate Eupator. Ce prince , doué d'un vaste génie et d'une ambition plus grande encore, aurait fait passer et aurait contenu sous son joug la plupart des peuples de l'Asie, s'il n'avait eu les Romains pour adversaires. H aurait rétabli dans cette partie du monde l'unité de pouvoir qui avait d'abord a^artenu aux Assyriens, qui leur fut ensuite disputée par les Lydiens, et qui fat ravie aux nns et aux autres par Gyrus, pour passer successivement ai^ rois de Macédoine et au sénat de Rome.
H nous sorait impossible, avec le peu de docaments qui nous ont été transmis, d'établir quelques époques dans les deux siècles dont nous allons présenta le résumé rapide. Les notions sur ces peuples sont si inoonq^lètes, que nous nous contenterons de marquer avec précision leur origine, les éyénements importants auxquels ils ont été mêlés, et par quelles révolutions successives ils sont tombés, pour la plupart , sous la domination romaine.
$ L — Royaume des Parthes^ 255-22 avant J.'C,
Il est difficile de détermiaer avac {décision les limites de l'empire des Parthes. Elles ont suivi les variations très-fî^éqa^tes de leur fortune. Ce peuple guerrier cherchait à les étendre tantôt à Torient , tantôt à Toccident; ses succès ou ses revers à la guerre étendaient ou resserraient les contrées qui étaient soumises à s^domination- Né de la révolte contre les Séleucides, il ne légitimait ses c(»irtp)èles que par la victoire. On sait cependant que le siège du gouvernement était ou à Gtésiphon sur le Tigre, ouàEcbatanedansrHyrcanie.LaParthie, conquise par Alexandre et échue, dans le partage des provinces, à Séleucus Nicator, se détacha de Tempire des Séleucides sous le règne d*Antiochus Théos, 255. Jrsace et Tiridatê, issus des anciens rois de Perse, ayant mis à mort Agathpclès, gouverneur des provinces orientales pour Antiochus I", se déclarèrent indépendants, et fondèrent un faible royaume, dont la capitale était Hécatompyle.( ou la ville aux cent portes ). Arsace P' , qui parait avoir eu la principale part dans cette entreprise hardie, soutintlaguerre contre les généraux d*Antiochus, fut blessé dans une action, et mourut après trois ans de règne environ. Tiridate, qui prit le nom d^Arsace II, ne dut la conservation de sa puissance qa*aux querelles intestines de la
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cour d'Antioche , et qu'à TaoibitkHi imprudente de Sélencus G^nieas; qui, ne poui^ant réduire son ffère Hiérax, s*occi^it ée oonfuétes du côté de l'Egypte. Tifidate, d'abord âigitif cbez les Scythes, recouvrai» Parthie et y joignit rHyrcanie, qu'il enleva au roi de Syrie; il battit ce prince et le fit prisonnier. Cette victoire eut des résultats si importants pour les Parthes, qu'elle fut regardée par eux comme le véritable commencement de leur monarcbie (i).
A Tiridate succéda son fils Jriahan, 217, ou Arsace IIÏ, dont l'autorité, menacée par Antiochus le Grand , fut, après une lutte de cinq ans^ reconnue par ce prince. Artaban devint même Tauxiliaire du roi à» Syrie dans une guerre que ce dernier entreprit contre le rc» de k Bao^ triane, 197. Phriapatius ou Anaçe IF occupa pédant quinze ans l8 trône sans troubles, 197-182, et le transmit à Fatné de ses fils, Phraate I" ou Arsace V. Ce prince vainquit les Mardes et désigna pour son successeur son frère Mithridate, au détriment de ses propres fils, qu'il laissait en bas âge. Le long règne de Mithridate P% 174-138, fut marqué par des événements heureux pour lesPartbes. H rendit la Médie et la Bactriane tributaires, réprima la révolte des Hyrcaniens, subjugua les Élyméens, poussa ses conquêtes jusqu'au golfe Persique, établit la suprématie des Parthes sur les Syriens, vainquit et fit prisonnier Démétrius Nicator, auquel il s'unit ensuite par une alliance en lui donoant sa lllle en mariage. Phraate II, plus ambitieux que son père, 138-128 , n'eut pas le même bonheur. Il Toulut premier de la captivité de Démétrius pour s'emparer de la Syrie; mais Antiochus Sidétès te ^nquit dans pkisieurs actions, et le dépouilla de la plus grande partie de ses États. Le roi des Parthes appela à s^ secours les Scythes , qui te massacrèrent parce qu'il refusa d'exécuter les conditions auxquelles ils lui avaient promis de le défendre. Sa mort ne fut pas v^gée par ArtaMn H, son frère, qui périt aussi de la main des Scythes, après un règne d« quelques années, 128 124. A partir de la fin du règne de Milhriêêie IF» surnommé le Grand, 124-90, l'empire des Parthes s'afTaiblit par la rivalité de leurs princes, et par les guerres malheureuses qu'ils carent à soutenir contre les peuples norfittides de l'Orient, \^ Scyâies, tes Daces et les Tochares. Ils eurent aussi des ennemis redoutables datns les rok d'Arménie, surtout dans Tigrane î*^, qui, après la mort deMtâiritete , recouvra une grande étaidue de pays qu'il avait cjédéeà ce prince. Phraate III, le douzième des Afsaci^, pressé d'aborà pur les an»esdi
(0 Histoire de Justin, I.XLI, c. I.
