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VII

Le 12 avril 1827, une revue de la garde nationale eut lieu au Champ-de-Mars. Soixante mille hommes étaient sous les armes ; on cria encore : Vive le roi! mais aussi : A bas les ministres! A bas les jésuites! M. de Villèle, président du conseil, essaya de se raidir contre l'opinion publique ; de nouvelles mesures furent prises pour contenir la presse, et la chambre des députés fut dissoute. Toutefois les espérances du ministère ne se réalisèrent point : les électeurs renvoyèrent une majorité constitutionnelle ou libérale plus imposante que la précédente. Devant cette expression for- R.trait, nielle de la volonté nationale, M. de Villèle se

de M de Vil-

h-, retira.

On lui sut gré cependant d'avoir pris la défense des Grecs, dont la cause excitait le plus noble enthousiasme.

En France, dans les Pays-Bas, dans les États prussiens, dans toute l'Allemagne, excepté en Autriche, des comités de philhellènes se formaient et des souscriptions s'ouvraient en faveur des Grecs. Ceux-ci, pendant trois ans encore (1824-

1827). luttèrent héroïquement contre les forces ottomanes commandées par Reschid-Pacha et par Ibrahim, fils de Méhémet-Ali, pacha 'd'Egypte. Missoloughi, après une mémorable résistance, avait succombé, le 22 avril 1826, et Ibrahim mettait la Morée à feu et à sang, tandis que, à Constantinople, le sultan Mahmoud exterminait les janissaires qui, invoquant leurs antiques privilèges, voulaient empêcher la formation d'une nouvelle milice.

En 1827, la question grecque entre dans une nouvelle phase par l'intervention déclarée de la France, de l'Angleterre et de la Russie. Une convention signée à Londres, le 6 juillet, détermine l'engagement des trois puissances : elles demanderont que les Grecs n'aient plus que des autorités choisies par eux (i) ; il payeront au sultan un tribut annuel; les Turcs devront quitter le pays. mais seront indemnisés. Par un article secret, les trois puissances résolvaient de prendre les armes en cas de refus.

Les Turcs n'ayant pas voulu suspendre les hostilités, les escadres de l'amiral français de Rigny, du vice-amiral anglais sir Edward Codrington et du russe Hyden, détruisent, le 20 octobre, à Navarin, la flotte égypto-turque que commandait

Intervention de*

puissances en Grèce.

Combat de Navarin.

(1) Déjà Jean Capo d'Istria avait été nommé, le 17 avril, président de la Grèce insoigée.

M.iitignac.

Tahir-Pacha. En décembre, le sultan appelle tous ses sujets à une guerre nationale et religieuse, surtout contre les Russes. Les trois puissances renouvellent alors leur traité (20 décembre), et la Russie répond au défi du sultan.

Le 4 janvier 1828, Charles X avait formé un nouveau cabinet auquel M. de Martignac attacha Minière son nom. Ce ministère se trouva immédiatement dans une position difficile. Il avait à lutter à la fois contre la coterie de la cour, qui le trouvait trop libéral, et contre la majorité de la chambre, qui aurait désiré une administration plus libérale encore. M. de Martignac s'efforça néanmoins de satisfaire les libéraux par des mesures conciliantes et réparatrices. A l'extérieur, il voulut achever l'affranchissement de la Grèce par l'envoi de quinze mille hommes en Morée. Il avait encore d'autres desseins ; il se proposait, en se concertant avec la Russie, de reprendre le Rhin et la Belgique afin de populariser les Bourbons et d'apaiser les partis en satisfaisant l'orgueil national. C'est au nouveau czar que le chef du ministère français tendait la main pour assurer l'exécution de ses projets. On ne faisait point mystère de ces vues annexionnistes. Un député, le général baron de Richemont, était véritablement l'organe «le tous les partis lorsqu'il écrivait dans une brochure restée célèbre : « C'est vers le Rhin que la France doit tourner ses regards, ou plutôt c'est notre Rhin qu'elle doit nous

rendre; ce sont nos provinces françaises... » Le ministère Martignac n'eut pas le temps de réaliser ses desseins. Charles X n'avait signé qu'à contre-cœur les ordonnances de juin 1829 qui décrétaient le renvoi des jésuites. L episcopat protestait contre ces ordonnances qu'il représentait comme le triomphe d'une conspiration révolutionnaire et la ruine de la religion catholique. Détesté par la cour, mollement soutenu par la gauche qui le trouvait trop modéré, le ministère Martignac tomba devant une double opposition.

La chute de ce ministère coïncida avec la confirmation de l'indépendance de la Grèce et la fin de la guerre de la Russie et de la Porte. Elle avait . fu£rre .

