‹ Précis de l'histoire cléricale de BelgiqueChapitre 46 sur 52 · CHARLES-QUI.NT · texte numérisé non relu

CHARLES-QUI.NT

Philippe le Bon eut pour successeur son fils Charles le Téméraire, dont on connaît les entreprises aventureuses et la triste fin. Marie de Bourgogne, qui lui avait succédé, épousa Maximilien j d'Autriche, qui devint empereur d'Allemagne et abandonna le gouvernement des Pays-Bas à son I fils Philippe le Beau. Ce prince épousa, en 1496, î Jeanne d'Espagne et devint ainsi l'héritier présomptif du trône d'Aragon et de Castille. La mort de la reine Isabelle le mit dans la nécessité d'abandonner la Belgique pour passer en Espagne, où il

ne tarda point à trouver un tombeau. Il mourut en 1506. Le gouvernement de nos provinces revint alors à l'empereur Maximilien , comme aïeul du prince Charles d'Autriche, fils de Philippe le Bon. Ce jeune prince est connu dans l'histoire sous le nom de Charles-Quint.

Charles-Quint était né à Gand. Souverain national des Pays-Bas, il devint successivement roi d'Espagne et empereur, de sorte que la Belgique devint de nouveau, comme au temps de Cliarlemagne, le chef-lieu d'un vaste empire. Sans avoir été conquise, elle se voyait annexée à deux grandes monarchies. Pouvait-on espérer que Charles-Quint respecterait l'autonomie du petit pays qui l'avait vu naître, et qu'après lui les habitants de ce pays conserveraient leur nationalité? Cette perspective paraissait au moins fort chanceuse. Cependant la Belgique ne cessa point d'être considérée comme un État distinct, bien que les Belges fussent mêlés à toutes les guerres que l'empereur eut à soutenir dans l'intérêt de ses diverses possessions.

Charles-Quint était essentiellement Belge; il avait le caractère, les goûts et les mœurs du pays. Prévoyant qu'après lui l'empire serait démembré, il craignait que sa patrie ne fût annexée à l'Espagne. Afin d'assurer son autonomie, il proposa la main de sa fille Marguerite à Charles, duc d'Orléans, avec les Pays-Bas pour dot, à condition que , François P"" donnerait à son fils un apanage con-

CHARLES-(iUINT. 3U

sidérable; que les Pays-Bas retourneraient à la maison d'Autriche dans le cas où Marguerite n'aurait pas d'enfants et dans celui où sa descendance en ligne directe viendrait à s'éteindre plus tard ; qu'il en garderait lui-même l'administration jusqu'à la célébration du mariage ; que les princes français renonceraient sans réserve à leurs prétentions sur l'Italie et que le duc de Savoie serait réintégré dans les places de son duché.

L'empereur faisait valoir en faveur de cette combinaison la supériorité des Pays-Bas sur le Milanais, puisque leur revenu était au moins triple, et l'avantage qu'il y avait pour la France d'être couverte au nord par un État ami ; mais François P' ne parlagcait pas cet avis. Il craignait de voir renaître le duché de Bourgogne; le souvenir de Charles le Téméraire était encore présent à son esprit. On négocia pendant plus de six mois sur ces propositions, et finalement les négociations furent rompues.

La guerre, qui avait duré cinq ans, devait donc recommencer; elle dura encore jusqu'en io44. Charles-Quint prétendait imposer à la France un acquiescement complet à sa politique, et forcer François P'" à traiter sous les murs de Paris. Du reste il offrait la paix à des conditions acceptables, car il s'en tenait à peu près à ses propositions pré- 1 cédentes. Il promettait de donner en mariage au duc d'Orléans ou sa propre fille avec les Pays-Bas,

OU une fille de son frère Ferdinand avec le Milanais. Il se réservait de faire ce choix dans le délai de quatre mois. François P'' devait seulement restituer la Savoie, au jour de la célébration du mariage. Les renonciations réciproques faites par les traités précédents seraient renouvelées, et les places conquises pendant la guerre restituées de part et d'autre.

Le roi ô,e France se décida à accepter les conditions proposées par l'empereur. Le traité fut signé à Grespy le 18 septembre 1544 ; mais avant que toutes les difïicultés de son exécution fussent levées, le duc d'Orléans fut emporté par une maladie pestilentielle qui décimait la population et l'armée française.

Gel événement rendit le traité de Grespy inexécutable et fit renaître tous les anciens différends entre l'empereur et le roi de France. Gelui-ci se préparait à recommencer la lutte, lorsqu'à son tour il fut pris d'une fièvre lente qui le conduisit au tombeau.

Les événements politiques, quels qu'ils fussent, n'arrêtaient jamais l'Église dans son développement matériel, c'est-à-dire dans l'accaparement de la propriété territoriale. Ses convoitises ne connaissaient plus de bornes. Philippe le Bon n'avait pas tardé de s'en apercevoir. Il s'était vu obligé de défendre aux ecclésiastiques d'acquérir des biens immeubles dans nos provinces, autrement que par

Page 1