TROISIÈME PÉRIODE
Au commencement de l'année 1848, l'horizon était sombre; mais qui aurait pu dire combien seraient rapides les ravages de la foudre lorsque la nue se déchirerait?
L'Italie palpitait sous l'influence irrésistible d'un pontife patriote et libéral.
L'Allemagne supportait avec impatience, avec humiliation, le système de compression qui la paralysait depuis 1815.
La France suivait avec passion l'ardente lutte
engagée entre le ministère du 29 octobre 1840 et l'opposition.
Cette lutte, jusqu'alors circonscrite dans l'enceinte législative, envahit enfin la place publique et prit en quelques heures des proportions enrayanuu fémer. tes. Le 24 février, une révolution éclatait à Paris, la monarchie constitutionnelle était renversée, Louis-Philippe en fuite et un gouvernement provisoire proclamait la république (i).
Les révolutions de Vienne et de Berlin répondirent aux événements de Paris, puis le mouvement s'étendit au delà des Alpes. On vit, du Pihin au Danube, du Tessin à l'Adriatique, on vit, en quelques semaines, toutes les populations s'insurger pour conquérir les libertés dont elles étaient encore privées ou l'indépendance qu'elles avaient perdue.
Parmi les pays qui se tinrent en dehors du cercle
(1) Le* membres du gouvernement provisoire étaient MM. Dupont de l'Eure, président ; Lamartine, Crémieux, François Arago, Ledru-Rollin, Garnier-Pagès, Marie, Armand Marrast. Louis Blanc, Ferdinand Flocon, Albert, ouvrier. « Nous avons, écrivait Proudhon, un gouvernement formé de trois fractions hostiles, jalouses, également impuissantes, également despotiques. — La première est la coterie des doctrinaires de la démocratie, qui a pour organe le National.... Le deuxième parti représenté au pouvoir est celui des jacoboins ou montagnards, c'est-à-dire la Réforme.... — Enfin, il y a la secte communiste qui trône au Luxembourg en la personne
de Louis Blanc » Correspondance de P.-J. Proudhon, t. II,
p. ôio.
de feu tracé par la révolution, il faut signaler notamment la Grande-Bretagne, la Hollande et la Belgique. Pourquoi restèrent-elles paisibles au milieu des tempêtes? Parce qu'on avait su y concilier l'ordre avec la possession des plus grandes libertés. Les républicains français espéraient soulever et entraîner la Belgique; celle-ci resta calme u Belgique ou, pour mieux dire, elle s'attacha plus fortement encore à sa nationalité et aux institutions qui en étaient la base. Elle sortit victorieuse d'une épreuve suprême, et Léopold Ier put écrire à l'un de ses ministres : « Maintenant vous êtes et vous resterez une nation (i). »
On se demandait quelle serait la république qui venait de s'imposer à la France; on se demandait avec anxiété si elle se rattacherait aux doctrines jacobines de 1793, lorsque parut le décret qui abolissait la peine de mort en matière politique. Le manifeste adressé par M. de Lamartine aux Manifeste
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M. de I.aniar
tine
(1) En apprenant la révolution de Paris, lord Palmerston fit appeler H. Van de Weyer et lui communiqua les appréhensions du gouvernement anglais au sujet de la Belgique. Le ministre belge répondit qu'il était sans inquiétude; que la population de Bruxelles ne partageait aucune des passions du peuple de Paris; que le pouvoir, en Belgique, avait pris l'initiative de toutes les réformes; que !e bien était toujours venu d'en haut et que la nation, profondément attachée a son indépendance, repousserait toutes les tentatives du dehors. Rien a craindre de l'intérieur, ajouta-t-il; tout de l'extérieur. L'intérieur, nous en répondons. L'extérieur est votre affaire autant que la nôtre.
