‹ Précis de l'histoire cléricale de BelgiqueChapitre 21 sur 52 · PROGRES DK I.E(;LISE ROMAINE · texte numérisé non relu

PROGRES DK I.E(;LISE ROMAINE

un grand nombre de bateaux; Rainfroid se dirigea vers le même point par la Champagne et l'Ardenne.

L'Austrasie, menacée à l'Orient comme à l'Occident, dépourvue d'un chef reconnu, paraissait destinée à devenir la proie de ses ennemis, lorsque Charles Martel recouvra sa liberté, grâce aux embarras de Plectrude. Il se présenta aux Austrasiens comme le fils et le digne successeur de Peppin ; il fut salué par eux avec acclamation et se mit immédiatement à leur tète. Pour empêcher les Frisons et les Neustriens d'opérer leur jonction, il courut au-devant de Badbod, le plus rapproché de ses ennemis. L'approche de Charles mit les Frisons dans la nécessité de quitter leur flotte et d'accepter le combat. Une lutte acharnée s'engagea et dura toute la journée; au coucher du soleil, la victoire était encore indécise; mais les Austrasiensavaient fait de si grandes pertes qu'il fallut songer à la retraite, et Radbod parut sous les murs de- Cologne.

Charles Martel, hors d'état de tenir la campagne contre deux ennemis à la fois, partagea ses leudes en un grand nombre de petits groupes, et leur ordonna de parcourir le pays, de se répandre sur les flancs des armées ennemies et de les affaiblir par des attaques incessantes, en profitant des avantages qu'une exacte connaissance des lieux donnait aux Austrasiens.

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Cette tactique le rendit si redoutable que les Neustriens et les Frisons réunis consentirent, moyennant une somme d'argent offerte par Plectrude, à lever le siège de Cologne et à reprendre le chemin de leur pays. Charles poursuivit les Neustriens avec un petit corps de troupes ; il les surprit dans la plaine d'Amblève, près de Malmédy, n'hésita point à les attaquer et les mit en pleine déroute.

La victoire d'Amblève délivra la Belgique de la présence de l'ennemi. L'année suivante une action plussérieuse eutlieudans les plaines du Canibrésis. Charles Martel avait eu le temps de réunir un plus grand nombre de troupes ; il rencontra l'armée neustrienne à Vincy, où elle campait. La bataille livrée le 21 mai 717 fut très-cruelle, disent les chroniques, et l'on combattit longtemps avant de savoir à qui resterait la victoire. Les Neustriens, quoiqu'ils fussent de beaucoup supérieurs en nombre, finirent par succomber. Rainfroid s'enfuit avec le roi Chilpéric II ; Charles Martel les poursuivit l'épée dans les reins jusque sous les murs de Paris.

Quoique vaincu, Rainfroid ne renonçait pas encore à son dessein ; il alla chercher un appui dans le Midi et fit alliance avec Eudon, le plus puissant duc de ces contrées. Ils réunirent leurs armées, qui étaient considérables, mais composées d'éléments hétérogènes, tandis que celle de Charles formait un corps national, le plus compacte, le

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plus robuste de l'Europe. Le peuple de Belgique tout entier n'était qu'une armée, se personnifiant dans le plus grand homme de guerre de l'époque. A la tête de cette vaillante nation, Charles courut au-devant des alliés et les rencontra sur les rives de l'Aisne près de Soissons. Le choc fut terrible; cette masse confuse se débanda à la première charge des Austrasiens, et il fut impossible de la rallier. Vaincus, mis en déroute, les Neustriens et les Aquitains firent une retraite précipitée; Rainfroid s'enfuit vers la Seine inférieure; Eudon et Clnlpéric prirent le chemin de la Loire, et furent poursuivis jusqu'à Orléans.

Rentrés en Belgique, Charles Martel, pour qui la guerre était un besoin, voulut activer du côté du nord l'œuvre commencée par son père. Le nouveau duc des Frisons, Poppon, qui avait succédé à Radbod, entendait comme son prédécesseur maintenir l'indépendance de son pays ; mais Charles Martel avait résolu sa perte. Il équipa une flotte, la plus considérable que les Francs eussent possédée jusque-là et prit le chemin de l'Océan. Il s'empara de la Westrarchie et de l'Austrarchie, situées dans la partie méridionale des Pays-Bas entre la Flie et la Lauvver; et puis dans une bataille sanglante, il défit l'armée des Frisons, tua leur duc et se rendit maître de tout le pays.

