‹ Précis de l'histoire cléricale de BelgiqueChapitre 23 sur 52 · L'ŒUVRE DE SAINT BOXIFACE · texte numérisé non relu

L'ŒUVRE DE SAINT BOXIFACE

'Compte au métropolitain et celui-ci au pontife de •Rome, de ce qu'ils ne réussissent pas à réformer parmi les peuples. Et ainsi ils n'auront pas sur €ux le sang des âmes perdues. »

Ainsi, tous les peuples sont soumis à la loi de Dieu, et cette loi est celle que promulgue le pape, vicaire de saint Pierre. Les évêques sont chargés de veiller à son exécution, et un synode se réunit chaque année pour en délibérer. Si un évèquc trouve qu'il y ait dans son diocèse quelque chose à corriger ou à réformer, il y procède immédiatement, et s'il n'a pas l'autorité nécessaire, il dénonce le fait au synode, qui invoque au besoin la toutepuissance du pape. Celui-ci doit d'ailleurs être tenu au courant de toutes choses par les métropolitains, qui reçoivent les rapports des évoques. Telle est l'organisation du pouvoir dit spirituel. Il importe peu à l'Eglise, comment et par qui s'exerce le gouvernement matériel ou temporel des peuples, pourvu que le spirituel soit romain. Elle se contente du gouvernement des esprits, sachant bien que la matière leur est subordonnée.

Les évoques réunis au premier concile de Germanie s'étaient donc formellement soumis à l'autorité du pape. De plus ils avaient afiirmé le pouvoir des métropolitains, et pour mieux garantir l'effet de leurs résolutions, ils avaient décrété que dorénavant il y aurait chaque année une assemblée svnodale.

C'est en exéculion de ce décret que fut tenu en 743 le concile de Leptines. Celui-ci eut lieu en Belgique, car Leptines, Lestinœ ou Leptinœ est l'endroit qu'en appelle aujourd'hui les Estinnes, situé à une lieue de Binclie en Hainaut.

Le concile de l'an 742 avait décrété la restitution aux églises des biens qu'on lui avait pris pendant la guerre; il s'agissait de portions de terre que Charles Martel avait lait distribuer à ses soldats, à titre de précarie, pour rémunérer leurs services. Ce décret fut confirmé en principe par le concile de Leptines ; mais il paraît que dans l'exécution il devait rencontrer de grandes diiïicullés, car on stipula dans l'article 2 du capitulaire de 743, qu'une partie des biens ecclésiastiques serait retenue à titre de précarie ou de cens pour les besoins de l'armée.

Le troisième article du capitulaire de l'an 743 contient des dispositions sur les mariages, surtout sur les mariages réputés incestueux et adultérins par les canons de l'Eglise.

L'article I renouvelle la prohibition des pratiques superstitieuses du paganisme, les punit d'une amende de quinze solidl, et rappelle que Charles Martel les avait interdites sous la même peine. C'est encore le même système de propagande qu'au temps du roi Dagobert. 11 semble que le christianisme de l'Église ne pouvait se faire accepter que par la menace de pénalités graves»

LŒUVRE DE SAINT BOMI'ACE. ISy-

A cet article se rattaclie un document fort curieux, qui porte le titre de Forma renuntiationis diaholis et Indiculus superstitionum et paganiarmn . Ce document contient la formule d'abjuration et le catalogue des pratiques superstitieuses. La première partie est particulièrement cjièbre à cause du texte de ïahrenuntialio et de la confessio. A l'époque où ces actes furent rédigés en idiome tudesque, les dialectes germaniques n'étaient pas aussi différents entre eux qu'ils le sont aujourd'hui. Ce texte était probablement intelligible à tous les Germains, à ceux de la Frise, de la Thuringe et des pays saxons comme à ceux de la Belgique. Ce langage se comprend encore aujourd'hui dans la Flandre ; il offre avec le flamand moderne une si frappante analogie qu'on y reconnaît le type primitif de ce dialecte.

VIndiculus superstitionum et paganiarum est un des documents les plus précieux que l'on possède pour la connaissance de la religion d'Odin. 11 a été utilisé par tous les auteurs qui ont écrit sur ce sujet, notamment par J. Giimm. Il n'est pas moins intéressant sous un autre rapport. Son annexion aux décrets du concile de Leptines prouve que malgré l'édit de Childebert de l'an 595, tous les anciens usages des païens étaient encore en vigueur dans nos contrées.

L'Église a fait une guerre acharnée aux pratiques païennes. Celles de ces pnitiques que ses.

proscriptions ont été impuissantes à supprimer, elle les a appropriées à son nouveau culte. C'est ainsi, par exemple, que l'usage de considérer certaines sources comme sacrées a été conservé, en attribuant à l'intervention d'un saint ou d'une sainte, les vertus curatives de leurs eaux. L'usage de promener des idoles dans les champs, pour obtenir une moisson abondante, a été remplacé par les Rogations, pendant lesquelles on porte en procession des statues de saints. Grégoire de Tours raconte que saint Gai, étant entré dans un temple païen à Cologne, y trouva, parmi d'autres ex-voto, des membres du corps humain sculptés en bois, que les malades faisaient suspendre à l'image du dieu dont ils imploraient l'assistance. Ces images existent encore aujourd'hui; les ex-volo chrétiens sont nombreux dans certaines églises et chapelles, où l'on voit des mains, des pieds en argent ou en cire suspendus autour de l'image d'une madone ou d'un saint.

L'importance que le concile de Leptines parut attacher à la suppression de ces usages païens fait bien voir que les grands convertisseurs de cette époque ne s'occupaient guère que des formes extérieures du culte; ils ne s'efforçaient de détruire les superstitions anciennes que pour les remplacer par des superstitions nouvelles Quant au christianisme proprement dit, il n'en est jamais fait mention dans leurs actes.

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