CONGRÈS DE VÉRONE
sa démission et Chateaubriand lui succéda (26 décembre 1822).
C'était lui qui voulait le plus ardemment l'intervention sous prétexte d'arracher Ferdinand VII aux révolutionnaires, mais en réalité pour rétablir le prestige du drapeau blanc. 11 a écrit orgueilleusement dans ses Mémoires cl' outre -tombe : « La guerre d'Espagne, le grand événement politique de ma vie, était une gigantesque entreprise. La légitimité allait pour la première fois brûler de la poudre sous le drapeau blanc, tirer son premier coup de canon après ces coups de canon de l'empire qu'entendra la dernière postérité. » Il disait encore : « J'ai voulu donner aux Bourbons une armée fidèle, une campagne glorieuse; à la France son indépendance de l'étranger, l'affranchissement des traités de Vienne (1). »
Cette intervention était très-mal vue en Angleterre qui, sous Canning, commençait à se détacher de la politique absolutiste. Canning, le puissant orateur, inclinait vers les principes libéraux après avoir été autrefois associé aux plus fougueux torys. « Je ne comprendrai jamais, disait-il au chargé d'affaires de France à Londres, qu'on tire du canon contre des idées et contre des formes de gouvernement. Ignorez-vous donc que le dogme des constitutions émanées du trône nous est
(IJ Voir Politique de la BaUawatton, par M. de Maicellus.
odieux ; que le système britannique n'est que le butin des longues victoires remportées par les sujets contre les monarques?... » Il ajoutait : « Un second principe marche à côté du premier et nous est plus antipathique encore : c'est ce Bourbon qui va au secours d'un Bourbon. Vous réveillez ainsi en nous mille souvenirs d'inimitié : l'invasion de Louis XIV en Espagne; l'inutilité de nos efforts pour éloigner sa puissante dynastie du trône de Madrid. » Il disait enfin : « Puisque Ferdinand, comme Jacques II, résiste aux volontés de sa nation, appliquons la méthode anglaise à l'Espagne. Qu'en résulte- t-il? L'expulsion de Ferdinand... »
Les libéraux espagnols n'ignoraient pas les dangers dont les menaçait la Sainte-Alliance. Ils savaient aussi que s'ils devaient trouver quelque part de l'assistance, ce ne serait qu'en Angleterre. Mais Canning, tout en se montrant sympathique aux Espagnols, ne pouvait lutter contre l'Europe entière en combattant la France.
Le 9 janvier 1823, l'Autriche, la Prusse et la Russie rappellent de Madrid leurs ambassadeurs en signe de rupture avec le gouvernement constitutionnel et les cortès. Le 28, Louis XVIII, en outrant la session législative, annonce la guerre d'Espagne : « Cent mille Français, commandés par un prince de ma famille, sont prêts à marcher en invoquant le Dieu de saint Louis pour conser-