LOUIS LE DEBONNAIRE
des Ëlals de son père; Judith voulut néanmoins qu'il eût une part de cette grande succession, et même la plus belle des parts. Elle parvint à son but. Dans une assemblée tenue à Worms au mois d'août 829, foulant aux pieds l'acte de partage de l'an 817, on retrancha des royaumes des trois fils d'Irmengarde, pour les donner à Charles qui n'était alors âgé que de six ans, toute l'Alleraanie, plus l'Alsace, le pays des Grisons, la partie de l'Helvétie qui y touche et la haute Bourgogne. Le jeune Charles fut placé sous la tutelle de Bernard, duc de Septimanie, auquel on donna des fonctions I équivalentes à celles de mai» e du palais. î L'année suivante, les trois frères dépossédés t d'une partie de leurs États se coalisent contre leur jlpère; l'empereur Louis tombe aux mains de son |j fils Lothaire, qui l'emmène à Aix-la-Chapelle, et sans le dépouiller de la dignité impériale, le fait \ garder à vue par des moines, qui doivent l'engager à embrasser la vie monastique. Mais à la i diète d'automne, convoquée à Nimègue, une forte réaction se manifeste, parmi les Germains et les Saxons, en faveur du vieil empereur. Lothaire effrayé va se jeter aux pieds de son père et lui de- I mande pardon; ses complices sont arrêtés. Déchu de la dignité impériale, Lothaire obtient à peine et condilionnellement l'autorisation de retourner à son royaume d'Italie.
L'impératrice Judith reprend aussitôt ses projets
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ambitieux en faveur de son fils Charles. On fait un nouveau partage de l'empire, dans lequel il n'est fait aueune mention ni de la dignité impériale, ni de la suzeraineté du frère aîné sur les royaumes de ses frères. Le nom môme de Lotliaire n'y figure pas. L'empereur divise ses États, sans y comprendre l'Italie, entre ses trois fils, Peppin, Louis et Charles, et ne s'en réserve que le gouvernement supérieur.
Le fils de Judith obtient, indépendamment de son apanage d'AUemanie, la Provence, la Gothie et les comtés vacants de la Bourgogne, de la Neustrie et de l'Austrasie, plus, au cœur de la France, Yarennes près d'Auxonne, Chartres, Rlieims, Laon, et le pays mosellan avec les villes de Trêves et de Metz. Les royaumes de Peppin et de Louis sont également agrandis, mais dans des conditions telles qu'il est facile d'y voir une arrièrepensée. L'empereur se réserve expressément le droit de modifier ce partage à son gré : « Si quelqu'un de nos trois fils susnommés, dit-il, désireux de plaire à Dieu d'abord et puis à nous, se distingue par son obéissance et sa bonne volonté, et qu'il mérite par la pureté de ses mœurs d'obtenir un accroissement de dignité et de puissance, nous voulons qu'il demeure en notre pouvoir de prendre, sur la part de celui de ses frères qui aura négligé de nous plaire, de quoi augmenter son royaume, sa dignité et sa puissance, et de Félcver à la hau-
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leur dont il se sera montré digne par ses mérites. »
L'unité de l'empire n'avait plus qu'une chance de se reconstituer, c'était par la substitution, dans la dignité impériale, du plus jeune au fils aîné de Louis. Aucun des fils d'Irmengarde ne pouvait consentir à ce renversement de l'ordre naturel ; il fallait donc les y forcer et tâcher de les vaincre l'un après l'autre. L'entreprise était hardie et dangereuse; elle fut tentée cependant. L'empereur ayant eu à se plaindre de son fils Peppin, roi d'Aquitaine, saisit cette occasion pour annexer son royaume aux Étals de Charles. Cet acte souleva contre lui non-seulemeut les trois frères, qui se croyaient menacés dans leurs positions, mais encore tous les partisans de l'unité de l'Empire et de l'Église; car l'élévation éventuelle de Charles à la dignité impériale n'existait encore que dans les prévisions de sa mère et peut-être dans celles du vieil empereur.
Peppin et son frère Louis firent ouvertement appel à la révolte. Lothaire se mit à la tète du mouvement, et le pape, craignant que la rupture de l'unité de l'Empire ne fût préjudiciable à la puissance romaine, appuya la révolte des fils contre leur père. On le vit, en 833, se mettre en campagne avec Lothaire, franchir les Alpes et venir se joindre aux insurgés dans la plaine de Ruthfclde, près de Golmar.
Louis le Débonnaire, à la tête d'une armée considérable, marcha contre eux. Quand les deux armées furent en présence, le pape Grégoire alla trouver l'empereur dans sa tente; il eut avec lui d'assez longs pourparlers, pendant lesquels une défection complète se produisit dans le camp impérial. Les historiens de ce temps rapportent que les troupes de l'empereur s'écoulèrent comme un torrent vers ses fils.
Louis le Débonnaire, trahi et abandonné par ses soldats, tomba aux mains de Lothaire. On le déclara déchu de l'Empire, inhabile à régner, et on le contraignit à se dépouiller des insignes et attributs du pouvoir. Un grand nombre d'évôques, ayant à leur tête les archevêques de Rheims et de Lyon, se prêtèrent à cette odieuse exécution. L'empereur fut ensuite emmené à Compiègne, où en présence de Lothaire, d'un nombre considérable de grands et du peuple entier, entouré des évêques coalisés et d'autres ecclésiastiques, il fut étendu sur un ciliée et obligé de se prosterner devant l'autel et de lire à haute voix une formule qu'on lui avait mise en mains, contenant la confession de ses grands péchés. Il dut ensuite ôter son ceinturon, signe de la vie militaire, et endosser la robe grise des pénitents ; et puis en cet état on le reconduisit dans sa prison.
11 se produisit après cela une manifestation politique très-remarquable. Aux yeux des Francs et des