© de la Russie

commencé au mois de février 1828. Paskewitz etdeiaPorteattaquait la frontière ottomane d'Asie Mineure, tandis que l'intervention anglo- française décidait l'évacuation de la Morée par les Égyptiens. On veut alors fixer les limites de la Grèce indépendante, et c'est l'objet de la convention de Londres dn 22 mars 1829. Les Russes cependant poursuivaient leurs succès. Diebitch s'avance jusqu'à Andrinople (20 août) ; de son côté, Paskewitz a pris Erzeroum, en Arménie, et menacé Trébizonde. La marche triomphante des Russes sur Constantinople finit par alarmer les grandes puissances ; elles interviennent, et le traité d'Andrinople du 14 sep- d\wrfnoPie. tembre met fin à la guerre. Les bouches du Danube sont cédées aux Russes; ils obtiennent la

Ministère

Polignac.

56 HISTOIRE COMEMPORUNE.

libre navigation de la mer Noire; la Moldavie et la Valachie seront gouvernées par des hospodars à vie, sous la suzeraineté de la Turquie qui perd son droit de possession ; la Servie sera indépendante sous un chef héréditaire; enfin l'indépendance politique de la Grèce est reconnue par la Porte (i).

Le 8 août 1829, le pnnce Jules de Polignac, favori de Charles X, avait été nommé ministre des affaires étrangères, en attendant qu'il devînt, le 17 novembre suivant, président du conseil. Le prince de Polignac était, selon lord Palmerston, le type de Yultvaïsme, c'est-à-dire qu'il aurait voulu faire reculer la France jusqu'à l'ancien régime, basé sur le pouvoir absolu. Le nouveau ministère, composé d'ultra-royalistes, fut considéré comme un défi jeté à l'opinion publique. Lorsqu'il parut devant les chambres, au mois de mars 1830, l'adresse des députés, en réponse au discours du trône, adresse votée par 221 membres contre 181, signala au roi la composition î*.j son cabinet comme dangereuse et menaçante pour les libertés publiques. La chambre fut prorogée et ensuite dissoute. Mais, dans les élections nouvelles, l'opposition obtint 272 adhérents, tandis que le ministère n'en trouva que 145.

di La Grèce ayanl été érigée en royaume, Othon Ier, de la maison de Wittelsbaeh, régna de 1832 a lsii-2. Il eut pour successeur un prince danois, George Ier.

Un conflit était dès lors inévitable si Charles X persistait à garder le prince de Polignac. Or, le roi, aveuglé, voulait maintenir le système que Expédition

./» .. . . j ,1 , . -. d Alger.

personnifiait son ancien ami de 1 émigration. On chercha à ramener l'opinion publique par un succès militaire. Un affront fait au consul français à Alger fournit au gouvernement un prétexte pour s'emparer de cet ancien Etat barbaresque. Mais cette expédition, conduite par le général Bourmont, ministre de la guerre, laissa le peuple froid et indifférent. Reprenant les projets du ministère Martiçnac et les agrandissant, Polignac voulait aussi s'appuyer sur les Russes pour rendre la Belgique et le Rhin à la France. Ils'agissait, dans cette extravagante conception, de remanier la carte de l'Europe, de donner au moins la Moldavie et la Valachie à la Russie, la Hollande à la Prusse et de placer le roi des Pays-Bas sur le trône d'un empire chrétien que l'on aurait formé en Orient.

Pour relever le prestige de la royauté française, Polignac ne voulait pas seulement bouleverser l'Europe, mais il méditait un coup d'État qui eût réduit à l'impuissance les adhérents des principes de 1789 et des institutions constitutionnelles.

L'article 14 de la charte était conçu en termes j.e» ordonambigus : on y chercha une sorte de dictature. du'Sjï Les ministres déclarèrent que cet article avait investi le roi d'un pouvoir suffisant pour prendre

nances

lie) «850.

oH HISTOIRE CONTEMPORAINE.

des mesures de salut public. Le coup d'État fut discuté dans des conseils tenus le 29 juin et le 4 juillet, puis résolu avec une légèreté inouïe.

« On passa, dit un historien, à l'examen des forces dont on pouvait disposer. Sous ce rapport, plusieurs ministres n'étaient pas sans avoir conçu de vives inquiétudes. M. de Polignac, au départ de M. de Bourmont (pour Alger), avait ajouté à ses fonctions de président du conseil celles de ministre de la guerre... C'est en vain qu'en partant M. de Bourmont avait recommandé à son collègue de ne rien tenter avant son retour. M. de Polignac avait en lui-même une confiance sans bornes. « Sur combien d'hommes nous est-il permis de « compter à Paris? lui demanda M. d'Haussez, « ministre de la marine. En avez-vous au moins < 28,000 à30,000?—Mieuxquecela,réponditM. de « Polignac, j'en ai 42,000. » Et roulant un papier qu'il tenait à la main, il le jeta au baron d'Haussez placé à l'autre côté de la table. « Eh quoi! s'écria « le ministre de la marine, je ne vois ici que « 13,000 hommes! 13,000 sur le papier! mais « cela veut dire que, pour combattre, il y en au- « roit à peine 7,000 ou 8,000! Et les 29,000 qui « complètent votre chiffre, où sont-ils? » M. de Polignac assura qu'ils étaient répandus autour de Paris, et qu'au bout de dix heures, s'il en était besoin, ils seraient rassemblés dans la capitale (t). »

(I) Voir L. Blanc, Histoire de Dut ans, chap. 1er.