agents diplomatiques avait aussi pour but de dissiper de légitimes appréhensions. « La proclamation de la république, disait-il, n'est un acte d'agression contre aucune forme de gouvernement dans le monde. Les formes de gouvernement ont des diversités aussi légitimes que les diversités de caractère, de situation géographique et de développement intellectuel, moral et matériel chez les peuples... » Il poursuivait en ces termes : « La guerre n'est pas le principe de la république française, comme elle en devint la fatale et glorieuse nécessité en 1792. Entre 1792 et 1848 il y a un demi-siècle. Revenir, après un demi-siècle, au principe de 1792 ou au principe de l'empire, ce ne serait pas avancer, ce serait reculer dans le temps. La révolution d'hier est un pas en avant, non en arrière. Le monde et nous, nous voulons marcher à la fraternité et à la paix. » Il ajoutait : « Les traités de 1815 n'existent plus en droit aux yeux de la République française ; toutefois les circonscriptions territoriales de ces traités sont un fait qu'elle admet comme base et comme point de départ dans ses rapports avec les autres nations. »
Tel était le langage des républicains modérés ; mais à côté d'eux et au-dessous d'eux s'agitaient les adeptes des diverses sectes socialistes et les farouches partisans du drapeau rouge. Les modérés avaient transigé avec leurs redoutables émules
RÉVOLUTION FRANÇAISE !8i8). 125
en accueillant un ouvrier au sein même du gouvernement provisoire et en laissant se former les ateliers dits nationaux (1).
Par un décret publié le 2 mars, le gouvernement provisoire remettait les destinées de la France à une assemblée constituante de neuf cents membres élus par le suffrage universel sur scrutin de liste, au chef-lieu de canton. Les élections se firent sous l'influence des commissaires du ministre de l'intérieur (2); l'assemblée fut ainsi composée en majorité de républicains. Elle commença ses travaux le 4 mai et dès sa première séance proclama la république, tandis que les manifestations socialistes des ateliers nationaux entretenaient une dangereuse agitation dans Paris. Le 11 mai, le gouvernement provisoire, déjà dépopularisé, fut remplacé par une commission executive (3). Le 15, l'assemblée constituante était violée par des bandes armées, qui prétextaient une pétition à
L'assemblé»
constituant.
Commission executive.
(1) Le 2o février, le gouvernement provisoire avait rendu un décret par lequel il garantissait l'existence de l'ouvrier par le tra- 1 ail. L'erreur du gouvernement provisoire, dit un historien de la révolution, n'est pas d'avoir proclamé ce devoir et sa résolution de l'accomplir; mais d'avoir abusé le prolétariat par un vain appareil dans les conférences du Luxembourg et par une organisation vicieuse et stérile dans les ateliers nationaux. 1 Histoire de la Révolution de 1848, par D. Stern, t. II, p. 159.
(2) Ledru-Rollin.
(5) La commission executive était composée des citoyens Arago, Marie, Garnier-Pagès, Lamartine et Ledru-Rollin.
présenter en faveur de la Pologne, et la garde nationale réprima non sans peine cet attentat. 11 fut le prélude d'une formidable insurrection. Le 20 juin on comptait à Paris plus de 107,000 ouvriers inoccupés, c'est-à-dire employés par le gouvernement a des travaux stériles dans les ateliers de terrassement dits ateliers nationaux. La commission executive décréta que les ouvriers de ces ateliers, âgés de dix-huit à vingt ans, seraient joornéa tenus d'opter entre leur départ de Paris, pour deju,n' aller dans les départements exécuter des travaux de terrassement, et leur incorporation dans l'armée. Les ouvriers considérèrent cette mesure comme un abus de pouvoir, et le 23 juin l'insurrection commença. Elle devait se prolonger jusqu'au 26. Le monde fut épouvanté en apprenant qu'une bataille terrible se livrait dans Paris entre les adversaires et les défenseurs de la civilisation ; ceux-ci triomphèrent enfin par un effort suprême.
