LA FÉODALITÉ ECCLÉSIASTIQUE
La catholicité et la féodalité, issues de la même source, s'étaient développées concurremment. Les prélats, évêques ou abbés, qui possédaient des seigneuries ecclésiastiques, étaient astreints envers leur suzerain aux différents services qu'imposait la vassalité, service de guerre, service des cours féodales et autres. Les rois ou leurs suzerains exerçaient dans ces seigneuries le droit de régal, c'està-dire qu'ils en administraient les revenus dans certaines circonstances déterminées. Ils étaient de plus investis du droit de patronage, résultant de fondations, de donations, de contrats de toute espèce. Le patronage avait fini par s'étendre aux églises de paroisse, aux oratoires et jusqu'aux simples chapelles. Ces églises, ces oratoires, plus ou moins assimilés à des propriétés privées, étaient transmissibles à la volonté des patrons.
Le pape Ilildebrand, Grégoire VII, conçut le projet de faire tourner tous ces droits féodaux au profit de la puissance romaine. Les évêques, les abbés, qui étaient de véritables seigneurs, vivaient de la vie du sportmen de l'époque. Les mœurs du clergé, en général, étaient fort relâchées; la plu-
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part des prêtres étaient mariés, ce qui n'eut pas été un mal, au contraire ; mais ceux qui ne l'étaient pas vivaient publiquement en concubinage avec une ou plusieurs femmes; ils avaient d'ailleurs des enfants, qu'ils élevaient et qu'ils dotaient, au grand préjudice de l'Église.
Ilildebrand saisit le prétexte de ces mauvaises mœurs pour rompre le lien de vassalité qui attachait la plupart des membres du clergé à des suzerains laïques, ou plutôt pour faire servir l'organisation féodale à sa propre suprématie.
« Les prêtres doivent vivre dans le célibat et la charité, tenir tout de l'Église et tout lui rapporter, dit-il dans une lettre qui nous a été conservée. Elle seule est souveraine. Quiconque acceptera un évêclié ou une abbaye de la main d'un laïque, sera excommunié; et tout prince ou seigneur qui s'avisera d'accorder l'investiture des dignités ecclésiastiques, attirera sur lui le même châtiment. »
On attribue à Ilildebrand l'ambition de rendra un jour toutes les couronnes de la chrétienté vassales du saint-siége, de soumettre les rois aux mêmes obligations et à la même obéissance envers le pape, que la fidélité et les obligations auxquelles étaient soumis les ducs à l'égard des rois. Le pape serait devenu suzerain des divers gouvernements de l'Europe ; il eût été assuré de l'obéissance du clergé et de celle des princes ; il eût été
le médiateur, l'arbitre suprême entre les nations.
Les circonstances étaient favorables à l'entreprise du grand pontife de Rome. L'empereur Henri IV se trouvait engagé dans une guerre désastreuse contre les Saxons et les Thuringiens ; il était même menacé sur son trône par la révolte du duc Rodolphe de Souabe. Le pape favorisa ce redoutable compétiteur, en lançant l'excommunication contre l'empereur. Cela n'empêcha point Godefroid de Bouillon de se distinguer parmi ceux qui soutenaient la cause de l'excommunié. « Il déploya dans toutes les rencontres, dit Moke, une valeur si brillante, que le jour où les deux partis en vinrent à une bataille décisive, ce fut à lui que Jes autres chefs cédèrent l'honneur de porter l'étendard impérial. La fortune semblait balancer entre les deux armées, lorsque l'intrépide jeune homme abattit et blessa mortellement Rodolphe avec le fer môme de l'étendard qui lui avait été confié. De nouveaux exploits ajoutèrent à sa gloire dans les guerres d'Italie, où il accompagna l'empereur. »
On lui attribue la gloire d'avoir monté le premier à l'assaut de Rome ; mais on ajoute que la fatigue lui causa une fièvre violente... Il fit vœu de se croiser et fut guéri.
A quelque temps de là, en 1089, Conrad, duc de Basse-Lotharingie, s'étant révolté contre sou père, Henri IV le dépouilla de cette dignité et con-