Ifillirkiate, m de Pont, M, après sa défaite, à la mile d'avoir à C(Hiiktttre Tannée victorî^se de LftcuUus, Il eut la pmémm de conserva la i^atralité ati nriUeu des ^nglants déba^ qui bouieversaieBt )e$ priiBh' d^paux U'ônes de TAsie. Lamort du roi de Pont, et la destructicm de ^oa empire et de celui des Séleucides, firent disparaître les ennemis naturels des Parthes. Mais ce peuple se ttx)uva alors rapproché des posseehsioDS de Rome. Son caractère belliqueux ne fut pas contenu par le voisinage de cette républiq^^^ dominaUice du monde. Les Parthes, menacés par Gabinius , qui s'était poité sur TËuï^iraite et qui abaadonna -cette expédition : pour aller rétablir Ptolémée Aulétès sur le trône d'Egypte, furent quelques auûnées après, 53, attaqués par le triumvir Cra$- «us; dis ruinèrent ses forces. Le général romain, son âls, et l'élite de son armée périrent dans les plaines de la Mésopotamie. Les vainqueurs:, ayant franchi les limites de ieur dc»ninâtion , se seraient emparés de la ■Syrie, sa^ns le courage de Cassions, qui les battit trois fois et les rejeta au delà de l'Ëuphraté. C^ar fat assassiné dans le sénat, au moment où il se disposait à sortir de Rome pour aMer venger mr les Parthes la mort •et la défaite de Crassus. Antoine, qui succéda à ses projets, ne les vainquit que par son lieutenant Ventidius, Réduit à fuir devant la cavalerie des Parthes, il mit le comble à leur gloire par une retraite qui attestait leur supériorité et son impuissance. Lorsque la victoire d'Actinm eut rendu Octave seul maître de l'empire, il fît les préparatifs d'une expérdilioa contre «tes Parthes : leur i^i^ effrayé d'avoir à lutter contre la .puissance de Borne, prévint ia guerre en implorant son alliance, et désarma l'empereur en promettant de lui rendre les aigles romaines eur levées à €rassus et à Antoine, â^.
§ II. — Arménie j 328-20 avant J.-C.
A toutes les époques, les Arméniens n'ont joué qu'un rôle secondaire dans les affaires de l'Asie, et ont suivi les révolutions des puissants empires qui se sont succédé dans cette partie du monde. Dès les temps les phis reculés, ils furent tributaires des Assyriens. Conquis par lesMèdes, ils passèrent ensuite sous la domination de Cyrus, aux victoires duquel ils contribuèrent par leur secours. Sous le règne de rahé, le dernier prince de la dynastie des Haïganiens, l'Arménie fut soumise par Alexandreou ses généraux, 328. Le Perse Mithrinès, qui avait livré au monarque macédonien la citadelle de Sardes, obtint, en récompense de sa trahison , le gouvernement de l'Arménie. Son successeur fut N60r
ptolème , qui périt en combattant contre Eumène, meUtre de la Gappadoce. Les guerres sanglantes des généraux d'Alexandre laisèrent respirer l'Arménie , qui fut pendant quelque temps gouvernée par Ardoatès^ prince du pays-: après sa mort, 284, Séleucus I" imposa un satrape aux Arméniens, qui restèrent soumis aux Syriens jusqu'au règne d*Antiochus le Grand. Artaxiai profita de la défaite de ce prince par les Romains, 489, pour se rendre indépendant. Il donna môme asile à Annibal , .dont les conseils le déterminèrent à fonder la ville d'Artaxate. Dans le même temps, Zadriadès, imitant l'exemple d'Artaxias, affranchit la Petite Arménie du joug des Séleucides , qui essayèrent en vain de rétablir leur autorité sur ces deux provinces, Artaxias conserva le trône jusqu'à sa mort, et le transmit à ses descendants. Mais, dans le même siècle, son royaume fut conquis par un priuce.arsacide, Fatarsace^ roi des PartheS. Les héritiers du conquérant régnèrent après lui : l'un d'eux, Tigrane , fier de quelques conquêtes faciles, et enrichi des dépouilles des Séleucides, entra comme auxiliaire dans les guerres que le roi de Pont suscita en Asie. Lucullus alla chercher Mithridate jusque dans l'Aitnénie, battit Tigrane et reçut dans son camp le roi des raii comme suppliant. Le fils de Tigrane, Jrtavasde^ éprouva un sort encore plus cruel : forcé de prendre les armes contre les Arsacides de Parthie, il fut chargé ^e chaînes par Antoine et conduit à Alexandrie, où Cléopàtre le fit mettre à mort pour placer son propre fils sur le trône, 54. Depuis cette époque, l'Arménie cessa d'être une nation indé^ pendante : exposée tour à tour aux ravages des Romains et des Parthes, elle ne put se soustraire à leur influence. Les querelles intestines ajoutèrent encore à son impuissance, et ses princes, divisés par l'ambition^ consentirent à devoir leur couronne au jugement d'Auguste (i).
$ IW,-^ Royaume de Pont^ 621-65 avant J.^C.
Onze rois, si l'on suit la liste donnée par Vaillant (2), régnèrent dans le royaume de Pont, depuis son origine jusqu'à sa conquête par les Romains. Le premier, Artàbaze, de la race des Achœménides, était fils de Darius Hystaspes. Il céda le trône de Perse à son frère Xerxès,
(1) Les faits eonsenrés sur rArménie par les historiens de ranliqaiié ont été très-bien rassemblés dans un savant ouvrage de M. Saint-Martin ( Mémoires sur l'Arménie, 2 vol. in- 8., I8t8 ), qui nous a servi de guide pour une partie de ce chapitre.
(3) Âchœmenidarum Imperium, sive regum PotUi , Boêphori et Bithyniœ HUtoria , êd/tdemnumiêmutum aeeommodata. Parisiis, t73S; in-4.