Le géné«i Vainqueur des insurgés, le général Cavaignac c-vaignac. ^ je ^ installé comme chef du pouvoir exécutif. Républicain convaincu mais modéré, il pouvait espérer que le peuple français, après l'adoption de la constitution, le laisserait à la tête de l'État. Grande fut la déception des républicains. Le général Cavaignac, le jour fixé pour l'élection du président (10 décembre), n'obtint que 1,448,000 voix tandis que plus de cinq millions de suffrages
s'étaient portés sur le prince Louis-Napoléon Bonaparte (i).
Celui qui se disait l'héritier de Napoléon Ier ne Loois-w.p. s'était signalé jusqu'alors que par les aventureuses Bonite. expéditions de Boulogne et de Strasbourg ; condamné par la chambre des pairs, il s'était échappé de la forteresse de Ham et, plein de foi dans son étoile, il attendait dans l'exil la réalisation de ses rêves. Il avait l'inébranlable conviction (et elle lui avait été inculquée dès son enfance) qu'il était destiné à recueillir la succession de son oncle.
Le suffrage universel devait fatalement amener l'avènement de Louis-Napoléon. « Il fut élevé à la présidence de la république, a dit un annaliste, par l'entraînement presque universel des populations rurales réunies aux anciens partis monarchistes... Pour les populations des campagnes, qui forment le fond de la société, le nom de Napoléon représente le génie même de la nationalité française. Aussi, dès qu'il eut été prononcé au milieu des calamités publiques, il y eut dans le pays un élan spontané vers celui qui le portait... » Le na-
(1) Résultat du scrutin, ouvert le 10 décembre 18-48, peur la nomination du président dé la République -:
Louis Napoléon obtint 5,434,226 voix.
Cavaignac 1,4-48, 107 *
Ledru-Rollin 370.719 t
Raspail 56,529 »
Lamartine 7,910 »
poléonisme avait encore d'autres adhérents; pour la bourgeoisie comme pour la classe populaire, il représentait la gloire et la suprématie delà France. Sous la Restauration, les chansons de Déranger avaient comme déifié Napoléon Ier; sous la monarchie de juillet, M. Thiers, par son Histoire du. consulat et de ï empire, avait encore étendu le culte du fondateur de la dynastie napoléonienne et, en glorifiant la grandeur de la France sous le premier empire, il avait certainement servi la cause représentée par le neveu du vainqueur d'Austerlitz et d'Iéna.
Président de la république, Louis-Napoléon ne pouvait avoir aucune sympathie pour la constitution française du 4 novembre 1848. Ses préférences, ses prédilections, ses desseins même, il les avait énoncés avec franchise dans un écrit publié en 1839 : Des Idées napoléoniennes. Ce qu'il rêvait, c'était aussi le rétablissement de l'empire, c'était aussi la revanche de Waterloo, ou, en d'autres termes, la destruction des traités de 1815. Les trois années de la présidence ne furent qu'une lutte, tantôt sourde, tantôt ouverte, avec l'assemblée législative, qui avait succédé, le 28 mai 1849, à la Constituante; qu'une conspiration permanente contre la constitution et l'assemblée. Louis-Napoléon, plus audacieux que ses adversaires, finit, le 2 décembre 1851, par le coup d'État qui renversa l'assemblée, établit la
dictature et devait aboutir à la création du second empire (1).
l'italib.
Dès le commencement du mois de janvier, la uskik Sicile s était soulevée, repoussant les concessions offertes par le roi Ferdinand II après le bombardement de Palerme, et réclamant un parlement national. Lorsque, le 27 janvier, Naplès eut suivi l'exemple de Messine, le roi promit une constitution sur les bases de la charte française et, le 1er février, il publiait une amnistie pour tous les délits politiques depuis 1830. Le 10, la constitution promise pour les deux Siciles était promulguée.
Le 4 mars, Charles- Albert, roi de Sardaigne, usar^i^* publiait aussi la loi constitutionnelle qu'il avait promise le 8 février. Une constitution parlementaire avait été également accordée par le grandduc de Toscane, et le pape suivait cet exemple le 15 mars.
