‹ Précis de l'histoire cléricale de BelgiqueChapitre 5 sur 52 · DISSOLUTION DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

DISSOLUTION DE L'EMPIRE

le butin que les Francs avaient emporté de la Germanie, il ajoute : « Arbogaste ne souffrant aucun délai, engagea César à infliger aux Francs le châtiment qu'ils méritaient, à moins qu'ils ne restituassent tout ce que, dans l'année }3récédente, ils avaient pillé, après le massacre des légions, et qu'ils ne livrassent les auteurs de la guerre, afin qu'on les punît d'avoir violé perfidement la paix(l). »

Ce récit nous éclaire sur un point important : nous y voyons que, lors de l'expédition conduite par Marcomer et Sunnon, dans la Germanie cisrhénane, ce sont les légions romaines, et non les habitants, qui furent massacrés par les Francs, et que le butin emporté par ceux-ci se composait de ce qu'ils avaient pris, non aux habitants, mais aux Romains.

L'auteur cité par Grégoire de Tours rapporte que, dans la même année, Arbogaste, poursuivant Sunnon et Marcomer, se rendit à Cologne au milieu des plus grandes rigueurs de l'hiver, pensant qu'il pénétrerait facilement dans les retraites ;^des Francs, et y mettrait le feu, lorsqu'ils ne pourraient plus se tenir en embuscade dans les forêts arides' et dépouillées de feuilles. Il passa donc le Rhin, à la tête de son armée et y ravagea le pays des Bruchtères, ainsi qu'un village habité par les Chamaves.

(i; Greg. Turon., Hisl. eccles. Fi'anc, lib. II, c. 8.

Arbogaste finit par assassiner Valentinien II, et éleva sur le trône à sa place son ami Eugenius, lequel ne fut pas reconnu par Tliéodose et mourut l'année suivante. Arbogaste le suivit par un suicide.

Le règne de Tliéodose le Grand fut marqué par un redoublement de fanatisme religieux. Une loi de ce prince érige en crime de haute trahison les pratiques du paganisme (1). On avait sévèrement interdit toutes les fêtes publiques, tous les actes des anciens cultes ; on poursuivait avec acharnement et l'on punissait de mort les personnes qui participaient aux cérémonies de ces cultes; leurs temples étaient livrés aux flammes. A la faveur de cette législation, l'Église avait multiplié ses établissements, et la religion catholique avait fait de rapides progrès. Trêves, Cologne, Tongres, Tournai, étaient devenues des villes épiscopales; les habitants de ces villes avaient été forcés de se soumettre à la domination de l'Église.

Sous Honorius, le pouvoir tomba aux mains d'un Vandale nommé Stilichon. Celui-ci fit une nouvelle expédition contre les Francs sur le Rhin en 396. Orose se borne à dire qu'ayant rassemblé des troupes, il écrasa les Francs, passa le Rhin, parcourut la Gaule et alla jusqu'aux Pyrénées. Cette expédition est racontée en termes plus

(1) CoJ. Theod., L. XVI, fit. X, de moan- sacrif. et templ.

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merveilleux encore par le poëte Claudien, qui termine son chant de triomphe en disant que Stilichon, pour protéger Rome contre les Goths, fut obligé de dégarnir toute la frontière septentrionale de la Gaule (1). Cette circonstance permit aux Francs de la rive droite, à ceux qu'Ammien Marcellin appelle Attuaires, de s'emparer de Cologne et de marcher sur Trêves,

11 est constaté par la Notice des dignités de l'empire, qui date de cette époque à peu près, que les Romains avaient abandonné le cours inférieur du Rhin ; ils n'étaient plus maîtres de ce fleuve et des villes situées sur la rive gauche que depuis Bàle jusqu'à Andernach. Ils occupaient encore Trêves ; mais ils n'avaient plus de garnison ni à Cologne, ni à Bavai, ni à Thérouanne, ni à Tournai. Cependant la Notice signale une compagnie de lètes lagenses cantonnée près de Tongres, peut-être à Lowaige, où les Romains avaient fait construire un fort. A l'exception de ce petit corps de troupes, il n'y avait plus dans la seconde Germanie aucun poste militaire. Les garnisons romaines placées sur la frontière des Francs étaient une cohorte de lètes nerviens à Famars ; un autre corps de Nerviens dans le portos Aepatiaci. qu'on suppose être Oudenbourg ; un corps de cavaliers dalmates, à Mardyck, près de Gravelines;

1 Ci.AUDiAN., Deb'-lt. (jolhi\.\. Iiy.

une compagnie de lètes balayes à Arras ; une demicompagnie de Sarmates à Amiens ; enfin une compagnie de lètes à Carignan (1).

En 407 eut lieu la fameuse invasion des barbares, dont saint Jérôme a fait une si lamentable description. « Des nations féroces et innombrables, dit ce saint homme, ont occupé toutes les Gaules ; tout ce qui se trouve entre les Alpes et les Pyrénées, entre l'Océan et le Rhin, est dévoré par le Quade, le Vandale, le Sarmate, l'Alain, le Gépide, l'IIérule, le Saxon, le Bourguignon, l'Allemand et le Pannonien lui-même, C|ui, pour le malheur de la république est aussi devenu ennemi. Mayence, autrefois ville illustre, a été prise et détruite; plusieurs milliers d'hommes y ont été massacrés dans l'église; Worms a été ruinée par un long siège ; la puissante ville de Rheims, Amiens, Arras, Térouanne situé à l'extrémité de la Gaule ; Tournai, Spire, Strasbourg ont vu leurs habitants transportés dans la Germanie. Tout est ravagé dans les Aquitaines, la iNovempopulanie, la Lyonnaise, la Narbonnaise, à la réserve d'un petit nombre de villes que le glaive menace au dehors et que la faim tourmente au dedans. Je ne puis, sans verser des larmes, parler de Toulouse ; si celte ville n'est pas encore prise, c'est aux vertus du saint évêque Exupère qu'elle le doit (2). »

(1) KoUlia dignitatum IrrperU omtiium tam civilium quani militotrium per Gallias, ultra Arcadii Honoriique tempora.

(2) S. HiERON. Epist. ad Gcrochiam riialronam, ep. 91

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