INVASION DE LA GALLE ROMAINE
Aussi longtemps que les Francs saliens restèrent dans les limites de la Somme, leurs institutions, leurs coutumes nationales ne subirent point d'altération et la loi salique ne fut aucunement modifiée. La population de mœurs romaines qu'ils avaient soumise n'était pas assez considérable pour faire prévaloir ses lois et ses traditions sur celles du peuple vainqueur. Il en fut autrement lorsque, sous Glovis, les Francs saliens ayant franchi leur frontière méridionale, se virent mêlés à une nation nombreuse dont l'esprit essentiellement romain ne pouvait manquer de réagir contre les tendances germaniques.
L'Église romaine s'était substituée à l'Empire dans le gouvernement de la Gaule. Les hommes les plus considérables, les hommes politiques surtout, s'étaient réfugiés dans l'Église et occupaient la plupart des sièges épiscopaux, seule position qui pût leur donner quelque autorité sur le peuple.
Dans les contrées envahies par les Goths cL les Burgondes, l'omnipotence de l'Église rencontrait bien des obstacles; mais partout où l'autorité de
Rome continuait d'être reconnue, le clergé régnait sans conteste.
Il en était ainsi depuis la Loire jusqu'à la Somme, bien qu'à proprement parler, l'Empire n'existât plus. Syagrius, fils d'Aegidius, qui avait été gouverneur de ce pays avant l'abdication d'Augustule, était resté dans sa position; il avait profité des circonstances pour se créer une sorte de principauté, qui embrassait tout le pays situé entre la Somme, la Loire, le Rhin et les frontières de l'Armoriqué.
Gomme le pouvoir de l'Église était subordonné au maintien de ce faible débris de l'Empire, elle comprit le besoin de s'appuyer sur une nation barbare. Les Burgondes et les Gotlis, déjà convertis au christianisme, lui étaient antipathiques parce qu'ils professaient la doctrine d'Arius ; elle aima mieux s'adresser à un peuple païen plus facile à convaincre. Ce fut sur les Francs qu'elle jeta; les yeux. Les évoques gaulois espéraient s'assurer l'appui des Francs en allant au-devant d'eux, en leur otTrant les services et les conseils dont ils. avaient besoin pour achever leur conquête et organiser leur établissement dans le pays.
Ce fut saint Rémi, archevêque de Rheims, qui se chargea de cette délicate négociation. Né à. Laon en 437, saint Rémi appartenait à une famille de saints, c'est-à-dire à une de ces familles aristocratiques qui avaient fait des biens de l'Église