(1) Louis-Philippe, ex-mi des Français, s'était éteint, le 26 août 1850, au château de Claremont, en Angleterre. Au mois de mai 1849, il avait écrit dans l'un de ses codicilles : 1 Fasse le Ciel que la lumière de la vérité \ienne enfin éclairer mon pays sur ses véritables intérêts, dissiper les illusions qui ont tant de fois trompé son attente, en le conduisant à un résultat opposé a celui qu'il voulait atteindre.... »
r-ill-e.
i50 HISTOIRF COMKMPORAINE.
Radetzky, qui commandait les troupes impériales, faisait de vains efforts pour retenir sous la domination autrichienne laLombardie frémissante. Le 18 mars, les Milanais se soulèvent, et, le 23, le roi de Sardaigne s'adresse aux Lombards et aux Vénitiens pour conquérir avec eux l'indépendance italienne. Milan repousse la garnison autrichienne, l'antique bannière de Saint-Marc reparaît sur les monuments de Venise, et Charles-Albert s'avance dans les plaines lombardes. L'armée autrichienne recule jusqu'à Vérone, et l'insurrection de Venise lui enlève tous les secours qu'elle pouvait attendre de ce côté. Le 10 juin, Charles-Albert, vainqueur Guerre corn* à Rivoli, accueille le vœu des communes et signe l'acte de réunion de la Lombardie à la Sardaigne. Le 4 juillet, les Vénitiens voteront également leur incorporation à la monarchie sarde.
A l'autre extrémité de la Péninsule, la Sicile avait le 13 avril proclamé la déchéance du roi Ferdinand et de sa dynastie. Mais lorsque, le 15 mai, Naples se fut de nouveau insurgée, les lazzaroni aidèrent les troupes royales à comprimer le soulèvement. Ferdinand II, cependant, ne retire encore aucune de ses concessions, et des troupes napolitaines, sous le général Pepe, combattent avec les Piémontais. Les Romains aussi, malgré le pape qui ne veut pas faire la guerre à l'Autriche, ont fourni aux Sardes un corps d'auxiliaires sous le général Durando.
l'Autriche.
L'empire d'Autriche fut sur le point de succomber, de se dissoudre, dans la formidable crise de 1848. Le cabinet de Vienne aux abois se montrait disposé à reconnaître « le royaume indépendant de la haute Italie » ; par une note du 24 mai, il offrit l'abandon de la Lombardie et du cours de l'Adige comme ligne de démarcation entre cette province et l'empire. Mais les Italiens ne surent point saisir alors cette occasion propice; les princes se jalousaient entre eux; les partis se déchiraient sur le sol qui n'était pas encore conquis. L'Autriche eut le temps de se relever.
La république française ne se montrait pas favorable à la cause de la nationalité italienne. Le ministre des affaires étrangères (1) disait qu'il ne voyait pas quel avantage trouverait la France à prêter main-forte à l'érection d'un royaume puissant où son influence viendrait bientôt à s'éteindre. M. de Lamartine, lui, voulait garder l'armée des Alpes, en apparence pour porter secours au roi de Sardaigne, mais, en réalité, pour la faire agir éventuellement dans le seul intérêt de la France. Il avait en vue, dans certaines hypothèses, l'envahissement de la Savoie et du comté de Nice (2).
(1) M. Bastide.
(2) Voir les intéressants détails consignés dans une dépêche adressée le 25 juillet 1848 par le marquis de Brignole, ministre sarde à Paris, au marquis Pareto, ministre des affaires étrangères à Turin.
Les Impériaux avaient repris Trévise et Padoue, étaient rentrés dans la forteresse de Palmanova, et avaient enfin refoulé les Sardes jusque sous les murs de Milan. Là dominaient maintenant les républicains avec Mazzini, et ils composèrent un comité de défense qui s'isolait du roi. Charles- Albert voulait d'abord tenter un suprême effort sous les murs de Milan. Le peuple demandait des armes, élevait des barricades, et se montrait résolu à se défendre bravement; mais le roi dut bientôt se convaincre que la résistance serait impossible. capitulation Le o août, il signa une capitulation avec Radetzky. Cette nouvelle exaspéra le peuple, et lorsque, vers minuit, Charles-Albert, avec le régiment des gardes et les tirailleurs piémontais, quitta la ville, des coups de feu furent dirigés sur lui.