REVOLUTION FRANÇAISE (1850). o9

En réalité, aucune précaution ne fut prise, et il y avait tout au plus 12,000 soldats à Paris, dont la garnison venait d'être affaiblie.

Le 26 juillet, on lut avec stupeur dans le journal officiel les fameuses ordonnances qui supprimaient la liberté de la presse, annulaient les dernières élections et créaient un nouveau système électoral.

La bourgeoisie soulève le peuple; des barri- ,JoIurn,res

^ r x de Juillet

cades sortent de terre au cri de : Vive la charte! Paris est mis en état de siège, et le commandement des troupes confié au maréchal Marmont. Chaque rue, chaque place, devient bientôt un champ de bataille. Après trois jours de combat (27, 28 et 29 juillet), les troupes abandonnent Paris et se retirent à Saint Gloud pour protéger la famille royale.

Les libéraux travaillent dès lors à l'élévation du Le duc duc d'Orléans qui, sous prétexte de se soustraire aux obsessions de ses partisans, s'était retiré au Raincy. Le 30, une proclamation couvre les murs de Paris : on y rappelle que le duc d'Orléans était à Jemmapes et qu'il s'est toujours montré dévoué à la cause de la révolution.

Les députés présents à Paris se réunissent et expriment le vœu que le duc d'Orléans se rende dans la capitale pour y exercer les fonctions de lieutenant général. Entré presque furtivement dans Paris, le duc d'Orléans accepte le lendemain la

d'Orléans.

lieutenance générale, mais en des termes qui sauvegardaient encore tous les droits de Charles X, alors à Rambouillet avec 12,000 hommes.

Le 1er août, Charles X nomme lui-même le duc d'Orléans lieutenant général du royaume, retire ses ordonnances du 25 juillet et approuve que les chambres se réunissent le 3 août pour rétablir la tranquillité en France. Le lendemain, Charles X fait parvenir au duc d'Orléans un acte par lequel deCbïSSîx. il abdique la couronne en faveur de son petit-fils (le duc de Bordeaux), le Dauphin ayant renoncé aussi à ses droits en faveur de son neveu. Charles X ajoutait : « Vous aurez donc, en votre qualité de lieutenant général du royaume, à faire proclamer l'avènement d'Henri V à la couronne. »

Mais déjà les orléanistes n'ont plus qu'un but : presser, hâter le départ de Charles X. Il est me-

, V'iir,„ nacé d'une démonstration populaire. L'un deS COmtle la ûnnlle r r

royal,-. missaires envoyés près de lui par les députés lui ayant affirmé que 60,000 Parisiens s'avançaient, Charles X, qui ne veul pas placer dans le sang le trône d'Henri Y, consent à se rendre à Cherbourg, où il doit s'embarquer pour l'Angleterre. Le 7 août, la chambre des députés consacre le triomphe des orléanistes. « Prenant en considération la situation générale où la France s'est trouvée placée à la suite de la violation de la charte constitutionnelle ; considérant en outre que, par suite de cette violation et de la résistance

héroïque des citoyens de Paris, le roi Charles X, S. A. R. Louis-Antoine, dauphin, et tous les membres de la branche aînée de la maison royale sortent en ce moment du territoire français, la chambre déclare que le trône est vacant en fait et en droit. » L'article final de cette déclaration appelait au trône vacant le duc d'Orléans, lieutenant général. Il y avait 252 votants : 219 adoptèrent cette résolution et repoussèrent toutes les propositions ayant pour but soit de soumettre l'élection du duc d'Orléans à l'acceptation du peuple, soit de demander aux collèges électoraux un mandat spécial pour l'élection d'un roi.

La révision de la charte s'était faite rapidement aussi. Le préambule de Louis XVJII avait été supprimé comme blessant la dignité de la nation. Il avait été ensuite stipulé que la religion catholique cesserait d'être reconnue pour religion de l'État, que la liberté de la presse serait établie par l'abolition de la censure, que les chambres auraient comme le monarque l'initiative de la présentation des projets de loi, etc.

Le 9 août, dans une séance solennelle des deux chambres réunies, Louis-Philippe d'Orléans, proclamé roi des Français, prête le serment constitutionnel. Il prononce ensuite les paroles suivantes : « J'aurais vivement désiré ne jamais occuper le trône auquel le vœu national vient de m'appeler; mais la France, attaquée dans ses libertés, voyait

Avénemei.t

de Louis-Phi

lippe.

tt5 HISTOIRE CONTEMPORAINE.

l'ordre public en péril ; la violation de la charte avait tout ébranlé; il fallait rétablir l'action des lois, et c'est aux chambres qu'il appartenait d'y pourvoir. Vous l'avez fait, messieurs : les sages modifications que nous venons de faire à la charte garantissent la sécurité de l'avenir, et la France, je l'espère, sera heureuse au dedans, respectée au dehors, et la paix de l'Europe de plus en plus assurée. »

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