L'ŒUVRE DE SAINT BONIFACE. 1S
le partage de ses États entre ses fils, car il était maître de la monarchie; il n'avait reconnu Ghilperic II comme roi, qu'à la condition que celui-ci le reconnût comme maire du palais des trois royaumes.
Aussitôt que l'administration de l'empire des Francs fut tombée des mains de Charles Martel dans celles de ses fils, le délégué du pape, saint Boniface, profita de l'inexpérience de ces jeunes princes, pour organiser les forces de l'Église dans les contrées germaniques. Un concile convoqué par Carloman fut tenu en 742 dans un lieu qu'on . suppose être Ratisbonne. On s'occupa dans ce concile des propriétés de l'Église ; il fut solennellement décrété qu'on restituerait aux églises tous les biens dont elles avaient été dépouillées. On résolut de chasser des couvents et des bénéfices ecclésiastiques les faux prêtres, les diacres et les clercs adonnés à la débauche, de les dégrader et condamner à la pénitence. On décida ensuite que les serviteurs de Dieu auraient à obéir en toutes choses à leurs évùques. Il leur fut d'ailleurs défendu de porter des armes et de combattre, môme de suivre l'armée, si ce n'est en nombre strictement nécessaire pour assurer le service du culte. On leur défendit aussi, sous des peines sévères, de se livrer au plaisir de la chasse ou autres exercices mondains. Les évêques furent chargés do veiller à la stricte observation de ces commandements, de
concert avec les comtes, qualifiés défenseurs de l'Église.
Saint Boniface rendit compte de ce concile au pape, dans un rapport qui mérite une sérieuse attention .
« Dans notre réunion synodale, y est-il dit, nous avons déclaré et décrété que nous voulions garder jusqu'à la fin de notre vie la foi et l'unité catholique, et la soumission envers l'Église romaine, saint Pierre et son vicaire; que nous rassemblerions tous les ans le synode ; que les métropolitains demanderaient le pallliim au siège de Rome et que nous suivrions canoniquement tous les préceptes de Pierre, afin d'être comptés au nombre de ses brebis. Et nous avons tous consenti et souscrit cette profession, et nous l'avons envoyée au corps de saint Pierre, prince des apôtres ; et le clergé et le pontife de Rome l'ont reçue avec joie Si quelque évoque ne peut corriger ou réformer quelque chose dans son diocèse, qu'il en propose la réforme dans le synode devant l'archevêque et tous les assistants, ainsi que nous avons nous-même promis avec serment à l'Église romaine que, si nous voyions les prêtres et le peuple s'écarter de la loi de Dieu, et si nous ne pouvions les corriger, nous en informerions fidèlement le siège apostolique et le vicaire de saint Pierre, pour faire accomplir ladite réforme. C'est ainsi, si je ne me trompe, que tous les évêques doivent rendre