‹ Précis de l'histoire cléricale de BelgiqueChapitre 14 sur 52 · LES SUITES DE LA CONVERSION DE CLOYIS. 13S · texte numérisé non relu

LES SUITES DE LA CONVERSION DE CLOYIS. 13S

d'avoir ainsi }30urvu aux besoins de son Église, en lui donnant pour défenseur un si grand prince, orné du casque du salut contre les efforts des impies (1). »

La conséquence immédiate de la conversion de Clovis fut pour le clergé une augmentation de richesse territoriale. On put entrevoir dès lors que l'Église avait résolu de fonder sa puissance sur la base inébranlable de la propriété foncière. Tous les historiens reconnaissent que les évoques abusèrent de leur influence pour accaparer les domaines du fisc et multiplier les établissements religieux.

Ils déployaient dans ce but une telle activité que déjà Clovis se montrait fatigué de leurs obsessions. « Saint Martin, disait-il, sert bien ses amis, mais il fait payer cher ses services (2). » En effet, la basilique de ce nom avait eu la plus grande part aux libéralités du roi, lorsque après la bataille de Tolbiac il était allé remercier le Ciel devant le tombeau de saint Martin. Mais il aurait pu en dire autant de tous les saints vivants qui l'aidèrent à étendre sa domination sur la Gaule, et particulièrement de saint Rémi, le grand archevêque de Rheims, dont le testament atteste l'immense fortune.

« Le roi et les seigneurs des Francs, dit Flodoard, donnèrent à saint Rémi un grand nombre

(1) Epist. AiHist., l. c.

[T Gesta retj. Franc, c.XVII.

de possessions situées en diverses provinces, dont il dota tant l'église de Rlieinis que plusieurs autres églises de France. Il en donna une grande partie à l'église de Notre-Dame de Laon, ville du diocèse de Rheims, où il avait été élevé... Le roi Clovis avait fixé son séjour dans la ville de Soissons, et se plaisait dans la société de saint Kemi ; mais comme le saint homme n'avait dans le voisinage d'autre propriété qu'une petite métairie donnée à saint Nicaise, le roi, d'après les conseils de la reine, et sur la demande des habitants qui, écrasés d'impôts, aimaient mieux payer à l'église de Rheims ce qu'ils devaient au roi, offrit à saint Rémi de lui donner tout le terrain qu'il parcourrait pendant que lui-même ferait la méridienne. Saint Rémi partit donc et, suivant les limites que l'on voit encore aujourd'hui, laissa partout des marques de son passage.

» Tandis qu'il fixait ces limites, il fut repoussé par un meunier qui ne voulait pas que son terrain y fût renfermé : « Mon ami, lui dit avec douceur l'homme de Dieu, ne trouve pas mauvais que nous possédions ensemble ce moulin. » Mais le meunier repoussa sa demande, et aussitôt, la roue du moulin se mit à tourner dans le sens contraire. Alors le brutal crie à saint Rémi : « Serviteur de Dieu, venez et possédons ensemble ce moulin. » — « Il n'appartient plus ni à vous, ni à moi, » répondit le saint homme. » Bientôt la terre s'entr'ouvrit et il

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