‹ Précis de l'histoire cléricale de BelgiqueChapitre 20 sur 52 · PROGRES DE I/EGLISE ROMAINE · texte numérisé non relu

PROGRES DE I/EGLISE ROMAINE

au delà de Maestricht. En amont de celte ville, la vallée de la Meuse était conquise à la foi nouvelle. Saint Lambert, évèque de Tongres, résidait habituellement soit à la cour de Peppin, soit aux environs d'IIerstal vers l'endroit où s'éleva plus tard la ville de Liège. A peu de distance de là, il y avait encore des populations païennes; la Toxandrie tout entière était fermée aux ministres du culte romain. On rapporte que saint Lambert alla chercher le martyre dans cette contrée sauvage... îl en revint sain et sauf, mais il trouva la mort dans son habitation au milieu des chrétiens civilisés.

La Toxandrie, dans laquelle saint Lambert ne parvint pas à pénétrer, s'étendait au nord de la Belgique depuis la Meuse jusqu'à l'Escaut, et comprenait la province naguère appelée Brabant septentrional avec une partie de la province de Limbourg. La Meuse ceignait pour ainsi dire la Toxandrie dans toute sa largeur et, derrière les Toxandres étaient les Frisons. Ceux-ci, nous l'avons déjà dit, avaient rompu avec la confédération malienne. A mesure qu'une contrée était acquise au nouveau culte et au régime de la Gaule romaine, elle devenait pays ennemi pour les Francs demeurés fidèles aux traditions germaniques. Le même effet se produisit plus tard dans la Westphalie, où les descendants des Francs ripuaires passèrent dans le camp des Saxons. Les

Frisons étaient donc restés indépendants ; ils ne reconnaissaient pas raiitorité des Mérovingiens, ni par conséquent celle de leurs maires du palais.

Dès l'an 689, Radbod s'était avancé à la tête de ses leudes jusqu'au centre du Brabant actuel ; les Francs, conduits par Peppin, se jetèrent sur ses troupes, qui furent taillées en pièces. Obligé (le fuir et de demander la paix, le duc des Frisons ne l'obtint qu'à la condition de se reconnaître tributaire des Francs et de leur livrer des otages. Alors saint VV'illibrord, un Anglo-Saxon, envoyé par le pape Sergius pour convertir les Frisons, tenta d'aller fonder une église ou un couvent à Utrecht. Il fut cbassé par Radbod, qui n'entendait pas ainsi le traité de paix qu'il avait conclu. Peppin marcha une seconde fois contre lui, le rencontra près de Dorcstadt (Wyk te Duerstadt) et lui fit éprouver un nouvel échec. Saint Willibrord fut alors installé avec douze moines, ses compagnons, à Utrecht, où il jeta les premiers fondements d'une église épiscopale. Toutefois les Frisons n'étaient pas domptés ni convertis; c'est à Charles I\Iartel qu'était réservée la gloire de vaincre leur résistance.

A la mort de Peppin d'Herstal, la lutte entre les Francs et les Frisons recommença, et ceux-ci s'allièrent aux Neustriens pour envahir l'Austrasie de deux côtés à la fois. Ce fut Charles Martel qui sauva le pays.

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Peppin d'IIerstal, qui avait deux femmes, laissa des enfants de l'une et de l'autre. Plectrude, sa femme légitime selon l'Église, lui avait donné deux fils appelés Drogon et Grimoald. Il avait deux autres fils, Charles Martel et Hildebrand, jiés de son mariage morganatique avec Alpaïde. Le double mariage de Peppin fut, au moment de sa mort, une cause de grandes difïicultés. L'aîné des fds de Plectrude avait été investi du gouvernement de la Champagne; le second avait succédé à Norbert dans la mairie du palais de Neustrie. Lorsque Peppin tomba malade, en 714, déjà son fils aîné Drogon n'existait plus : il fit appeler Grimoald, le maire du palais de Neustrie; mais celui-ci fut assassiné en arrivant à Liège. Grimoald laissait un fils du nom de Théodebald, qui n'était âgé que de six ans. Après la mort de Peppin, Plectrude, tutrice de son petit-fils Théodebald, voulut faire gouverner la monarchie au nom de cet enfant, ou plutôt la gouverner elle-même au nom du roi Dagobert 111, qui était à peine adolescent. Elle chargea ses partisans de s'emparer de la personne de Charles Martel, dont elle craignait la compétition. Celui-ci fut amené à Cologne et mis en lieu de sûreté.

11 y a quelque raison de croire que celle mesure violenlo fut le résultat d'une inlriguc cléricale, à laquelle furent mêlés l'évêque Agilulphe et saint Suilberg. 11 paraît que Théodebald élail le candidat

ns PRECIS DE L'HISTOIRE C1,ER1CALE.

de l'Église, et Charles Martel le candidat des Francs ; mais tout ce qui se rapporte à cette affaire est fort obscur.

Les Neuslriens qui, du vivant de Peppin d'Herslal, s'étaient soumis à la domination de l'Austrasie, voulurent à leur tour se séparer du royaume de l'Est. Quand ils apprirent que Plectrude envoyait à Paris son petit-fils Tliéodebald pour l'y faire reconnaître maire du palais, ils prirent les armes en tumulte et, conduisant avec eux leur roi Dagobert III, ils attendirent le cortège austrasien dans la forêt de Cuisse, près de Compiègne. Arrivés là, Tliéodebald et les siens furent accueillis par une multitude qui en fit un grand carnage. Théodebald échappa au péril parla fuite; il fut ramené en Austrasie, où il mourut peu de temps après.

Los Neuslriens, après avoir remporté cette facile victoire, choisirent pour maire du palais un Franc d'Anjou, appelé Raghenfrid ou Rainfroid. Dagobert III étant mort vers le même' temps, ils lui donnèrent pour successeur, à l'instigation de Rainfroid, un Mérovingien du nom de Chilpéric, qui fut tiré d'un couvent pour monter sur le trône. Le nouveau maire du palais voulut étendre son autorité sur l'Austrasie, où régnait encore Plectrude. Il s'allia avec Radbod, duc des Frisons, et ils résolurent d'envahir l'Austrasie de deux côtés à la fois. Radbod remonta le Rhin jusqu'à Cologne avec

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