Alors saint Willibrord, nommé évêque des Frisons, alla prendre possession de son siège. Les

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Frisons avaient construit un château fort appelé Wiltaburg sur les ruines de l'ancien Trajectum ad Rhenum des Romains. Charles Martel le fit raser et en donna l'emplacement au représentant des nouveaux Romains, l'évèque d'Utrecht. Il ajouta à cette donation celle de la terre et du château de Vechten. Peu de temps après, il donna encore à l'apôtre de la Frise une terre confisquée au préjudice du comte Evrard, le domaine d'Elst, situé entre Arnhem et Nimègue.

Les succès de saint Willibrord dans le pays des Frisons ne lui firent pas négliger le territoire de la Belgique. Son testament porte le témoignage de l'affection qu'il portait à notre glorieuse patrie. Nous y voyons qu'il accepta d'un riche Anversois et de sa femme le don d'une église avec ses accessoires, c'est-à-dire avec terres, maisons, édifices, manoirs, bois, champs, prés, pâturages, étangs et cours d'eau, y compris les colons, les esclaves, les fariniers, les pâtres et les troupeaux. Il voulu! bien recevoir encore au môme titre la terre de Wadradoch sur le Dommel, celles de Buslolh, de Boescot, de Poppel et de Kinesloten, dans la Campine, la terre d'Alphen, près d'Anvers, et plusieurs autres moins importantes. Aussi la mémoire de ce saint homme est-elle restée en grande vénération dans la province d'Anvers.

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§ 0. — l'oelvue ue saint BONTFACE.

Quels que fussent les efforts de l'Église pour augmenter ses possessions territoriales et pour s'en assurer la propriété irrévocable, on se tromperait fort si l'on pensait qu'elle n'eût pas d'autre but que de s'enrichir. L'acquisition de grands domaines n'était qu'un moyen; le but était la puissance, la domination. Ce dessein se manifesta clairement, à l'époque de Charles Martel, lorsque saint Boniface fut envoyé de Rome avec une lettre du pape Grégoire II pour ce prince. Charles Martel reçut l'évêque Boniface à Cologne, en 718; il l'accueillit avec bonté et adressa à toutes les autorités une circulaire, pour qu'elles eussent à lui prêter aide et assistance.

En 731, le pape Grégoire III décerna au même Boniface le pallium, avec pouvoir d'ériger des évôchés, de sacrer des évêques et de faire toutes les réformes religieuses qu'il jugerait utiles. Il le nomma archevêque de Mayence et métropolitain de tous les évêchés qu'il fonderait en Germanie. A cette occasion, il lui fit prêter le serment suivant :

« Moi, Boniface, évèque par la grâce de Dieu, je promets à toi, .bienheureux Pierre, prince des apôtres, et à ton vicaire le bienheureux Grégoire,

et à ses successeurs, par le Père, le Fils et le Saint- Esprit, Trinité sainte et indivisible, et par ton corps ici présent, de garder toujours une parfaite fidélité à la sainte foi catholique, de demeurer, avec l'aide de Dieu, dans l'unité de cette foi, de laquelle dépend, sans aucun doute, tout le salut du chrétien; de ne me prêter, sur l'instigalion de personne, à rien qui soit contre l'unité de l'Église universelle, et de prouver en toutes choses ma fidélité, la pureté de ma foi et mon entier dévouement à loi, aux intérêts de ton Eglise, qui a rei^'u de Dieu le pouvoir de délier et de lier, à ton vicaire susdit et à ses successeurs... »

Au moment même où Grégoire 111 rêvait la gloire de restaurer l'empire romain, la Providence, dont il devait se croire le représentant sur la terre, semblait si peu disposée à seconder ses vues qu'il eourait risque d'être expulsé de l'Italie. Le roi des Lombards, Luitprand, s'était rendu maître de l'Exarchat et s'avan(jait vers Rome. Le pape appela les Francs à son secours, il envoya deux ambassades successives à Charles Martel pour obtenir son appui. Il lui offrit de renoncer à l'allégeance de l'empire d'Orient et de se mettre sous sa protection. Charles Martel reçut les lettres du pape avec joie, mais elles arrivaient trop tard. Déjà le héros avait déposé ses armes, il louchait à la lin de ses jours.

Charles Martel mourut en 7 i J , après avoir fait

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