CHARLES-QUINT
achat et à condition que le vendeur et ses héritiers pourraient toujours les racheter au denier dix-huit. L'interdiction était absolue pour les ecclésiastiques étrangers , ce qui prouve qu'à cette époque, comme aujourd'hui, les moines français connaissaient le chemin de la Belgique.
L'empereur Charles-Quint prit des dispositions analogues et plus complètes, dans ses additions à la joyeuse-entrée des 12 et 26 avril loio. Il décréta que les monastères et ecclésiastiques étrangers ne pourraient acheter ni acquérir aucuns biens immeubles situés dans le Brabant, le Limbourg et le pays d'outre-Meuse, soit fonds, cens, fermes ou rentes, et qu'en général : « nuls biens immeubles, soit allodiaux, soit fiefs, emphythéoses ou biens censaux, situés dans les susdits pays, ne pourraient être vendus, cédés ou transportés, pour quelque cause et à quel titre que ce fut, au profit des monastères, maisons-Dieu, chapelles ou autres mainmortes, à moins que telle vente, cession, transport ou permutation ne fut faite par le commun octroi du souverain et des gens de loi des chefs-villes sous lesquelles ces biens seraient situés; qu'à cet effet nuls échevins, hommes de fief, juges ou autres justiciers ne pourraient assister à telles ventes, cessions, transports ou permutations qui se feraient au profit de mainmortes ; le tout à peine de nullité absolue de ces actes et d'une
amende d'un marc d'or, à encourir par les contrevenants. »
De plus, Charles-Quint défendit aux monastères, maisons-Dieu, collèges et autres établissements de mainmorte, de recevoir des biens immeubles par succession ab intestat ou testamentaire, donations ou actes de dernière volonté quelconque, déclarant : « que tout ce que par quelqu'un aurait été fait ou pourrait être attenté au contraire, serait et demeurerait à perpétuité nul et de nulle valeur. »
Enfin ce souverain catholique rendit le 19 octobre i520 une ordonnance par laquelle : « Considérant le grand nombre d'églises, de cloîtres, maisons-Dieu, couvents, chapelles et fondations dont le pays est chargé ; voulant pourvoir au bienêtre et à la décharge de ses vassaux et sujets, » il ordonne « que dorénavant personne, quelle qu'elle soit, ne pourra faire construire, fonder, ériger, ni doter de nouvelles églises, chapelles, de nouveaux collèges, cloîtres ou couvents, sous peine de les voir démolir, briser et mettre à néant. »
L'Église, considérant que la richesse est un puissant moyen de domination, ne négligeait rien pour se mettre en possession de ce précieux instrument. L'acquisition de biens immeubles lui était interdite, mais elle tourna ses regards vers les valeurs mobilières. Des envoyés de Rome
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furent chargés d'aller offrir, dans tous les pays qui reconnaissaient l'autorité du pape, des lettres d'indulgence à prix fixe. Pour tirer des indulgences le plus de lucre possible, on imagina de les affermer, pour chaque province, an plus offrant. On choisit, pour l'écoulement de cette marchandise frauduleuse, des hommes qui, par leur habileté à se servir de la parole, pussent entraîner le peuple à acheter en foule. L'impudence de certains prédicateurs alla au delà de toute expression : ils vendaient des indulgences pour les plus grands crimes, vols dans les églises, parjures, meurtres; on pouvait même obtenir d'avance le pardon des crimes à commettre.
En 1516, le pape l>éon X annonça une nouvelle émission d'indulgences, afin de pouvoir achever l'église de Saint-Pierre à Rome, commencée par son prédécesseur Jules II ; mais bientôt le bruit se répandit que le produit de ces indulgences nouvdles était destiné à doter la sœur du pape. Alors l'indignation, longtemps comprimée, éclata.
Les anciens peuples barbares, retombés sous le joug de Rome, se soulevèrent comme avaient fait leurs ancêtres, douze siècles auparavant. Ce fut encore une fois du fond de la Germanie que partit le mouvement. Martin Luther donna le sipiial à Wittenberg en 1517. Ce signal fut entendu de toute l'Allemagne. Le mouvement fut général, irrésistible; la noblesse et même les princes y
furent entraînés. Bientôt l'insurrection s étendit au delà des frontières, dans le nord, en Angleterre et même en France. Les anabaptistes, dispersés en Allemagne, se jetèrent dans la Frise et de là dans les autres provinces. Tout ce qui s'échappait d'Allemagne et de France se sauvait aux Pays-Bas. Les derniers venus furent les calvinistes, plus hardis et plus entreprenants que les autres.
Charles-Quint, effrayé des désordres produits par cette épidémie religieuse, proposa à la diète de Worms, en 1521 — en présence de Luther, qui y comparaissait — de déférer les questions religieuses à un concile. Cette proposition fut acceptée par les catholiques de l'empire ; mais la plupart des princes protestants la rejetèrent, attendu que le pape Paul III, qui les considérait comme des hérétiques, les avait condamnés d'avance. Quelques-uns se bornèrent à faire des réserves, demandant que la liberté religieuse fut au moins garantie jusqu'à la décision définitive. L'empereur, parfaitement d'accord avec le pape, chercha à les intimider, aies gagner; il était d'ailleurs résolu à réunir le concile et à faire exécuter ses décrets.
Au fond, il n'y avait pas de question religieuse à résoudre; aucune des sectes nouvelles ne répudiait le christianisme. Loin de là, les protestants étaient plus chrétiens que les catholiques. La cause de leur exaspération n'était pas dans une croyance