Le 10 août, Charles-Albert, ayant repassé les frontières du Piémont, publiait à Vigevano la justification de sa conduite.
« Peuples du royaume, disait-il, l'indépendance de l'Italie m'a poussé à la guerre contre l'Autri- Prodamaùon chien. La valeur de mes troupes a semblé d'abord d Aiberi?3 enchaîner la victoire. Ni moi ni mes fils, n'avons reculé en face des dangers. La justice de notre cause enflammait leur courage et le mien. Mais le sourire de la fortune fut de courte durée. L'ennemi reçut des renforts considérables, et mes troupes, presque seules pour combattre, privées de vivres, ont dû bientôt abandonner les positions acquises
et les provinces rendues par elles à la liberté. Je m'étais retiré sur la ville de Milan pour la défendre; mais mon armée, épuisée par de longues fatigues, car la valeur des plus braves soldats a aussi ses limites, ne pouvait affronter de nouvelles batailles. Il était impossible de soutenir un siège dans Milan; l'argent, les munitions de guerre et de bouche manquaient. Peut-être, avec le concours des habitants, nous aurions pu résister quelques jours, mais pour nous ensevelir sous les ruines de la cité, sans espoir de vaincre nos ennemis. Ce fut alors que, d'accord avec les Milanais, j'entamai des négociations avec l'étranger. Je n'ignore pas les accusations dont quelques hommes ont cherché à ternir mon nom. Je prends Dieu à témoin de la loyauté de mes actions, et laisse à l'histoire le soin de les justifier. Une trêve de six semaines vient d'être conclue; dans l'intervalle, j'obtiendrai une paix honorable, sinon la guerre recommencera. Mon cœura toujours battu pour l'indépendance de l'Italie; mais l'Italie n'a pas encore montré au monde ce qu'elle peut faire pour son affranchissement. Peuples du royaume, montrez-vous forts dans ce premier revers, mettez à profit les institutions libérales dont vous jouissez... Ayez confiance dans votre roi. La cause de l'indépendance italienne n'est pas perdue... »
La capitulation du o août rendit auxAutrichiens la Lombardie, ramena le duc François V à Modène
romane.
454 HISTOIRE CONTEMl'OKAl.NE.
et décida Venise, qui continuait la résistance malgré l'armistice conclu par Charles-Albert, à se proclamer en république.
Les Mazziniens se proposaient de se substituer
dans Rome même au pape-roi et de conquérir en-
, a suite toute l'Italie en fondant la république unitaire.
ruulST Le lo novembre, Rossi, le libéral ministre de Pie IX, est poignardé sur les marches du palais législatif et quelques jours après, le 24, le pape se réfugie dans les États napolitains. Un triumvirat, composé de Mazzini, de Garibaldi et d'Avezzano, est investi du pouvoir révolutionnaire (1). commuante Le o février 1849 s'ouvrait, à Rome, la Constituante qui, quatre jours après, proclamait la république. Le 18, la république était également proclamée à Florence, où un gouvernement provisoire avait remplacé le grand-duc.
