DUCHE DE BASSE LOTHARINGIE
pas attendu ce signal pour se mettre en déroute.
L'année suivante, 990, fut marquée par des événements des plus favorables à la cause du Carolingien. L'archevêque Adalbéron étant mort au mois de janvier, Arnulphe, fils naturel de Lothaire, fut placé sur le siège épiscopal de Rlieims, et peu de temps après, Charles, son oncle, se rendit maître de la métropole. Hugues Capet, furieux, marcha contre lui avec une armée de six mille hommes. Charles n'en avait que quatre mille ; mais quand le roi Hugues les vit rangés en bataille, il jugea prudent de retourner sur ses pas.
Depuis près de quatre ans que le Carolingien avait mis le pied sur la terre de France, il n'avait pas essuyé une seule défaite et il venait de faire des progrès menaçants pour la dynastie nouvelle. Déjà il se trouvait en possession des villes de Laon, de Rheims et de Soissons. Il était temps que Hugues Capet avisât aux moyens de défendre sa couronne. Ce n'était point par les armes qu'il pouvait espérer de vaincre son ennemi; il eut recours à la ruse, à la trahison. L'évêque Adalbéron de Laon, le môme homme que la voix publique accusait d'avoir empoisonné Lothaire, de complicité avec la reine Emma, semblait avoir à cœur de prouver qu'il était capable d'une mauvaise action. l\ se chargea de s'emparer de la personne de Charles et de le livrer à son rival, sans que celui-ci fût obligé de tirer l'épée.
Après un souper, auquel Adalbéron avait assisté, Charles et son neveu Arnulphe s'étant retirés dans la même chambre pour se reposer, dormaient profondément lorsque le perfide prélat introduisit quelques hommes vigoureux, qui se jetèrent sur les deux princes désarmés et les tirent prisonniers. Aussitôt le roi Hugues entra dans la ville de Laon et en prit possession. Il fit conduire les prisonniers à Senlis, où lui-môme alla tenir conseil avec les siens. Il fut résolu que Charles, sa femme et son fils, ses deux filles et son neveu Arnulphe seraient confinés dans une prison.
Charles, d'abord détenu à Senlis, fut transféré à la tour d'Orléans, où, d'après la plupart des chroniqueurs, il serait mort en 991 ; mais une pierre sépulcrale découverte en 1666 dans une crypte de l'église de Saint-Servais à Maestricht, porte en caractère du xi'" siècle la date de sa mort à l'année 1001.
Il laissait une postérité assez nombreuse ; car, outre deux enfants nés pendant sa captivité, il en avait trois autres, issus de son premier mariage : Othon, qui lui succéda, Gerberge, épouse de Lambert, comte de Louvain, et Ilermangarde, qui épousa Albert, comte de Namur.
On sait que Charles de France, à qui Othon II avait donné le duché de Basse-Lotharingie, était fils de Louis IV, surnommé d'Outre-Mer, et de Gerberge qui, veuve de Gislebert, avait épousé le
DUCHE DE BASSE LOTHARIXCilE. 287
Toi Louis. Après la mort de sa mère, Cliarles avait hérité d'une partie de son domaine dotal, quelques auteurs disent même des comtés de Bruxelles et de Valenciennes. Cequiest moins problématique, c'est qu'il possédait en Brabant de grands biens provenant de cette source, et qu'il établit sa résidence à Bruxelles, où il fit bâtir un château dans une île de la Senne.
Après la mort de ce prince, les biens provenant de Gerberge furent probablement partagés entre les enfants de Charles, et c'est sans doute par l'effet de ce partage que Lambert devint comte de Louvain. Il paraît certain, du reste, que Lambert se trouvait investi de ce comté en 1003, ce qui coïncide à peu près avec la date de la mort de Charles.
Othon succéda à son père dans le duché de Basse-Lotharingie; il établit sa résidence à Bruxelles, et y mourut sans laisser de postérité, en 1005.
Après Othon, le duché de Basse-Lotharingie semblait être destiné à Lambert, gendre du duc Charles, beau-frère d'Othon et de plus descendant direct du célèbre duc Rainier. L'empereur en disposa autrement; il se réserva l'investiture du duché et en donna seulement l'administration, avec le titre de duc, à Godefroid II, fils aîné de Godefroid d'Ardenne, qui avait autrefois combattu les comtes de lîainaut. Lambert se ligua avec le comte de
Flandre, Arnould II; il l'aida à s'emparer du château de Valenciennes, ainsi que du château d'Eenham et de plusieurs autres places appartenant à Godefroid. Il s'ensuivit une guerre, à laquelle se trouvèrent mêlés avec l'empereur Henri, le roi de France et le duc de Normandie. L'empereur finit par céder au comte de Flandre, pour être tenus de lui en fiefs, le château de Valenciennes et celui de Gand avec son territoire, ainsi que les îles de Zélande. C'est l'origine du lien féodal, établi depuis l'an 1007 entre la Flandre et l'Allemagne.
Quant à Lambert, il paraît avoir continué de guerroyer contre Godefroid et ses partisans. En 1012, le duc de Lotharingie reçut de l'empereur l'ordre d'aller faire le siège de Louvain. Lambert,, qui s'y était réfugié, le défendit avec tant de vigueur que Godefroid fut obligé de se retirer. Il alla ensuite attaquer lui-môme une forteresse que faisait élever à lîougarde l'évêque de Liège, allié de Godefroid. Au surplus, l'autorité des ducs de Lotharingie n'était plus guère que nominale. Ils étaient censés représenter l'empereur vis-à-vis des comtes, mais en fait ils n'exerçaient à l'égard de ceux-ci d'autre pouvoir que celui qui pouvait résulter de la supériorité de leurs armes, lorsque cette supériorité était de leur côté. Suivant les circonstances, ils faisaient la guerre à tel comte, contractaient des alliances avec tels autres ; jamais leur
DUCHE DE BASSE L0TIIARI>;GIE. 289
politique ne pouvait aboutir à la soumission complète des grands vassaux.
La dignité de duc fut conférée successivement, après Godefroid II, à son frère Gothelon, en 1024; au fils de celui-ci, Godefroid III, en 1044 ; puis en 1069 à Godefroid IV, dit le Bossu. Ce dernier mourut sans postérité en 1076.
Godefroid le Bossu avait adopté pour héritier universel Godefroid dit de Bouillon, son neveu, lits de sa sœur Ida et d'Eustache II, comte de Boulogne. ]\Fais le duché de Basse-Lotharingie n'était pas héréditaire ; le titre de duc se donnait au fonctionnaire auquel il plaisait à l'Empereur de confier l'exercice du pouvoir, sans l'investir du duché suivant les formes féodales. Or, l'empereur Henri IV trouva convenable de donner à son fils aîné Conrad le duché de Lotharingie, et à Godefroid seulement le marquisat d'Anvers. Godefroid de Bouillon se vit môme disputer l'héritage de son oncle le Bossu. L'évêque de Verdun s'empara de cette ville, antique patrimoine do la maison d'Ardenne, et Albert, comte de Namur, fit revivre d'anciennes prétentions sur le château de Bouillon. Godefroid, qui eut à défendre celte forteresse, repoussa les assaillants avec vigueur. L'évêque Henri de Liège intervint et força le Namurois à se désister de son entreprise ; de sorte que Godefroid demeura en possession de la seigneurie de Bouillon et du comté d'Anvers.