Le 12 mars, Charles-Albert dénonçait l'armistice conclu au mois d'août précédent. Le cabinet de
Deuxième Turin avait persisté à vouloir négocier sur la base 'hetre de l'indépendance de l'Italie, tandis que le cabinet de Vienne refusait maintenant de modifier les traités de 1815 dans le traité qu'il s'agissait de conclure, annonçant, de plus, l'intention d'exclure la monarchie sarde du règlement des autres affaires de la Péninsule. Charles-Albert crut qu'il
(1) Garibaldi, qui doit jouer un si grand rôle, avait été chercher fortune dans r Amérique du Sud. Il revint de Montevideo en Italie, a la nouvelle des révolutions dont sa patrie était le théâtre.
guerre «ontre l'Aot '
n'avait plus a opter qu'entre son complet abaissement et un recours désespéré à la force. Il était, d'ailleurs, placé dans l'alternative de montrer visà-vis de l'Autriche plus d'exigence que jamais ou de succomber peut-être devant l'opposition qu'encourageait et aidait le parti républicain alors triomphant a Rome et à Florence. Ce fut en s'appuyant lui-même sur le parti démocratique que Charles- Albert précipita le dénoûment.
Le 20 mars, Radetzky passa le Tessin, et le 23, Charles-Albert était vaincu à Novare. Cette défaite .Bgwifc
de -Nuvare.
ne ternit point le lustre de la maison de Savoie, mais elle brisa l'épée de l'Italie (î). Dans la soirée, le roi fit appeler les princes, les généraux ainsi
il) Le comté de Cavonr, qui devait un jour réparer glorieusement le désastre de Novare, écrivait confidentiellement et avec une poignante amertume, après la catastrophe (26 avril 1849) :
« ... Le Piémont, après de magnanimes efforts, a succombé sous les coups de l'Autriche, moins à cause des forces de nos ennemis que par suite de l'incomparable impéritie du parti ultra-démocratique, qui s'était emparé du pouvoir. Ce parti lâche et imbécile a tout t'ait pour nous perdre. Il a tout désorganisé, et n'a su tirer aucun parti des éléments immenses de force que possédait le pays. — Trahi par le roi Charles-Albert, mal secondé par l'immense majorité du pays qui partageait ses opinions, le parti modéré a été obligé de céder le pouvoir a des démagogues sans énergie et sans talent qui croyaient bêtement qu'une nation peut conquérir son indépendance et sa liberté avec des phrases et des proclamations. — L'armée a été dégoûtée, les meilleurs officiers tenus à l'écart, et les démocrates ont lancé des jeunes recrues à peine en état de manier le fusil contre les troupes aguerries de Radetzky. Au lieu de confier le commandement de l'armée aux jeunes généraux qui avaient la
I3r, HISTOIRE CONTEMPORAINE.
que M. Cadorna, chef du ministère démocratique; il leur dit ces paroles : « Messieurs, je me suis sacrifié à la cause italienne; pour elle, j'ai exposé ma vie, celle de mes enfants, mon trône : je n'ai pu réussir. Je comprends que ma personne pourrait être aujourd'hui le seul obstacle à une paix désormais nécessaire. Je ne pourrais pas la signer. Puisque je n'ai pas pu trouver la mort, j'accomplirai un dernier sacrifice à mon pays. Abdication Je dépose la couronne et j'abdique en faveur Albert. de mon fiiSî ]e duc de Savoie. » Le lendemain un armistice était conclu entre le maréchal Radetzky et le nouveau roi de Sardaigne, Victor- Emmanuel II (1).
confiance de l'armée, on a nommé général en chef un Polonais (*), connu uniquement par des travaux de cabinet, d'une tournure ridicule ef portant un nom que jamais nos soldats n'ont pu apprendre a prononcer. — Nous avons succombe' lorsque nous avions tous les éléments pour vaincre. Les sacrifices d'hommes et d'argent prodigués pendant un an n'ont abouti qu'a nous placer dans une condition [>ire que celle ou nous oous trouvions avant la révolution de Milan. — Un amour-propre excessif peut m'égarer, mais j'ai l'intime conviction que si l'on avait écouté mes eonseils, si j'avais manié le pouvoir, j'aurais, sans efforts de génie, sauve le pays, et, à l'heure qu'il est, fait flotter l'étendard italien sur les Alpes styriennes. .
(Revue des Documents historiques, etc., par Etienne Charavty, p. 93
Mi Charles-Albert se retira en Portugal et mourut à Oporio le 28 juillet 1849.
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